{"id":14059,"date":"2019-12-18T22:37:26","date_gmt":"2019-12-18T21:37:26","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=14059"},"modified":"2025-02-09T16:21:39","modified_gmt":"2025-02-09T15:21:39","slug":"faut-il-tuer-loeuf-dans-la-poule","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/12\/faut-il-tuer-loeuf-dans-la-poule\/","title":{"rendered":"Et si tu n&rsquo;existais pas, dis moi pourquoi j&rsquo;existerais?"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Et si tu n&rsquo;existais pas, dis moi pourquoi j&rsquo;existerais?<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">De Pauline Epiney \/ Critique par Monique Kountangni. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>D\u00e9cembre 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/monique-kountangni\/\">Monique Kountangni<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/12\/entretien-avec-pauline-epiney\/\">Entretien avec Pauline Epiney<\/a><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Faut-il tuer l\u2019\u0153uf dans la poule ?<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image wp-image-14055 size-medium\">\n<figure class=\"alignleft\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"133\" height=\"200\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/12\/Photo-Pauline-EPINEY-133x200.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-14055\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/12\/Photo-Pauline-EPINEY-133x200.jpeg 133w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/12\/Photo-Pauline-EPINEY-113x170.jpeg 113w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/12\/Photo-Pauline-EPINEY.jpeg 213w\" sizes=\"auto, (max-width: 133px) 100vw, 133px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Carlotta Forsberg<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Un titre qui vous greffe une m\u00e9lodie en t\u00eate et vous voil\u00e0 embarqu\u00e9.e par l\u2019autrice Pauline Epiney dans un univers. Celui de Fabienne. Aga\u00e7ante. Et celui d\u2019autres femmes dont l\u2019apparente \u2013 et n\u00e9anmoins choquante \u2013 banalit\u00e9 des propos nous confronte, \u00e0 travers un langage cru ici, po\u00e9tique ailleurs, \u00e0 la violence des injonctions genr\u00e9es que l\u2019on finit par s\u2019auto-approprier. Clich\u00e9s et tabous s\u2019embo\u00eetent le pas pour une danse d\u00e9tonante. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p>***********<\/p>\n\n\n\n<p><em>Je crois que la po\u00e9sie est quelque chose qu\u2019on sent, et si vous ne sentez pas la po\u00e9sie, la beaut\u00e9 d\u2019un texte, si un r\u00e9cit ne vous donne pas l\u2019envie de savoir ce qui s\u2019est pass\u00e9 ensuite, c\u2019est que l\u2019auteur n\u2019a pas \u00e9crit pour vous, <\/em>soutenait Jorge Luis Borges dans une conf\u00e9rence de 1985.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour qui, pourquoi Pauline Epiney a-t-elle \u00e9crit ce texte ? Pour les femmes, peut-\u00eatre, au nom d\u2019un sentiment intime qu\u2019elles partagent universellement. \u00c0 moins que ce ne soit pour \u00e9clairer \u00ab l\u2019autre sexe \u00bb sur ce que ressentent les femmes. Dans une d\u00e9marche proche de celle du collectif \u00ab Tu es la s\u0153ur que je choisis \u00bb, dont le recueil de textes paru r\u00e9cemment aux \u00c9ditions d\u2019en bas d\u00e9nonce les violences sociales que subissent les femmes, Pauline Epiney est pr\u00e9occup\u00e9e depuis longtemps par toutes les probl\u00e9matiques f\u00e9ministes et les questions de genre. Elle s\u2019est d\u2019abord pench\u00e9e, dans son premier spectacle (<em>Kate)<\/em>, sur les repr\u00e9sentations du corps f\u00e9minin. Ses questionnements l\u2019ont men\u00e9e ensuite vers la maternit\u00e9 et toutes les injonctions sociales, conscientes et inconscientes, qui y sont associ\u00e9es. C\u2019est en orchestrant des rencontres avec une vingtaine de femmes d\u2019horizons divers qu\u2019elle a pos\u00e9 les premiers jalons de la pi\u00e8ce <em>Et si tu n\u2019existais pas, dis-moi pourquoi j\u2019existerais<\/em>. Touch\u00e9e par ce besoin des femmes de se raconter, elle a pris la mesure de la n\u00e9cessit\u00e9, encore aujourd\u2019hui, de (se) mettre en mots. De mani\u00e8re instinctive, elle a chemin\u00e9 avec les t\u00e9moignages avant \u00ab&nbsp;d\u2019accoucher&nbsp;\u00bb de cette \u00ab&nbsp;fiction document\u00e9e&nbsp;\u00bb, un texte-mat\u00e9riau touffu, charg\u00e9, construit en quatorze s\u00e9quences o\u00f9 s\u2019entrem\u00ealent monologues, vrais\/faux dialogues, adresses au lecteur\/public et mises en abyme.