{"id":14079,"date":"2019-12-18T23:04:15","date_gmt":"2019-12-18T22:04:15","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=14079"},"modified":"2025-02-14T10:44:18","modified_gmt":"2025-02-14T09:44:18","slug":"reparer-labsence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/12\/reparer-labsence\/","title":{"rendered":"Patch"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Patch<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Pi\u00e8ce d\u2019Emanuelle Delle Piane \/ Critique par Margaux Farron. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>D\u00e9cembre 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/margaux-farron\/\">Margaux Farron<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/12\/entretien-avec-emanuelle-delle-piane\/\">Entretien avec Emanuelle Delle Piane<\/a><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9parer l\u2019absence<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image size-medium wp-image-14076\">\n<figure class=\"alignleft\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"145\" height=\"200\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/12\/AVT_Emanuelle-Delle-Piane_5369-145x200.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-14076\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/12\/AVT_Emanuelle-Delle-Piane_5369-145x200.jpg 145w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/12\/AVT_Emanuelle-Delle-Piane_5369-123x170.jpg 123w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/12\/AVT_Emanuelle-Delle-Piane_5369.jpg 520w\" sizes=\"auto, (max-width: 145px) 100vw, 145px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 AVT<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Dans <\/em>Patch,<em> sa nouvelle cr\u00e9ation, Emanuelle Delle Piane aborde avec finesse la th\u00e9matique de la paternit\u00e9. Dans un puzzl<span style=\"text-decoration: line-through\">e<\/span> habilement agenc\u00e9, l\u2019auteure explore les relations qu\u2019entretiennent les diff\u00e9rents individus d\u2019une famille recompos\u00e9e avec la figure \u00e9go\u00efste et tyrannique du p\u00e8re. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La pi\u00e8ce est centr\u00e9e sur le personnage d\u2019Ella, une femme d\u2019une quarantaine d\u2019ann\u00e9es, et sur la relation chaotique qu\u2019elle entretient avec son p\u00e8re Pico. Celui-ci cesse de donner des nouvelles alors qu\u2019Ella a tout juste dix ans, laissant sa m\u00e8re, Ma, prendre en charge l\u2019\u00e9ducation de la jeune fille. Depuis, les chemins d\u2019Ella et de Pico se sont crois\u00e9s trois fois&nbsp;\u2013 rencontres toujours douloureuses et superficielles. Le texte dresse le bilan de cette relation rest\u00e9e st\u00e9rile en rejouant \u00e0 la fois des sc\u00e8nes actuelles, des \u00e9vocations d\u2019hier et des hypoth\u00e8ses pour le futur. Aujourd\u2019hui, alors qu\u2019Ella prend en charge sa m\u00e8re malade, le traumatisme de cette relation paternelle resurgit. Les souvenirs et les projections \u00e9clairent le caract\u00e8re \u00e9go\u00efste de Pico et le cruel manque affectif dont a souffert la jeune femme.&nbsp; Au fil de cette r\u00e9flexion identitaire, Ella croise le chemin de Tam, la nouvelle \u00e9pouse de son p\u00e8re, en rapport d\u2019\u00e2ge avec elle, et de leur fils D\u00e9mi. Jusqu\u2019\u00e0 sa mort, ces quatre personnages gravitent autour de Pico, tentant de renouer, pardonner ou se venger de cette figure paternelle toxique.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Patch <\/em>est avant tout une histoire de famille. Ce n\u2019est pas la premi\u00e8re fois qu\u2019Emmanuelle delle Piane s\u2019interroge sur ce microcosme souvent porteur de mille secrets. En 2016, par exemple, <em>L\u00e9na, princesse du rien<\/em> portait d\u00e9j\u00e0 sur la relation conflictuelle unissant une fille adolescente \u00e0 ses deux parents. Selon l\u2019auteure, pour comprendre les individus il est n\u00e9cessaire de conna\u00eetre l\u2019environnement familial o\u00f9 ils se sont d\u00e9velopp\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour parler de cette famille fissur\u00e9e, Emanuelle Delle Piane, opte pour une structure discontinue. Le texte se constitue de vingt-cinq tableaux dialogu\u00e9s o\u00f9 Ella interagit successivement avec l\u2019un ou l\u2019autre des quatre personnages. Chaque s\u00e9quence constitue un cadre di\u00e9g\u00e9tique distinct que l\u2019auteure