{"id":13620,"date":"2019-05-29T13:53:44","date_gmt":"2019-05-29T11:53:44","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=13620"},"modified":"2025-02-09T17:09:49","modified_gmt":"2025-02-09T16:09:49","slug":"happy-island","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/05\/happy-island\/","title":{"rendered":"Biennale Out of the Box"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Biennale Out of the Box<\/h2>\n\n\n<p>Pour sa premi\u00e8re ann\u00e9e en partenariat avec la Biennale des Arts Inclusifs \u00ab\u00a0Out of the Box\u00a0\u00bb (du 20 au 26 mai 2019), l&rsquo;Atelier Critique propose une s\u00e9rie de critiques sur les diff\u00e9rents spectacles de danse du festival. Critiques par Julia Cela, Johanna Codourey et Oc\u00e9ane Forster.\u00a0<\/p>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">\u00catre serpent comme n\u2019importe quel autre \u00eatre humain<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>21 mai 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/julia-cela\/\">Julia Cela<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p><em>Happy Island\u00a0<\/em>\/ De La Ribot \u2013 Dan\u00e7ando com a diferen\u00e7a \/ Biennale Out of the Box \/ Th\u00e9\u00e2tre du Gr\u00fctli \/ Le 21 mai 2019\/\u00a0<a href=\"https:\/\/biennaleoutofthebox.ch\/programme\/happy-island\/\">Plus d\u2019infos<\/a><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"700\" height=\"467\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/449.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13618\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/449.jpg 700w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/449-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/449-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/449-624x416.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Caroline Morel Fontaine<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Dans le cadre de la Biennale des Arts inclusifs \u00ab&nbsp;Out of the Box&nbsp;\u00bb, la compagnie Dan\u00e7ado com a diferen\u00e7a pr\u00e9sente&nbsp;<\/em>Happy Island<em>. Chor\u00e9graphi\u00e9 par La Ribot, ce spectacle c\u00e9l\u00e8bre la sensualit\u00e9 de corps diff\u00e9rents, accompagn\u00e9 d\u2019un film de Raquel Freire qui montre les danseurs courant et jouant dans le brouillard de la for\u00eat mill\u00e9naire du Fanal<\/em>.<strong><em>&nbsp;<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En fond de sc\u00e8ne, un arbre \u00e0 la silhouette tortur\u00e9e, aux branches pleines de mousse dont les extr\u00e9mit\u00e9s disparaissent dans un brouillard \u00e9pais. \u00c0 jardin, une danseuse est assise en tailleur, sereine dans son short argent\u00e9, brillant dans l\u2019obscurit\u00e9 du plateau. La musique commence. C\u2019est une pi\u00e8ce pour piano, vive et affolante. En montant crescendo, l\u2019air accompagne l\u2019entr\u00e9e en sc\u00e8ne d\u2019une deuxi\u00e8me danseuse en fauteuil roulant, pouss\u00e9e par une troisi\u00e8me. Arriv\u00e9e au centre du plateau, elle attache ses cheveux et se coiffe d\u2019une immense couronne de plumes, qui fr\u00e9missent au rythme emport\u00e9 de la musique et des tremblements de son corps.