{"id":13856,"date":"2019-11-04T14:58:11","date_gmt":"2019-11-04T13:58:11","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=13856"},"modified":"2025-02-09T17:06:09","modified_gmt":"2025-02-09T16:06:09","slug":"jirai-demain-couvrir-ton-ombre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/11\/jirai-demain-couvrir-ton-ombre\/","title":{"rendered":"J&rsquo;irai demain couvrir ton ombre"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">J&rsquo;irai demain couvrir ton ombre<\/h2>\n\n\n<p>Texte et mise en sc\u00e8ne de Julien Mages \/ Arsenic \u2013 Centre d\u2019art sc\u00e9nique contemporain \/ du 29 octobre au 3 novembre 2019 \/ Critiques par Monique Kountangni et Ivan Garcia.<\/p>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du miroir<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>3 novembre 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/monique-kountangni\/\">Monique Kountangni<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"684\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/11\/75088622_2751349541582639_7142693555717275648_o-1024x684.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13870\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/11\/75088622_2751349541582639_7142693555717275648_o-1024x684.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/11\/75088622_2751349541582639_7142693555717275648_o-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/11\/75088622_2751349541582639_7142693555717275648_o-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/11\/75088622_2751349541582639_7142693555717275648_o-768x513.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/11\/75088622_2751349541582639_7142693555717275648_o-624x417.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/11\/75088622_2751349541582639_7142693555717275648_o.jpg 1080w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Yann Becker<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>\u00c0 l\u2019Arsenic, Julien Mages nous offre une performance hybride qui pourrait s\u2019intituler \u00ab\u00a0Entretiens sur la pluralit\u00e9 des th\u00e9\u00e2tres\u00a0\u00bb et met en sc\u00e8ne un drame port\u00e9 par un trio caricatural dans une succession de s\u00e9quences faussement absurdes qui parviennent \u00e0 nous surprendre gr\u00e2ce \u00e0 des \u00e9clats comiques. Merveilleusement d\u00e9routant.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Julien Mages est un alchimiste capable d\u2019autod\u00e9rision qui parvient \u00e0 inviter le spectateur \u00e0 questionner l\u2019essence du th\u00e9\u00e2tre aujourd\u2019hui tout en th\u00e9matisant des nombreux sujets d\u2019actualit\u00e9, en citant pl\u00e9thore de textes et de spectacles \u00ab mythiques \u00bb et en brouillant constamment les pistes. Par une succession de s\u00e9quences jou\u00e9es par un trio \u2013 deux hommes et une femme \u2013 dans un d\u00e9cor minimaliste \u2013 un \u00e9cran, un piano, un canap\u00e9 \u2013, le metteur en sc\u00e8ne nous embarque dans un drame aux accents parfois comiques, invitant le spectateur \u00e0 s\u2019approprier le th\u00e9\u00e2tre et \u00e0 oser le r\u00e9interpr\u00e9ter envers et contre les chemins balis\u00e9s par les \u00ab artistocrates ventrus \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est par le biais de l\u2019\u00e9cran que les membres du trio nous sont pr\u00e9sent\u00e9s. Une jeune femme appara\u00eet en premier qui annonce que \u00ab l\u2019aurore est l\u00e0 qui sourit \u00e0 toutes les femmes \u00bb. On peut la croire ing\u00e9nue mais elle cache une \u00ab louve \u00bb dont l\u2019exigence et la violence mettront litt\u00e9ralement \u00e0 genoux le plus jeune des deux hommes. Celui-ci nous appara\u00eet tour \u00e0 tour \u00e9corch\u00e9, \u00e9merveill\u00e9 et surtout romantique \u00e0 l\u2019exc\u00e8s. Enfin, le deuxi\u00e8me homme, plus \u00e2g\u00e9, cultive une posture blas\u00e9e et cynique. Machiav\u00e9lique, il m\u00e8nera le trio vers le gouffre, vers ce vide dont chaque personnage nous propose sa propre version. Entre ces trois personnages \u2013 un banal triangle amoureux peut-on croire d\u2019abord \u2013 cro\u00eet une insoutenable tension intensifi\u00e9e par la musique qui, loin d\u2019adoucir les m\u0153urs, accentue les charmes puissants du d\u00e9sespoir.