{"id":13667,"date":"2019-06-15T14:55:28","date_gmt":"2019-06-15T12:55:28","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=13667"},"modified":"2025-02-09T17:08:27","modified_gmt":"2025-02-09T16:08:27","slug":"printemps-des-compagnies-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/06\/printemps-des-compagnies-2\/","title":{"rendered":"Printemps des Compagnies"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Printemps des Compagnies<\/h2>\n\n\n<p><em>Hiver \u00e0 Sokcho<\/em>\u00a0\/ de Frank Semelet \/\u00a0<em>Cette nuit encore jouer les pierres<\/em>\u00a0\/ de Julien Mages \/\u00a0<em>Ang\u00e8le et Anatole\u00a0<\/em>\/ de Thomas Lonchampt et Emma Pluyaut-Biwer \/ Th\u00e9\u00e2tre des Osses \/ du 30 mai au 9 juin 2019 \/ Critiques par Lucas Lauth et Natacha Gallandat.<\/p>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Apr\u00e8s la pluie, le beau temps<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>9 juin 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/lucas-lauth\/\">Lucas Lauth<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/06\/cette_nuit_encore_copyrightfelicie_milhit6-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13665\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/06\/cette_nuit_encore_copyrightfelicie_milhit6-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/06\/cette_nuit_encore_copyrightfelicie_milhit6-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/06\/cette_nuit_encore_copyrightfelicie_milhit6-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/06\/cette_nuit_encore_copyrightfelicie_milhit6-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/06\/cette_nuit_encore_copyrightfelicie_milhit6-624x416.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/06\/cette_nuit_encore_copyrightfelicie_milhit6.jpg 1800w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Felicie Milhit<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Ce dimanche s\u2019achevait la troisi\u00e8me \u00e9dition du&nbsp;<\/em>Printemps des Compagnies,&nbsp;<em>au&nbsp;<\/em>Th\u00e9\u00e2tre des Osses&nbsp;<em>\u00e0 Fribourg<\/em>.&nbsp;<em>Une<\/em>&nbsp;<em>soir\u00e9e riche en \u00e9motions, avec trois pi\u00e8ces traitant, chacune sous un angle diff\u00e9rent, de l\u2019amour h\u00e9t\u00e9rosexuel, puis la remise des deux prix du festival, celui du public et celui du jury. La r\u00e9ussite de l\u2019op\u00e9ration s\u2019est confirm\u00e9e cette fois encore&nbsp;: salles pleines, public participatif, et comit\u00e9 souriant \u00e0 tout instant, le tout dans un lieu particuli\u00e8rement chaleureux et agr\u00e9able.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Hiver \u00e0 Sokcho<\/em>, pi\u00e8ce adapt\u00e9e du roman du m\u00eame titre d\u2019Elisa Shua Dusapin, inaugura cette soir\u00e9e d\u00e9di\u00e9e aux liens d\u00e9licats qui unissent deux \u00eatres humains qui s\u2019aiment. Dans cette cr\u00e9ation, le dessinateur de bandes dessin\u00e9es Pitch Comment illustre sur une tablette, dont l\u2019\u00e9cran est projet\u00e9 en arri\u00e8re-sc\u00e8ne, ce qu\u2019une jeune Franco-cor\u00e9enne, emprisonn\u00e9e dans cette station baln\u00e9aire Sud-Cor\u00e9enne morte en hiver, ressent pour un dessinateur seul et peu expressif, venu chercher une inspiration nouvelle. Le d\u00e9cor de la pi\u00e8ce est aussi dessin\u00e9 au fur et \u00e0 mesure par l\u2019illustrateur. Le jeu des com\u00e9diens prend alors place dans et sur ces dessins. Dirig\u00e9 par Frank Semelet, avec la collaboration de l\u2019auteure du roman, le spectacle pr\u00e9sente un amour fort mais qui, finalement, s\u2019av\u00e8re impossible, irr\u00e9alisable sur la dur\u00e9e. Nous vivons les aventures, ou plut\u00f4t les m\u00e9saventures, de ce couple d\u2019antih\u00e9ros, comme plong\u00e9s dans une bande dessin\u00e9e mouvante, pleine de po\u00e9sie et de candeur.