{"id":13731,"date":"2019-10-06T10:59:34","date_gmt":"2019-10-06T08:59:34","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=13731"},"modified":"2025-02-09T17:07:59","modified_gmt":"2025-02-09T16:07:59","slug":"sans-effort","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/10\/sans-effort\/","title":{"rendered":"Sans effort"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Sans effort<\/h2>\n\n\n<p>Non-\u00e9criture et fabrication de Tiphanie Bovay-Klameth, Jo\u00ebl Maillard et Marie Ripoll \/ Mise en sc\u00e8ne de Jo\u00ebl Maillard \/ Arsenic \u2013 Centre d\u2019art sc\u00e9nique contemporain \/ du 1<sup>er<\/sup> au 6 octobre 2019 \/ Critiques de Margaux Farron et Jade Lambelet.\u00a0<\/p>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Sans mot \u00e9crire<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>6 octobre 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/margaux-farron\/\">Margaux Farron<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/452_Joel_Maillard_SANS_EFFORT_c_far_Nyon_Arya_Dil_2019_71.e589f87f434ac90c90eca87e07c5d675-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13742\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/452_Joel_Maillard_SANS_EFFORT_c_far_Nyon_Arya_Dil_2019_71.e589f87f434ac90c90eca87e07c5d675-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/452_Joel_Maillard_SANS_EFFORT_c_far_Nyon_Arya_Dil_2019_71.e589f87f434ac90c90eca87e07c5d675-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/452_Joel_Maillard_SANS_EFFORT_c_far_Nyon_Arya_Dil_2019_71.e589f87f434ac90c90eca87e07c5d675-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/452_Joel_Maillard_SANS_EFFORT_c_far_Nyon_Arya_Dil_2019_71.e589f87f434ac90c90eca87e07c5d675-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/452_Joel_Maillard_SANS_EFFORT_c_far_Nyon_Arya_Dil_2019_71.e589f87f434ac90c90eca87e07c5d675-624x416.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/452_Joel_Maillard_SANS_EFFORT_c_far_Nyon_Arya_Dil_2019_71.e589f87f434ac90c90eca87e07c5d675.jpg 1800w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Arya Dil<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Sans Effort,<em>&nbsp;la nouvelle cr\u00e9ation de la compagnie SNAUT de l\u2019auteur, metteur en sc\u00e8ne et com\u00e9dien vaudois Jo\u00ebl Maillard \u2013 accompagn\u00e9 sur sc\u00e8ne par Marie Ripoll \u2013 d\u00e9peint les facettes d\u2019un monde d\u2019o\u00f9 dispara\u00eet l\u2019\u00e9criture. Les (trois) protagonistes s\u2019efforcent de transmettre aux spectateurs l\u2019unique souvenir de cette civilisation \u00e9teinte en r\u00e9citant de m\u00e9moire le po\u00e8me fondateur de ce monde, sans mots tracer. Dans une interpr\u00e9tation \u00e0 la fois dr\u00f4le et inqui\u00e9tante, les com\u00e9diens s\u2019interrogent sur le r\u00f4le de l\u2019\u00e9criture dans la survie culturelle.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Sans Effort&nbsp;<\/em>c\u2019est d\u2019abord un processus de cr\u00e9ation ax\u00e9 sur la contrainte. En effet, les artistes se sont promis de ne rien \u00e9crire, de ne pas se filmer, de ne pas lire de documentation sur leur sujet de recherche. Le spectacle propos\u00e9 s\u2019est appuy\u00e9 uniquement sur le partage oral d\u2019informations et sur la m\u00e9moire d\u00e9faillante des com\u00e9diens. Au fil de leurs entretiens, les artistes disent avoir rencontr\u00e9 Ren\u00e9, un retrait\u00e9 vaudois \u00e0 l\u2019accent bien tranch\u00e9, d\u00e9positaire du dernier t\u00e9moignage oral d\u2019une civilisation disparue&nbsp;: un \u00abPo\u00e8me\u00bb que celui-ci va transmettre en exclusivit\u00e9 au public.