{"id":13802,"date":"2019-10-21T12:53:29","date_gmt":"2019-10-21T10:53:29","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=13802"},"modified":"2025-02-09T17:06:43","modified_gmt":"2025-02-09T16:06:43","slug":"la-vallee-de-letrange","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/10\/la-vallee-de-letrange\/","title":{"rendered":"La Vall\u00e9e de l&rsquo;\u00e9trange"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La Vall\u00e9e de l&rsquo;\u00e9trange<\/h2>\n\n\n<p>Texte de Thomas Melle et Stefan Kaegi (Rimini Protokoll) \/ Mise en sc\u00e8ne de Stefan Kaegi \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ du 25 septembre au 10 octobre 2019 \/ Critiques par Jade Lambelet, Emmanuel Jung, Sarah Juilland, Thibault Hugentobler, No\u00e9 Maggetti, Monique Kountangni et Manon Leli\u00e8vre.<\/p>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La Beaut\u00e9 de l\u2019erreur : conf\u00e9rence au sujet d\u2019un tr\u00e8s ancien et tr\u00e8s humain programme<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>10 octobre 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/jade-lambelet\/\">Jade Lambelet<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-10-20-a\u0300-18.36.25-1024x683.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-13800\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-10-20-a\u0300-18.36.25-1024x683.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-10-20-a\u0300-18.36.25-250x167.png 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-10-20-a\u0300-18.36.25-300x200.png 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-10-20-a\u0300-18.36.25-768x512.png 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-10-20-a\u0300-18.36.25-624x416.png 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-10-20-a\u0300-18.36.25.png 1160w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Dorothea Tuch<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Pour sa derni\u00e8re cr\u00e9ation, le metteur en sc\u00e8ne et membre fondateur du Rimini Protokoll Stefan Kaegi s\u2019associe au romancier et dramaturge allemand Thomas Melle d\u00e9doubl\u00e9 sur sc\u00e8ne dans un sosie animatronique model\u00e9 \u00e0 partir de son propre corps. Le robot prend alors la place physique de l\u2019\u00e9crivain et propose, chaque soir, l\u2019exacte m\u00eame conf\u00e9rence \u00e0 son public. Le discours tenu par le conf\u00e9rencier humano\u00efde vient brouiller les fronti\u00e8res entre la r\u00e9alit\u00e9 et la fiction et s\u2019ancre dans une r\u00e9flexion brillamment men\u00e9e sur la technologie, le d\u00e9terminisme, le conditionnement et l\u2019instabilit\u00e9 de la vie humaine.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le robot-sosie de Thomas Melle \u00ab&nbsp;attend&nbsp;\u00bb patiemment son public dans l\u2019obscurit\u00e9 de la sc\u00e8ne. Si ce dernier ne s\u2019est pas renseign\u00e9 en amont sur le spectacle avant d\u2019y assister, il peut \u00eatre pris (plus violemment que d\u2019autres) d\u2019un sentiment \u00e9trange, entre le malaise et le doute, lorsqu\u2019il comprend \u2013 ou croit comprendre d\u2019abord \u2013 qu\u2019aucun com\u00e9dien n\u2019est pr\u00e9sent sur le plateau et que se tient en face de lui un robot mont\u00e9 de toute pi\u00e8ce \u00e0 l\u2019image de l\u2019\u00e9crivain. Ce sentiment d\u2019\u00e9tranget\u00e9 et \u00ab&nbsp;d\u2019inqui\u00e9tante familiarit\u00e9&nbsp;\u00bb provoqu\u00e9 par la ressemblance quasi parfaite entre le robot et l\u2019humain se d\u00e9finit autrement comme \u00ab&nbsp;la vall\u00e9e de l\u2019\u00e9trange&nbsp;\u00bb (nomm\u00e9 d\u2019apr\u00e8s les recherches du roboticien japonais Mori Masahiro) qui donne son titre au spectacle. La conf\u00e9rence de Melle, qui porte d\u2019une part sur la bipolarit\u00e9 de l\u2019auteur et, d\u2019autre part, sur la biographie de l\u2019informaticien Alan Turing, brise rapidement le \u00ab&nbsp;quatri\u00e8me mur&nbsp;\u00bb pour s\u2019adresser directement au public, pris \u00e0 partie (et par l\u00e0 inclus dans la fiction) dans des apostrophes et des questionnements que le robot \u2013 ou derri\u00e8re lui Thomas Melle et Stefan Kaegi \u2013 lui adresse.<\/p>\n\n\n\n<p>La maladie de Melle est \u00e0 la fois \u00e0 l\u2019origine du spectacle et une des th\u00e9matiques abord\u00e9es dans le discours du robot, mais elle est aussi esth\u00e9tis\u00e9e et mat\u00e9rialis\u00e9e dans la sc\u00e9nographie \u00e0 travers des jeux de voix, d\u2019ombres et des projections qui \u00e9voquent le d\u00e9doublement. C\u2019est cela, confiera-t-il, qui lui a permis de mieux acc\u00e9der \u00e0 lui-m\u00eame, de s\u2019extraire de son corps afin de s\u2019observer depuis l\u2019ext\u00e9rieur dans l\u2019intention de se r\u00e9concilier enfin avec sa maladie. Le d\u00e9doublement recouvre alors une fonction cathartique pour l\u2019auteur qui ext\u00e9riorise sa maladie dans un premier temps par le geste d\u2019\u00e9criture (\u00e0 travers son roman&nbsp;<em>Die Welt im R\u00fccken<\/em>&nbsp;portant sur sa bipolarit\u00e9), puis dans un second temps, de mani\u00e8re corporelle, physique et tangible dans la cr\u00e9ation de son double robotique.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur sc\u00e8ne, l\u2019\u00e9vacuation de la pr\u00e9sence humaine au profit d\u2019un substitut m\u00e9canique vient poser la question du statut du com\u00e9dien au th\u00e9\u00e2tre&nbsp;: la pr\u00e9sence humaine est-elle n\u00e9cessaire pour susciter des \u00e9motions&nbsp;? Ne parvient-on pas \u00e0 un perfectionnement d\u2019autant plus important que le jeu des \u00ab&nbsp;com\u00e9diens&nbsp;\u00bb&nbsp;peut \u00eatre enti\u00e8rement programm\u00e9 ? Face \u00e0 la stabilit\u00e9 in\u00e9branlable du robot et du spectacle enti\u00e8rement programm\u00e9, le public reste le seul facteur al\u00e9atoire. Peut-\u00eatre est-il aussi son v\u00e9ritable sujet, comme l\u2019affirme le conf\u00e9rencier&nbsp;: \u00ab&nbsp;le [r\u00e9el] sujet de cette conf\u00e9rence ce n\u2019est pas moi, mais vous&nbsp;\u00bb. Ainsi, la fiction que met en sc\u00e8ne&nbsp;<em>La Vall\u00e9e de l\u2019\u00e9trange<\/em>&nbsp;n\u2019est donc pas tant celle cont\u00e9e par le robot-sosie de Thomas Melle que celle qui est \u00e9branl\u00e9e, tout au long du spectacle, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des spectateurs, par les adresses \u00e0 caract\u00e8re m\u00e9taphysique et ontologique du robot : \u00ab&nbsp;Comment vous sentez-vous&nbsp;? Pourquoi \u00eates-vous venus me voir&nbsp;? Pour vous identifier&nbsp;? Quel genre de cr\u00e9ature \u00eates-vous&nbsp;? Vous pensez que vous avez plus de libert\u00e9 que moi&nbsp;? Vous \u00eates venus pour vous diff\u00e9renciez de moi&nbsp;?