{"id":14054,"date":"2019-12-18T22:41:11","date_gmt":"2019-12-18T21:41:11","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=14054"},"modified":"2025-02-10T12:14:10","modified_gmt":"2025-02-10T11:14:10","slug":"entretien-avec-pauline-epiney","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/12\/entretien-avec-pauline-epiney\/","title":{"rendered":"Entretien avec Pauline Epiney\u00a0"},"content":{"rendered":"<p>Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/monique-kountangni\/\">Monique Kountangni<\/a><\/p>\n<p>Un entretien autour de la pi\u00e8ce <em>Et si tu n\u2019existais pas, dis-moi pour qui j\u2019existerais ?\u00a0<\/em>\/ De Pauline Epiney \/ Le 13 novembre 2019 \/ <a href=\"https:\/\/lecourrier.ch\/2019\/07\/22\/et-si-tu-nexistais-pas-dis-moi-pour-qui-jexisterais\/\">Plus d&rsquo;infos<\/a><\/p>\n<ul>\n<li>\n<figure id=\"attachment_14055\" aria-describedby=\"caption-attachment-14055\" style=\"width: 133px\" class=\"wp-caption alignright\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-14055\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/12\/Photo-Pauline-EPINEY-133x200.jpeg\" alt=\"\" width=\"133\" height=\"200\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/12\/Photo-Pauline-EPINEY-133x200.jpeg 133w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/12\/Photo-Pauline-EPINEY-113x170.jpeg 113w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/12\/Photo-Pauline-EPINEY.jpeg 213w\" sizes=\"auto, (max-width: 133px) 100vw, 133px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-14055\" class=\"wp-caption-text\">\u00a9 Carlotta Forsberg<\/figcaption><\/figure>\n<p><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/12\/faut-il-tuer-loeuf-dans-la-poule\/\">Critique sur <em>Et si tu n\u2019existais pas, dis-moi pour qui j\u2019existerais ?<\/em><\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p>Vue sur le lac, au coin d\u2019une chemin\u00e9e, dans le salon d\u2019un palace lausannois.<\/p>\n<p><strong>Monique Kountangni, pour l\u2019Atelier critique (MK). <\/strong>Votre texte m\u2019a sembl\u00e9 une invitation \u00e0 la libert\u00e9, y compris dans le minimalisme extr\u00eame des didascalies. Ne craignez-vous pas d\u2019en perdre le contr\u00f4le ?<\/p>\n<p><strong>Pauline Epiney. <\/strong>C\u2019est une question que je me suis pos\u00e9e et puis j\u2019ai eu envie justement de perdre le contr\u00f4le du texte. De voir ce que cela peut donner si quelqu\u2019un s\u2019en empare et y projette son univers. Je n\u2019avais pas envie de trop cloisonner. J\u2019avais envie que le spectacle puisse prendre une autre dimension gr\u00e2ce \u00e0 la personnalit\u00e9 du metteur en sc\u00e8ne. J\u2019ai vraiment ce d\u00e9sir profond de laisser cette libert\u00e9 \u00e0 chacun, lecteur inclus, d\u2019imaginer les choses \u00e0 sa mani\u00e8re.<\/p>\n<p><strong>MK<\/strong> : Je n\u2019ai pu m\u2019emp\u00eacher de faire un parall\u00e8le entre votre texte et la d\u00e9marche du Collectif \u00ab Tu es la s\u0153ur que je choisis \u00bb [NDLR : textes po\u00e9tiques litt\u00e9raires ; ce titre \u00e9voque la sororit\u00e9 et l\u2019entraide entre femmes] dont le recueil, co-\u00e9dit\u00e9 par <em>Le Courrier<\/em> est paru il y a peu. Quelle est la gen\u00e8se de votre texte, ant\u00e9rieur je crois, \u00e0 celui du Collectif\u00a0?