{"id":13844,"date":"2019-11-02T11:43:31","date_gmt":"2019-11-02T10:43:31","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=13844"},"modified":"2025-02-09T17:06:29","modified_gmt":"2025-02-09T16:06:29","slug":"schmurz","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/11\/schmurz\/","title":{"rendered":"Schm\u00fcrz"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Schm\u00fcrz<\/h2>\n\n\n<p>D\u2019apr\u00e8s Jean-Luc Lagarce et Boris Vian \/ Mise en sc\u00e8ne de Gian Manuel Rau \/ La Grange de Dorigny \/ du 26 octobre au 2 novembre 2019 \/ Critiques par Sarah Juilland et Judith Marchal.<\/p>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Jouer sur les maux<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>2 novembre 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/sarah-juilland\/\">Sarah Juilland<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1736\" height=\"1154\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/11\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-11-02-a\u0300-11.31.25.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-13841\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/11\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-11-02-a\u0300-11.31.25.png 1736w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/11\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-11-02-a\u0300-11.31.25-250x166.png 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/11\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-11-02-a\u0300-11.31.25-300x200.png 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/11\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-11-02-a\u0300-11.31.25-768x511.png 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/11\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-11-02-a\u0300-11.31.25-1024x681.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/11\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-11-02-a\u0300-11.31.25-624x415.png 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 1736px) 100vw, 1736px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Cie Camastral<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Avec l\u2019ineptie des guerres en ligne de mire, Gian Manuel Rau superpose deux huis-clos acerbes et corrosifs,\u00a0<\/em>Erreur de construction<em>\u00a0(1977) de Jean-Luc Lagarce \u2013 clin d\u2019\u0153il \u00e0\u00a0<\/em>La Cantatrice chauve<em>\u00a0d\u2019Eug\u00e8ne Ionesco \u2013 et\u00a0<\/em>Le Schm\u00fcrz<em>\u00a0de Boris Vian \u2013 pi\u00e8ce politique et atemporelle sur l\u2019oppression totalitaire. Le spectacle, plac\u00e9 sous le signe de l\u2019absurde, na\u00eet du mariage oxymorique entre la cocasserie et la cruaut\u00e9, le jeu et la souffrance, le doux leurre et la douleur. Au fil du diptyque, les spectateurs\u00b7trices<\/em>\u00a0<em>sont<\/em>\u00a0<em>happ\u00e9s\u00b7\u00e9es dans une escalade angoissante, du rire vers la noirceur et la d\u00e9sillusion.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Entre les deux pi\u00e8ces qui composent le&nbsp;<em>Schm\u00fcrz<\/em>&nbsp;imagin\u00e9 par Gian Manuel Rau, un glissement s\u2019op\u00e8re progressivement d\u2019un absurde comique et saugrenu vers un absurde f\u00e9roce et fun\u00e8bre. Le public, invit\u00e9 dans l\u2019intimit\u00e9 de deux int\u00e9rieurs \u2013 le salon de Louise Scheurer puis l\u2019appartement de la famille Dupont \u2013 est saisi par une tension croissante et oppressante, \u00e0 l\u2019image des murs qui se rapprochent chez Boris Vian ou du \u00ab&nbsp;Bruit&nbsp;\u00bb qui chasse les locataires d\u2019\u00e9tages en \u00e9tages. D\u2019<em>Erreur de construction<\/em>&nbsp;\u2013 qui constitue un prologue selon le metteur en sc\u00e8ne \u2013 au&nbsp;<em>Schm\u00fcrz<\/em>, un effondrement se produit, des rires aux affres. Les esclaffements laissent place aux \u00e9touffements. Ainsi que l\u2019\u00e9crit Ionesco&nbsp;: \u00ab&nbsp;le comique \u00e9tant l\u2019intuition de l\u2019absurde, il est plus d\u00e9sesp\u00e9rant que le tragique&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Par le biais de costumes fantasques et h\u00e9t\u00e9roclites, arbor\u00e9s par six com\u00e9diens dont les r\u00f4les sont peu d\u00e9finis, la sc\u00e8ne d\u2019exposition porte le sceau de l\u2019extravagance et de la loufoquerie. Les personnages qui vagabondent