&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><em>La Vall\u00e9e de l\u2019\u00e9trange<\/em>&nbsp;bouscule et remet en perspective la certitude confortable des individus en la r\u00e9alit\u00e9 et leur croyance en un caract\u00e8re immuable capable de d\u00e9finir l\u2019\u00ab&nbsp;humanit\u00e9&nbsp;\u00bb. Car en d\u00e9finitive, qu\u2019est-ce qui fait de nous des \u00eatres&nbsp;<em>humains&nbsp;<\/em>? Qu\u2019est-ce qui nous distingue des robots&nbsp;? Est-ce notre capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9velopper de l\u2019empathie ? Celle-ci est pourtant g\u00e9n\u00e9reusement moqu\u00e9e par le discours de Thomas Melle, de m\u00eame que la m\u00e9canisation de nos comportements au quotidien et en particulier ceux que nous mettons en place dans une salle de th\u00e9\u00e2tre (silence, attention, applaudissements). Plus simplement, ce qui semble faire de nous des \u00eatres&nbsp;<em>humains<\/em>&nbsp;est peut-\u00eatre avant tout l\u2019instabilit\u00e9 de nos vies et de nos modes de fonctionnement, car \u00ab&nbsp;chacun d\u2019entre [nous] est instable, \u00e0 un niveau plus ou moins grand&nbsp;\u00bb. Si l\u2019on en croit les derni\u00e8res paroles du robot, le spectacle est d\u00e9di\u00e9 \u00e0 ces instabilit\u00e9s, \u00e0 ce caract\u00e8re al\u00e9atoire de nos vies et \u00e0 la \u00ab&nbsp;beaut\u00e9 de la loi de l\u2019erreur&nbsp;\u00bb. C\u2019est peut-\u00eatre aussi ce qui permet l\u2019art et la cr\u00e9ation, car sans erreur et sans complication, qu\u2019aurions-nous \u00e0 raconter&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>10 octobre 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/jade-lambelet\/\">Jade Lambelet<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Un rem\u00e8de \u00e0 la bipolarit\u00e9 ?<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>10 octobre 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/emmanuel-jung\/\">Emmanuel Jung<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"700\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/VDL_GABRIELANEEB-1024x700.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-13956\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/VDL_GABRIELANEEB-1024x700.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/VDL_GABRIELANEEB-293x200.png 293w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/VDL_GABRIELANEEB-250x170.png 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/VDL_GABRIELANEEB-768x525.png 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/VDL_GABRIELANEEB-624x427.png 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/VDL_GABRIELANEEB.png 1264w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Gabriela Neeb<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>La derni\u00e8re cr\u00e9ation de Stefan Kaegi d\u00e9voile \u2013 avec sarcasme&nbsp;? \u2013 un rem\u00e8de unique \u00e0 la bipolarit\u00e9&nbsp;: un robot tr\u00e8s r\u00e9aliste, seul personnage sur sc\u00e8ne et double de l\u2019\u00e9crivain Thomas Melle, lui-m\u00eame atteint de cette maladie. Une exp\u00e9rience d\u00e9routante et anxiog\u00e8ne qui questionne la position et les r\u00e9actions du public&nbsp;: &nbsp;comment r\u00e9agir \u00e0 un spectacle qui ne propose que le succ\u00e9dan\u00e9 d\u2019un acteur&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>On n\u2019en sort pas indemne, pourtant personne n\u2019\u00e9tait sur sc\u00e8ne. Ou en tout cas aucun \u00eatre humain. Pendant une heure, le robot propose une conf\u00e9rence sur Thomas Melle (\u00ab&nbsp;lui-m\u00eame&nbsp;\u00bb\u2026) et Alan Turing, accompagn\u00e9 uniquement d\u2019un ordinateur et d\u2019un \u00e9cran de projection&nbsp;; une heure suffisante pour instaurer une relation tr\u00e8s particuli\u00e8re entre la sc\u00e8ne et le public. Diff\u00e9rentes interrogations semblaient en effet \u00e9merger des spectateur\u00b7trice\u00b7s&nbsp;: lorsque l\u2019humano\u00efde fait, par exemple, une blague, que faire de notre rire, \u00e0 qui est-il destin\u00e9&nbsp;? Cette confusion est r\u00e9apparue, plus brutalement encore, lors des applaudissements finaux. Car, habituellement, un\u00b7e conf\u00e9rencier\u00b7e r\u00e9agit en fonction du comportement du public&nbsp;: si le public rit, il ou elle attendra la fin des rires pour reprendre la parole&nbsp;; de la m\u00eame fa\u00e7on, il ou elle r\u00e9agira plus ou moins positivement aux applaudissements en fonction de leur degr\u00e9 d\u2019intensit\u00e9. Mais lors de ce spectacle, rien de tout cela. Le robot parle, mais n\u2019entend pas, n\u2019est jamais&nbsp;<em>r\u00e9ceptif<\/em>&nbsp;: la relation robot-public est \u00e0 sens unique, du robot au public, jamais l\u2019inverse. Les rires, les applaudissements mitig\u00e9s restent dans leur espace initial, n\u2019atteignent jamais la sc\u00e8ne. Un miroir invisible renvoie aux spectateur\u00b7trice\u00b7s leurs propres r\u00e9actions.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s l\u2019entr\u00e9e du public dans la salle, le trouble s\u2019est install\u00e9, le peu d\u2019\u00e9clairage permettant d\u2019entretenir l\u2019ambigu\u00eft\u00e9&nbsp;sur l\u2019authenticit\u00e9 de l\u2019acteur pr\u00e9sent sur sc\u00e8ne. Au commencement du spectacle, cependant, le doute est lev\u00e9&nbsp;: gestes accompagn\u00e9s d\u2019un bruit m\u00e9canique, cr\u00e2ne ouvert laissant appara\u00eetre de nombreux c\u00e2bles.&nbsp; L\u2019objectif n\u2019est donc pas de cr\u00e9er un clone parfait&nbsp;; un double de Thomas Melle partiellement inachev\u00e9, sans naturel, suffit.<\/p>\n\n\n\n<p>Il suffit si l\u2019on suit la justification donn\u00e9e par l\u2019\u00e9crivain pendant le spectacle : \u00e9tant atteint de bipolarit\u00e9, il aurait fait construire ce robot pour \u00ab&nbsp;\u00eatre libre&nbsp;\u00bb, pour pouvoir \u00ab&nbsp;aller au spa&nbsp;\u00bb pendant que son ersatz remplirait ses obligations m\u00e9diatiques&nbsp;(conf\u00e9rences, questions des journalistes\u2026). La catharsis aristot\u00e9licienne est ainsi renvers\u00e9e&nbsp;; elle ne concerne plus les spectateur\u00b7trice\u00b7s (la repr\u00e9sentation devrait provoquer, on le rappelle l\u2019\u00e9purement des passions du public), mais le cr\u00e9ateur. Mais devons-nous croire Thomas Melle&nbsp;? Il est \u00e9crit, sur le site du Th\u00e9\u00e2tre de Vidy, que \u00ab&nbsp;Stefan Kaegi a fait r\u00e9aliser un robot&nbsp;\u00bb (et non pas Melle)&nbsp;: la justification concernant&nbsp;<em>sa<\/em>&nbsp;cr\u00e9ation tombe donc \u00e0 l\u2019eau, n\u2019est qu\u2019une fiction, et la catharsis repasse du c\u00f4t\u00e9 du public. Il nous semble alors que cette \u00ab&nbsp;libert\u00e9 d\u2019aller au spa&nbsp;\u00bb est \u00e0 consid\u00e9rer avec pr\u00e9caution car plac\u00e9e sous le signe de la fiction, voire sous celui de l\u2019ironie et du sarcasme. La question reste ouverte.