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces trois personnages sont li\u00e9s par une intrigue sentimentale de plus en plus intense, mais surtout ils vont au th\u00e9\u00e2tre ensemble et parlent des spectacles. Ce sont donc trois spectateurs. L\u2019un est com\u00e9dien, l\u2019autre est professeur, la troisi\u00e8me se pr\u00e9sente comme \u00e9tant \u00ab le public \u00bb. Leur dialogue a parfois des allures de dialogue de vulgarisation : on pense \u00e0 Fontenelle, \u00e0 Diderot. Chacun de ces personnages embl\u00e9matise un type de spectateur : le com\u00e9dien est empathique et exalt\u00e9, le professeur m\u00e9prisant et r\u00e9actionnaire, la fille a des attentes politiques mais se contente aussi d\u2019\u00eatre divertie. C\u2019est \u00e0 l\u2019occasion de ces entretiens d\u2019apr\u00e8s-spectacles que seront mentionn\u00e9s plus ou moins explicitement des artistes (Marthaler, Rambert, peut-\u00eatre Rodrigo Garcia), et que seront d\u00e9crits voire rejou\u00e9s, de mani\u00e8re parodique, plusieurs types de spectacles contemporains reconnaissables.<\/p>\n\n\n\n<p>Le montage de dialogues prosa\u00efques, de monologues (caricaturalement) lyriques, de tirades philosophiques avec des interm\u00e8des musicaux ou chant\u00e9s, contribue \u00e0 intensifier la tension et \u00e0 mettre en exergue la complexit\u00e9 du texte qui articule une intrigue amoureuse (la passion non partag\u00e9e du com\u00e9dien envers la fille, vaguement attir\u00e9e par le professeur qui s\u2019amuse \u00e0 la manipuler), un panorama du th\u00e9\u00e2tre contemporain (les avis sont divergents&nbsp;: il ne semble pas que Julien Mages prenne une position nette sur le th\u00e9\u00e2tre contemporain, se moquant de lui-m\u00eame au passage), et une r\u00e9flexion sur la nature des relations entre le public et le th\u00e9\u00e2tre. La difficult\u00e9 d\u2019interpr\u00e9tation provient sans doute de l\u2019enchev\u00eatrement de ces diff\u00e9rents plans. On s\u2019\u00e9gare un peu, en effet, dans les d\u00e9tours de ces variations complexes sur l\u2019amour et l\u2019amiti\u00e9&nbsp;: entre les spectateurs, entre les com\u00e9diens, entre la sc\u00e8ne et la salle. Julien Mages se garde bien de trop nous guider. Libre est le public, qui \u00ab&nbsp;pense seul et en meute&nbsp;\u00bb, d\u2019en tirer ses propres conclusions.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>3 novembre 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/monique-kountangni\/\">Monique Kountangni<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Situations compliqu\u00e9es appellent simplicit\u00e9<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>3 novembre 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/ivan-garcia\/\">Ivan Garcia<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"684\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/11\/74347056_2751349471582646_1348396014687485952_o-1024x684.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13872\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/11\/74347056_2751349471582646_1348396014687485952_o-1024x684.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/11\/74347056_2751349471582646_1348396014687485952_o-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/11\/74347056_2751349471582646_1348396014687485952_o-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/11\/74347056_2751349471582646_1348396014687485952_o-768x513.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/11\/74347056_2751349471582646_1348396014687485952_o-624x417.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/11\/74347056_2751349471582646_1348396014687485952_o.jpg 1080w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Yann Becker<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>En pla\u00e7ant sur le plateau trois personnages de spectateurs, l\u2019auteur et metteur en sc\u00e8ne Julien Mages pr\u00e9sente un spectacle qui explore \u2013 non sans humour \u2013 les affres de l\u2019attachement et les errements du th\u00e9\u00e2tre contemporain. Une pi\u00e8ce qui donne \u00e0 penser sur notre rapport \u00e0 l\u2019art, et aborde de mani\u00e8re sensible nos relations avec autrui.