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s les premi\u00e8res r\u00e9pliques, le spectacle est caract\u00e9ris\u00e9 pas l\u2019absence. En effet, Ren\u00e9 a d\u00e9cid\u00e9 de quitter subitement le projet. Jo\u00ebl et Marie s\u2019efforcent de s\u2019approprier sa diction et son accent et de se rem\u00e9morer ses gestes et ses phrases. En suivant une rythmique parfaitement synchronis\u00e9e, face public, droits comme des enfants sous un sapin de No\u00ebl, ils commencent \u00e0 r\u00e9citer le \u00abPo\u00e8me\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le po\u00e8me raconte comment un groupe d\u2019individus, s\u2019\u00e9tant initialement isol\u00e9 sur une \u00eele pour y c\u00e9l\u00e9brer une f\u00eate de quelques jours, d\u00e9cide finalement d\u2019y vivre en autarcie, sans contact avec l\u2019\u00abAutre monde\u00bb et sans instruments d\u2019\u00e9criture. Combin\u00e9es aux effets amn\u00e9siques d\u2019une plante hallucinog\u00e8ne, la paresse et l\u2019absence d\u2019\u00e9criture conduisent les individus \u00e0 oublier leur origine, leur histoire mais aussi la loi et la religion dont l\u2019existence repose sur des supports \u00e9crits. Ne r\u00e9siste \u00e0 l\u2019oubli que le fameux po\u00e8me que chaque g\u00e9n\u00e9ration r\u00e9cite \u00e0 tue-t\u00eate sans plus vraiment en comprendre les r\u00e9f\u00e9rences. A force d\u2019imagination, la troisi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration des habitants de l\u2019\u00eele s\u2019approprie \u00e0 son tour le po\u00e8me mais commence \u00e0 douter de l\u2019existence de l\u2019\u00abAutre monde\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9clair\u00e9 par le propos du r\u00e9cit, le spectateur r\u00e9alise alors que la partition du po\u00e8me r\u00e9cit\u00e9 par Jo\u00ebl Maillard et Marie Ripoll n\u2019est pas aussi uniforme qu\u2019elle para\u00eet. Alors que la fin du spectacle approche, les phras\u00e9s harmonieux des deux com\u00e9diens tendent \u00e0 se parasiter. Les com\u00e9diens m\u00e9langent l\u2019ordre des mots au sein de leur phrase, ou remplacent un mot par un autre, avant de bien vite se r\u00e9concilier. Les deux com\u00e9diens se permettent aussi de faire tour \u00e0 tour des commentaires subjectifs. Le \u00ab Po\u00e8me \u00bb est en constante mutation, sans cesse transform\u00e9 et augment\u00e9 par l\u2019\u00e9nonciateur qui le teinte de ses fantasmes et de son bagage culturel.&nbsp;<em>Sans Effort&nbsp;<\/em>place le spectateur face \u00e0 la fragilit\u00e9 de la m\u00e9moire humaine. A l\u2019heure d\u2019Internet et de l\u2019obsession de l\u2019archivage num\u00e9rique, la m\u00e9moire humaine serait-elle devenue incapable d\u2019assurer la continuit\u00e9 et la transmission des savoirs ? Pourtant, bien que les connaissances des habitants de l\u2019\u00eele se perdent au fil des g\u00e9n\u00e9rations, Jo\u00ebl Maillard ne semble pas si pessimiste. Le \u00ab&nbsp;Po\u00e8me&nbsp;\u00bb se transforme mais r\u00e9siste au passage du temps, de quoi assurer la survie culturelle de ce patrimoine vuln\u00e9rable.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Sans Effort&nbsp;<\/em>propose une r\u00e9flexion tout en l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 sur l\u2019omnipr\u00e9sence de l\u2019\u00e9criture et de l\u2019enregistrement dans notre soci\u00e9t\u00e9 et notamment dans le domaine th\u00e9\u00e2tral. En effet, l\u2019absence de trace produite au cours l\u2019\u00e9laboration de ce projet interroge quant \u00e0 sa p\u00e9rennit\u00e9. En refusant la trace \u00e9crite, Jo\u00ebl Maillard c\u00e9l\u00e8bre l\u2019impermanence de l\u2019art dramatique et prend le risque de l\u2019oubli.