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans tous les cas, une majeure partie de la repr\u00e9sentation est travaill\u00e9e en fonction de cette th\u00e9matique du double, des projecteurs qui s\u00e9parent l\u2019humano\u00efde en deux ombres distinctes aux diff\u00e9rents niveaux de r\u00e9alit\u00e9. Sur l\u2019\u00e9cran, des photos et des vid\u00e9os de l\u2019\u00e9crivain sont effectivement projet\u00e9es, interrogeant le vrai et le faux, la pr\u00e9sence et l\u2019absence. On se demande qui est le plus v\u00e9ritable : Melle en vid\u00e9o, qui \u00ab&nbsp;joue&nbsp;\u00bb peut-\u00eatre un certain r\u00f4le, ou le robot Melle, sur sc\u00e8ne, qui parle avec sa voix, pr\u00e9enregistr\u00e9e&nbsp;? Parall\u00e8lement, l\u2019\u00e9crivain n\u2019est pas sur les planches, mais doublement pr\u00e9sent, gr\u00e2ce \u00e0 la vid\u00e9o et gr\u00e2ce au robot (visuellement et auditivement). Ce dernier, statique, investit paradoxalement l\u2019espace sc\u00e9nique de mani\u00e8re surprenante. La raret\u00e9 de la situation \u2013 voir bouger un robot \u2013 provoque une hyperacuit\u00e9 visuelle&nbsp;: chacun de ses gestes est scrut\u00e9 par des spectateur\u00b7trice\u00b7s perplexes.<\/p>\n\n\n\n<p>Du reste, le trouble g\u00e9n\u00e9ral a \u00e9t\u00e9 amplifi\u00e9, lors de notre repr\u00e9sentation, par une s\u00e9rie de probl\u00e8mes techniques (vingt minutes de retard, panne du robot au beau milieu de son allocution, reprise de son discours non pas l\u00e0 o\u00f9 il l\u2019avait abandonn\u00e9, mais plusieurs minutes auparavant). Sur le moment, d\u00e9licat de savoir si cette interruption avait \u00e9t\u00e9 volontairement gliss\u00e9e dans le spectacle \u2013 nous avons a posteriori appris que non. Ces soucis techniques \u00e9taient toutefois symptomatiques, venant encore renforcer l\u2019\u00e9tranget\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e dans la salle et l\u2019id\u00e9e d\u2019une s\u00e9paration forte entre le l\u2019humano\u00efde et les spectateur\u00b7trice\u00b7s&nbsp;; car si le robot disjonctait en r\u00e9p\u00e9tant ses paroles, le public ne les avait pas oubli\u00e9es\u2026<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>10 octobre 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/emmanuel-jung\/\">Emmanuel Jung<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">\u00catre ou ne pas \u00eatre rang\u00e9<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>10 octobre 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/sarah-juilland\/\">Sarah Juilland<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"735\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/VDL_CRISCREATURES-1024x735.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-13958\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/VDL_CRISCREATURES-1024x735.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/VDL_CRISCREATURES-278x200.png 278w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/VDL_CRISCREATURES-237x170.png 237w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/VDL_CRISCREATURES-768x552.png 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/VDL_CRISCREATURES-624x448.png 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/VDL_CRISCREATURES.png 1256w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Cris Creatures<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>La vall\u00e9e de l\u2019\u00e9trange sillonn\u00e9e par Stefan Kaegi n\u2019est pas seulement celle de la robotique&nbsp;: elle est, de mani\u00e8re plus enfouie et profonde, celle de la f\u00ealure, de la fragilit\u00e9 et de l\u2019instabilit\u00e9 humaines. Paradoxalement, c\u2019est un double animatronique de l\u2019\u00e9crivain Thomas Melle qui, \u00e0 la place de l\u2019original absent, porte sur sc\u00e8ne un discours autour de l\u2019humanit\u00e9 et du trouble psychique. La bipolarit\u00e9, v\u00e9ritable fil rouge, est m\u00e9taphoris\u00e9e au long du spectacle par des effets de d\u00e9doublement et par la n\u00e9bulosit\u00e9 des fronti\u00e8res entre r\u00e9alit\u00e9 et fiction, authenticit\u00e9 et artificialit\u00e9. L\u2019humain, \u00ab&nbsp;d\u00e9rang\u00e9&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;psychologiquement ab\u00eem\u00e9&nbsp;\u00bb, est \u00e9prouv\u00e9 par la machine \u2013 \u00eatre \u00ab&nbsp;rang\u00e9&nbsp;\u00bb, programm\u00e9 et r\u00e9gl\u00e9 \u2013 qui le supplante et l\u2019envahit dans une soci\u00e9t\u00e9 de la performance. &nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Crevant l\u2019obscurit\u00e9 de la salle, un spot lumineux \u00e9claire l\u2019unique protagoniste physique du spectacle&nbsp;: un robot humano\u00efde \u00e0 l\u2019effigie de Thomas Melle, dont la voix pr\u00e9alablement enregistr\u00e9e r\u00e9sonne du corps m\u00e9canique, produisant d\u2019embl\u00e9e un \u00e9trange d\u00e9calage entre l\u2019humain et le non-humain. Enfonc\u00e9 dans un fauteuil, l\u2019automate soliloque une conf\u00e9rence bic\u00e9phale, croisant la biographie de son patron humain \u00e0 celle du pr\u00e9curseur de l\u2019informatique Alan Turing. \u00c0 ses c\u00f4t\u00e9s, pos\u00e9s sur une petite table, un ordinateur portable et un verre rempli d\u2019eau \u00e9voquent \u00e0 la fois la posture de l\u2019\u00e9crivain et de l\u2019orateur. &nbsp;Les objets avec lesquels il partage la sc\u00e8ne \u2013 un \u00e9cran blanc o\u00f9 sont projet\u00e9es images et vid\u00e9os de sa gen\u00e8se et une \u00ab&nbsp;machine de th\u00e9\u00e2tre&nbsp;\u00bb r\u00e9gissant sons et lumi\u00e8res \u2013 visent \u00e0 susciter des \u00e9motions que l\u2019andro\u00efde, d\u00e9pourvu de patuit\u00e9, ne peut ni donner ni recevoir. Pourtant, ce sont surtout malaise et m\u00e9fiance qu\u2019\u00e9prouve le spectateur face \u00e0 cette cr\u00e9ature qui lui ressemble tout en lui demeurant \u00e9trang\u00e8re, \u00ab&nbsp;entre le vraiment diff\u00e9rent et le parfaitement semblable&nbsp;\u00bb. La d\u00e9rangeante familiarit\u00e9 \u2013 ou vall\u00e9e de l\u2019\u00e9trange selon Masahiro Mori \u2013 proc\u00e8de de l\u2019alliage antinomique d\u2019une apparence humaine et de propri\u00e9t\u00e9s robotiques. Les bruits m\u00e9caniques qui accompagnent chaque mouvement, l\u2019ouverture du cr\u00e2ne qui laisse appara\u00eetre les circuits \u00e9lectriques sont volontairement conserv\u00e9s, de sorte \u00e0 maintenir le sentiment que \u00ab&nbsp;quelque chose cloche&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La dimension paradoxale du spectacle s\u2019intensifie lorsque le robot adresse \u00e0 son public \u2013 qu\u2019il est pourtant incapable de reconna\u00eetre \u2013 une s\u00e9rie d\u2019interrogations sur la fine lisi\u00e8re qui s\u00e9pare le genre humain de l\u2019univers robotique&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00cates-vous toujours s\u00fbrs lorsque vous cochez la case \u201cje ne suis pas un robot\u201d ?