<\/p>\n\n\n\n<p>Au sommet de ce premier mouvement musical, les quatre autres danseurs entrent en sc\u00e8ne. Chacun d\u2019entre eux a un parcours \u00e0 suivre, propre \u00e0 son corps. Les costumes sont flamboyants&nbsp;: tulle, motifs sauvages ou m\u00e9talliques. Chaque textile colle \u00e0 la peau de sa ou de son propri\u00e9taire, comme pour accompagner sa mani\u00e8re de bouger. En combinaison or, une danseuse dessine un cercle autour du groupe. Un danseur v\u00eatu d\u2019une paire de leggings l\u00e9opard dessine les diagonales de l\u2019espace en de longues travers\u00e9es rapides. Au centre, la danseuse \u00e0 la coiffe de plumes trace des lignes sur le corps de la danseuse au short d\u2019argent, guid\u00e9e par le hasard de la rencontre de leurs corps. La derni\u00e8re des danseuses, v\u00eatue d\u2019un amas de tulle rouge, traverse l\u2019espace en avant-sc\u00e8ne, en de grandes et amples enjamb\u00e9es. Ces partitions, chacune associ\u00e9e \u00e0 un espace pr\u00e9cis, semblent parfaitement correspondre \u00e0 la corporalit\u00e9 de la danseuse ou du danseur qui l\u2019effectue. Dans\u00e9es simultan\u00e9ment au d\u00e9but du spectacle, ces partitions seront ensuite pr\u00e9sent\u00e9es une \u00e0 une.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque c\u2019est au tour de la danseuse v\u00eatue de tulle de danser seule, le plateau se vide, la musique se fait plus dramatique encore, le film montre la cime des arbres. Quand c\u2019est au tour de la danseuse v\u00eatue d\u2019or de pr\u00e9senter sa trajectoire, la musique se fait plus planante. Le plateau est couvert de r\u00e9flecteurs qui font \u00e9cho \u00e0 sa combinaison et r\u00e9fl\u00e9chissent la lumi\u00e8re pour l\u2019accompagner dans ses mouvements qui l\u2019emm\u00e8nent jusque dans les gradins. Au fil de la repr\u00e9sentation, la sc\u00e9nographie et la musique s\u2019adaptent donc au danseur, sans pour autant sacrifier l\u2019unit\u00e9 que repr\u00e9sente le film en fond de sc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 mi-chemin de la repr\u00e9sentation, celui-ci prend le pas sur ce qui se passe sur le plateau. A l\u2019\u00e9cran, on voit les membres de la compagnie Dan\u00e7ado com a diferen\u00e7a danser et courir dans les arbres mill\u00e9naires de la for\u00eat du Fanal, sur l\u2019\u00eele de Mad\u00e8re. C\u2019est l\u2019\u00eele de la joie, o\u00f9 les diff\u00e9rences sont les bienvenues, sans qu\u2019on s\u2019en excuse, o\u00f9 les corps s\u2019expriment malgr\u00e9 leur \u00e9ventuel handicap. Soudain, \u00e0 l\u2019\u00e9cran, les danseurs se figent. La cam\u00e9ra passe d\u2019un visage \u00e0 l\u2019autre dans un lent travelling. Puis, certains danseurs prennent la parole. On reconna\u00eet notamment la danseuse en fauteuil roulant, allong\u00e9e entre les racines d\u2019un arbre \u00e0 l\u2019image. On l\u2019entend, en voice over, raconter son rapport \u00e0 la danse. Peu \u00e0 peu, les danseurs se remettent en mouvement sur le plateau, comme pour appuyer malicieusement leur propos \u00e0 l\u2019\u00e9cran.<\/p>\n\n\n\n<p>Inclusif jusque dans la mise en sc\u00e8ne,&nbsp;<em>Happy Island<\/em>&nbsp;montre la beaut\u00e9 du mouvement, peu importe la nature du corps qui l\u2019effectue. Le handicap repr\u00e9sente la possibilit\u00e9 de mouvements, plut\u00f4t que son impossibilit\u00e9. En fonctionnant de pair, la repr\u00e9sentation et le film rendent visible la sensualit\u00e9 de corps habituellement invisibilis\u00e9s. Les mouvements, les mati\u00e8res, la musiques et la sc\u00e9nographie clament tous la joie de voir un espace artistique d\u00e9volu au handicap, o\u00f9 celui-ci semble cesser de contraindre les corps.