{"id":13984,"date":"2019-12-02T14:12:39","date_gmt":"2019-12-02T13:12:39","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=13984"},"modified":"2025-02-09T17:04:18","modified_gmt":"2025-02-09T16:04:18","slug":"pieces-de-guerre-en-suisse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/12\/pieces-de-guerre-en-suisse\/","title":{"rendered":"Pi\u00e8ces de guerre en Suisse"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Pi\u00e8ces de guerre en Suisse<\/h2>\n\n\n<p>Texte d\u2019Antoinette Rychner \/ Conception et mise en sc\u00e8ne de Maya B\u00f6sch \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ du 15 au 22 novembre 2019 \/ Critique par Louise Philippossian.<\/p>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Dans la valse des opinions<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>22 novembre 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/louise-philippossian\/\">Louise Philippossian<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"700\" height=\"393\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/12\/10873875.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13982\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/12\/10873875.jpg 700w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/12\/10873875-300x168.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/12\/10873875-250x140.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/12\/10873875-624x350.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Laura Spozio<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>L\u2019autrice neuch\u00e2teloise Antoinette Rychner s\u2019associe \u00e0 la metteuse en sc\u00e8ne Maya B\u00f6sch pour pr\u00e9senter ses&nbsp;<\/em>Pi\u00e8ces de Guerre en Suisse<em>&nbsp;au Th\u00e9\u00e2tre de Vidy. Le spectacle propose une immersion dans l\u2019espace politique de la Suisse ; cet endroit o\u00f9 le monde discute pour \u00eatre (ou ne pas \u00eatre) d\u2019accord et o\u00f9 chacun\u00b7e semble aussi se contredire.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Hormis le titre, presque rien ne subsiste des trois&nbsp;<em>Pi\u00e8ces de guerre<\/em>&nbsp;du dramaturge anglais Edward Bond \u00e9crites entre 1983 et 1985 : aucune histoire qui engagerait des personnages dans un pays fictif mais trois parties compos\u00e9es de fragments sans protagonistes d\u00e9finis et se d\u00e9roulant en Suisse. Le spectacle&nbsp;<em>Pi\u00e8ces de guerre en Suisse<\/em>&nbsp;se destine pourtant, comme le cycle qui l\u2019inspire, \u00e0 cibler les failles du monde actuel. Le prisme d\u2019analyse n\u2019est plus la destruction nucl\u00e9aire, mais la Suisse telle qu\u2019elle se pr\u00e9sente : ni calme, ni agit\u00e9e, ni militante, ni soumise, mais multiple et contradictoire.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019association des mots \u00ab guerre \u00bb et \u00ab Suisse \u00bb est \u00e9trange, presque comique. Peut-\u00eatre s\u2019agit-il simplement de \u00ab petits morceaux \u00bb de guerre ? La r\u00e9action suscit\u00e9e par ce titre est r\u00e9v\u00e9latrice du contenu du spectacle : rien n\u2019est certain, tout n\u2019est qu\u2019opinion. Sous la forme de sayn\u00e8tes \u00e0 priori anodines (pr\u00e9sentant des locuteurs communs, extraits de situations quotidiennes), Antoinette Rychner traverse les th\u00e9matiques r\u00e9currentes de la sc\u00e8ne politique suisse et des discussions populaires. S\u2019ouvrant sur la question du r\u00e9tablissement de la peine de mort, objet d\u2019un d\u00e9bat entre voisins, les com\u00e9diennes et com\u00e9diens (sept au total, comme au Conseil f\u00e9d\u00e9ral) glissent d\u2019une sc\u00e8ne et d\u2019une incarnation \u00e0 l\u2019autre, apparaissant et disparaissant selon les besoins. Non d\u00e9sign\u00e9s, celles et ceux qui parlent par leur bouche n\u2019ont pas de nom ; le texte les d\u00e9signe par leur parole m\u00eame (\u00ab parce que moi je dis, les gros, s\u2019ils faisaient des efforts aussi \u00bb) et celles-ci sont mises en contraste avec des citations litt\u00e9raires ou scientifiques et des extraits de pages Wikip\u00e9dia. Que penser des \u00ab ennemis \u00bb de la Suisse et de ce qui fonde la normalit\u00e9 ? Du refoulement de nombreux Juifs durant la Seconde Guerre Mondiale et de l\u2019ambigu\u00eb politique migratoire