&nbsp;\u00bb&nbsp;; \u00ab&nbsp;Perd-on son humanit\u00e9 en m\u00eame temps que ses erreurs&nbsp;?&nbsp;\u00bb&nbsp;; \u00ab&nbsp;Est-ce le caract\u00e8re al\u00e9atoire qui fait l\u2019humain&nbsp;?&nbsp;\u00bb Ces questions existentielles, pos\u00e9es dans le vide par une machine avec laquelle le dialogue est impossible, provoquent un certain embarras, voire m\u00eame de l\u2019agacement. En substituant l\u2019automate au com\u00e9dien, le dispositif sc\u00e9nique d\u00e9range les habitudes des spectateurs qui, au lieu d\u2019assister \u00e0 un jeu fluctuant et faillible, deviennent cette fois-ci le \u00ab&nbsp;facteur al\u00e9atoire&nbsp;\u00bb et l\u2019objet de r\u00e9flexion du spectacle&nbsp;: \u00ab&nbsp;le sujet de cette conf\u00e9rence ce n\u2019est pas moi mais vous&nbsp;\u00bb stipule l\u2019intervenant robotique.<\/p>\n\n\n\n<p>Quoiqu\u2019il n\u2019y ait pas l\u2019ombre d\u2019un acteur fait de chair et d\u2019os sur le plateau, c\u2019est pourtant bien l\u2019humanit\u00e9 et ses failles qui forment le c\u0153ur de&nbsp;<em>La Vall\u00e9e de l\u2019\u00e9trange<\/em>. Le trouble bipolaire dont souffre Melle, et qui file la cr\u00e9ation cosign\u00e9e avec Kaegi, est th\u00e9matis\u00e9 \u00e0 travers divers proc\u00e9d\u00e9s sc\u00e9nographiques charg\u00e9s de sonder la dualit\u00e9. Le discours lui-m\u00eame est double, puisqu\u2019il entrem\u00eale les biographies de Melle et de Turing, tous deux atteints de trouble psychique. Thomas Melle est physiquement d\u00e9doubl\u00e9 par le dispositif sc\u00e9nique, qui l\u2019\u00e9vacue et pr\u00eate ses paroles \u00e0 son clone robotique. Cette dualit\u00e9 initiale est pouss\u00e9e \u00e0 son paroxysme lorsque le vrai Melle appara\u00eet sur une vid\u00e9o pr\u00e9enregistr\u00e9e et confronte son sosie m\u00e9canique. L\u2019\u00e9cran mat\u00e9rialise l\u2019ambivalence entre la pr\u00e9sence et l\u2019absence&nbsp;: bien que le v\u00e9ritable Melle soit absent, l\u2019effet de pr\u00e9sence provoqu\u00e9 par la projection vid\u00e9o est plus fort que la pr\u00e9sence physique de son double. Le brouillage des fronti\u00e8res de l\u2019illusion \u2013 principe embl\u00e9matique du Rimini Protokoll \u2013 m\u00e9taphorise \u00e9galement l\u2019univers de la folie. La nature de la cr\u00e9ation, qui ne cesse d\u2019osciller entre documentaire et fiction th\u00e9\u00e2trale, est elle-m\u00eame troubl\u00e9e&nbsp;: \u00ab&nbsp;Est-ce du th\u00e9\u00e2tre&nbsp;?&nbsp;\u00bb interroge le robot.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus g\u00e9n\u00e9ralement, ce sont peut-\u00eatre la place des humains et le r\u00f4le de l\u2019art qui se trouvent questionn\u00e9s&nbsp;: faut-il pr\u00e9f\u00e9rer la r\u00e9gularit\u00e9 des automates \u00e0 l\u2019irr\u00e9gularit\u00e9 humaine, ces \u00eatres \u00ab&nbsp;rang\u00e9s&nbsp;\u00bb et d\u00e9termin\u00e9s aux hommes qui ne se rangent pas dans des cases d\u00e9finies&nbsp;? Le probl\u00e8me se pose dans une soci\u00e9t\u00e9 qui se d\u00e9shumanise progressivement, qui se vide de ses humains \u2013 tous plus ou moins fragilis\u00e9s et ab\u00eem\u00e9s \u2013 et les remplace par des machines plus performantes. \u00c0 l\u2019instar des m\u00e9tiers balay\u00e9s par l\u2019automatisation, l\u2019artiste \u2013 peintre, po\u00e8te, musicien ou encore com\u00e9dien \u2013 peut-il \u00eatre lui aussi relay\u00e9 par un robot&nbsp;? La substitution est envisageable, le spectacle en t\u00e9moigne. Mais est-ce de l\u2019art ou plut\u00f4t une exp\u00e9rience presque scientifique&nbsp;? La vertu cathartique du th\u00e9\u00e2tre semble ne pouvoir \u00eatre assur\u00e9e que par des humains, dou\u00e9s d\u2019empathie, capables de transmettre des \u00e9motions. Thomas Melle le prouve&nbsp;: contrairement \u00e0 ce qu\u2019il pr\u00e9tend, ce n\u2019est pas le robot qui le soigne mais plut\u00f4t le fait d\u2019avoir couch\u00e9 ses maux sur le papier d\u2019un livre, puis de leur avoir donn\u00e9 corps sur sc\u00e8ne. Finalement, le rem\u00e8de n\u2019est pas le remplacement des humains par des robots, mais le pouvoir de fabulation et de cr\u00e9ation fictionnelle, la capacit\u00e9 \u00e0 \u00ab&nbsp;extraire de l\u2019int\u00e9rieur pour observer l\u2019ext\u00e9rieur&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>10 octobre 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/sarah-juilland\/\">Sarah Juilland<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Je (ne) suis (pas) un robot ?<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>10 octobre 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/thibault-hugentobler\/\">Thibault Hugentobler<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"807\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/VDL_RIMINI-1024x807.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-13960\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/VDL_RIMINI-1024x807.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/VDL_RIMINI-254x200.png 254w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/VDL_RIMINI-216x170.png 216w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/VDL_RIMINI-768x605.png 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/VDL_RIMINI-624x492.png 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/VDL_RIMINI.png 1266w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Rimini Protokoll<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Dans&nbsp;<\/em>La Vall\u00e9e de l\u2019\u00e9trange<em>, Stefan Kaegi et Thomas Melle explorent la possibilit\u00e9 de rem\u00e9dier \u00e0 l\u2019instabilit\u00e9 humaine par la technologie. Le spectacle intrigue par son dispositif repoussant les limites du th\u00e9\u00e2tre mais c\u2019est le discours tenu qui interpelle pleinement, entre cynisme sur l\u2019avenir biologique et admiration pour la solution robotique.