{"id":13977,"date":"2019-12-02T13:55:43","date_gmt":"2019-12-02T12:55:43","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=13977"},"modified":"2025-02-09T17:04:31","modified_gmt":"2025-02-09T16:04:31","slug":"congo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/12\/congo\/","title":{"rendered":"Congo"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Congo<\/h2>\n\n\n<p>Texte d\u2019Eric Vuillard \/ Mise en sc\u00e8ne de Faustin Linyekula \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ du 27 au 30 novembre 2019 \/ Critique par No\u00e9 Maggetti.<\/p>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9inventer le Congo<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>30 novembre 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/noe-maggetti\/\">No\u00e9 Maggetti<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"681\" height=\"448\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/12\/congo1_i.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13975\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/12\/congo1_i.jpg 681w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/12\/congo1_i-300x197.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/12\/congo1_i-250x164.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/12\/congo1_i-624x411.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 681px) 100vw, 681px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Agathe Poupeney<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Le Th\u00e9\u00e2tre de Vidy accueille<\/em>&nbsp;Congo,<em>&nbsp;la bouleversante adaptation d\u2019un roman d\u2019Eric Vuillard par Faustin Linyekula, metteur en sc\u00e8ne, danseur et com\u00e9dien congolais. En revenant sur un moment-cl\u00e9 de l\u2019histoire coloniale, le spectacle en propose une relecture \u00e0 travers le regard des victimes de l\u2019oppression europ\u00e9enne.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>En 1884 a lieu la conf\u00e9rence de Berlin, pendant laquelle les puissances europ\u00e9ennes se partagent le continent africain. C\u2019est \u00e0 cette occasion que le Congo est \u00ab&nbsp;invent\u00e9&nbsp;\u00bb, pour satisfaire le d\u00e9sir du roi L\u00e9opold II de Belgique de poss\u00e9der une colonie. Aujourd\u2019hui encore, les pays d\u2019Afrique subissent les cons\u00e9quences de cet \u00e9v\u00e9nement, qui a amen\u00e9 un pillage syst\u00e9matique des ressources au nom de l\u2019enrichissement des nations colonisatrices. C\u2019est de ce moment charni\u00e8re dans l\u2019Histoire que traite le roman d\u2019Eric Vuillard que Faustin Linyekula a choisi de porter \u00e0 la sc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>Un d\u00e9pouillement extr\u00eame caract\u00e9rise le plateau : quelques sacs de jute, symboles du commerce fr\u00e9n\u00e9tique pratiqu\u00e9 par les Europ\u00e9ens dans les colonies et une table basse recouverte d\u2019un drap blanc constituent les seuls accessoires. Sur cette sc\u00e8ne, trois interpr\u00e8tes amorcent le r\u00e9cit de la conf\u00e9rence de 1884, en pointant les cons\u00e9quences dramatiques et durables qu\u2019elle aura sur les peuples africains, et sur les Congolais plus pr\u00e9cis\u00e9ment&nbsp;: alors que le com\u00e9dien Daddy Moanda Kamono se charge de la narration, r\u00e9citant avec vigueur le texte de Vuillard, Pasco Losangaya et Faustin Linyekula enrichissent le texte par des danses et des chants traditionnels. Parfois, le narrateur se joint \u00e0 eux, pour prendre en charge une voix d\u2019un chant ou incarner un protagoniste lors d\u2019une sayn\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n<p>Le vide du plateau prend soudain tout son sens&nbsp;: la perspective du spectacle est de mettre au centre les corps de ces acteurs d\u2019origine congolaise, qui portent encore en eux la profonde blessure du colonialisme. Nous assistons ainsi \u00e0 une v\u00e9ritable r\u00e9appropriation de ce moment historique par celles et ceux qui en ont fait les frais&nbsp;: ce sont la col\u00e8re, la douleur, la souffrance qui \u00e9mergent des chants lanc\u00e9s&nbsp;<em>a cappella&nbsp;<\/em>d\u2019une voix grave par la com\u00e9dienne, des chants dont la traduction ne nous est pas donn\u00e9e, pour rappeler que certaines choses ne peuvent \u00eatre traduites, et pour pallier le fait que \u00ab le but de la colonisation a \u00e9t\u00e9 de rendre le colonis\u00e9 transparent \u00bb, comme le pr\u00e9cisaient les artistes lors de la discussion qui a suivi la repr\u00e9sentation. Le but est ainsi de rendre aux victimes du colonialisme les zones d\u2019ombre qu\u2019on leur a trop longtemps retir\u00e9es en leur refusant le statut d\u2019\u00eatres humains. Cette forme de n\u00e9gation de l\u2019individu est notamment symbolis\u00e9e dans le spectacle par l\u2019inscription \u00e0 la peinture blanche des noms des puissances occidentales sur le corps de la com\u00e9dienne ; le spectacle se veut une mani\u00e8re de r\u00e9appropriation d\u2019une corporalit\u00e9 qui n\u2019a jamais r\u00e9ellement \u00e9t\u00e9 prise en compte par les occidentaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette pr\u00e9sence centrale de la culture congolaise et des corps des protagonistes est renforc\u00e9e par un impressionnant travail d\u2019\u00e9clairage : diff\u00e9rents spots lumineux ainsi qu\u2019une boule \u00e0 facettes projetant dans la salle une v\u00e9ritable constellation sont mis \u00e0 profit pour cr\u00e9er des ambiances tr\u00e8s diff\u00e9rentes selon les moments du r\u00e9cit, combin\u00e9s \u00e0 un subtil traitement sonore. Comment ne pas \u00eatre boulevers\u00e9\u00b7e lorsque, suite \u00e0 la mention de la signature du trait\u00e9 par les Europ\u00e9ens qui s\u2019empressent de sabrer le champagne, le plateau est envahi par un nuage de fum\u00e9e travers\u00e9 par une intense lumi\u00e8re rouge, accompagn\u00e9 de sons enregistr\u00e9s de cris divers ? Le dispositif sc\u00e9nique dit sans la montrer toute l\u2019horreur du colonialisme d\u00e9shumanisant, que le spectacle a pour ambition de rappeler, de d\u00e9noncer, mais aussi de combattre. Une d\u00e9marche que synth\u00e9tise une danse jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9puisement du metteur en sc\u00e8ne, se jetant au sol avant de se relever inlassablement, une mani\u00e8re radicale de signifier les assauts incessants subis par les Congolais, mais \u00e9galement leur volont\u00e9 in\u00e9branlable de toujours se relever et de continuer la lutte. Ainsi, si L\u00e9opold II a \u00ab invent\u00e9 \u00bb le Congo en 1884 pour satisfaire ses ambitions d\u00e9mesur\u00e9es, le spectacle parvient \u00e0 le r\u00e9inventer en renouant avec son histoire et ses traditions.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>30 novembre 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/noe-maggetti\/\">No\u00e9 Maggetti<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/vidy.ch\/congo\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte d\u2019Eric Vuillard \/ Mise en sc\u00e8ne de Faustin Linyekula \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ du 27 au 30 novembre 2019 \/ Critique par No\u00e9 Maggetti.<\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":13978,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,2],"tags":[205],"class_list":["post-13977","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-de-vidy","tag-noe-maggetti"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13977","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13977"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13977\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20282,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13977\/revisions\/20282"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/13978"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13977"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13977"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13977"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}