<\/p>\n<p><strong>PE<\/strong> : Depuis presque 10 ans, je suis pr\u00e9occup\u00e9e\u200b par les probl\u00e9matiques f\u00e9ministes et les questions de genre. Ce sont des th\u00e9matiques qui me sont ch\u00e8res et qui sont pr\u00e9sentes depuis longtemps dans mon travail. Je trouve qu\u2019il y a tellement de choses \u00e0 dire, \u00e0 changer et \u00e0 am\u00e9liorer par rapport aux discriminations et aux violences envers les femmes. J\u2019ai fait un premier spectacle [NDLR <em>Kate<\/em>] consacr\u00e9 aux repr\u00e9sentations du corps des femmes. Par la suite, la maternit\u00e9, \u200bqui peut \u00eatre une forme d\u2019\u200binjonction suppl\u00e9mentaire faite aux femmes, m\u2019a beaucoup interrog\u00e9e. Je suis partie de mes propres questionnements et j\u2019ai ressenti le besoin de recueillir des t\u00e9moignages de femmes. Beaucoup de femmes se sont manifest\u00e9es et j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 d\u2019en rencontrer une vingtaine. Touch\u00e9e par toutes ces femmes, de milieux diff\u00e9rents, qui avaient ce besoin de faire part de leur histoire, j\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 quel point \u200bil \u00e9tait n\u00e9cessaire de traiter ce sujet. Ensuite, j\u2019ai laiss\u00e9\u0301 les t\u00e9moignages descendre en moi pour partir des \u00e9motions qu\u2019ils m\u2019ont procur\u00e9es. Je suis all\u00e9e de mani\u00e8re instinctive dans l\u2019\u00e9criture.<\/p>\n<p><strong>MK <\/strong>: C\u2019est un peu une \u00ab\u00a0fiction documentaire\u00a0\u00bb\u00a0? Ou plut\u00f4t une \u00ab\u00a0fiction document\u00e9e\u00a0\u00bb\u00a0?<\/p>\n<p><strong>PE<\/strong> : Au final, je n\u2019ai pas repris les t\u00e9moignages tels quels. J\u2019ai gard\u00e9 le c\u00f4t\u00e9 <em>trash<\/em> de certaines situations, dont on parle moins et qui m\u2019ont boulevers\u00e9e, pour les faire appara\u00eetre a\u0300 ma mani\u00e8re dans le texte\u200b.<\/p>\n<p><strong>MK <\/strong>: En quoi cet \u00ab\u00a0accouchement dramatique\u00a0\u00bb correspond-il \u00e0 ce que vous aviez imagin\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p><strong>PE<\/strong> : C\u2019est compliqu\u00e9 de r\u00e9pondre \u00e0 cette question. J\u2019avais d\u2019abord imagin\u00e9 \u00e9crire cinq monologues. On retrouve d\u2019ailleurs des formes de monologues dans le texte\u200b. J\u2019ai gard\u00e9 cette premi\u00e8re id\u00e9e et je l\u2019ai transform\u00e9e en quelque chose de moins formel. J\u2019avais envie qu\u2019il y ait une sorte de puissance \u00e9motionnelle, quelque chose de fort qui vienne percuter les gens. En dehors de la th\u00e9matique de la maternit\u00e9, c\u2019\u00e9tait tr\u00e8s clair que je voulais des paroles qui surgissent. \u200bJe ne voulais pas \u00e9crire une pi\u00e8ce classique avec des dialogues, une histoire continue avec un protagoniste d\u00e9fini et un d\u00e9but et une fin. J\u2019ai aussi pens\u00e9 \u00e0 un ch\u0153ur de femmes. Le texte final\u200b va dans le sens de ces envies de d\u00e9part, m\u00eame s\u2019il s\u2019est d\u00e9fini au fur et a\u0300 mesure de mon travail d\u2019\u00e9criture. Je me suis appuy\u00e9e sur mes premiers instincts pour \u00e9crire et j\u2019ai eu la chance de b\u00e9n\u00e9ficier dans le cadre de TEXTES-en-SC\u00c8NES, des conseils de professionnels (dramaturge et autrice) exp\u00e9riment\u00e9s et compl\u00e9mentaires.<\/p>\n<p><strong>MK<\/strong> : Vous aviez probablement imagin\u00e9 \u00ab\u00a0votre b\u00e9b\u00e9\u00a0\u00bb. En quoi vous a-t-il surpris en pointant le bout de son nez\u00a0?<\/p>\n<p><strong>PE<\/strong> : Ma mani\u00e8re d\u2019\u00e9crire est toujours un cheminement. Je suis plut\u00f4t du genre\u200b \u00e0 me laisser traverser par ce qui vient avant de voir ce que j\u2019en fais. La th\u00e9matique se m\u00eale avec mes tripes. Je ne suis donc pas surprise par le r\u00e9sultat final parce que mon travail a \u00e9volu\u00e9 en m\u00eame temps que l\u2019\u00e9criture de ce texte.<\/p>\n<p><strong>MK : <\/strong>Quelle place occupe cette cr\u00e9ation dans votre \u0153uvre\u00a0?