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Dans la p\u00e9nombre de La Passerelle du Th\u00e9\u00e2tre de Vidy, un individu confortablement install\u00e9 dans un fauteuil reste immobile et silencieux, attendant que le public se soit assis. Il se racle la gorge et renifle avant d\u2019entamer une conf\u00e9rence sur l\u2019eldorado que constitue l\u2019apport technologique pour les \u00eatres de chair et de sang. Rendant compte de son mal-\u00eatre li\u00e9 \u00e0 la sc\u00e8ne m\u00e9diatique, il imagine la possibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre remplac\u00e9 pour ne plus avoir \u00e0 se d\u00e9placer de plateaux en plateaux pour r\u00e9pondre aux m\u00eames questions. Et s\u2019il d\u00e9l\u00e9guait la t\u00e2che&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019individu se pr\u00e9sente et pr\u00e9tend s\u2019appeler Thomas Melle. Sa voix, sa gestuelle, les anecdotes sur sa vie, sa r\u00e9flexion, et surtout son visage laissent bien penser que nous avons affaire \u00e0 l\u2019\u00e9crivain allemand. Si ce n\u2019est toutefois une sorte d\u2019\u00e9cart, de d\u00e9calage, de lenteur dans le mouvement des bras, des l\u00e8vres. Ainsi que le statisme de ses jambes, de ses doigts quasiment atrophi\u00e9s. L\u2019interpr\u00e8te serait-il malade&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Sans surprise v\u00e9ritable, au vu de la publicit\u00e9 entourant le spectacle et du sujet de cette conf\u00e9rence, l\u2019orateur se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre un robot, utopie monstrueuse que Stefan Kaegi propose \u00e0 Thomas Melle pour discourir sur les bienfaits de l\u2019augmentation technologique des \u00eatres humains. L\u2019ing\u00e9niosit\u00e9 du dispositif m\u00e9tadiscursif r\u00e9side dans le fait que le robot pr\u00e9sente la r\u00e9flexion attribu\u00e9e \u00e0 son cr\u00e9ateur pour que ce dernier, le&nbsp;<em>v\u00e9ritable&nbsp;<\/em>Thomas Melle, puisse renoncer \u00e0 sa pr\u00e9sence au moment de la monstration.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s lors, les propos tenus sur la robotique interpellent et fascinent presque de mani\u00e8re morbide. La stabilit\u00e9 de l\u2019andro\u00efde et sa propension \u00e0 ne jamais commettre d\u2019erreur renvoient brutalement \u00e0 la faiblesse humaine, aux \u00eatres instables qui ne demandent, inconsciemment, qu\u2019\u00e0 \u00eatre augment\u00e9s pour r\u00e9ponde \u00e0 un id\u00e9al de perfection. Serions-nous pr\u00eat\u00b7e\u00b7s \u00e0 renoncer \u00e0 notre humanit\u00e9 pour embrasser l\u2019optimisation absolue, pour ne plus souffrir, pour \u00eatre efficaces dans toutes situations sans jamais faiblir&nbsp;? Sommes-nous pr\u00eat\u00b7e\u00b7s alors que nous avons d\u00e9j\u00e0 recours \u00e0 cette technologie&nbsp;? Etions-nous pr\u00eat\u00b7e\u00b7s&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Car il est bien question d\u2019humanit\u00e9 derri\u00e8re le dispositif du spectacle, derri\u00e8re le masque appliqu\u00e9 avec soin sur le squelette m\u00e9tallique du robot. Si vall\u00e9e de l\u2019\u00e9trange il y a, ce n\u2019est plus vraiment dans notre perception d\u2019un andro\u00efde qui nous ressemble, mais dans notre regard sur nous-m\u00eames. La fascination pour le robot dispara\u00eet derri\u00e8re l\u2019\u00e9vocation de nos neurones miroirs&nbsp;<em>programm\u00e9s<\/em>&nbsp;pour comprendre et ressentir l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019autre. Comment en tant qu\u2019humains, pouvons-nous pr\u00e9tendre \u00eatre diff\u00e9rent\u00b7e\u00b7s d\u2019un andro\u00efde si nous r\u00e9pondons dans nos actes aux&nbsp;<em>stimuli<\/em>&nbsp;qui nous sont ext\u00e9rieurs, de mani\u00e8re al\u00e9atoire certes, voire erron\u00e9e, mais sans jamais s\u2019en affranchir par la volont\u00e9 de l\u2019esprit ? Lorsque le spectacle prend fin, le robot pr\u00e9sente les applaudissements comme une \u00e9tranget\u00e9, notamment car la pratique s\u2019adresse en th\u00e9orie aux humain\u00b7e\u00b7s pr\u00e9sent\u00b7e\u00b7s sur la sc\u00e8ne th\u00e9\u00e2trale. Si le public applaudit, il le fait suite au&nbsp;<em>stimulus<\/em>&nbsp;que constitue un projecteur qui s\u2019\u00e9teint&nbsp;; notons aussi la dimension culturelle et sociale des applaudissements. Si le public n\u2019applaudit pas, il r\u00e9pond \u00e0 la consid\u00e9ration de l\u2019orateur. Dans les deux cas, les spectateurs\u00b7trices adoptent un comportement en fonction d\u2019une ou plusieurs donn\u00e9es ext\u00e9rieures.<\/p>\n\n\n\n<p>Stefan Kaegi et Thomas Melle offrent avec ce spectacle une mati\u00e8re complexe et fascinante. Loin de proposer un&nbsp;<em>show<\/em>&nbsp;d\u2019animatronique, les deux artistes dissimulent sous le dispositif robotique les angoisses les plus terribles qui ponctuent l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9&nbsp;; qu\u2019est-elle&nbsp;? d\u2019o\u00f9 vient-elle&nbsp;? a-t-elle une importance quelconque&nbsp;? Le spectacle-conf\u00e9rence d\u00e9route aussi dans la mesure o\u00f9 il brouille toute tentative de trancher sur la nature fictionnelle ou r\u00e9elle de ce qui est pr\u00e9sent\u00e9. Les vid\u00e9os int\u00e9gr\u00e9es \u00e0 la conf\u00e9rence montrent Thomas Melle se cr\u00e9ant un alter ego robotique ce qui souligne son int\u00e9r\u00eat (fictionnel&nbsp;?) pour une technologie qui donne naissance au moment th\u00e9\u00e2tral r\u00e9el assum\u00e9 par un andro\u00efde\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette perspective, il serait int\u00e9ressant, \u00e0 la mani\u00e8re du test de Turing, d\u2019interroger&nbsp;<em>La Vall\u00e9e de l\u2019\u00e9trange<\/em>&nbsp;sur sa nature de spectacle th\u00e9\u00e2tral. De par son d\u00e9calage, s\u2019agit-il de fiction ou d\u2019une monstration monstrueuse bien r\u00e9elle constituant une \u00e9ventualit\u00e9 artistique \u00e0 venir&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>10 octobre 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/thibault-hugentobler\/\">Thibault Hugentobler<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Perdre son corps<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>10 octobre 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/noe-maggetti\/\">No\u00e9 Maggetti<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"771\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/VDL_RIMINI2-1024x771.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-13962\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/VDL_RIMINI2-1024x771.