<\/p>\n\n\n\n<p>A la fin du spectacle, les spectateurs prennent conscience d\u2019\u00eatre devenus la quatri\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration d\u00e9tentrice du \u00abPo\u00e8me\u00bb. Marque de fabrique de Jo\u00ebl Maillard, la mise en place d\u2019une relation intime avec le public s\u2019inscrit dans le processus de cr\u00e9ation. Le public est \u00e0 pr\u00e9sent porteur du r\u00e9cit transmis par Ren\u00e9 \u00e0 Jo\u00ebl et Marie, et \u00e0 son tour charg\u00e9 d\u2019assurer sa survivance dans les m\u00e9moires. Le processus de r\u00e9appropriation culturelle se poursuit ainsi parmi les spectateurs qui donneront au souvenir de ce spectacle une teinte tout \u00e0 fait subjective.<\/p>\n\n\n\n<p>Au moment o\u00f9 je r\u00e9dige ces quelques mots, un doute m\u2019assaille : ne suis-je pas en train de mettre fin \u00e0 ce projet o\u00f9 l\u2019on ne devait pas \u00e9crire ? Quelques critiques et quelques photographies suffiront-elles \u00e0 conserver un souvenir de cette pi\u00e8ce sans lettre&nbsp;? L\u2019avenir nous le dira. Mais en attendant ne l\u2019oubliez pas&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>6 octobre 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/margaux-farron\/\">Margaux Farron<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Po\u00e8me d\u2019une humanit\u00e9 en f\u00eate<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>6 octobre 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/jade-lambelet\/\">Jade Lambelet<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/451_Joel_Maillard_SANS_EFFORT_c_far_Nyon_Arya_Dil_2019_87.e589f87f434ac90c90eca87e07c5d675-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13747\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/451_Joel_Maillard_SANS_EFFORT_c_far_Nyon_Arya_Dil_2019_87.e589f87f434ac90c90eca87e07c5d675-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/451_Joel_Maillard_SANS_EFFORT_c_far_Nyon_Arya_Dil_2019_87.e589f87f434ac90c90eca87e07c5d675-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/451_Joel_Maillard_SANS_EFFORT_c_far_Nyon_Arya_Dil_2019_87.e589f87f434ac90c90eca87e07c5d675-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/451_Joel_Maillard_SANS_EFFORT_c_far_Nyon_Arya_Dil_2019_87.e589f87f434ac90c90eca87e07c5d675-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/451_Joel_Maillard_SANS_EFFORT_c_far_Nyon_Arya_Dil_2019_87.e589f87f434ac90c90eca87e07c5d675-624x416.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/10\/451_Joel_Maillard_SANS_EFFORT_c_far_Nyon_Arya_Dil_2019_87.e589f87f434ac90c90eca87e07c5d675.jpg 1800w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Arya Dil<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Apr\u00e8s&nbsp;<\/em>Quitter la terre<em>&nbsp;et&nbsp;<\/em>Imposture posthume<em>, nous retrouvons Jo\u00ebl Maillard et la compagnie&nbsp;<\/em>SNAUT<em>&nbsp;\u00e0 l\u2019Arsenic pour sa derni\u00e8re cr\u00e9ation&nbsp;<\/em>Sans effort<em>, un spectacle sans \u00e9criture qui ne subsiste que gr\u00e2ce \u00e0 la m\u00e9morisation de ses cr\u00e9ateurs. L\u2019exploration de l\u2019imaginaire science-fictionnel des pr\u00e9c\u00e9dents spectacles se poursuit dans une nouvelle embarcation qui nous emm\u00e8ne du c\u00f4t\u00e9 d\u2019une \u00eele dont les habitants ont renonc\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9criture. Le th\u00e8me de la disparition, cher au metteur en sc\u00e8ne, est explor\u00e9 ici sous la forme d\u2019un \u00ab&nbsp;Po\u00e8me&nbsp;\u00bb, ultime vestige et t\u00e9moin de l\u2019histoire de cette communaut\u00e9 d\u2019exil\u00e9s. Aux allures de litanie, tant\u00f4t r\u00e9cit\u00e9 \u00e0 deux voix, tant\u00f4t \u00e9clair\u00e9 par des apart\u00e9s, le Po\u00e8me devient le socle d\u2019une fable teint\u00e9e d\u2019absurdit\u00e9&nbsp;: celle du spectacle d\u2019abord, et peut-\u00eatre, plus largement, celle de l\u2019humanit\u00e9.