europ\u00e9enne ? Cela fait mal d\u2019entendre certaines v\u00e9rit\u00e9s sur son propre pays, si respectueux des droits humains. L\u2019un des personnages se r\u00e9volte, car au fond, \u00ab on n\u2019est pas des m\u00e9chants, ni des hypocrites et encore moins des sales types \u00bb. Alors, comment se d\u00e9barrasser de sa culpabilit\u00e9 face aux trag\u00e9dies humaines relay\u00e9es par les m\u00e9dias et les r\u00e9seaux sociaux ? Par un travail d\u2019\u00e9criture et de mise en perspective tr\u00e8s pr\u00e9cis, Antoinette Rychner propose au spectateur un r\u00e9seau de fragments, sans volont\u00e9 d\u2019affirmer ou d\u2019imposer. En effet, la lucidit\u00e9 de l\u2019autrice sur sa propre r\u00e9alit\u00e9 interpr\u00e9tative (de mani\u00e8re assum\u00e9e : elle est de gauche) lui permet de mettre en forme des situations \u00e0 la fois ordinaires et g\u00e9n\u00e9rales. Sur le plateau, la coexistence de ces situations figure l\u2019espace politique n\u00e9cessaire \u00e0 toute d\u00e9mocratie.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019immersion au sein de cet espace se fait au moyen d\u2019une machine \u00e0 jouer constitu\u00e9e d\u2019un \u00e9chafaudage de praticables dispos\u00e9s en escaliers et de panneaux lumineux o\u00f9 d\u00e9file du texte (en particulier le titre des fragments). Comme les personnages, les situations sont variables : chaque praticable peut repr\u00e9senter le lieu d\u2019un morceau de vie, d\u2019un fragment de la mosa\u00efque politique de la Suisse. Sur la base de ce fonctionnement efficace, le spectacle \u00e9volue peu, ce qui peut parfois donner quelques longueurs car la partition textuelle semble rapidement se suffire \u00e0 elle-m\u00eame. Mais quelques belles id\u00e9es de jeu et de fortes images sont \u00e0 retenir, comme par exemple lorsqu\u2019\u00e0 fin du spectacle le dispositif sc\u00e9nique est enti\u00e8rement recouvert de parachutes extraits de sacs de l\u2019UNHCR. Le public, fatigu\u00e9 par la densit\u00e9 des discussions et perdu de ne plus savoir quoi penser ni quoi faire, se laisse emporter dans cet instant suspendu qui laisse la place au bruissement de la toile froiss\u00e9e, \u00e0 la po\u00e9sie du geste. Tent\u00e9 d\u2019interpr\u00e9ter une telle image dans la continuit\u00e9 du spectacle (\u00ab&nbsp;serait-ce la tentation de (se) cacher la mis\u00e8re du monde?&nbsp;\u00bb), il se laisse emmener plus loin par l\u2019histoire du dernier locuteur restant sur sc\u00e8ne&nbsp;: il fut un temps o\u00f9 tout \u00e9tait plus facile, aussi facile que de relier des points num\u00e9rot\u00e9s dans les livres de dessins pour enfants. Si le spectacle questionne la Suisse actuelle et ses contradictions, il semble r\u00e9v\u00e9ler aussi, entre les temps de la valse des opinions, une vaine qu\u00eate de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9. Une forme d\u2019unit\u00e9 peut-\u00eatre, entre consum\u00e9risme et nostalgie.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>22 novembre 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/louise-philippossian\/\">Louise Philippossian<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/vidy.ch\/pieces-de-guerre-en-suisse\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte d\u2019Antoinette Rychner \/ Conception et mise en sc\u00e8ne de Maya B\u00f6sch \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ du 15 au 22 novembre 2019 \/ Critique par Louise Philippossian.<\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":13985,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,2],"tags":[224],"class_list":["post-13984","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-de-vidy","tag-louise-philippossian"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13984","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13984"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13984\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20286,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13984\/revisions\/20286"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/13985"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13984"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13984"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13984"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}