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Au commencement \u00e9tait une vid\u00e9o. Sur un \u00e9cran, une jeune femme, \u00e0 l\u2019image pix\u00e9lis\u00e9e, s\u2019exprime depuis le foyer de l\u2019Arsenic. Elle explique qu\u2019elle a rencontr\u00e9 quelques mois auparavant deux hommes&nbsp;\u2013 l\u2019un est com\u00e9dien, l\u2019autre est professeur de philosophie \u2013, qu\u2019ils sont devenus \u00abcopains comme cochons\u00bb et qu\u2019ils se rendent souvent au th\u00e9\u00e2tre ensemble. Viennent ensuite deux autres vid\u00e9os. L\u2019une montre le philosophe, avec son col roul\u00e9 et ses lunettes, en pleine r\u00e9flexion. L\u2019esth\u00e9tique de cette vid\u00e9o, en noir et blanc, ainsi que le gros plan sur la t\u00eate du philosophe, font penser \u00e0 des images de l\u2019<em>INA<\/em>, notamment \u00e0 des entretiens avec Michel Foucault. Alors que le penseur se perd dans un tunnel de phrases complexes, l\u2019image du com\u00e9dien le remplace. Au gros plan du philosophe, qui d\u00e9bordait le cadre de l\u2019\u00e9cran, succ\u00e8de la mince image d\u2019un appel-vid\u00e9o sur&nbsp;<em>smartphone<\/em>, envoy\u00e9 depuis les coulisses. Entre deux phrases, le com\u00e9dien fait tanguer son t\u00e9l\u00e9phone pour montrer les lieux&nbsp;: de la douche au fer \u00e0 repasser en passant par la tasse de caf\u00e9. Cet encha\u00eenement de vid\u00e9os sert de prologue \u00e0 la repr\u00e9sentation pour introduire les personnages, et surtout exposer leurs personnalit\u00e9s qui joueront un r\u00f4le d\u00e9terminant dans les interactions qu\u2019ils auront entre eux et avec le public.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s cette introduction les trois comparses arrivent sur le plateau. Tr\u00e8s vite, le spectateur s\u2019aper\u00e7oit qu\u2019il a affaire \u00e0 un triangle amoureux : le com\u00e9dien tombe amoureux de la fille qui, bien que farouchement ind\u00e9pendante, semble fascin\u00e9e par le philosophe, \u00e9gocentrique et d\u00e9senchant\u00e9. A l\u2019instar de la repr\u00e9sentation, ces trois personnages sont complexes et jouent sur plusieurs niveaux d\u2019incarnation. A la fois caract\u00e8res avec leur psychologie, ils sont \u00e9galement pr\u00e9sent\u00e9s comme des fonctions arch\u00e9typales&nbsp;: la fille repr\u00e9sente le public, le com\u00e9dien est l\u2019artiste et le philosophe serait le th\u00e9oricien du spectacle. Leurs entretiens peuvent parfois faire songer \u00e0&nbsp;<em>L\u2019Achat du cuivre&nbsp;<\/em>de Bertolt Brecht ou \u00e0&nbsp;<em>L\u2019Art du th\u00e9\u00e2tre&nbsp;<\/em>d\u2019Edward Gordon Craig. Chacun d\u00e9fend, \u00e0 travers son point de vue et ses valeurs, une vision du th\u00e9\u00e2tre (et du monde) qui vient se confronter \u00e0 celle des deux autres. Sur le plateau, les trois personnages dialoguent, argumentent, r\u00e9futent et philosophent \u00e0 propos des pi\u00e8ces qu\u2019ils ont vues ensemble.&nbsp;C\u2019est \u00e0 travers leurs jugements que le public apprend \u00e0 mieux les conna\u00eetre. Le com\u00e9dien, plein de fougue et de na\u00efvet\u00e9, aime et encense presque tout. A l\u2019inverse, le philosophe d\u00e9teste tout, m\u00e9prise les tendances du moment et se souvient qu\u2019\u00aben 98, \u00e0 Cracovie\u2026\u00bb, il a vu une pi\u00e8ce qu\u2019il avait aim\u00e9&nbsp;; quant \u00e0 la femme, plac\u00e9e la plupart du temps au centre du plateau et entre les deux hommes, elle repr\u00e9sente le public, divis\u00e9(e) entre ces deux extr\u00eames&nbsp;: elle salue les prises de risques, aime la po\u00e9sie et ne s\u2019exalte que lorsqu\u2019il s\u2019agit de d\u00e9fendre la cause des femmes. A travers leur rapport au th\u00e9\u00e2tre se dessine sym\u00e9triquement leur rapport \u00e0 l\u2019existence, \u00e0 soi et aux autres. Certains aspects de leur personnalit\u00e9 se r\u00e9v\u00e8lent progressivement, comme le souvenir traumatique qui rend la fille incapable de s\u2019attacher, la d\u00e9pendance affective du com\u00e9dien et le voyeurisme manipulateur du philosophe.<\/p>\n\n\n\n<p><em>J\u2019irai demain couvrir ton ombre<\/em>&nbsp;pr\u00e9sente un triangle amoureux o\u00f9 les passions finiront par ravager l\u2019amiti\u00e9 des trois spectateurs. Ces d\u00e9g\u00e2ts sont, en quelque sorte, progressivement d\u00e9voil\u00e9s au travers de la sc\u00e9nographie. Celle-ci pr\u00e9sente un espace \u00e9pur\u00e9 o\u00f9 les trois \u00e9l\u00e9ments pr\u00e9sents, \u00e0 savoir l\u2019\u00e9cran, un canap\u00e9 en cuir et un piano, sont mobiles. Plus la repr\u00e9sentation approche de sa conclusion, plus l\u2019espace sc\u00e9nique se trouve r\u00e9tr\u00e9ci par le mouvement des objets vers la rampe, jusqu\u2019au retournement de l\u2019\u00e9cran. Cet acculement accompagne symboliquement le personnage du \u00abcom\u00e9dien\u00bb qui, apr\u00e8s avoir appris que la fille ne peut pas l\u2019aimer, finit par se suicider hors-sc\u00e8ne dans une sorte d\u2019ultime hommage \u00e0 la trag\u00e9die classique. Avec ces trois personnalit\u00e9s, Julien Mages pr\u00e9sente non seulement trois individus pris dans un triangle amoureux (deux hommes, une femme), trois points de vue sur le th\u00e9\u00e2tre (l\u2019artiste, le public, le critique), mais aussi trois visions du monde (romantisme, individualisme et cynisme). Le spectateur peine parfois \u00e0 les suivre, d\u2019autant que le spectacle est un montage rapide et discontinu de situations.