<\/p>\n<p><strong>PE<\/strong> : J\u2019ai l\u2019impression que c\u2019est le texte le plus abouti, dans la forme et la dramaturgie, \u200bque j\u2019ai \u00e9crit jusqu\u2019ici. Il est important parce que j\u2019y ai mis beaucoup de moi. C\u2019est quand m\u00eame aussi une sorte de mise \u00e0 nu. Cela me tient tr\u00e8s \u00e0 c\u0153ur. J\u2019ai vraiment envie de produire un spectacle et d\u2019aller le plus loin possible avec ce texte.<\/p>\n<p><strong>MK : <\/strong>Est-ce qu\u2019une mise en sc\u00e8ne prochaine est pr\u00e9vue\u00a0?<\/p>\n<p><strong>PE<\/strong> : \u00c0 ce jour, il n\u2019y a pas encore eu de v\u00e9ritable d\u00e9cision. On verra ce qui va advenir. Une seule certitude : je vais tout faire pour qu\u2019un spectacle soit monte\u0301.<\/p>\n<p><strong>MK : <\/strong>Quel(s) type(s) de retours avez-vous eu(s) sur votre texte depuis sa naissance\u00a0ou depuis sa parution (extrait) dans <em>Le Courrier<\/em> le 22 juillet 2019\u00a0?<\/p>\n<p><strong>PE : <\/strong>Il y a eu une lecture publique d\u2019un extrait \u00e0 la Com\u00e9die de Gen\u00e8ve en juin. Les personnes pr\u00e9sentes avec lesquelles j\u2019ai pu \u00e9changer ont exprim\u00e9 avoir \u00e9t\u00e9 touch\u00e9es par le texte. \u200b J\u2019ai fait des lectures dans d\u2019autres contextes. J\u2019ai eu des retours puissants. J\u2019ai pu constater que le texte suscite de fortes \u00e9motions et \u00e7a fait plaisir.<strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>MK<\/strong> : Le \u00ab f\u00e9minin \u00bb \/ \u00ab La femme \u00bb, la repr\u00e9sentation du corps des femmes ou plus largement le questionnement des postures li\u00e9es au \u00ab genre \u00bb semblent \u00eatre vos sujets de pr\u00e9dilection. En quoi ce texte est-il diff\u00e9rent de vos pr\u00e9c\u00e9dentes cr\u00e9ations ?<\/p>\n<p><strong>PE<\/strong> : Je pense qu\u2019il est diff\u00e9rent car plus touffu et charg\u00e9. Il est plus construit et parle de diff\u00e9rentes facettes de violence. <em>Iris et moi<\/em> \u00e9tait plut\u00f4t une d\u00e9marche personnelle avec une mise en parall\u00e8le de ma relation amoureuse avec celle d\u2019Iris von Roten (f\u00e9ministe suisse al\u00e9manique, auteure de <em>Frauen im Laufgitter<\/em> [<em>Femmes dans un parc a\u0300 b\u00e9b\u00e9\u0301<\/em>] paru en 1958). Ici, c\u2019est un texte plus sombre, plus dur, plus radical et moins joyeux m\u00eame s\u2019il y a quand m\u00eame un peu d\u2019humour.<\/p>\n<p><strong>MK<\/strong> : En quoi le paradoxe est-il \u00ab ill\u00e9gitime \u00bb ?<\/p>\n<p><strong>PE<\/strong> : Le paradoxe dans le texte, c\u2019est cette voix qui fait entendre une contradiction, elle ne sait pas si elle veut ou pas \u00eatre m\u00e8re, un coup oui, un coup non. Cette expression est venue de ma sensation que cette h\u00e9sitation constante est souvent per\u00e7ue comme pas tout a\u0300 fait normale et qu\u2019en tant que femme, on est cens\u00e9e avoir ce soi-disant \u00ab instinct maternel \u00bb. \u200b \u200bSi tu as plus de trente ans et que tu es en couple, tu dois faire un enfant sinon tu n\u2019es pas tout a\u0300 fait normale. \u200b \u200bC\u2019est pour cela que je parle d\u2019ill\u00e9gitimit\u00e9. Si une femme ne veut pas \u00eatre m\u00e8re ou n\u2019aime pas son r\u00f4le de m\u00e8re, c\u2019est comme si elle n\u2019a pas le \u00ab droit \u00bb de le dire.<\/p>\n<p><strong>MK<\/strong> : Pour vous, qu\u2019est-ce que l\u2019essence m\u00eame de la f\u00e9minit\u00e9 ?