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019&nbsp;\u00ab&nbsp;introduction&nbsp;\u00bb, selon le terme que porte le titre de la premi\u00e8re s\u00e9quence (\u00ab&nbsp;Introduction ou le paradoxe ill\u00e9gitime&nbsp;\u00bb), est port\u00e9e par une voix f\u00e9minine&nbsp;qui \u00ab&nbsp;cherche une r\u00e9ponse&nbsp;\u00bb. Elle d\u00e9cide pour ce faire de se mettre \u00e0 nu devant le lecteur\/public qu\u2019elle apostrophe, comme pour lui signifier qu\u2019elle lui refuse le confortable statut de voyeur invisible. Elle d\u00e9voile, au passage, le statut th\u00e9rapeutique du projet et pr\u00e9sente Fabienne, sa premi\u00e8re poup\u00e9e, personnage cl\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;probablement que c\u2019est elle qui tire les ficelles du spectacle&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, Fabienne, d\u00e8s la deuxi\u00e8me s\u00e9quence, parle (beaucoup). Fabienne chante et danse. Fabienne se prend pour sa <em>persona<\/em>. Son masque finit par lui coller \u00e0 la peau. Elle occupe la sc\u00e8ne, qu\u2019elle s\u2019accapare, malmenant sans m\u00e9nagement ses cons\u0153urs. Ses interventions outranci\u00e8res sont entrecoup\u00e9es par celles de cette premi\u00e8re voix qui se mue, au fur et \u00e0 mesure, en de multiples voix f\u00e9minines. Elles parlent vrai\/cash\/trash&nbsp;! De clich\u00e9s en contrepieds d\u00e9licieusement percutants (enfanter consiste \u00e0 (se) donner la mort), les voix oscillent entre une vision extr\u00eame (la maternit\u00e9 c\u2019est tout&nbsp;donner et perdre sa vie) et une approche tout en nuances, qui exprime la dualit\u00e9 en chaque femme (c\u2019est le \u00ab&nbsp;paradoxe ill\u00e9gitime&nbsp;\u00bb). Les voix savent le poids de la transmission \u2013 m\u00e9taphoriquement pr\u00e9sent\u00e9 sous la forme d\u2019un gros sac que tire difficilement Fabienne \u2013 mais aspirent aussi \u00e0 se r\u00e9inventer en instaurant peut-\u00eatre de nouvelles r\u00e8gles du jeu social. Cette r\u00e9invention possible, c\u2019est aussi celle du texte lui-m\u00eame&nbsp;: l\u2019autrice explique dans une note liminaire qu\u2019elle souhaite laisser une (presque) totale libert\u00e9 \u00e0 tout.e metteur.euse en sc\u00e8ne d\u2019interpr\u00e9ter le texte et ses rares didascalies comme \u00ab&nbsp;des suppositions \u00e9mises&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lieu dans lequel se d\u00e9ploient toutes ces voix f\u00e9minines est domin\u00e9 par Fabienne, omnipr\u00e9sente entre chaque s\u00e9quence consacr\u00e9e \u00e0 d\u2019autres femmes. Ce lieu est ind\u00e9termin\u00e9, ce qui permet d\u2019y d\u00e9poser des exp\u00e9riences intimes et famili\u00e8res pour de nombreuses femmes. Une sorte de cercle de femmes virtuel o\u00f9 chacune vient se d\u00e9faire du poids des histoires transmises par les g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9c\u00e9dentes. Le passage des voix f\u00e9minines \u00e0 la parole \u2013 comme celui du texte, potentiellement, \u00e0 la sc\u00e8ne \u2013 a bien ici une vertu de r\u00e9paration et de r\u00e9invention. Fabienne elle-m\u00eame, apr\u00e8s avoir incarn\u00e9 l\u2019artificialit\u00e9, semble c\u00e9der \u00e0 cet \u00e9lan lorsque, bless\u00e9e, elle finit par d\u00e9poser les armes pour se d\u00e9voiler sinc\u00e8rement. On d\u00e9couvre alors la profondeur de ses blessures int\u00e9rieures, qui font \u00e9cho \u00e0 celles des autres femmes. Fabienne est, enfin, touchante. On assiste alors impuissant.e \u00e0 la chute et au renoncement \u00e0 poursuivre un processus d\u2019enfantement, qui n\u2019appara\u00eet plus que comme la perp\u00e9tuation d\u2019une tragique lign\u00e9e biologique. On est loin de l\u2019univers o\u00f9 les princes charmants viendraient sauver les femmes. D\u2019ailleurs, les hommes \u00e9voqu\u00e9s ne sont que des bourreaux ou des victimes, absentes et passives, d\u00e9poss\u00e9d\u00e9es de leur pouvoir de d\u00e9cision.<\/p>\n\n\n\n<p>Souhaitons que l\u2019invitation \u00e0 la libert\u00e9 puisse \u00eatre entendue puis ressentie par le plus grand nombre et nous aider chacun.e \u00e0 notre mani\u00e8re \u00e0 nous choisir, avec conviction, dans la maternit\u00e9 ou ailleurs. Le refus d\u2019enfant est-il vraiment l\u2019unique voie pour se lib\u00e9rer d\u2019une lign\u00e9e tragique&nbsp;? La proposition de Pauline Epiney attise l\u2019envie de l\u2019inviter \u00e0 explorer un autre prolongement, aussi hypoth\u00e9tique soit-il, car \u00ab&nbsp;Un po\u00e8me et tout recommence. L\u2019espoir, l\u2019avenir&nbsp;\u00bb comme le dit merveilleusement l\u2019une des voix du texte.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>D\u00e9cembre 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/monique-kountangni\/\">Monique Kountangni<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/lecourrier.ch\/2019\/07\/22\/et-si-tu-nexistais-pas-dis-moi-pour-qui-jexisterais\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De Pauline Epiney \/ Critique par Monique Kountangni.<\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":14055,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38],"tags":[225],"class_list":["post-14059","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","tag-monique-kountangni"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14059","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=14059"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14059\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":22102,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14059\/revisions\/22102"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/14055"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=14059"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=14059"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=14059"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}