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Cette nuit encore jouer les pierres<\/em>, \u00e9crit et mit en sc\u00e8ne par Julien Mages, est quant \u00e0 elle une pi\u00e8ce qui met \u00e0 nu toute la crudit\u00e9, le poids, la bestialit\u00e9 d\u2019une rupture amoureuse. Le drame met en sc\u00e8ne un mari alcoolique, terrass\u00e9 par des visions d\u2019enfants morts ou bless\u00e9s durant la guerre, \u00e0 la suite de voyages d\u2019aide humanitaire, face \u00e0 sa femme, d\u00e9gout\u00e9e par ce qu\u2019il est devenu, et par la tournure qu\u2019ont prises leurs relations sexuelles. De l\u2019extr\u00eame cruaut\u00e9 des mots aux sc\u00e8nes de viols ou de d\u00e9sirs ambigus, rien ne nous est \u00e9pargn\u00e9. Ces sc\u00e8nes crues alternent avec la projection de po\u00e8mes d\u00e9di\u00e9s \u00e0 la nature. Ceux-ci sont accompagn\u00e9s par des nappes sonores r\u00e9p\u00e9titives et des images sombres de lieux naturels peu hospitaliers, souvent prises de nuit. Il n\u2019est pas toujours \u00e9vident de saisir les tissages sugg\u00e9r\u00e9s entre le drame et l\u2019ode \u00e0 la nature, teint\u00e9e de symbolisme, m\u00eame si l\u2019auteur explique que ses po\u00e8mes sont un \u00e9largissement m\u00e9taphorique d\u2019un amour plus vaste que l\u2019homme porte \u00e0 la femme et \u00e0 la nature.<\/p>\n\n\n\n<p>Le ciel s\u2019\u00e9claircit ensuite avec la pi\u00e8ce de Thomas Lonchampt et Emma Pluyaut-Biwer,&nbsp;<em>Ang\u00e8le et Anatole<\/em>. Il s\u2019agit cette fois-ci d\u2019une r\u00e9alisation comique et l\u00e9g\u00e8re en apparence, se r\u00e9v\u00e9lant, au fur et \u00e0 mesure, de plus en plus touchante. Cette cr\u00e9ation dr\u00f4le, reposant principalement sur un comique de r\u00e9p\u00e9tition bien appuy\u00e9, rend un hommage authentique et profond \u00e0 la vie simple \u00e0 deux. La force de cette pi\u00e8ce r\u00e9side dans la clairvoyance qu\u2019ont eue les deux auteurs et com\u00e9diens \u00e0 trouver dans les clich\u00e9s et les r\u00e9p\u00e9titions la possibilit\u00e9 de laisser transpara\u00eetre toute la beaut\u00e9 d\u2019un amour en simplicit\u00e9. Thomas et Emma, leur nouveau-n\u00e9 dans les bras, remporteront ce soir-l\u00e0 le prix du jury sous un tonnerre d\u2019applaudissements, face \u00e0 une foule aussi \u00e9mue qu\u2019eux.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces trois pi\u00e8ces cl\u00f4turant le festival sont repr\u00e9sentatives de la grande diversit\u00e9 de la programmation pr\u00e9sent\u00e9e durant ces deux week ends. Abordant une m\u00eame th\u00e9matique avec des r\u00e9cits et des mani\u00e8res \u00e0 chaque fois singuliers, elles nous proposent de reconsid\u00e9rer nos relations amoureuses en questionnant ces liens fragiles qui unissent les \u00eatres humains, de l\u2019histoire d\u2019amour impossible, non commenc\u00e9e, \u00e0 celle qui est d\u00e9sormais \u00e9teinte, jusqu\u2019au moment de la rupture, en passant par la repr\u00e9sentation joyeuse \u2013 fait rare dans une com\u00e9die \u2013 d\u2019un mariage r\u00e9ussi.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>9 juin 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/lucas-lauth\/\">Lucas Lauth<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le printemps des \u00e9motions<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>9 juin 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/natacha-gallandat\/\">Natacha Gallandat<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/07\/img-1878-2000x1500-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13694\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/07\/img-1878-2000x1500-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/07\/img-1878-2000x1500-227x170.jpg 227w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/07\/img-1878-2000x1500-267x200.jpg 267w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/07\/img-1878-2000x1500-768x576.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/07\/img-1878-2000x1500-624x468.