dans l\u2019espace forment une faune h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne&nbsp;: les d\u00e9gaines androgynes de certains c\u00f4toient les trois Madame Scheurer \u2013 une femme pot de fleurs, une femme boule \u00e0 facettes et une danseuse de cabaret. Mais l\u2019architecture brutaliste et la sobri\u00e9t\u00e9 des d\u00e9cors font contrepoids \u00e0 la fantaisie des costumes, et pr\u00e9sagent peut-\u00eatre la mis\u00e8re de la guerre qui court comme un fil rouge dans le spectacle. Bien que le premier temps \u2013 celui qui est consacr\u00e9 au texte de Lagarce \u2013 soit davantage du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019amusement, la guerre est d\u00e9j\u00e0 tapie en toile de fond. Menace spectrale omnipr\u00e9sente, elle pend au-dessus des t\u00eates telle une \u00e9p\u00e9e de Damocl\u00e8s invisible. Assurant la transition vers l\u2019univers lugubre du&nbsp;<em>Schm\u00fcrz<\/em>, la fin d\u2019<em>Erreur de construction&nbsp;<\/em>esquisse l\u2019av\u00e8nement d\u2019un r\u00e9gime r\u00e9pressif et dictatorial, par l\u2019\u00e9vocation de meurtres en s\u00e9rie, de tickets de rationnement pour le beurre et par la proclamation autoritaire d\u2019un \u00ab&nbsp;pr\u00e9sident \u00e0 vie de la Patrie en danger&nbsp;\u00bb. Les lumi\u00e8res faiblissent, la sc\u00e8ne se vide et ne r\u00e9sonnent et d\u00e9raisonnent plus que des voix \u2013 d\u2019outre-tombe&nbsp;? \u2013 dialoguant entre elles. Place au&nbsp;<em>Schm\u00fcrz<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Le second volet du diptyque est plus sombre, principalement en raison de la pr\u00e9sence sc\u00e9nique du \u00ab&nbsp;schm\u00fcrz&nbsp;\u00bb&nbsp;: un \u00eatre laid, rampant, difforme, \u00e9corch\u00e9 et profond\u00e9ment d\u00e9rangeant par sa fonction de souffre-douleur domestique.&nbsp; Aux costumes excentriques de la premi\u00e8re partie se substituent des uniformes ternes, bleus de travail rappelant l\u2019atmosph\u00e8re dystopique du c\u00e9l\u00e8bre roman de George Orwell. &nbsp;La progression de l\u2019action et la sc\u00e9nographie th\u00e9matisent l\u2019amenuisement&nbsp;: le d\u00e9cor se d\u00e9pouille \u00e0 mesure que la famille Dupont d\u00e9m\u00e9nage vers des foyers encore plus exigus, les lumi\u00e8res baissent et la sc\u00e8ne aseptis\u00e9e se vide de ses protagonistes. Seul survivant, le \u00ab&nbsp;schm\u00fcrz&nbsp;\u00bb se rel\u00e8ve enfin pour une danse macabre, marquant par l\u00e0 le triomphe de l\u2019absurde. Cet \u00eatre d\u00e9pec\u00e9 se fait le miroir d\u2019un monde d\u00e9-pensant.<\/p>\n\n\n\n<p>En filigrane se tisse un r\u00e9seau d\u2019images qui \u00e9voquent la guerre, l\u2019angoisse et la mort. D\u2019une part, la sc\u00e9nographie provoque un sentiment d\u2019intimidation en sugg\u00e9rant concr\u00e8tement un p\u00e9ril imminent, en alliant des bruits assourdissants de grondements et de bourdonnements, en alternant \u00e9clats stroboscopiques et noirs complets et en propageant ponctuellement des nuages de fum\u00e9e. D\u2019autre part, le \u00ab&nbsp;schm\u00fcrz&nbsp;\u00bb qui, selon le metteur en sc\u00e8ne, \u00ab&nbsp;r\u00f4de comme un doute ou une pens\u00e9e noire&nbsp;\u00bb, incarne la peur. \u00c0 ses c\u00f4t\u00e9s, le \u00ab&nbsp;Bruit&nbsp;\u00bb est une entit\u00e9 \u00e0 part enti\u00e8re \u2013 \u00ab&nbsp;une image&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;un symbole&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;un avertissement&nbsp;\u00bb \u2013 qui fait fuir les personnages du&nbsp;<em>Schm\u00fcrz<\/em>. L\u2019instauration, par la mise en sc\u00e8ne, d\u2019une pression psychologique grandissante chez le spectateur ou la spectatrice fait penser au Th\u00e9\u00e2tre de la Cruaut\u00e9 th\u00e9oris\u00e9 par Antonin Artaud, qui chercherait \u00e0 figurer les terreurs, fantasmes et obsessions du public. Les pi\u00e8ces de Vian et de Lagarce, r\u00e9investies par le travail de Gian Manuel Rau, conservent toute leur acuit\u00e9 et leur actualit\u00e9 face \u00e0 un pr\u00e9sent incertain et pr\u00e9occup\u00e9, encore et toujours en crise.