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>21 mai 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/julia-cela\/\">Julia Cela<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Deux femmes, un combat<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>21 mai 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/johanna-codourier\/\">Johanna Codourey<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p><em>Femmes en danse<\/em>\u00a0\/ De Lila Derridj et Marie Tembe \/ Le 22 mai 2019 \/ Biennale Out of the Box \/ Th\u00e9\u00e2tre du Gr\u00fctli \/\u00a0<a href=\"https:\/\/biennaleoutofthebox.ch\/programme\/soiree-femmes-en-danse\/\">Plus d\u2019infos<\/a><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/5.SOIREE-FEMMES_MARIA-TEMBE-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13627\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/5.SOIREE-FEMMES_MARIA-TEMBE-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/5.SOIREE-FEMMES_MARIA-TEMBE-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/5.SOIREE-FEMMES_MARIA-TEMBE-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/5.SOIREE-FEMMES_MARIA-TEMBE-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/5.SOIREE-FEMMES_MARIA-TEMBE-624x416.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/5.SOIREE-FEMMES_MARIA-TEMBE.jpg 1800w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Maria Tembe<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Une soir\u00e9e, deux spectacles, deux femmes seules en sc\u00e8ne, c\u2019est ce que propose la&nbsp;<\/em>soir\u00e9e Femmes en danse&nbsp;<em>dans le cadre du festival<\/em>&nbsp;Out of the Box<em>, biennale d\u2019art inclusif qui repense la relation entre l\u2019art et la situation de handicap. Dans des chor\u00e9graphies tant\u00f4t vives tant\u00f4t douces, les deux artistes mettent en sc\u00e8ne une image de la femme qui tente de se distinguer de celle que v\u00e9hicule la soci\u00e9t\u00e9 traditionnelle.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ces deux danseuses pr\u00e9sentent une caract\u00e9ristique commune&nbsp;: aucune des deux ne peut faire usage de ses jambes \u2013 la premi\u00e8re, car celles-ci n\u2019ont aucune mobilit\u00e9, la seconde, car elle n\u2019en a pas. Et pourtant, leurs deux spectacles de danse sans paroles ne sont pas r\u00e9duits \u00e0 cette sp\u00e9cificit\u00e9. Jouant avec leur situation de handicap, elles font parfois oublier qu\u2019il existe, m\u00eame si le premier spectacle repose sur l\u2019affirmation d\u2019une sensualit\u00e9 malgr\u00e9 l\u2019immobilit\u00e9 \u2013 et que le second fait de cette situation une n\u00e9cessit\u00e9 de jeu.<\/p>\n\n\n\n<p>La musique intervient constamment dans le premier spectacle,&nbsp;<em>Une bouche,<\/em>&nbsp;accompagnant la performance de Lila Derridj, chor\u00e9graphe, danseuse et architecte. Musique \u00e9lectro compos\u00e9e de tr\u00e8s peu de notes et accentuant les basses, elle instaure un rythme tr\u00e8s marqu\u00e9 que l\u2019artiste ne suit pas totalement dans ses diff\u00e9rents mouvements. D\u00e9butant son spectacle par une danse sensuelle \u2013 se d\u00e9pla\u00e7ant \u00e0 l\u2019aide de cannes et de proth\u00e8ses, traversant la sc\u00e8ne jusqu\u2019\u00e0 une chaise plac\u00e9e c\u00f4t\u00e9 cour, seul objet sur le plateau \u2013 Lila Derridj sensualise durant toute sa repr\u00e9sentation un corps qu\u2019on aurait pu imaginer d\u00e9sexu\u00e9 par la situation de handicap. Parfois avec finesse, comme lorsqu\u2019elle enl\u00e8ve lentement et pr\u00e9cautionneusement l\u2019une de ses proth\u00e8ses dans un&nbsp;<em>strip-tease&nbsp;<\/em>accompagn\u00e9 d\u2019un regard l\u00e9g\u00e8rement coquin, dans une mise en sc\u00e8ne absolument silencieuse, parfois un peu trop fortement lorsqu\u2019appuy\u00e9e sur la chaise, elle fait tourner son bassin de dos vers le public, ce qui donne au spectacle un