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/VDL_RIMINI2-266x200.png 266w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/VDL_RIMINI2-226x170.png 226w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/VDL_RIMINI2-768x578.png 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/VDL_RIMINI2-624x470.png 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/VDL_RIMINI2.png 1270w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Rimini Protokoll<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Le Th\u00e9\u00e2tre de Vidy a r\u00e9cemment accueilli pendant deux semaines compl\u00e8tes la derni\u00e8re cr\u00e9ation de Stefan Kaegi du collectif Rimini Protokoll, au rythme de deux repr\u00e9sentations par jour&nbsp;; un nombre qui aurait pu se multiplier sans pour autant \u00e9puiser les interpr\u00e8tes, car aucun \u00eatre de chair et d\u2019os n\u2019est pr\u00e9sent sur sc\u00e8ne dans cette&nbsp;<\/em>Vall\u00e9e de l\u2019\u00e9trange<em>\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le titre du spectacle, r\u00e9f\u00e9rence au concept d\u2019<em>uncanny valley&nbsp;<\/em>\u00e9nonc\u00e9 par le roboticien Mori Matsahiro pour d\u00e9signer le ressenti de tout \u00eatre humain confront\u00e9 aux imperfections d\u2019un robot qui lui ressemble, r\u00e9sume parfaitement le sentiment qui envahit le spectateur ou la spectatrice au fil de la repr\u00e9sentation, et qui culmine au moment d\u2019applaudir&nbsp;: n\u2019y a-t-il pas quelque chose de profond\u00e9ment \u00e9trange, voire de d\u00e9rangeant, dans le fait d\u2019avoir regard\u00e9 et \u00e9cout\u00e9 un robot andro\u00efde dans une une salle de th\u00e9\u00e2tre pendant plus d\u2019une heure&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>La machine qui se tient devant nous est un animatronique reproduisant le physique de l\u2019\u00e9crivain allemand Thomas Melle, co-r\u00e9dacteur du texte du spectacle. D\u2019abord cach\u00e9 dans la p\u00e9nombre, le robot nous appara\u00eet peu \u00e0 peu avec ses traits l\u00e9g\u00e8rement difformes, quelques fils \u00e9lectriques d\u00e9passant de son masque de plastique couleur chair, et s\u2019adresse \u00e0 nous pour expliciter d\u2019entr\u00e9e de jeu le dispositif sc\u00e9nique&nbsp;: nous allons assister \u00e0 une conf\u00e9rence portant sur la trajectoire de Melle, atteint d\u2019un trouble bipolaire, mise en parall\u00e8le avec la vie du math\u00e9maticien Alan Turing. Dans son discours, la cr\u00e9ation d\u2019un double de soi-m\u00eame est peu \u00e0 peu apparent\u00e9e \u00e0 un geste th\u00e9rapeutique, permettant de sortir de son corps et de s\u2019observer depuis l\u2019ext\u00e9rieur, comme mani\u00e8re d\u2019affronter la maladie psychique. Toutefois, le robot ne se confond pas avec son mod\u00e8le, et on ne peut s\u2019emp\u00eacher de constater la distance entre les deux entit\u00e9s. C\u2019est pourquoi la question de l\u2019empathie est rapidement abord\u00e9e par cet \u00e9tonnant conf\u00e9rencier&nbsp;: sommes-nous touch\u00e9s par la pathologie de l\u2019auteur, bien qu\u2019elles nous soit narr\u00e9e par un automate&nbsp;? Est-ce en r\u00e9alit\u00e9 le destin de ce dernier qui nous \u00e9meut&nbsp;? Le cas \u00e9ch\u00e9ant, peut-on vraiment ressentir quelque chose pour un individu non humain, programm\u00e9 pour livrer exactement la m\u00eame \u00ab&nbsp;performance&nbsp;\u00bb lors de chaque repr\u00e9sentation&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Je ne suis rien, mais tout tourne autour de ce rien&nbsp;\u00bb&nbsp;: cette phrase, prononc\u00e9e par l\u2019andro\u00efde, cristallise l\u2019enjeu principal du spectacle. C\u2019est en effet la question du corps qui est au centre du propos, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment la disparition du corps \u2013 une forme de \u00ab&nbsp;devenir rien&nbsp;\u00bb. En effet, la sc\u00e9nographie int\u00e8gre, en plus du robot, un \u00e9cran sur lequel sont ponctuellement projet\u00e9es des images vid\u00e9o de Melle, parfois comment\u00e9es par son double m\u00e9canique, parfois adress\u00e9es directement public. Ainsi, l\u2019auteur, mat\u00e9rialis\u00e9 par ces deux supports, est paradoxalement priv\u00e9 de corporalit\u00e9 de deux mani\u00e8res diff\u00e9rentes. Ce jeu dichotomique entre pr\u00e9sence et absence am\u00e8ne son lot d\u2019interrogations quant \u00e0 la fonction des spectateurs et spectatrices&nbsp;: pourquoi sommes-nous devant ce spectacle d\u00e9nu\u00e9 de toute pr\u00e9sence humaine&nbsp;? Qu\u2019esp\u00e9rons-nous en tirer&nbsp;? Qui allons-nous applaudir lorsque le rideau tombera, si ce n\u2019est nous-m\u00eames et la performance sociale que nous accomplissons en nous rendant au th\u00e9\u00e2tre&nbsp;? Autant de questions que la machine aux gestes saccad\u00e9s ne manque pas de nous adresser, en exhibant l\u2019absurdit\u00e9 de sa propre (non-) existence&nbsp;: il n\u2019est pas humain, chacun de ses mouvements est programm\u00e9 au millim\u00e8tre pr\u00e8s, mais pourtant il communique avec nous, et nous l\u2019\u00e9coutons attentivement. Il semble donc difficile de nier l\u2019impact que son existence a sur nous, que ses mots nous touchent ou qu\u2019ils nous agacent.<\/p>\n\n\n\n<p>On sort de la salle habit\u00e9\u00d7e par un malaise certain. Chacune des tournures interrogatives qui jalonnent la pr\u00e9sente critique en est un indice&nbsp;: le spectacle questionne profond\u00e9ment l\u2019instance spectatorielle, car la confrontation frontale de cette derni\u00e8re avec l\u2019inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9 de l\u2019animatronique, protagoniste d\u00e9rangeant car presque humain, met \u00e0 mal le sens de sa fonction au th\u00e9\u00e2tre, et son humanit\u00e9 de fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>10 octobre 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/noe-maggetti\/\">No\u00e9 Maggetti<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Quelque chose cloche<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>10 octobre 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/monique-kountangni\/\">Monique Kountangni<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"803\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/VDL_RIMINI3-1024x803.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-13964\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/VDL_RIMINI3-1024x803.