{"id":13892,"date":"2019-11-09T14:11:36","date_gmt":"2019-11-09T13:11:36","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=13892"},"modified":"2025-02-09T17:05:42","modified_gmt":"2025-02-09T16:05:42","slug":"bajazet","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/11\/bajazet\/","title":{"rendered":"Bajazet"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bajazet<\/h2>\n\n\n<p>\u00c0 partir des textes de Racine (<em>Bajazet<\/em>) et d\u2019Antonin Artaud (<em>Le Th\u00e9\u00e2tre et la peste<\/em>) \/ Mise en sc\u00e8ne de Frank Castorf \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ du 30 octobre au 10 novembre 2019 \/ Critique de Lucas Lauth.<\/p>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Sous le voile<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>10 novembre 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/lucas-lauth\/\">Lucas Lauth<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/11\/10807744-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13890\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/11\/10807744-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/11\/10807744-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/11\/10807744-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/11\/10807744-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/11\/10807744-624x416.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/11\/10807744.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Mathilda Olmi<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Frank Castorf, metteur en sc\u00e8ne admir\u00e9 autant que controvers\u00e9 qui fut directeur pendant plus de trente ans de la Volksb\u00fchne de Berlin, monte\u00a0<\/em>Bazajet<em>\u00a0de Racine, qu\u2019il entrem\u00eale avec des textes \u00e9motionnellement charg\u00e9s d\u2019Antonin Artaud. Par l\u2019utilisation massive d\u2019une cam\u00e9ra dont les images sont rediffus\u00e9es en direct, il rend visibles des aspects que la pi\u00e8ce de Racine ne montre pas\u00a0: les espaces hors sc\u00e8ne, l\u2019histoire des personnages et le travail du jeu d\u2019acteur sont ici montr\u00e9s, expos\u00e9s, d\u00e9voil\u00e9s.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La sc\u00e8ne est d\u2019abord plong\u00e9e dans l\u2019obscurit\u00e9. Des formes se devinent&nbsp;; une cage \u00e0 l\u2019avant-sc\u00e8ne, c\u00f4t\u00e9 cour et un toit \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan, surmont\u00e9 d\u2019une imposante t\u00eate enturbann\u00e9e. C\u00f4t\u00e9 jardin, une forme ovale, celle d\u2019une immense burqa, se distingue. La lumi\u00e8re vient de l\u2019arri\u00e8re et une l\u00e9g\u00e8re fum\u00e9e brouille les contours de ces \u00e9l\u00e9ments. Un objet se distingue en contraste avec ces formes myst\u00e9rieuses&nbsp;: il s\u2019agit d\u2019un \u00e9cran, c\u00f4t\u00e9 jardin, en hauteur, comme suspendu.<\/p>\n\n\n\n<p>Au fur et \u00e0 mesure du spectacle, on d\u00e9couvre que le d\u00e9cor est r\u00e9gi par une opposition dialectique entre ce qui est cach\u00e9 et ce qui est montr\u00e9. Les deux formes g\u00e9antes se r\u00e9v\u00e8lent abriter des espaces clos, des lieux&nbsp;<em>a priori<\/em>&nbsp;imp\u00e9n\u00e9trables au regard des spectateurs. Pourtant, gr\u00e2ce \u00e0 la cam\u00e9ra, qui y p\u00e9n\u00e8tre avec les personnages, ces espaces cach\u00e9s sont exhib\u00e9s sur grand \u00e9cran. L\u2019int\u00e9rieur de la burqa a l\u2019allure d\u2019un s\u00e9rail \u00e9rotis\u00e9, mat\u00e9rialisant la projection occidentale d\u2019un Orient fantasm\u00e9. Une cuisine de ce qui pourrait \u00eatre un motel constitue, sous la t\u00eate masculine enturbann\u00e9e, le deuxi\u00e8me lieu clos. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019espaces intimes, de lieux o\u00f9 les personnages partagent, boivent, rient, fument mais expriment avant tout leur douleur, toute la violence de leurs souffrances et se mettent, au sens propre comme au figur\u00e9, \u00e0 nu. Un cam\u00e9raman, accompagn\u00e9 d\u2019un ing\u00e9nieur son, nous offre, via l\u2019\u00e9cran g\u00e9ant \u2013 avec perversit\u00e9 et voyeurisme \u2013, les images et les sons de ces lieux interdits, dans lesquels les \u00e9motions extr\u00eames se donnent libre cours, en totale opposition avec la mesure et les r\u00e8gles de biens\u00e9ance qui r\u00e9gissaient le th\u00e9\u00e2tre de Racine. La cam\u00e9ra viole ainsi ces espaces et nous d\u00e9voile (nous sommes litt\u00e9ralement&nbsp;<em>sous<\/em>&nbsp;le voile lorsque la cam\u00e9ra explore le s\u00e9rail) les \u00e9motions des personnages, sous-jacentes aux actes, qu\u2019un spectateur du XVII<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle ne pouvait qu\u2019imaginer en hors sc\u00e8ne. La cam\u00e9ra viole aussi les personnages eux-m\u00eames. Roxane (Jeanne Balibar), par exemple, se met \u00e0 nu, au sens propre, devant une cam\u00e9ra perverse qu\u2019aucun \u00e9tat et qu\u2019aucune posture ne semble pouvoir arr\u00eater.