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>2 novembre 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/sarah-juilland\/\">Sarah Juilland<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Lagarce et Vian, au coeur de l\u2019absurde<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>2 novembre 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/judith-marchal\/\">Judith Marchal<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/11\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-11-02-a\u0300-11.31.04-1024x682.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-13847\" style=\"width:300px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Cie Camastral<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Pour sa nouvelle cr\u00e9ation, Gian Manuel Rau tente un dialogue entre Boris Vian et Jean-Luc Lagarce. Pendant plus de deux heures, six com\u00e9diennes et com\u00e9diens encha\u00eenent \u00e0 un rythme effr\u00e9n\u00e9\u00a0<\/em>Erreur de construction<em>\u00a0et les\u00a0<\/em>B\u00e2tisseurs d\u2019empire ou le Schm\u00fcrz<em>.\u00a0Un pari audacieux, dont la mise en \u0153uvre ne parvient toutefois pas \u00e0 produire de v\u00e9ritables \u00e9chos entre les deux \u0153uvres.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019abord il y a Jean-Luc Lagarce et le texte de sa premi\u00e8re pi\u00e8ce&nbsp;<em>Erreur de construction<\/em>, r\u00e9dig\u00e9e en 1977. Une histoire pr\u00e9sent\u00e9e de mani\u00e8re comique et absurde, dans laquelle, rime oblige, tous les Charles meurent \u00e0 cheval et tous les Albert meurent \u00e0 la guerre. Sur sc\u00e8ne, les personnages v\u00eatus de costumes extravagants \u2013 faits tant\u00f4t de feuilles, tant\u00f4t de paillettes \u2013 \u00e9voluent dans un d\u00e9cor intemporel dont les seuls \u00e9l\u00e9ments architecturaux sont des blocs de formes g\u00e9om\u00e9triques pos\u00e9s sur de multiples marquages au sol. Monsieur Auguste, invit\u00e9 de la ma\u00eetresse de maison, plante le cadre de l\u2019intrigue et l\u2019ambiance de la pi\u00e8ce&nbsp;: \u00ab&nbsp;Dans la rue il y a encore des \u00e9meutes et il est impossible de sortir sans risquer sa vie&nbsp;\u00bb. La guerre, qui frappe sans cesse au dehors, est d\u00e9celable \u00e0 travers des jeux de bruits et de lumi\u00e8res, ou encore des plaintes autour de l\u2019inflation du prix du beurre. Dans ce monde absurde, les m\u00eames informations sont r\u00e9p\u00e9t\u00e9es comme des refrains, au point de s\u2019entrem\u00ealer pour former un v\u00e9ritable chaos. La crainte de l\u2019ext\u00e9rieur force les personnages \u00e0 rester enferm\u00e9\u00b7e\u00b7s dans une seule demeure. Eda Tristesse meurt aussi, et souvent&nbsp;: une fois \u00e0 cause du chagrin, une fois \u00e0 cause d\u2019une rage de dents. Cette premi\u00e8re partie s\u2019ach\u00e8ve sur des voix qui envahissent l\u2019espace, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019annonces radio&nbsp;donnant des nouvelles tragiques de \u00ab&nbsp;la patrie en danger&nbsp;\u00bb. Tandis que la salle est plong\u00e9e dans une semi-obscurit\u00e9, les souvenirs heureux d\u2019avant-guerre des personnages s\u2019entrem\u00ealent \u00e0 leurs n\u00e9fastes pr\u00e9visions futures.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis, place au monde angoissant du&nbsp;<em>Schm\u00fcrz&nbsp;<\/em>de Boris Vian. Une sc\u00e9nographie tout aussi intemporelle accueille les m\u00eames com\u00e9dien\u00b7ne\u00b7s, interpr\u00e9tant cette fois la famille Dupont. Les \u00e9l\u00e9ments de d\u00e9cor sont les m\u00eames, mais ont \u00e9t\u00e9 retourn\u00e9s afin de pr\u00e9senter leur face creuse et non plus pleine. \u00c9crite en 1959, cette pi\u00e8ce est donc de dix-huit ans l\u2019a\u00een\u00e9e de la premi\u00e8re. Et pourtant, les th\u00e8mes abord\u00e9s se font \u00e9trangement \u00e9cho. L\u2019enfermement forc\u00e9 de la famille dans un appartement rappelle le confinement des filles, femmes, et s\u0153urs d\u2019Albert. La crainte de l\u2019ext\u00e9rieur y est tout aussi omnipr\u00e9sente, et les Dupont se retrouvent contraints de d\u00e9m\u00e9nager \u00e0 chaque fois que \u00ab&nbsp;le Bruit&nbsp;\u00bb mena\u00e7ant retentit. Probablement celui de la guerre, encore. Accompagn\u00e9s de leur bonne, les Dupont vont toujours plus haut, dans des logements toujours plus petits. Mais dans chaque nouvelle demeure se trouve le Schm\u00fcrz, ici repr\u00e9sent\u00e9 en une cr\u00e9ature immonde mi-humaine, mi-animale, se laissant aller \u00e0 toutes ses pulsions. V\u00e9ritable bouc \u00e9missaire des parents et de la servante, cette b\u00eate muette et difforme repr\u00e9sente en fait tout ce \u00e0 quoi personne ne voudrait ressembler, une v\u00e9ritable \u00ab&nbsp;personnification de la peur&nbsp;\u00bb selon le metteur en sc\u00e8ne. Dans le public, les rires pr\u00e9sents lors de la premi\u00e8re partie ont disparu pour laisser place \u00e0 quelques ricanements de malaise.