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/VDL_RIMINI3-255x200.png 255w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/VDL_RIMINI3-217x170.png 217w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/VDL_RIMINI3-768x603.png 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/VDL_RIMINI3-624x490.png 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/VDL_RIMINI3.png 1272w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Rimini Protokoll<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>La soir\u00e9e de ce deuxi\u00e8me mercredi d\u2019octobre 2019 m\u2019entra\u00eena \u00e0 explorer une dimension th\u00e9\u00e2trale nouvelle en entrant dans la Passerelle du th\u00e9\u00e2tre de Vidy. Les premi\u00e8res minutes semblent annoncer une mise en sc\u00e8ne pr\u00e9visible&nbsp;: une silhouette assise attend dans le noir. Pourtant d\u00e8s que la lumi\u00e8re s\u2019allume, le public se trouve propuls\u00e9 dans un espace o\u00f9 r\u00e8gne l\u2019artificialit\u00e9, ce qui produit un sentiment de malaise presque suffocant. Quelque chose cloche.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019installation (pas de secret entre nous, c\u2019est l\u2019hypoth\u00e8se que je pose) me cause d\u2019entr\u00e9e de jeu un malaise qui n\u2019aura de cesse de cro\u00eetre tout au long du spectacle. D\u00e8s les premi\u00e8res minutes, les questions fusent dans ma t\u00eate&nbsp;: que se passe-t-il avec le r\u00e9glage de la lumi\u00e8re&nbsp;? Est-ce ma vue qui me joue des tours&nbsp;? Quel est donc ce personnage bizarro\u00efde qui r\u00e9p\u00e8te, \u00e0 plusieurs reprises, que quelque chose cloche&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Il y a quelque chose qui cloche&nbsp;\u00bb mais je ne sais pas encore ce que c\u2019est. Peu \u00e0 peu, le personnage \u2013 assis, seul en sc\u00e8ne, avec son ordinateur portable et un verre d\u2019eau pos\u00e9 sur une table d\u2019appoint install\u00e9e \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s \u2013 fournit quelques \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9ponse (en clarifiant qu\u2019aucun \u00eatre humain ne se trouve face \u00e0 nous) qui restent pourtant difficiles \u00e0 prendre pour argent comptant. Je vis une sorte de dissonance cognitive qui refl\u00e8te, sans doute, l\u2019artificialit\u00e9 cr\u00e9\u00e9e d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment par le metteur en sc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Il y a quelque chose qui cloche&nbsp;\u00bb mais je ne parviens pas \u00e0 nommer de quoi il s\u2019agit. Qu\u2019est-ce qui est le plus bizarre&nbsp;? Un robot humano\u00efde \u2013 clone presque parfait du romancier Thomas Melle, singeant une conf\u00e9rence \u2013 qui s\u2019adresse \u00e0 une foule humaine qui l\u2019\u00e9coute attentivement et docilement, acceptant au passage d\u2019\u00eatre bouscul\u00e9e dans ses certitudes et questionn\u00e9e sur sa pr\u00e9tendue stabilit\u00e9&nbsp;? Ou un humain qui recourt \u00e0 un robot pour \u00eatre entendu dans (ou malgr\u00e9) sa diff\u00e9rence, par ses pairs&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Il y a quelque chose qui cloche&nbsp;\u00bb et ce sentiment est renforc\u00e9 par la tentative de pros\u00e9lytisme de la part de l\u2019humano\u00efde qui pr\u00eache que \u00ab&nbsp;la technologie fait partie de la nature humaine&nbsp;\u00bb tout en interpellant \u2013 provoquant&nbsp;? \u2013 le public et lui demande&nbsp;: \u00ab&nbsp;quel type de cr\u00e9atures \u00eates-vous&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Il y a quelque chose qui cloche&nbsp;\u00bb et la m\u00e9taphore de la maladie \u2013 la bipolarit\u00e9 \u2013 en est-elle la cause ou bien cette artificialit\u00e9 voulue ne sert-elle qu\u2019\u00e0 questionner qui est finalement le plus \u00ab&nbsp;malade&nbsp;\u00bb&nbsp;? Est-ce la personne (dite) malade qui a con\u00e7u cette solution \u2013 pour entretenir son \u00e9lan cr\u00e9atif en d\u00e9pit de sa maladie \u2013 ou le public (notre soci\u00e9t\u00e9 voyeuse passive mais critique) venu assister \u00e0 ce spectacle bizarro\u00efde&nbsp;? L\u2019espace sc\u00e9nographique r\u00e9duit semble faire allusion \u00e0 cette maladie qui limite et enferme, comme si, malgr\u00e9 son \u00e9lan cr\u00e9atif, le metteur en sc\u00e8ne continuait de se sentir restreint par la soci\u00e9t\u00e9, jou\u00e9e \u00e0 son insu par le public.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Il y a quelque chose qui cloche&nbsp;\u00bb parce que finalement le seul moment qui (me) rassure et rel\u00e2che un peu la pression caus\u00e9e par cette singuli\u00e8re artificialit\u00e9 intervient lorsque le vrai Thomas Melle appara\u00eet sur l\u2019\u00e9cran pour expliquer, images \u00e0 l\u2019appui, le processus m\u00e9tamorphique qui a permis de cr\u00e9er cet humano\u00efde \u00e0 son image. Il y a donc quelque chose d\u2019humain dans cet humano\u00efde&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Il y a quelque chose qui cloche&nbsp;\u00bb et une chose est certaine, je repars avec un sentiment de malaise. Je suppose que c\u2019est exactement ce que le metteur en sc\u00e8ne a programm\u00e9&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>10 octobre 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/monique-kountangni\/\">Monique Kountangni<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">L\u2019\u00e9trange pont entre l\u2019homme et la machine<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>10 octobre 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/manon-lelievre\/\">Manon Leli\u00e8vre<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"700\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/VDL_GABRIELANEEB-1024x700.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-13956\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/VDL_GABRIELANEEB-1024x700.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/VDL_GABRIELANEEB-293x200.png 293w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/VDL_GABRIELANEEB-250x170.png 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/VDL_GABRIELANEEB-768x525.png 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/VDL_GABRIELANEEB-624x427.png 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/VDL_GABRIELANEEB.png 1264w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Gabriela Neeb<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>La nouvelle cr\u00e9ation de Stefan Kaegi est au croisement entre la r\u00e9alit\u00e9 et la fiction, le vrai et le faux, l\u2019absence et la pr\u00e9sence, brouillant les pistes et rendant les fronti\u00e8res floues et incertaines. Sous la forme d\u2019une \u00e9trange conf\u00e9rence, le spectacle questionne le spectateur sur sa place et son r\u00f4le en tant qu\u2019homme.