<\/p>\n\n\n\n<p>Un autre for int\u00e9rieur, celui de l\u2019acteur, se trouve ici expos\u00e9. En immis\u00e7ant les textes d\u2019Artaud sur le jeu d\u2019acteur, le souffle, le cri, les sons, dans l\u2019\u0153uvre de Racine, Castorf donne acc\u00e8s \u00e0 un au-del\u00e0 du texte, au-del\u00e0 des personnages, de leurs actions et permet de p\u00e9n\u00e9trer les acteurs eux-m\u00eames, au c\u0153ur de leur travail du jeu. Les vers de la pi\u00e8ce de Racine sont en effet entrecoup\u00e9s de passages intenses de textes artaudiens qui remplissent au moins deux fonctions ici. Ils viennent d\u2019une part souligner les instants de folies de certains personnages et, d\u2019autre part, participent \u00e0 l\u2019exposition crue du jeu d\u2019acteur. Nous sommes d\u00e8s lors dans une forme de m\u00e9ta-th\u00e9\u00e2tre ou les acteurs d\u00e9crivent, par les th\u00e9ories d\u2019Artaud, ce qu\u2019ils font de leur souffle, de leur corps et ce que le fait de jouer provoque en eux. Il y a l\u00e0 aussi une forme de mise \u00e0 nu, de d\u00e9voilement. En outre, les interpr\u00e8tes introduisent une distance par rapport au texte de Racine en l\u2019exag\u00e9rant, voire en s\u2019en moquant&nbsp;: ils en explorent toutes les dictions possibles, cr\u00e9ant ainsi des effets humoristiques inattendus et discordants.<\/p>\n\n\n\n<p>Les r\u00f4les sont eux aussi enti\u00e8rement r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9s, creusant l\u2019\u00e9cart avec le texte original&nbsp;:&nbsp; ainsi Bazajet n\u2019est-il plus un jeune homme ambitieux qui suscite la m\u00e9fiance d\u2019Amurat, sultan absent du palais&nbsp;: il appara\u00eet sur sc\u00e8ne comme un vieil amant d\u00e9sabus\u00e9. Roxane, quant \u00e0 elle, n\u2019est plus la jeune esclave belle et d\u00e9sirable qui devint la premi\u00e8re sultane d\u2019Amurat, mais expose \u00e0 la cam\u00e9ra un corps et un visage affaiblis qui contrastent avec la jeunesse \u00e9clatante d\u2019Atalide. L\u2019ordre des sc\u00e8nes, lui aussi enti\u00e8rement boulevers\u00e9, ajoute encore de la distance avec l\u2019intrigue originale.<\/p>\n\n\n\n<p>Si cette relecture radicale suscite en elle-m\u00eame l\u2019int\u00e9r\u00eat et cr\u00e9e des moments captivants li\u00e9 au m\u00e9lange de plusieurs textes et \u00e0 l\u2019utilisation de l\u2019\u00e9cran, en revanche, la dur\u00e9e de certaines sc\u00e8nes, dont les gestes lents s\u2019\u00e9tendent pendant de longues minutes, produit un effet de lassitude. Il arrive en effet que le rythme se perde au fur et \u00e0 mesure d\u2019un spectacle qui ne soutient pas l\u2019attention pendant quatre heures. Malgr\u00e9 cela, la force de ce spectacle r\u00e9side dans cet entrecroisement de textes, de plans et d\u2019images, v\u00e9ritable d\u00e9voilement de nouvelles possibilit\u00e9s spatiales et de nouvelles formes de jeu.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>10 novembre 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/lucas-lauth\/\">Lucas Lauth<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/vidy.ch\/bajazet\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 partir des textes de Racine (Bajazet) et d\u2019Antonin Artaud (Le Th\u00e9\u00e2tre et la peste) \/ Mise en sc\u00e8ne de Frank Castorf \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ du 30 octobre au 10 novembre 2019 \/ Critique de Lucas Lauth.<\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":13893,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,2],"tags":[220],"class_list":["post-13892","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-de-vidy","tag-lucas-lauth"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13892","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13892"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13892\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20313,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13892\/revisions\/20313"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/13893"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13892"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13892"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13892"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}