{"id":13970,"date":"2019-12-01T11:29:15","date_gmt":"2019-12-01T10:29:15","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=13970"},"modified":"2025-02-09T17:04:48","modified_gmt":"2025-02-09T16:04:48","slug":"le-roi-se-meurt","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/12\/le-roi-se-meurt\/","title":{"rendered":"Le roi se meurt"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le roi se meurt<\/h2>\n\n\n<p>Texte d\u2019Eug\u00e8ne Ionesco \/ Mise en sc\u00e8ne de C\u00e9dric Dorier \/ Th\u00e9\u00e2tre du Passage \/ 27 novembre 2019 \/ Critiques par Margaux Farron et Sarah Juilland.<\/p>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le roi en toc<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>27 novembre 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/margaux-farron\/\">Margaux Farron<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/12\/LRSM\u00a9Alan-Humrose_-1140x760-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13968\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/12\/LRSM\u00a9Alan-Humrose_-1140x760-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/12\/LRSM\u00a9Alan-Humrose_-1140x760-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/12\/LRSM\u00a9Alan-Humrose_-1140x760-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/12\/LRSM\u00a9Alan-Humrose_-1140x760-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/12\/LRSM\u00a9Alan-Humrose_-1140x760-624x416.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/12\/LRSM\u00a9Alan-Humrose_-1140x760.jpg 1140w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Alan Humrose<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Le metteur en sc\u00e8ne C\u00e9dric Dorier et sa compagnie&nbsp;<\/em>Des C\u00e9l\u00e9brants&nbsp;<em>proposent une version \u00e9nergique et color\u00e9e du chef-d\u2019\u0153uvre d\u2019Eug\u00e8ne Ionesco&nbsp;<\/em>Le roi se meurt.&nbsp;<em>Optant pour une mise en sc\u00e8ne tr\u00e8s picturale, C\u00e9dric Dorier sublime et actualise ce texte majeur du th\u00e9\u00e2tre de l\u2019absurde. Une vraie po\u00e9sie visuelle&nbsp;!<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le roi se meurt et son royaume dispara\u00eetra (peut-\u00eatre) avec lui&nbsp;! \u00c9crite en 1962 par Eug\u00e8ne Ionesco,&nbsp;<em>Le roi se meurt&nbsp;<\/em>raconte la fin de vie du roi B\u00e9renger I<sup>er<\/sup>&nbsp;qui apprend \u00e0 l\u2019exposition sa mort prochaine qui surviendra tr\u00e8s exactement une heure trente apr\u00e8s le d\u00e9but du spectacle. Accompagn\u00e9 d\u2019un m\u00e9decin, de deux serviteurs et de ses deux \u00e9pouses, la reine Marguerite et la reine Marie, B\u00e9renger I<sup>er<\/sup>&nbsp;fait face \u00e0 l\u2019angoisse de la mort et de l\u2019oubli. Le roi et sa suite traversent successivement toutes une s\u00e9rie d\u2019\u00e9motions, allant du d\u00e9ni \u00e0 la r\u00e9volte, de la peur au regret, jusqu\u2019\u00e0 la r\u00e9signation finale.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour \u00e9voquer le royaume de B\u00e9renger, C\u00e9dric Dorier opte pour une atmosph\u00e8re fantaisiste et enfantine&nbsp;: un cheval de bois figure le tr\u00f4ne, confirmant le caract\u00e8re d\u00e9risoire du territoire. Sign\u00e9s Ir\u00e8ne Schlatter, les costumes de couleurs vives et contrast\u00e9es semblent tout droit sortis d\u2019<em>Alice au pays des merveilles<\/em>&nbsp;(vu par Tim Burton) et plongent le spectateur dans le monde des contes. La distribution frappe par la diversit\u00e9 des corps mis en jeu, accentu\u00e9e par l\u2019attribution \u00e0 chacun de ses membres d\u2019une couleur sp\u00e9cifique permettant de composer d\u2019extraordinaires tableaux humains. Pour disposer ses figures, le metteur en sc\u00e8ne semble parodier \u00e0 plusieurs reprises des tableaux d\u2019histoire, comme les chefs-d\u2019\u0153uvre du peintre Jacques-Louis David. Dans l\u2019image du roi B\u00e9renger juch\u00e9 sur son cheval de bois, impossible de ne pas percevoir un clin d\u2019\u0153il \u00e0 la figure glorieuse de&nbsp;<em>Bonaparte franchissant le Grand-Saint-Bernard<\/em>&nbsp;peint en 1801. De m\u00eame, et en contrepoint, quand B\u00e9renger se d\u00e9sole pendant de longues minutes dans sa baignoire, la ressemblance avec&nbsp;<em>La Mort de Marat<\/em>&nbsp;peint en 1793 est frappante.