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/07\/img-1878-2000x1500.jpg 1600w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 FUGU BLUES PRODUCTIONS<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Pour la troisi<\/em><em>\u00e8<\/em><em>me fois, le th<\/em><em>\u00e9\u00e2<\/em><em>tre des Osses a offert au public venu en nombre un large&nbsp;<\/em><em>\u00e9<\/em><em>ventail de pi<\/em><em>\u00e8<\/em><em>ces sur deux weekends. Le festival&nbsp;<\/em>Le Printemps des compagnies<em>&nbsp;est une biennale qui pr<\/em><em>\u00e9<\/em><em>sente dix pi<\/em><em>\u00e8<\/em><em>ces jou<\/em><em>\u00e9<\/em><em>es&nbsp;<\/em><em>\u00e0<\/em>&nbsp;<em>plusieurs reprises, pour un total de trente et une repr<\/em><em>\u00e9<\/em><em>sentations. Dix compagnies, dix mani<\/em><em>\u00e8<\/em><em>res d<\/em><em>\u2019<\/em><em>explorer le th<\/em><em>\u00e9\u00e2<\/em><em>tre, dix fa<\/em><em>\u00e7<\/em><em>ons d<\/em><em>\u2019<\/em><em>emporter le public sur le chemin des&nbsp;<\/em><em>\u00e9<\/em><em>motions.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Repoussant les murs, les Osses transforment l\u2019atelier de construction du th\u00e9\u00e2tre, le studio de r\u00e9p\u00e9tition et le restaubar en autant de sc\u00e8nes. Lors du premier weekend (31 mai au 2 juin)<em>,&nbsp;<\/em>les spectateurs ont pu voir<em>&nbsp;Frida Khalo, autoportrait d<\/em><em>\u2019<\/em><em>une femme<\/em>&nbsp;de Rouda Jamis, par la Compagnie de L\u2019Hydre Folle,&nbsp;<em>Le Grand Cahier<\/em>&nbsp;d\u2019Agora Kristof, en version musicale par le Collectif Barbare,&nbsp;<em>Mon p<\/em><em>\u00e8<\/em><em>re est une chanson de vari<\/em><em>\u00e9<\/em><em>t<\/em><em>\u00e9<\/em>, \u00e9crit et mise en sc\u00e8ne par Robert Sandoz, avec la collaboration artistique de Thierry Romanens, et&nbsp;<em>L<\/em><em>\u2019<\/em><em>homme qui penchait<\/em>, inspir\u00e9 librement de&nbsp;<em>L<\/em><em>\u2019<\/em><em>homme qui prenait sa femme pour un chapeau<\/em>&nbsp;d\u2019Olivier Sacks, dans une mise en sc\u00e8ne de Sylvian Tille. \u00ab&nbsp;Sa chienne&nbsp;\u00bb, spectacle hors comp\u00e9tition mis en sc\u00e8ne par Nicolas Rossier, a r\u00e9gal\u00e9 les yeux et les papilles du public lors du repas de midi. Conception insolite, le \u00ab&nbsp;SOLILOphone&nbsp;\u00bb, cabine t\u00e9l\u00e9phonique anglaise pos\u00e9e \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du th\u00e9\u00e2tre, a murmur\u00e9 \u00e0 l\u2019oreille de ceux qui s\u2019y aventuraient des soliloques imagin\u00e9s et interpr\u00e9t\u00e9s par Emmanuel Dorand tout au long du festival.<\/p>\n\n\n\n<p>Le second weekend \u00e9tait plac\u00e9 r\u00e9solument sous le signe de l\u2019exploration du sentiment amoureux. Trois \u0153uvres y contribuaient.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Hiver&nbsp;<\/em><em>\u00e0<\/em>&nbsp;<em>Sokcho<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Cette pi\u00e8ce<em>,&nbsp;<\/em>adapt\u00e9e du magnifique roman du m\u00eame nom d\u2019Elisa Shua Dusapin, raconte le lien qui se tisse entre une jeune franco-cor\u00e9enne gardienne d\u2019une pension de famille n\u2019ayant jamais quitt\u00e9 sa Cor\u00e9e du Sud natale et un dessinateur de bande dessin\u00e9e fran\u00e7ais bourlinguant de pays en pays pour chacun de ses albums. Cette rencontre va sortir la jeune femme de sa torpeur et forcer l\u2019homme \u00e0 explorer ses zones d\u2019ombres. Frank Semelet signe l\u2019adaptation avec l\u2019autrice ainsi que la mise en sc\u00e8ne, et interpr\u00e8te le r\u00f4le masculin avec \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s Isabelle Caillat. On peut regretter que le rythme des dialogues soit marqu\u00e9 par de tr\u00e8s longs silences, et que les personnages de la m\u00e8re et de la fille soient r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9es en figures excessivement criardes et soumises \u00e0 des acc\u00e8s de rage. Frank Semelet a choisi, en revanche, de confier la r\u00e9alisation des d\u00e9cors \u00e0 Pitch Comment, auteur de BD qui fait na\u00eetre sous son crayon, et devant les yeux du public, la r\u00e9ception de la pension, des paysages d\u2019hiver, la chambre du dessinateur ou celui de la jeune fille en temps r\u00e9el. Le dessinateur devient ainsi un acteur suppl\u00e9mentaire de la pi\u00e8ce. Ces cr\u00e9ations suscitent la curiosit\u00e9 tout au long de l\u2019histoire et entretiennent l\u2019imaginaire.