<\/p>\n\n\n\n<p>Au sujet du th\u00e9\u00e2tre contemporain, les personnages n\u2019ont pas les m\u00eames avis. Ainsi, lorsque l\u2019un des membres du trio explique avoir vu \u00abla pi\u00e8ce d\u2019un certain Pascal, un mec de Paris\u00bb&nbsp; (r\u00e9f\u00e9rence \u00e0&nbsp;<em>Cl\u00f4ture de l\u2019amour<\/em>&nbsp;de Pascal Rambert), les deux autres se moquent de ses \u00e9loges. Ils s\u2019entendent cependant lorsqu\u2019il s\u2019agit de parodier des spectacles. Ainsi, la fille et le philosophe se livrent ensemble \u00e0 une parodie de performance en improvisant une chor\u00e9graphie, simulant un viol et l\u2019insertion d\u2019objets \u2013 dont une bouteille de Coca \u2013 dans les orifices de la fille, une probable r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Rodrigo Garcia. Les \u00e9crivains de plateau sont encens\u00e9s par les uns (\u00abL\u2019\u00e9criture de plateau, c\u2019est la nouvelle&nbsp;<em>Po\u00e9tique<\/em>\u00bb), Julien Mages est reconnu par le philosophe comme l\u2019un des grands dramaturges contemporains. Dans les diff\u00e9rents tableaux composants la repr\u00e9sentation, le metteur en sc\u00e8ne montre quelques travers du th\u00e9\u00e2tre contemporain et invite le public \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur sa propre culture th\u00e9\u00e2trale et ses propres go\u00fbts.<\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;<\/em><em>J\u2019irai demain couvrir ton ombre&nbsp;<\/em>est un spectacle qui a recours \u00e0 l\u2019autod\u00e9rision, \u00e0 la parodie et \u00e0 la satire, pour s\u2019interroger sur quelques pathologies du th\u00e9\u00e2tre actuel, mises en miroir avec celles de l\u2019amour. La derni\u00e8re sc\u00e8ne, entre adresse au public et soliloque avant le grand saut, est \u00e0 cet \u00e9gard touchante. Au centre du plateau, \u00able com\u00e9dien\u00bb, en mal d\u2019amour, chercher \u00e0 dire quelque chose de grand et de beau&nbsp;; mais il laisse tomber et invite le public \u00e0 chercher la po\u00e9sie dans \u00abquelque chose de simple\u00bb, avant de sortir de la lumi\u00e8re et de se tuer. Sur ce dernier coup d\u2019\u00e9clat, Julien Mages touche juste&nbsp;en montrant que, au-del\u00e0 de toute pr\u00e9tention esth\u00e9tique, le simple plaisir d\u2019\u00eatre \u00abtoi\u00bb et \u00abmoi\u00bb, \u00able soir\u00bb, devrait venir \u00e0 bout des situations compliqu\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>3 novembre 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/ivan-garcia\/\">Ivan Garcia<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/arsenic.ch\/spectacle\/j-irai-demain-couvrir-ton-ombre\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte et mise en sc\u00e8ne de Julien Mages \/ Arsenic \u2013 Centre d\u2019art sc\u00e9nique contemporain \/ du 29 octobre au 3 novembre 2019 \/ Critiques par Monique Kountangni\u00a0et Ivan Garcia.<\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":13857,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,3,38],"tags":[176,225],"class_list":["post-13856","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-theatre-de-larsenic","category-spectacle","tag-ivan-garcia","tag-monique-kountangni"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13856","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13856"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13856\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20322,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13856\/revisions\/20322"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/13857"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13856"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13856"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13856"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}