<\/p>\n\n\n\n<p>La sc\u00e9nographie d\u2019Adrien Moretti et de C\u00e9dric Dorier enferme les protagonistes dans un ch\u00e2teau d\u2019aluminium dont les faces courbes exhibent des motifs de rouages d\u2019horloge. Les parois mobiles dessinent au sol un espace circulaire et r\u00e9duisent consid\u00e9rablement l\u2019espace de jeu des protagonistes. Ceux-ci sont condamn\u00e9s \u00e0 demeurer dans cette ar\u00e8ne, sans contact avec le reste du royaume. Symboliquement close sur elle-m\u00eame, la cour du Roi B\u00e9renger maintient pourtant un contact direct avec le public et le metteur en sc\u00e8ne se joue de l\u2019apparente distinction entre le monde du spectacle et le monde r\u00e9el en proposant \u00e0 deux reprises une confrontation brutale des univers. Alors que, recroquevill\u00e9 dans sa baignoire, le roi travaille \u00e0 accepter son tragique destin, l\u2019utilisation de projections vid\u00e9o sur les d\u00e9cors fusionnent monde fictionnel et monde r\u00e9el. Des images de formations militaires ou de personnalit\u00e9s politiques contemporaines (telles que Donald Trump), font irruption dans l\u2019univers merveilleux du conte. \u00c0 la fin du spectacle, alors que le roi est mort, Anne-Catherine Savoy, respectant en cela les didascalies de Ionesco, s\u2019\u00e9chappe du cercle fictionnel. La lumi\u00e8re de la salle s\u2019allume brusquement&nbsp;; la com\u00e9dienne enl\u00e8ve son costume et abandonne son personnage tout en adressant ses derniers mots au public. Sur sc\u00e8ne, les techniciens du Passage d\u00e9montent le d\u00e9cor. Alors que la pi\u00e8ce touche \u00e0 sa fin, la com\u00e9dienne construit un pont entre le monde de la fiction et le monde r\u00e9el, en invitant le spectateur \u00e0 prendre la place vacante du roi B\u00e9renger afin que le royaume revive. Pour C\u00e9dric Dorier le pari est r\u00e9ussi. Il parvient \u00e0 imager avec vigueur et sensibilit\u00e9 un texte dont on aurait pu craindre la d\u00e9su\u00e9tude et \u00e0 affirmer sa pertinence et son actualit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>27 novembre 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/margaux-farron\/\">Margaux Farron<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Na\u00eetre pour n\u2019\u00eatre ?<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>27 novembre 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/sarah-juilland\/\">Sarah Juilland<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/12\/LRSM\u00a9Alan-Humrose_AH4366-1050x700-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-14008\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/12\/LRSM\u00a9Alan-Humrose_AH4366-1050x700-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/12\/LRSM\u00a9Alan-Humrose_AH4366-1050x700-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/12\/LRSM\u00a9Alan-Humrose_AH4366-1050x700-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/12\/LRSM\u00a9Alan-Humrose_AH4366-1050x700-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/12\/LRSM\u00a9Alan-Humrose_AH4366-1050x700-624x416.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/12\/LRSM\u00a9Alan-Humrose_AH4366-1050x700.jpg 1050w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Alan Humrose<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Entre candeur et aigreur, douceur et terreur, plaisanterie et trag\u00e9die,&nbsp;<\/em>Le roi se meurt<em>&nbsp;d\u2019Eug\u00e8ne Ionesco rappelle le cruel paradoxe d\u2019une naissance qui n\u2019a pour sens que l\u2019\u00e9vanescence. Devant la mort programm\u00e9e, qui \u00ab a toujours \u00e9t\u00e9 l\u00e0, pr\u00e9sente, d\u00e8s le premier jour, d\u00e8s le germe \u00bb, la fable adopte un double mouvement, opposant une phase de r\u00e9sistance et de d\u00e9ni au renoncement et \u00e0 l\u2019acceptation finale. Peu \u00e0 peu, le monarque se ratatine et interroge, sur un ton \u00e0 la fois profond et enfantin, l\u2019absurdit\u00e9 d\u2019une existence orient\u00e9e vers l\u2019inanit\u00e9 : \u00ab Pourquoi suis-je n\u00e9 si ce n\u2019\u00e9tait pas pour toujours ? \u00bb Temps, souvenirs, individus\u2026 tout passe. Sauf le message universel et atemporel de la pi\u00e8ce, que C\u00e9dric Dorier exhume et fait r\u00e9sonner dans notre monde, sourd et aveugle face aux crises qui le d\u00e9chirent.