c\u00f4t\u00e9 \u00e9rotique, presque obsc\u00e8ne. Dans un geste qui semble marqu\u00e9 d\u2019une volont\u00e9 de sexualisation, Lila Derridj se maquille et se peint sur sc\u00e8ne en chantant en alg\u00e9rien comme pour affirmer sa f\u00e9minit\u00e9, ce qui confirme la g\u00eane que l\u2019on peut ressentir par rapport au sc\u00e9nario g\u00e9n\u00e9ral, qui s\u2019apparente \u00e9trangement \u00e0 un retour vers la femme-objet. Un jeu sur l\u2019\u00e9clairage \u2013 souvent tamis\u00e9 \u2013 est r\u00e9alis\u00e9 tout au long de la danse qui permet certains jeux d\u2019ombres particuli\u00e8rement r\u00e9ussis comme au d\u00e9but du spectacle o\u00f9 un projecteur c\u00f4t\u00e9 cour \u00e9claire l\u2019artiste de face et fait se r\u00e9percuter sa silhouette dansante contre le mur.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019inverse, la danse de Maria Tembe,&nbsp;<em>Solo for Maria<\/em>, se fait dans un silence presque absolu. Spectacle partiellement autobiographique, il \u00e9voque la position de la femme au Mozambique, et en g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 travers l\u2019Afrique, dans un surtitrage en fond de sc\u00e8ne&nbsp;: \u00e9voquant les mariages forc\u00e9s, les viols et le statut social inf\u00e9rieur. Dans une chor\u00e9graphie mettant en sc\u00e8ne la normativit\u00e9 impos\u00e9e \u00e0 la femme \u2013 en portant un tutu ou une jupe immense \u2013 Maria Trembe renie ces impositions, revendiquant le poing en l\u2019air, \u00e0 la mani\u00e8re du slogan pour la gr\u00e8ve des femmes, une \u00e9mancipation. Panaibra G. Canda, chor\u00e9graphe et concepteur, et Maria Trembe r\u00e9alisent un spectacle qui envo\u00fbte en pr\u00e9sentant d\u2019abord une image de cette normalisation par des danses \u00ab&nbsp;classiques&nbsp;\u00bb r\u00e9alis\u00e9es en fond de sc\u00e8ne sous six projecteurs, \u00e0 la mani\u00e8re des exercices de ballet. Suivent des tentatives de d\u00e9tachement, comme celle, vaine, de rejeter le plus loin possible d\u2019elle son tutu et sa longue jupe, \u00e9voquant aussi un drap \u00e0 plier, symbole des t\u00e2ches m\u00e9nag\u00e8res, ou lui permettant de cr\u00e9er une circonf\u00e9rence parfaite sur le sol. Elle s\u2019effraie des deux jupes, symboles de norme et de viol, d\u00e9pos\u00e9es aux deux extr\u00e9mit\u00e9s de la sc\u00e8ne, entre lesquelles elle se tient, dans un cri bouche ferm\u00e9e qui ne semble pas pouvoir \u00eatre ext\u00e9rioris\u00e9. Le spectacle donne \u00e0 voir une \u00e9mancipation de la femme, mais aussi une \u00e9mancipation du corps \u00e0 travers ces diff\u00e9rentes danses, dans lesquelles l\u2019artiste semble dissocier ses mains de son corps par des mouvements vifs et des expressions de surprise.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans une \u00e9nergie fulgurante, la chor\u00e9graphie propose un large travail sur l\u2019esth\u00e9tique visuelle, notamment gr\u00e2ce \u00e0 cette immense jupe blanche que l\u2019artiste fait \u00ab&nbsp;danser&nbsp;\u00bb dans les airs et qui lui permet de composer tant\u00f4t la danse d\u2019un viol \u2013 mouvements \u00e9rotiques du bassin entrecoup\u00e9 d\u2019arr\u00eats aux regards haineux et effray\u00e9s tourn\u00e9s vers un partenaire inexistant, mais bien exhib\u00e9, puis rejet au sol comme si une force invisible l\u2019avait pouss\u00e9e \u2013 sur la musique de&nbsp;<em>Rape me<\/em>&nbsp;de Nirvana&nbsp;; tant\u00f4t le v\u00eatement de multiples femmes autour du globe, finissant par porter sa jupe \u00e0 la mani\u00e8re de la Vierge Marie dont elle porte aussi le nom.