<\/em><em>&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Cr\u00e9\u00e9 en ao\u00fbt 2019 \u00e0 l\u2019occasion du Festival des Arts Vivants de Nyon (far\u00ba),&nbsp;<em>Sans effort<\/em>&nbsp;doit son origine \u00e0 trois contraintes impos\u00e9es lors de son processus de fabrication&nbsp;: aucune forme d\u2019\u00e9criture, aucune forme d\u2019enregistrement et aucune lecture de documentation. Seuls le dialogue entre les diff\u00e9rents agents de la cr\u00e9ation et la m\u00e9moire des conversations font autorit\u00e9 et agissent comme les supports et les vecteurs de la mati\u00e8re transmise au public. C\u2019est \u00e0 en rendre le geste d\u2019\u00e9criture critique inappropri\u00e9 tant la fixation par l\u2019\u00e9criture est \u00e9vacu\u00e9e par le spectacle&nbsp;! Indubitablement, l\u2019in\u00e9dit et l\u2019incongruit\u00e9 de cette d\u00e9marche bousculent, transgressent et questionnent. La m\u00e9thode est audacieuse&nbsp;: elle enfreint et rompt avec la r\u00e8gle commun\u00e9ment admise en Occident et h\u00e9rit\u00e9e du mod\u00e8le classique de l\u2019enregistrement du th\u00e9\u00e2tre par le texte. Non&nbsp;<em>sans effort<\/em>, les com\u00e9diens ne peuvent alors compter que sur leur m\u00e9moire pour inventer et consolider la fable \u2013 sans la figer pour autant \u2013 au risque de s\u2019en lasser. C\u2019est en tout cas ce qu\u2019ils questionnent sur sc\u00e8ne&nbsp;lorsqu\u2019ils se demandent, dans un apart\u00e9, si ce n\u2019est pas cet ennui du ressassement du Po\u00e8me qui les conduit parfois \u00e0 s\u2019autoriser quelques d\u00e9tours fantaisistes, ajouts et autres improvisations au fil des repr\u00e9sentations.<\/p>\n\n\n\n<p>Toutefois, m\u00eame s\u2019ils ne s\u2019en tenaient qu\u2019\u00e0 leur m\u00e9moire, celle-ci est forc\u00e9ment d\u00e9faillante. Ce qui est restitu\u00e9 chaque soir n\u2019est jamais semblable (mais l\u2019est-il pour autant dans le cas des spectacles avec pi\u00e8ces \u00e9crites, n\u2019est-ce pas l\u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 m\u00eame de la repr\u00e9sentation th\u00e9\u00e2trale&nbsp;?). Tout au plus pouvons-nous parler de tentatives de restitution qui doivent composer avec l\u2019oubli, l\u2019erreur et les failles de la m\u00e9moire. Et c\u2019est probablement l\u00e0 toute la richesse du spectacle car le Po\u00e8me est exponentiel&nbsp;: plus de limitation puisque tout est vou\u00e9, par nature, \u00e0 la transformation ! Ainsi, le spectacle reste ouvert, en constante cr\u00e9ation, il ne conna\u00eet, en somme, pas d\u2019ach\u00e8vement (ou du moins le temps du spectacle dont la dur\u00e9e reste floue dans les annonces de l\u2019Arsenic). Par del\u00e0 l\u2019\u00e9vidence de ces remarques quant \u00e0 la fragilit\u00e9 programm\u00e9e du spectacle, un questionnement demeure : comment parler des cr\u00e9ateurs, des com\u00e9diens et finalement des spectateurs lorsqu\u2019il n\u2019existe pas de forme achev\u00e9e de l\u2019objet transmis sur sc\u00e8ne&nbsp;et lorsqu\u2019ils deviennent eux-m\u00eames \u2013 en se servant de leur propre m\u00e9moire pour les premiers et en \u00e9tant les r\u00e9cepteurs de cette mati\u00e8re pour les seconds \u2013&nbsp;<em>sujets-supports<\/em>&nbsp;de la cr\u00e9ation en dehors desquels rien du spectacle ne subsiste&nbsp;? Tour \u00e0 tour, les com\u00e9diens et le public (d\u00e8s lors que celui-ci parle ou \u00e9crit \u00e0 propos du spectacle) semblent agir comme des messagers, des interpr\u00e8tes, des v\u00e9hicules de cette \u0153uvre non-fig\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec beaucoup de complicit\u00e9 et \u00e0 travers une belle osmose \u2013 il en fallait pour retenir et faire tenir ce texte des plus volatils \u2013 le duo form\u00e9 par Jo\u00ebl Maillard et Marie Ripoll nous fait voyager d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre d\u2019un monde