{"id":14025,"date":"2019-12-09T11:59:29","date_gmt":"2019-12-09T10:59:29","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=14025"},"modified":"2025-02-09T17:03:19","modified_gmt":"2025-02-09T16:03:19","slug":"orestes-in-mosul","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/12\/orestes-in-mosul\/","title":{"rendered":"Orestes in Mosul"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Orestes in Mosul<\/h2>\n\n\n\n<p>D\u2019apr\u00e8s Eschyle \/ Mise en sc\u00e8ne de Milo Rau \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ du 4 au 7 d\u00e9cembre 2019 \/ Critique par Emmanuel Jung.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">\u00ab Il faut une \u00e9ternit\u00e9 pour \u00e9trangler un \u00eatre humain \u00bb<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>7 d\u00e9cembre 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/emmanuel-jung\/\">Emmanuel Jung<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/12\/OrestesInMosul003-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-14023\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/12\/OrestesInMosul003-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/12\/OrestesInMosul003-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/12\/OrestesInMosul003-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/12\/OrestesInMosul003-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/12\/OrestesInMosul003-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/12\/OrestesInMosul003-624x416.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/12\/OrestesInMosul003.jpg 1800w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Fred Debrock<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Le Th\u00e9\u00e2tre de Vidy accueille pendant quatre soirs la derni\u00e8re cr\u00e9ation du metteur en sc\u00e8ne suisse Milo Rau. Choquant sous bien des aspects, ce spectacle m\u00eale le r\u00e9cit de son processus de cr\u00e9ation tout \u00e0 fait singulier \u00e0 une adaptation de l\u2019<\/em>Orestie<em>&nbsp;d\u2019Eschyle, trilogie tragique extr\u00eamement violente.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>En mars dernier, Milo Rau et son \u00e9quipe (dont plusieurs acteur\u00b7trice\u00b7s vivants en Europe dont deux d\u2019origine irakienne) sont partis \u00e0 Mossoul, ville occup\u00e9e par l\u2019Etat islamique de 2014 \u00e0 2017 et d\u00e9truite par les bombardements, pour jouer l\u2019<em>Orestie<\/em>&nbsp;d\u2019Eschyle. Sur place, l\u2019\u00e9quipe s\u2019est \u00e9largie : d\u2019autres acteur\u00b7trice\u00b7s, des musiciens, un photographe, tous et toutes mossouliotes, l\u2019ont rejointe. Si le metteur en sc\u00e8ne a choisi la trilogie d\u2019Eschyle, c\u2019est parce qu\u2019elle interroge divers motifs et notions en lien avec la situation irakienne&nbsp;: massacre, justice, loi du talion, vengeance, d\u00e9mocratie\u2026 Pourtant, lors de la repr\u00e9sentation, les acteurs et les actrices ne jouent que peu de sc\u00e8nes de la trag\u00e9die antique&nbsp;; Milo Rau refuse en effet toute adaptation litt\u00e9rale, comme l\u2019annonce le point 4 de son Manifeste de Gand (le metteur en sc\u00e8ne suisse est, on le rappelle, le directeur du NTGent, le Th\u00e9\u00e2tre national de Gand). Si un texte source est utilis\u00e9, \u00ab&nbsp;il ne peut pas d\u00e9passer plus de 20% du temps de la repr\u00e9sentation&nbsp;\u00bb. Ainsi,&nbsp;<em>Orestes in Mosul&nbsp;<\/em>se concentre davantage sur l\u2019explication de son processus de cr\u00e9ation et de production. Face au public, les com\u00e9dien\u00b7ne\u00b7s, l\u2019un\u00b7e apr\u00e8s l\u2019autre, racontent, expliquent, t\u00e9moignent du voyage en Irak. Ils et elles \u00e9voquent les rencontres, les r\u00e9p\u00e9tions au milieu des ruines, leur installation dans les bungalows d\u2019un complexe h\u00f4telier \u2013 dont l\u2019Etat islamique a tu\u00e9 nombre de clients durant l\u2019occupation de la ville et o\u00f9 sont film\u00e9s les meurtres d\u2019Egisthe et de Clytermnestre \u2013, leurs impressions, positions, sentiments. Sur sc\u00e8ne, un \u00e9cran permet de visualiser les t\u00e9moignages, les sc\u00e8nes jou\u00e9es \u00e0 Mossoul, ainsi que les r\u00e9cits des autres t\u00e9moins, c\u2019est-\u00e0-dire de la partie irakienne de l\u2019\u00e9quipe qui n\u2019a pas pu faire le voyage en Europe. Le dispositif sc\u00e9nique est par ailleurs fait pour r\u00e9duire la distance entre le public et l\u2019Irak, en simulant par exemple le proc\u00e9d\u00e9 du direct \u00e0 travers la vid\u00e9o.