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9roulement de l\u2019intrigue, transparaissant \u00e0 m\u00eame le titre de la pi\u00e8ce, se passe de tout suspense. D\u00e8s les premi\u00e8res minutes, l\u2019issue se trouve d\u00e9voil\u00e9e et le quatri\u00e8me mur est d\u2019embl\u00e9e abattu par la reine Marguerite qui, en superbe ange de la Mort, augure l\u2019av\u00e8nement de deux fins corr\u00e9l\u00e9es&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tu vas mourir dans une heure et demie, tu vas mourir \u00e0 la fin du spectacle&nbsp;\u00bb. Le temps de la vie, ou plut\u00f4t de la mort, du roi B\u00e9ranger 1<sup>er<\/sup>&nbsp;se confond avec celui de la repr\u00e9sentation, mise en abyme par une s\u00e9rie d\u2019adresses aux spectateurs \u2013 proc\u00e9d\u00e9 topique du th\u00e9\u00e2tre ionescien. \u00c9tablissant la fin d\u00e8s l\u2019origine, le fil di\u00e9g\u00e9tique est tout entier une longue catastrophe, une marche \u00e0 reculons au cours de laquelle le tyran s\u00e9culaire \u2013 rapetiss\u00e9 en enfant capricieux et peureux \u2013 se d\u00e9bat en vain contre son imminent an\u00e9antissement. Opini\u00e2tre, le souverain s\u2019agrippe \u00e0 la roue de la vie en clamant son d\u00e9sir d\u00e9raisonnable de recommencer, \u00ab&nbsp;j\u2019aimerais redoubler&nbsp;\u00bb. La finitude de la trajectoire humaine est mat\u00e9rialis\u00e9e par le dispositif sc\u00e9nique, dont la rondeur et la mobilit\u00e9 \u00e9voquent l\u2019inexorable passage du temps mais aussi l\u2019enfermement des personnages dans une spirale infernale, un carrousel de souvenirs ou encore un m\u00e9canisme d\u2019horlogerie. La sc\u00e9nographie qui, selon le metteur en sc\u00e8ne, intervient comme \u00ab&nbsp;un personnage \u00e0 part enti\u00e8re&nbsp;\u00bb, donne \u00e9galement corps aux affres de la mort, \u00e0 travers des musiques angoissantes, des \u00e9clats de lumi\u00e8re et des nuages de fum\u00e9e t\u00e9moignant de l\u2019effondrement du monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Les quatre personnages gravitant autour du roi \u2013 les reines Marguerite et Marie, le m\u00e9decin, la servante et le garde \u2013 \u00e9clairent son agonie d\u2019une coloration particuli\u00e8re, \u00e0 l\u2019instar de leurs costumes respectivement domin\u00e9s par le violet, le rose, le vert, le jaune et l\u2019orange. Bien que chaque protagoniste soit, selon C\u00e9dric Dorier, une \u00ab&nbsp;figure arch\u00e9typale&nbsp;\u00bb posant son propre regard sur la mort, deux clans se dessinent. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, celui de l\u2019\u00e9nergie, de l\u2019amour et de l\u2019espoir form\u00e9 par Marie, Juliette et le garde&nbsp;; de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, celui du tr\u00e9pas et des t\u00e9n\u00e8bres compos\u00e9 de Marguerite et du m\u00e9decin. Les deux \u00e9pouses de B\u00e9ranger incarnent deux mani\u00e8res d\u2019\u00eatre au monde, deux attitudes face \u00e0 la mort et sont \u00e0 l\u2019origine du double mouvement qui fonde le spectacle. Marie, la pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e, est une femme-enfant, une friandise qui repr\u00e9sente les plaisirs de la vie, l\u2019h\u00e9donisme et l\u2019\u00c9ros. Elle est la force vitale qui rattache le roi au monde sensible, elle le retient et l\u2019emp\u00eache de s\u2019en aller. \u00c0 l\u2019oppos\u00e9, Marguerite, la mal-aim\u00e9e, symbolise la destin\u00e9e funeste qui innerve la fable. Ap\u00f4tre du sto\u00efcisme, elle porte sur sc\u00e8ne les valeurs du renoncement, de la d\u00e9possession et du l\u00e2cher-prise. C\u2019est elle qui, au cours d\u2019un puissant monologue final, permet enfin \u00e0 B\u00e9ranger de \u00ab&nbsp;passer&nbsp;\u00bb en d\u00e9m\u00ealant les n\u0153uds de son existence.