<\/p>\n<p><strong>PE<\/strong> : Je pense qu\u2019elle n\u2019existe pas et qu\u2019il s\u2019agit surtout d\u2019une construction sociale et culturelle. A\u0300 ce propos, je pourrais citer <em>La Domination masculine<\/em> dePierre Bourdieu, Simone de Beauvoir, Judith Butler ou Paul B. Preciado, qui \u00e9voquent tous cette id\u00e9e. J\u2019ai envie de croire que l\u2019on peut \u00eatre tout ce qu\u2019on veut ind\u00e9pendamment de notre sexe\u200b. Malheureusement, nous sommes conditionn\u00e9s par le monde autour de nous et il est difficile d\u2019\u00e9chapper compl\u00e8tement au syst\u00e8me binaire dans lequel nous \u00e9voluons. Pour moi, il n\u2019y a donc pas d\u2019\u00ab\u00a0essence f\u00e9minine\u00a0\u00bb m\u00eame si je suis imbib\u00e9e de toutes les repr\u00e9sentations avec lesquelles j\u2019ai grandi. Ce n\u2019est pas facile mais j\u2019aimerais casser ces codes et c\u2019est aussi un peu pour cela que j\u2019\u00e9cris.<\/p>\n<p><strong>MK<\/strong> : Quelque chose m\u2019intrigue : il y a neuf occurrences du mot \u00ab cheveu \u00bb dans le texte. Peut-on parler, toute proportion gard\u00e9e, de fascination (peut-\u00eatre) inconsciente du cheveu ?<\/p>\n<p><strong>PE : <\/strong>C\u2019est s\u00fbrement un peu inconscient, effectivement. Ce sont aussi des souvenirs qui ont habit\u00e9 mon enfance (caresses dans les cheveux, odeurs de cheveux, etc.). C\u2019est peut-\u00eatre pour cela que \u00e7a ressort. Je n\u2019ai pas intellectualis\u00e9 cet \u00e9l\u00e9ment plus que \u00e7a.<\/p>\n<p><strong>MK : <\/strong>Dans votre texte, l\u2019existence de Dieu ne semble pas questionn\u00e9e. Curieux pour quelqu\u2019un (le personnage) qui se pose tant de questions et est dans une qu\u00eate de r\u00e9ponses. Cela soul\u00e8ve une question chez moi\u00a0: quel est votre Dieu\u00a0?<\/p>\n<p><strong>PE<\/strong> : Je suis ath\u00e9e\u200b. \u200bQuand j\u2019y pense, je peux imaginer une \u00e9nergie sup\u00e9rieure ou inconnue que je ne peux\/veux nommer ou qui pourrait simplement \u00eatre la nature qui m\u2019entoure. \u200bLe Dieu dans \u200ble texte est en quelque sorte une m\u00e9taphore\u200b de la soci\u00e9t\u00e9\u0301, de la religion qui a conditionne\u0301 \u200bles mentalit\u00e9s et \u200bfait beaucoup de d\u00e9g\u00e2ts sur la perception du corps et de la sexualit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>MK : <\/strong>Il me semble qu\u2019il y a un glissement d\u2019injonctions ext\u00e9rieures vers des injonctions int\u00e9rieures. C\u2019est choquant de constater \u00e0 quel point ces derni\u00e8res sont encore plus violentes et meurtri\u00e8res que les premi\u00e8res. \u00c9tait-ce ce que vous vouliez exprimer\u00a0?<\/p>\n<p><strong>PE<\/strong> : Oui, on est souvent amen\u00e9\u0301 a\u0300 se conformer et a\u0300 se juger soi-m\u00eame en fonction de la norme. J\u2019avais envie que ce soit violent parce que c\u2019est une chose violente. \u200b \u200bJe voulais que \u00e7a \u00e9branle. \u200bApr\u00e8s il aura forc\u00e9ment des gens qui seront touch\u00e9s et d\u2019autres pas.<\/p>\n<p><strong>MK<\/strong> : Pourquoi 14 s\u00e9quences ?<\/p>\n<p><strong>PE<\/strong> : C\u2019est compl\u00e8tement un hasard. J\u2019ai r\u00e9fl\u00e9chi en termes de dur\u00e9e du texte. Je ne voulais pas que ce soit trop long ni trop court. Je cherchais un bon <em>timing<\/em> au niveau global. Cela s\u2019est construit au fur et a\u0300 mesure de l\u2019\u00e9criture et de comment j\u2019ai agence\u0301 les choses. Pour chacune des s\u00e9quences, l\u2019\u00e9criture part d\u2019un autre endroit, d\u2019une autre \u00e9motion.<\/p>\n<p><strong>MK :<\/strong>\u00a0O\u00f9 sont les hommes, finalement\u00a0?