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque la sc\u00e8ne s\u2019illumine, r\u00e9duite \u00e0 un simple carr\u00e9 gris sur lequel on devine un grand \u00e9cran blanc, un homme, jusqu\u2019alors invisible, appara\u00eet immobile dans son fauteuil. Il se d\u00e9gage de cet \u00e9trange personnage une sensation g\u00eanante, comme si ses yeux nous regardaient sans vraiment nous voir, \u00e9trangement fig\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s son premier mouvement grin\u00e7ant survient en nous un instant de perplexit\u00e9&nbsp;: on cligne deux ou trois fois des yeux afin de s\u2019assurer de ce qui se passe sur cette sc\u00e8ne : le doute n\u2019est plus permis. Ce n\u2019est pas un homme devant nous. Ce n\u2019est pas m\u00eame un \u00eatre vivant. Et ce qu\u2019on a d\u2019abord pris pour un postiche accroch\u00e9 \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de son cr\u00e2ne s\u2019av\u00e8re \u00eatre un enchev\u00eatrement de c\u00e2bles, sortant de sa t\u00eate, \u00e0 la place du cerveau. Face \u00e0 nous se trouve une machine, un robot auquel on a donn\u00e9 la peau, le visage et le costume d\u2019un homme.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce dernier, ou plut\u00f4t la machine qui a pris son apparence, se pr\u00e9sente : il s\u2019appelle Thomas Melle, c\u2019est un \u00e9crivain allemand atteint de troubles bipolaires. Sous la forme d\u2019une conf\u00e9rence, il explique comment il a tent\u00e9 de trouver une solution \u00e0 son mal-\u00eatre permanent, d\u2019abord dans l\u2019\u00e9criture d\u2019un livre puis par l\u2019exp\u00e9rience d\u2019un d\u00e9doublement gr\u00e2ce \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019un robot \u00e0 son image. Ainsi, le d\u00e9doublement mental dont il souffre, qui provoque une alternance entre hyperactivit\u00e9 et d\u00e9pression, devient un d\u00e9doublement physique. \u00c0 la fois lui et ce robot, \u00e0 la fois pr\u00e9sent et absent, humain et machine. Il \u00e9tablit \u00e9galement un rapprochement avec Alan Turing qui, explique-t-il, forc\u00e9 de prendre des m\u00e9dicaments, s\u2019est mu\u00e9 en femme, en \u00ab une autre lui-m\u00eame \u00bb. Ainsi, ce discours sur le d\u00e9doublement de personnalit\u00e9 est exprim\u00e9 en m\u00eame temps qu\u2019il est mat\u00e9rialis\u00e9 devant nous. La mise en abyme devient plus forte encore lorsque Melle appara\u00eet sur l\u2019\u00e9cran et prend le contr\u00f4le du robot : visible deux fois, il n\u2019est pourtant toujours pas pr\u00e9sent. Il reste une machine \u00e0 nos yeux : en 2D et en 3D.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous parlons ici de Thomas Melle, auquel d\u2019une certaine fa\u00e7on nous nous attachons \u00e0 travers son monologue, comme si c\u2019\u00e9tait lui qui nous adressait ses mots. Pourtant, \u00e0 aucun moment il ne vient en chair et en os s\u2019exprimer devant nous, ne voulant plus se donner en spectacle. O\u00f9 est-il, alors ? Ailleurs, au spa peut-\u00eatre, comme le sugg\u00e8re au cours du spectacle la voix cens\u00e9e l\u2019incarner. Alors, \u00e0 quel Thomas Melle s\u2019attache-t-on ? Celui qui est absent, mais bien vivant ou celui qui est pr\u00e9sent, qui se confie et qui n\u2019est en r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019une r\u00e9plique programm\u00e9e ? Qui est devant nous, le robot mat\u00e9rialis\u00e9 ou l\u2019\u00e9crivain repr\u00e9sent\u00e9 ? Cette absence de vie sur sc\u00e8ne, malgr\u00e9 les quelques mouvements et la voix d\u2019un com\u00e9dien qui r\u00e9sonne, est d\u00e9concertante et le robot, m\u00eame s\u2019il n\u2019est que le transmetteur de cette voix, para\u00eet presque plus r\u00e9el et plus humain que l\u2019\u00e9crivain lui-m\u00eame. Le spectateur, pouss\u00e9 \u00e0 questionner la relation entre l\u2019homme et le robot et \u00e0 se questionner sur sa position en tant qu\u2019humain, ne peut \u00eatre que troubl\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>A la fin, on se sent pourtant oblig\u00e9 d\u2019applaudir : du bruit dans le vide, pour une machine ou peut-\u00eatre pour des personnes qui ne sont de toute fa\u00e7on pas l\u00e0 pour les entendre. Alors, \u00e0 quoi servent ces applaudissements, si ce n\u2019est \u00e0 interroger la mani\u00e8re dont nos r\u00e9actions sont, en quelque sorte, programm\u00e9es&nbsp;? Finalement, nous ne sommes peut-\u00eatre pas si diff\u00e9rents du robot qui est mis ici \u00e0 notre disposition\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019objectif est atteint : le questionnement se prolonge au-del\u00e0 m\u00eame de la repr\u00e9sentation. Nous sommes confus face \u00e0 cette double perspective que nous offre le monde, \u00e0 la fois lumi\u00e8re et t\u00e9n\u00e8bres, vivant et non vivant, r\u00e9el et fictif, et dont les fronti\u00e8res deviennent soudainement floues.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>10 octobre 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/manon-lelievre\/\">Manon Leli\u00e8vre<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/vidy.ch\/la-vallee-de-letrange\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte de Thomas Melle et Stefan Kaegi (Rimini Protokoll) \/ Mise en sc\u00e8ne de Stefan Kaegi \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ du 25 septembre au 10 octobre 2019 \/ Critiques par Jade Lambelet, Emmanuel Jung, Sarah Juilland, Thibault Hugentobler, No\u00e9 Maggetti, Monique Kountangni et Manon Leli\u00e8vre.<\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":13803,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","_seopress_analysis_target_kw":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,2],"tags":[226,202,228,225,205,200,203],"class_list":["post-13802","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-de-vidy","tag-emmanuel-jung","tag-jade-lambelet","tag-manon-lelievre","tag-monique-kountangni","tag-noe-maggetti","tag-sarah-juilland","tag-thibault-hugentobler"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13802","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13802"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13802\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20330,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13802\/revisions\/20330"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/13803"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13802"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13802"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13802"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}