sp\u00e9cifie \u00e0 l\u2019aide d\u2019indications temporelles&nbsp;: AVANT-HIER, HIER, AUJOURD\u2019HUI, DEMAIN, et APRES-DEMAIN. Le lecteur passe ainsi d\u2019un lieu \u00e0 l\u2019autre, d\u2019un \u00e2ge \u00e0 l\u2019autre des personnages sans transition. Afin de renforcer le caract\u00e8re s\u00e9quenc\u00e9 de cette pi\u00e8ce, l\u2019auteure choisit le titre <em>Patch <\/em>rappelant l\u2019art du patchwork&nbsp;; une technique de couture consistant \u00e0 accoler plusieurs morceaux de tissus de couleurs et de formes diff\u00e9rentes. En employant cette structure, Emmanuelle Delle Piane parvient \u00e0 peindre le portrait cubiste de cette famille recompos\u00e9e. Mais le patch \u00e9voque avant tout une d\u00e9chirure que l\u2019on comblerait par l\u2019adjonction d\u2019un pansement ou d\u2019une pi\u00e8ce de tissu rapport\u00e9e, rappelant la volont\u00e9 d\u2019Ella de panser le traumatisme paternel. Ce choix stylistique plac\u00e9 sous le signe du d\u00e9mant\u00e8lement, de la fragmentation et de la reconstruction, r\u00e9pond parfaitement au sujet de pi\u00e8ce. Le lecteur, quant \u00e0 lui, doit fournir un effort de reconstruction afin de d\u00e9coder pas \u00e0 pas le d\u00e9roulement chronologique des \u00e9v\u00e9nements.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les s\u00e9quences dialogu\u00e9es, l\u2019auteure fait le choix de ne pas indiquer les didascalies d\u2019attribution, \u00e0 l\u2019exception de la premi\u00e8re et de la derni\u00e8re sc\u00e8ne, dans une volont\u00e9 d\u2019offrir au lecteur une transition vers ce format \u00e9pur\u00e9. La d\u00e9cision de ne pas mentionner le nom des locuteurs devant chaque r\u00e9plique \u2013 bien que ceux-ci soient indiqu\u00e9s dans la didascalie initiale de chaque s\u00e9quence di\u00e9g\u00e9tique \u2013 conf\u00e8re aux dialogues une existence presque tangible. Le texte all\u00e9g\u00e9 de ces indications, ainsi que de la plupart des signes de ponctuation, coule, claque et r\u00e9sonne \u00e0 la lecture, participant au r\u00e9alisme de cette cr\u00e9ation. V\u00e9ritable exercice d\u2019\u00e9puration stylistique, <em>Patch<\/em> cherche \u00e0 exprimer l\u2019essentiel de cette fiction familiale et touche par la simplicit\u00e9 et la force du vocabulaire utilis\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Portant des noms courts aux sonorit\u00e9s enfantines facilement m\u00e9morisables, les protagonistes apparaissent comme des pions solitaires. Dans cette famille rat\u00e9e, les pi\u00e8ces individuelles du puzzle peinent \u00e0 s\u2019imbriquer. Au fil de la pi\u00e8ce, leurs contours s\u2019entrechoquent, se frottent et se blessent renfor\u00e7ant l\u2019absurdit\u00e9 de l\u2019union familiale. Egocentriques, r\u00eavant de c\u00e9l\u00e9brit\u00e9, de richesse et de perfection, Pico, D\u00e9mi et Ma, rendent l\u2019utopie d\u2019une fusion familiale irr\u00e9alisable. La pi\u00e8ce, dans laquelle r\u00e9sonne une pointe de cynisme, pousse \u00e0 se demander&nbsp;si le mod\u00e8le familial reste encore concevable avec l\u2019individualisme dominant de la soci\u00e9t\u00e9 actuelle. Une pi\u00e8ce touchante que l\u2019on a h\u00e2te de d\u00e9couvrir sur les planches&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>D\u00e9cembre 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/margaux-farron\/\">Margaux Farron<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/lecourrier.ch\/2019\/06\/23\/patch\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pi\u00e8ce d\u2019Emanuelle Delle Piane \/ Critique par Margaux Farron.<\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":14076,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38],"tags":[223],"class_list":["post-14079","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","tag-margaux-farron"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14079","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=14079"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14079\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":22853,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14079\/revisions\/22853"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/14076"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=14079"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=14079"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=14079"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}