utopique (ou dystopique, c\u2019est selon) sans \u00e9criture et sans culture orale. Aux sons d\u2019une \u00ab&nbsp;sarabande de la glande&nbsp;\u00bb, le public assiste \u00e0 la r\u00e9miniscence d\u2019une grande et \u00e9ternelle f\u00eate de la paresse et de l\u2019insignifiance. Il est projet\u00e9 dans un monde absurde et sensiblement dr\u00f4le, sorte de parall\u00e8le \u00e0 un univers beckettien peupl\u00e9 par le d\u00e9pouillement, la d\u00e9construction, l\u2019absence et le&nbsp;<em>sans<\/em>. Pour que le Po\u00e8me ne disparaisse pas \u00e0 son tour dans les abysses du n\u00e9ant, il a fallu d\u00e9velopper un art de la mn\u00e9motechnie \u00e9mancip\u00e9 des dispositifs d\u2019enregistrement et d\u2019\u00e9criture habituels. C\u2019est le mot d\u2019ordre du protocole de cr\u00e9ation : r\u00e9apprendre \u00e0 compter sur la m\u00e9moire individuelle et collective (ici celle de Jo\u00ebl Maillard, Marie Ripoll et Tiphanie Bovay-Klameth, et peut-\u00eatre, dans un second temps, celle du public).<\/p>\n\n\n\n<p>Avant que nous, spectateurs et spectatrices, ne quittions l\u2019embarcation pour regagner la terre ferme (la r\u00e9alit\u00e9 extra-th\u00e9\u00e2trale), une derni\u00e8re r\u00e9flexion nous est propos\u00e9e quant \u00e0 l\u2019aptitude des humains \u00e0 raconter des histoires. Puisqu\u2019il ne nous est pas donn\u00e9 de ma\u00eetriser dans son int\u00e9gralit\u00e9 l\u2019univers et les forces qui s\u2019y d\u00e9ploient, puisque nous ne connaissons et ne conna\u00eetront probablement jamais les causes exactes de l\u2019origine du \u00ab&nbsp;Big Bang&nbsp;\u00bb et les raisons de notre pr\u00e9sence sur terre, il semblerait que nous ayons d\u00e9velopp\u00e9, en contre partie, un pouvoir sans limite de narration. Nous sommes, comme le dit Nancy Huston, une&nbsp;<em>esp\u00e8ce fabulatrice<\/em>&nbsp;et&nbsp;<em>Sans effort<\/em>&nbsp;expose, met en abyme et sublime ces m\u00e9canismes de la narration que nous mettons en \u0153uvre pour assurer la m\u00e9moire des individus et des collectivit\u00e9s et les soustraire \u00e0 l\u2019insignifiance. Il y a derri\u00e8re la transmission du Po\u00e8me, de cette fable, une r\u00e9flexion profond\u00e9ment anthropologique qui invite \u00e0 repenser ce besoin de raconter propre aux \u00eatres humains.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>6 octobre 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/jade-lambelet\/\">Jade Lambelet<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/arsenic.ch\/spectacle\/sans-effort\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Non-\u00e9criture et fabrication de Tiphanie Bovay-Klameth, Jo\u00ebl Maillard et Marie Ripoll \/ Mise en sc\u00e8ne de Jo\u00ebl Maillard \/ Arsenic \u2013 Centre d\u2019art sc\u00e9nique contemporain \/ du 1er au 6 octobre 2019 \/ Critiques de Margaux Farron et Jade Lambelet.\u00a0<\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":13739,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,3,38],"tags":[202,223],"class_list":["post-13731","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-theatre-de-larsenic","category-spectacle","tag-jade-lambelet","tag-margaux-farron"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13731","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13731"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13731\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20357,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13731\/revisions\/20357"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/13739"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13731"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13731"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13731"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}