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les deux spectacles, la conscience corporelle des deux danseuses fascine. Donnant parfois m\u00eame l\u2019impression qu\u2019elles pourraient lever la contrainte et simplement se mettre \u00e0 marcher \u00e0 la fin du spectacle pour venir saluer. Et c\u2019est presque une surprise quand on leur apporte un fauteuil roulant pour saluer&nbsp;; comme l\u2019acteur revenant sur sc\u00e8ne sans masque, elles r\u00e9cup\u00e8rent alors leur singularit\u00e9 qui a pourtant fait tout le charme discret des spectacles.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>21 mai 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/johanna-codourier\/\">Johanna Codourey<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Mani-feste<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>21 mai 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/oceane-forster\/\">Oc\u00e9ane Forster<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p><em>D\u00e9vaste-moi<\/em>\u00a0\/ Mise en sc\u00e8ne de Johanny Bert et en musique par The Delano Orchestra \/ Th\u00e9\u00e2tre du Gr\u00fctli \/ le 25 mais 2019 \/\u00a0<a href=\"https:\/\/biennaleoutofthebox.ch\/programme\/devaste-moi\/\">Plus d\u2019infos<\/a><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/DEVASTE_MOI-1280x720-1-1024x576.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-20375\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/DEVASTE_MOI-1280x720-1-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/DEVASTE_MOI-1280x720-1-300x169.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/DEVASTE_MOI-1280x720-1-250x141.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/DEVASTE_MOI-1280x720-1-768x432.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/DEVASTE_MOI-1280x720-1.jpg 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Jean-Louis Fernandez<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Du 20 au 26 mai a eu lieu la quatri\u00e8me \u00e9dition de la biennale des arts inclusifs&nbsp;<\/em>Out of the Box<em>, qui se propose de faire r\u00e9fl\u00e9chir au rapport entre pratique artistique et situation de handicap. Au travers de spectacles, films, expositions et conf\u00e9rences (dans\u00e9es ou non) sont tour \u00e0 tour explor\u00e9es des formes de danse int\u00e9grante ou d\u2019art brut, afin de mettre au jour une th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 plus collective, ouverte sur des corporalit\u00e9s et des singularit\u00e9s trop souvent marginalis\u00e9es.&nbsp;<\/em>D\u00e9vaste-moi<em>, spectacle musical, met en sc\u00e8ne Emmanuelle Laborit, com\u00e9dienne sourde et co-directrice du&nbsp;<\/em>Th\u00e9\u00e2tre visuel international&nbsp;<em>dans une cr\u00e9ation de chant-sign\u00e9 qui, entre op\u00e9ra et chanson populaire, donne \u00e0 voir le langage des signes. A l\u2019\u00e9gal de la voix, celui-ci a son expressivit\u00e9, son rythme, mais aussi sa po\u00e9sie chor\u00e9graphique, et th\u00e9matise ce que peut aussi \u00eatre la musique.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Les musiciens la pr\u00e9c\u00e8dent, ils s\u2019installent \u00e0 droite et \u00e0 gauche d\u2019un \u00e9cran en fond de sc\u00e8ne. V\u00eatue d\u2019une longue robe \u00e9carlate, la t\u00eate couverte d\u2019une cagoule faite de la m\u00eame mati\u00e8re, elle est une bien \u00e9trange Carmen. Ses mains qui parlent sont traduites par les surtitres. Les chansons, de Baschung \u00e0 Anne Sylvestre en passant par Amy Winehouse ou Serge Gainsbourg, font \u00e9merger de fa\u00e7on r\u00e9currente la th\u00e9matique du corps f\u00e9minin, qui sera le fil rouge de cette cr\u00e9ation. Ces f\u00e9minit\u00e9s, leurs plaisirs, blessures et combats, chant\u00e9s par de multiples artistes, femmes ou hommes, Emmanuelle Laborit les incarne toutes, dressant le portrait, en cadavre exquis, d\u2019une interpr\u00e8te lumineuse.