<\/p>\n<p><strong>PE : <\/strong>Je suis surprise que quand on \u00e9crit sur les femmes, on questionne toujours ou\u0300 sont les hommes, comme si on ne pouvait pas parler uniquement des femmes. J\u2019ai volontairement choisi de ne pas inscrire de figures masculines actives dans le texte. Le p\u00e8re, le conjoint, les ex-partenaires sont \u00e9voqu\u00e9s mais toujours a\u0300 travers la perception d\u2019une figure de femme. Ce qui \u00e9tait important pour moi, c\u2019\u00e9tait de mettre au centre la femme et son corps et donc les injonctions et les violences faites face a\u0300 son corps. Mais le fait qu\u2019il ne soit pas la\u0300 induit aussi qu\u2019on y pense. Il est alors pr\u00e9sent de mani\u00e8re indirecte et c\u2019est cette ambigu\u00eft\u00e9\u0301 qui me plaisait. J\u2019aime l\u2019id\u00e9e que dans le texte, les figures d\u2019homme \u00e9voqu\u00e9es soient un peu vagues et que chacun\u00b7e puisse projeter qui il ou elle veut dessus.<\/p>\n<p><strong>MK : <\/strong>Ma question, c\u2019est plut\u00f4t : comment sort-on du binaire tout en \u00e9tant dans l\u2019inclusion ? Qu\u2019est-ce qu\u2019on (r\u00e9)invente ?<\/p>\n<p><strong>PE : <\/strong>Avec cette pi\u00e8ce, \u200b j\u2019avais envie de parler de notre soci\u00e9t\u00e9\u0301 actuelle \u200b(genre\u0301e homme\/femme), celle aussi dans laquelle je me suis construite, \u200bavec les tabous et les violences \u200bfaites a\u0300 l\u2019\u00e9gard des femmes et que j\u2019ai moi-m\u00eame subies\u200b. \u200bComme le dit si bien Caroline Dayer, \u200b je \u200bpense qu\u2019il est n\u00e9cessaire \u200bde mettre sur le devant le groupe de personnes que sont les femmes et ce qu\u2019elles vivent, pour faire bouger les mentalit\u00e9s \u200bet parvenir ainsi a\u0300 plus d\u2019\u00e9galit\u00e9\u0301. Sinon, pour sortir du binaire, tout est a\u0300 r\u00e9inventer : le langage, l\u2019\u00e9ducation, la m\u00e9decine, l\u2019histoire, tout.<\/p>\n<p><strong>MK : <\/strong>Pourquoi ce titre ?<\/p>\n<p><strong>PE : <\/strong>Il y a plusieurs raisons. D\u2019abord, \u200b ce \u200btitre fait r\u00e9f\u00e9rence a\u0300 une chanson de Joe Dassin et j\u200b\u2019adore la musique pop qui a berce\u0301 mon enfance. J\u2019en suis impr\u00e9gn\u00e9e. \u200bEt pour moi c\u2019est aussi un clin d\u2019\u0153il joyeux alors que le texte est sombre et dur. On peut aussi relier Fabienne (le seul personnage de la pi\u00e8ce) \u200b a\u0300 ce c\u00f4t\u00e9\u0301 pop et kitsch. Ensuite, le titre \u00e9voque l\u2019injonction a\u0300 la maternit\u00e9\u0301\u200b. Si tu n\u2019existais pas, pourrait \u00eatre \u00ab si je ne t\u2019avais pas donne\u0301 la vie alors pour qui j\u2019existerais ? \u00bb. Puisque le but de mon existence est cens\u00e9 \u00eatre d\u00e9fini par ma facult\u00e9\u0301 biologique \u00e0 donner la vie. \u00c7a pourrait aussi \u00eatre \u00ab si tu n\u2019existais pas alors je ne serais pas n\u00e9e \u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Monique Kountangni . <\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":14055,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[225],"class_list":["post-14054","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-entretien","tag-monique-kountangni"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14054","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=14054"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14054\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":22758,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14054\/revisions\/22758"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/14055"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=14054"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=14054"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=14054"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}