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Ang<\/em><em>\u00e8<\/em><em>le et Anatole<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Dans un registre aussi comique que tendre,&nbsp;<em>Ang<\/em><em>\u00e8<\/em><em>le et Anatole<\/em>&nbsp;est un pur bijou \u00e9crit, mis en sc\u00e8ne et interpr\u00e9t\u00e9 par Emma Pluyaut-Biwer et Thomas Lonchampt. A l\u2019image des petits chocolats surprises fourr\u00e9s de p\u00e2te rose ou verte que les personnages d\u00e9gustent durant la repr\u00e9sentation, cette pi\u00e8ce se savoure comme autant de petits bonheurs du quotidien. Ang\u00e8le et Anatole s\u2019aiment, d\u2019un amour simple, qui endure le temps et le quotidien. La magie du lien r\u00e9side ici dans la simplicit\u00e9 des personnages qui n\u2019aspirent pas \u00e0 une vie brillante ou diff\u00e9rente, mais savent appr\u00e9cier le quotidien et les tous petits riens. L\u2019\u00e9criture est fine, l\u2019humour exploit\u00e9 dans toutes ses facettes ; jeux de mots, contrep\u00e8teries, m\u00e9taphores hilarantes, comique de r\u00e9p\u00e9tition, maladresses \u2013 chaque minute compte son lot de rires. Les deux personnages n\u2019ont pas une once de m\u00e9chancet\u00e9, mais ne sont pas pour autant na\u00effs, et lorsqu\u2019un premier \u00e9v\u00e9nement douloureux les touche, ils r\u00e9ussissent le tour de force de nous faire basculer en un instant du rire \u00e0 une \u00e9motion qui nous \u00e9treint. Dans de tr\u00e8s grands cadres, le spectateur d\u00e9couvre les photos des deux chats du couple, pr\u00e9sences f\u00e9lines sugg\u00e9r\u00e9es \u00e9galement par le jeu des com\u00e9diens. La tapisserie et la table en formica rappellent les ann\u00e9es septante, mais l\u2019amour de ces deux-l\u00e0 est intemporel et traverse chaque p\u00e9riode de vie sans heurts.<br>Il est des moments suspendus o\u00f9 assister \u00e0 une repr\u00e9sentation tient du bonheur absolu, cette pi\u00e8ce toute en sensibilit\u00e9 et en tendresse nous fait tomber amoureux d\u2019Ang\u00e8le et d\u2019Anatole.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Cette nuit encore jouer les pierres<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Tous les amours ne durent pas. Dans&nbsp;<em>Cette nuit encore jouer les pierre<\/em>, la fin d\u2019une histoire d\u2019amour, puissante et douloureuse, se joue sous les yeux du spectateur, comme autant de rochers se d\u00e9tachant d\u2019une paroi abrupte pour s\u2019\u00e9craser en contrebas dans un grand fracas, suivi d\u2019un silence assourdissant.<\/p>\n\n\n\n<p>Coproduite par Le Petit Th\u00e9\u00e2tre de Sion et la Cie Julien Mages, cette oeuvre aux multiples facettes est insolite dans sa construction m\u00ealant th\u00e9\u00e2tre et po\u00e9sie.<\/p>\n\n\n\n<p>Entre monologues et dialogues, la rupture est annonc\u00e9e. Elle le quitte. Il n\u2019arrive pas \u00e0 int\u00e9grer ce qu\u2019elle lui dit. Chacun des deux a ses blessures, ses souffrances, ses diff\u00e9rences.<\/p>\n\n\n\n<p>Lui, chirurgien, passe son temps \u00e0 tenter de sauver des vies aux quatre coins du monde, o\u00f9 les conflits arm\u00e9s d\u00e9chirent les corps. Il ne r\u00e9siste plus \u00e0 la violence \u00e0 laquelle il est expos\u00e9, se noyant dans l\u2019alcool pour oublier toutes ces vies martyris\u00e9es, tous ces enfants qu\u2019il n\u2019a pas pu sauver. Une fois rentr\u00e9 chez lui, hant\u00e9 par toute cette souffrance, il n\u2019arrive plus \u00e0 reprendre le dessus. Elle, toujours dans l\u2019attente de ses retours, ne sait plus comment le soulager, n\u2019arrive plus \u00e0 l\u2019atteindre ni \u00e0 le comprendre, malgr\u00e9 des ann\u00e9es d\u2019amour, malgr\u00e9 les deux enfants. Elle r\u00eave d\u2019une vie simple, pr\u00e9f\u00e8re travailler durement plut\u00f4t que de continuer \u00e0 qu\u00e9mander quelques moments de vie de couple et de famille.