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Schm\u00fcrz survit, les lumi\u00e8res s\u2019\u00e9teignent. Les com\u00e9dien\u00b7ne\u00b7s Caroline Cons, C\u00e9line Bolomey, Marie Ruchat, Isabelle Vesseron, Jos\u00e9 Lillo et Djamel Bel-Ghazi viennent d\u2019assurer pendant plus de deux heure une performance exigeante, tant au niveau physique que par la complexit\u00e9 des dialogues. D\u2019une actualit\u00e9 d\u00e9concertante, ces deux \u0153uvres trouvent une parfaite r\u00e9sonance avec les multiples conflits faisant r\u00e9guli\u00e8rement la une des journaux. Dans sa note d\u2019intention, Gian Manuel Rau explique d\u2019ailleurs que \u00ab&nbsp;le grand th\u00e8me de cette cr\u00e9ation, dont les guerres et les conflits qui nous entourent sont la toile de fond, est la peur que cr\u00e9e notre solitude entour\u00e9e d\u2019ennemis flous et notre propension au d\u00e9ni, notre impulsion fondamentale \u00e0 agir pour se divertir de la r\u00e9alit\u00e9&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Si des affinit\u00e9s th\u00e9matiques peuvent effectivement \u00eatre per\u00e7ues&nbsp;<em>a posteriori&nbsp;<\/em>entre les deux parties du diptyque \u2013 comme la guerre ou la crainte de l\u2019ext\u00e9rieur, leur lien n\u2019est pas si \u00e9vident \u00e0 discerner durant le spectacle. Hormis la pr\u00e9sence des m\u00eames com\u00e9dien\u00b7ne\u00b7s et d\u2019un d\u00e9cor recourant aux m\u00eames \u00e9l\u00e9ments, aucun \u00e9l\u00e9ment remarquable de jeu, de dramaturgie&nbsp;ni d\u2019ambiance ne se fait \u00e9cho dans les deux parties. D\u2019autant plus qu\u2019<em>Erreur de construction<\/em>&nbsp;est men\u00e9 \u00e0 un rythme soutenu, bas\u00e9 entre autres sur des actions incongrues jou\u00e9es par des personnages en arri\u00e8re-sc\u00e8ne. Au contraire, le rythme de jeu des<em>&nbsp;B\u00e2tisseurs d\u2019empire ou le Schm\u00fcrz&nbsp;<\/em>perd en dynamique, au point m\u00eame de rendre la situation difficile \u00e0 suivre. Seul le Schm\u00fcrtz, interpr\u00e9t\u00e9 par Isabelle Vasseron, qui offre une danse de fin angoissante au son du bol\u00e9ro de Ravel, r\u00e9ussit \u00e0 capter l\u2019attention durant cette seconde partie. Si Gian Manuel Rau voit dans le texte de Lagarce le prologue de celui de Vian, le spectacle qui les associe sans r\u00e9ellement les faire dialoguer n\u2019am\u00e8ne pas forc\u00e9ment le public \u00e0 un constat aussi clair. Finalement, \u00e0 la sortie de la Grange, une incertitude demeure&nbsp;: la seule union de ces deux \u0153uvres les renforce-t-elle r\u00e9ellement&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>2 novembre 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/judith-marchal\/\">Judith Marchal<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/grangededorigny\/%C3%A9v%C3%A8nement\/schmurz\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u2019apr\u00e8s Jean-Luc Lagarce et Boris Vian \/ Mise en sc\u00e8ne de Gian Manuel Rau \/ La Grange de Dorigny \/ du 26 octobre au 2 novembre 2019 \/ Critiques par Sarah Juilland et Judith Marchal.<\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":13840,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,5,38],"tags":[227,200],"class_list":["post-13844","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-la-grange","category-spectacle","tag-judith-marchal","tag-sarah-juilland"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13844","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13844"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13844\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20326,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13844\/revisions\/20326"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/13840"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13844"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13844"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13844"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}