<\/p>\n\n\n\n<p>Lors de la toute premi\u00e8re sc\u00e8ne, Johan Leysen, com\u00e9dien belge, explique avoir \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 par Milo Rau \u00e0 jouer Agamemnon \u00e0 Mossoul. D\u2019un ami reporter de guerre, il re\u00e7oit alors un disque dur sur lequel se trouve un montage de s\u00e9quences d\u2019ex\u00e9cutions commises par l\u2019Etat islamique. Une de ces vid\u00e9os \u2013 qui ne sont \u00e9videmment pas projet\u00e9es sur sc\u00e8ne \u2013 montre le meurtre d\u2019une femme par strangulation. Johan Leysen dit la longueur de cette mise \u00e0 mort&nbsp;: \u00ab&nbsp;il faut une \u00e9ternit\u00e9 pour \u00e9trangler un \u00eatre humain&nbsp;\u00bb. Il faut voir&nbsp;<em>Orestes in Mosul&nbsp;<\/em>comme une entr\u00e9e dans cet intervalle temporel interminable, comme une tentative de repr\u00e9sentation de cette cruaut\u00e9 et de ses cons\u00e9quences, tentative qui est par ailleurs consciente de ses propres limites. Une lenteur effrayante et douloureuse se d\u00e9gage de tout le spectacle&nbsp;: on pense aux&nbsp;<em>travellings<\/em>&nbsp;r\u00e9alis\u00e9s dans une voiture qui circule au pas \u00e0 travers les rues d\u00e9truites de Mossoul, laissant au public le temps de consid\u00e9rer l\u2019an\u00e9antissement. On pense aux lents d\u00e9placements et mouvements des com\u00e9dien\u00b7ne\u00b7s sur sc\u00e8ne. On pense au retour incessant, comme une ritournelle, des notes de piano de la chanson&nbsp;<em>Mad world<\/em>&nbsp;du groupe Tears for Fears. Tuer quelqu\u2019un par strangulation \u2013 comme an\u00e9antir une population, une culture, une histoire \u2013, cela demande du temps, c\u2019est long, tr\u00e8s long, et toute cette violence, ce temps n\u00e9cessaire \u00e0 la mort, c\u2019est bien le temps du spectacle, qui nous appelle \u00e0&nbsp;<em>contempler<\/em>&nbsp;l\u2019horreur. De cette lenteur se d\u00e9gage toute la violence de la cr\u00e9ation.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans&nbsp;<em>La Reprise : Histoire(s) du th\u00e9\u00e2tre (I)<\/em>, autre spectacle de Milo Rau pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 Vidy en 2018, le metteur en sc\u00e8ne avait choisi de repr\u00e9senter directement sur sc\u00e8ne l\u2019assassinat de Ihsane Jafi, frapp\u00e9 \u00e0 mort en 2012 par quatre personnes en raison de son homosexualit\u00e9. Avec&nbsp;<em>Orestes in Mosul<\/em>, on s\u2019attendait \u00e0 une violence similaire sur les planches, mais ce n\u2019est pas le cas : la violence qui a touch\u00e9 Mossoul \u2013 sur le site de l\u2019antique Ninive \u2013 n\u2019est pas de l\u2019ordre du repr\u00e9sentable. C\u2019est en ce sens que le spectacle est conscient de ses limites autant que de son pouvoir&nbsp;: la plupart des sc\u00e8nes sanglantes pr\u00e9sent\u00e9es au public sont inspir\u00e9es d\u2019<em>Agamemnon<\/em>, des&nbsp;<em>Cho\u00e9phores<\/em>&nbsp;et des&nbsp;<em>Eum\u00e9nides<\/em>, sc\u00e8nes jou\u00e9es en Irak, parfois rejou\u00e9es en partie sur sc\u00e8ne et confront\u00e9es&nbsp;<em>via&nbsp;<\/em>la vid\u00e9o. La trilogie d\u2019Eschyle n\u2019est en r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019un d\u00e9tour, une m\u00e9diation, pour traduire l\u2019atrocit\u00e9 de la situation mossouliote.<\/p>\n\n\n\n<p>La lenteur prive&nbsp;<em>Orestes in Mosul&nbsp;<\/em>d\u2019un effet \u00ab coup de poing \u00bb dans l\u2019instantan\u00e9it\u00e9 de l\u2019horreur ; il s\u2019en d\u00e9gage plut\u00f4t une inexorable m\u00e9lancolie, comme si le spectacle, la troupe et le public se savaient submerg\u00e9s par les \u00e9v\u00e9nements. M\u00eame le premier point du Manifeste de Gand para\u00eet d\u00e9pass\u00e9 (\u00ab Il ne s\u2019agit plus seulement de repr\u00e9senter le monde. Il s\u2019agit de le changer \u00bb) : lorsqu\u2019une com\u00e9dienne irakienne demande \u00e0 ses concitoyen\u00b7ne\u00b7s de voter \u00e0 main lev\u00e9e, en choisissant soit le pardon soit la peine de mort pour les combattants de l\u2019Etat islamique, personne ne bouge, personne ne sait comment \u00e9chapper \u00e0 cette alternative. Cependant, rien ne pourra emp\u00eacher toutes les images, tous les mots exprimant le cauchemar de se faufiler et de s\u2019immiscer dans la conscience du public : ce qui fait la particularit\u00e9 de ce spectacle, c\u2019est qu\u2019il commence v\u00e9ritablement \u00e0 se jouer en nous apr\u00e8s coup, \u00e0 retardement, \u00e0 rebours.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>7 d\u00e9cembre 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/emmanuel-jung\/\">Emmanuel Jung<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/vidy.ch\/orestes-in-mosul\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u2019apr\u00e8s Eschyle \/ Mise en sc\u00e8ne de Milo Rau \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ du 4 au 7 d\u00e9cembre 2019 \/ Critique par Emmanuel Jung.<\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":14026,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,2],"tags":[226],"class_list":["post-14025","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-de-vidy","tag-emmanuel-jung"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14025","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=14025"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14025\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20619,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14025\/revisions\/20619"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/14026"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=14025"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=14025"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=14025"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}