<\/p>\n\n\n\n<p>Les mots sont choisis, pr\u00e9cis, cisel\u00e9s, aucun n\u2019est inutile. La force de l\u2019\u00e9criture de Julien Mages, qui signe \u00e9galement la mise en sc\u00e8ne, offre des \u00e9motions intenses, plongeant dans les m\u00e9andres de la souffrance des personnages. Mila Van Valenberg et Marc Mayoraz sont \u00e9poustouflants de justesse. Chaque geste, chaque posture transmet au spectateur la violence des sentiments. Le couple se suit, se poursuit, s\u2019observe, s\u2019\u00e9vite, s\u2019entrem\u00eale ou s\u2019entrechoque autour d\u2019un simple carr\u00e9 de lumi\u00e8re projet\u00e9 au sol. De murmures en \u00e9clats de voix, de caresses en brusqueries, ils refont leur histoire jusqu\u2019\u00e0 la rupture. Entrelac\u00e9s dans le d\u00e9roul\u00e9 de la pi\u00e8ce, des fragments po\u00e9tiques viennent interrompre le rythme par des mots projet\u00e9s sur le fond de la sc\u00e8ne sous forme de calligrammes. Montagnes et for\u00eats, pierres et arbres, animaux sauvages et bovins noires rappellent aux spectateurs la beaut\u00e9 et la f\u00e9rocit\u00e9 de la nature. Drame et ode \u00e0 la nature, o\u00f9 tout se construit, se d\u00e9truit pour se reconstruire encore, cette pi\u00e8ce magnifique, tant par son interpr\u00e9tation puissante que par son \u00e9criture sublime, ne peut pas laisser indiff\u00e9rent.<\/p>\n\n\n\n<p>Les noctambules auront encore pu profiter de ce week end pour jouer avec les mots du Karaok\u00e9 litt\u00e9raire au restaubar en lisant, \u00e0 haute voix et en musique, un texte choisi par le hasard. Ce festival savoureux et convivial permet \u00e0 tout un chacun, passionn\u00e9 ou n\u00e9ophyte, de passer d\u2019excellents moments&nbsp; et de d\u00e9couvrir en un tr\u00e8s court laps de temps des productions riches, intelligentes et puissantes qui font la part belle au th\u00e9\u00e2tre suisse et au travail de nombreuses compagnies. Rendez-vous en 2021 pour la prochaine \u00e9dition.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>9 juin 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/natacha-gallandat\/\">Natacha Gallandat<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.theatreosses.ch\/archives\/2018-2019\/festival-le-printemps-des-compagnies\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Hiver \u00e0 Sokcho\u00a0\/ de Frank Semelet \/\u00a0Cette nuit encore jouer les pierres\u00a0\/ de Julien Mages \/\u00a0Ang\u00e8le et Anatole\u00a0\/ de Thomas Lonchampt et Emma Pluyaut-Biwer \/ Th\u00e9\u00e2tre des Osses \/ du 30 mai au 9 juin 2019 \/ Critiques par Lucas Lauth et Natacha Gallandat.<\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":13668,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,11,38],"tags":[220,212],"class_list":["post-13667","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-theatre-des-osses","category-spectacle","tag-lucas-lauth","tag-natacha-gallandat"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13667","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13667"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13667\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20365,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13667\/revisions\/20365"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/13668"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13667"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13667"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13667"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}