<\/p>\n\n\n\n<p>Le roi, personnage principal et centre n\u00e9vralgique de la pi\u00e8ce, m\u00e9taphorise une chute tant individuelle que collective. Figure universelle de l\u2019homme, il permet une r\u00e9flexion intime sur l\u2019\u00e9croulement des individus, petits rois \u00e9gocentriques juch\u00e9s au c\u0153ur de leur microcosme. Mais la figure de B\u00e9ranger s\u2019accompagne aussi d\u2019une charge critique sur le patriarcat et l\u2019autoritarisme, et permet l\u2019articulation d\u2019une pens\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale sur la fa\u00e7on dont l\u2019\u00e9go\u00efsme humain d\u00e9truit le monde en l\u2019entra\u00eenant dans l\u2019ab\u00eeme. \u00ab&nbsp;Je meure, que tout meure&nbsp;\u00bb, proclame le roi. \u00c0 travers le travail de mise en sc\u00e8ne, C\u00e9dric Dorier redouble le propos accusateur de l\u2019auteur en injectant des r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 l\u2019actualit\u00e9, au moyen de flashs vid\u00e9ographiques \u00e9voquant les tourments contemporains (catastrophes naturelles, pollution, guerres, dictatures, d\u00e9tresse migratoire).<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s une phase d\u2019agitation, vient une p\u00e9riode d\u2019accalmie, de r\u00e9signation et de d\u00e9pouillement. Le rythme d\u00e9cro\u00eet, le jeu jusqu\u2019alors d\u00e9cha\u00een\u00e9 des com\u00e9diens s\u2019apaise, les r\u00e9pliques ne fusent plus, le d\u00e9cor dispara\u00eet et la sc\u00e8ne est progressivement vid\u00e9e pour abandonner le roi \u00e0 un ultime t\u00eate-\u00e0-t\u00eate avec Marguerite. Elle l\u2019aide \u00e0 tr\u00e9passer en marquant d\u2019un trait son pass\u00e9, en le d\u00e9lestant des poids mat\u00e9riels et m\u00e9moriels qu\u2019il porte&nbsp;: \u00ab&nbsp;Et ces boulets que tu tra\u00eenes, c\u2019est cela qui entrave ta marche&nbsp;\u00bb. \u00c0 mesure que B\u00e9ranger r\u00e9gresse du tr\u00f4ne au lit d\u2019h\u00f4pital et qu\u2019il perd couronne, sceptre, perruque royale et riches v\u00eatements, il recouvre l\u2019essentiel&nbsp;: son corps. La mort met tous les individus sur un pied d\u2019\u00e9galit\u00e9, le despote sanguinaire et coupeur de t\u00eates laisse place \u00e0 un \u00eatre humain fragile qui crie son amour pour le pot-au-feu et pleure la perte de son petit chat roux. La repr\u00e9sentation s\u2019ach\u00e8ve sur un sourire cathartique, la mort, pr\u00e9sent\u00e9e dans la douceur d\u2019un effacement, est exorcis\u00e9e. Les lumi\u00e8res se rallument, le roi a disparu et Marguerite, port\u00e9e par la voix d\u2019Anne-Catherine Savoy, rassure le public&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019\u00e9tait une agitation bien inutile, n\u2019est-ce pas&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>27 novembre 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/sarah-juilland\/\">Sarah Juilland<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.theatredupassage.ch\/spectacles\/le-roi-se-meurt\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte d\u2019Eug\u00e8ne Ionesco \/ Mise en sc\u00e8ne de C\u00e9dric Dorier \/ Th\u00e9\u00e2tre du Passage \/ 27 novembre 2019 \/ Critiques par Margaux Farron et Sarah Juilland.<\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":13971,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,12],"tags":[223,200],"class_list":["post-13970","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-du-passage","tag-margaux-farron","tag-sarah-juilland"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13970","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13970"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13970\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20283,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13970\/revisions\/20283"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/13971"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13970"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13970"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13970"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}