<\/p>\n\n\n\n<p>Parfois, c\u00e9sures dans le concert, Emmanuelle Laborit raconte une enfance, peut-\u00eatre la sienne, marqu\u00e9e par le d\u00e9tachement face \u00e0 ceux qui ne cherchent pas \u00e0 communiquer avec elle, d\u00e9tachement face aux sons qu\u2019elle ne peut percevoir. D\u00e9sint\u00e9r\u00eat de la musique aussi, jusqu\u2019\u00e0 la d\u00e9couverte des vibrations que celle-ci provoque. Des moments de jeu ponctuent \u00e9galement les morceaux. L\u2019\u00e9cran de projection devient alors un complice o\u00f9 se dessinent des ombres avec lesquelles la com\u00e9dienne interagit, ou parfois propose une interpr\u00e9tation didascalique de ce que fait la com\u00e9dienne en coulisse.<\/p>\n\n\n\n<p>Le travail effectu\u00e9 par la com\u00e9dienne Emmanuelle Laborit, le metteur en sc\u00e8ne Johanny Bert et le chor\u00e9graphe Yan Raballand sur le chant signe interroge le langage \u00e9crit et le langage sign\u00e9, et leur rapport respectif au sens.&nbsp;<em>D\u00e9vaste-moi<\/em>&nbsp;est l\u2019occasion de se rendre compte que la potentialit\u00e9 s\u00e9mantique d\u2019un mot peut s\u2019actualiser dans le signe, parfois plus proche du signifi\u00e9, que ne l\u2019est le signifiant \u00e9crit. Cette analogie, la corporalit\u00e9 indissociable de la langue des signes la nourrit en donnant lieu \u00e0 un chant chor\u00e9graphi\u00e9. Les jeux de mots et expressions qui peuplent la chanson fran\u00e7aise investissent, dans le geste, la dimension spatiale. Ainsi, quand Laborit, en Carmen masqu\u00e9e, signe \u00ab l\u2019amour est un oiseau rebelle \u00bb, elle laisse le signe signifiant \u00ab amour \u00bb se terminer en un envol \u00e9loquent.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 mi-chemin entre musique, pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre et performance, cette cr\u00e9ation reprend les codes du concert, sa th\u00e9\u00e2tralit\u00e9. Dans l\u2019interpr\u00e9tation que livre la com\u00e9dienne, comment ne pas reconna\u00eetre Madonna, Edith Piaf ou encore Dalida\u2026&nbsp;<em>D\u00e9vaste-moi<\/em>&nbsp;est une pi\u00e8ce transdisciplinaire qui s\u2019approprie un genre et suscite la rencontre de la langue des signes et d\u2019autres formes artistiques. Le spectacle fait red\u00e9couvrir aux personne entendantes un r\u00e9pertoire connu en lui conf\u00e9rant une interpr\u00e9tation visuelle, et ouvre aux malentendants une adaptation de ce r\u00e9pertoire au langage qui leur est familier.&nbsp;<em>D\u00e9vaste-moi<\/em>&nbsp;porte \u00e0 la sc\u00e8ne la culture sourde, teint\u00e9e de f\u00e9minisme, pour une convergence des luttes rafra\u00eechissante et inclusive. Une utopie fleurit dans les mains d\u2019Emmanuelle, celle d\u2019un th\u00e9\u00e2tre qui se montre consciente des minorit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>21 mai 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/oceane-forster\/\">Oc\u00e9ane Forster<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour sa premi\u00e8re ann\u00e9e en partenariat avec la Biennale des Arts Inclusifs \u00ab\u00a0Out of the Box\u00a0\u00bb (du 20 au 26 mai 2019), l&rsquo;Atelier Critique propose une s\u00e9rie de critiques sur les diff\u00e9rents spectacles de danse du festival. Critiques par Julia Cela, Johanna Codourey et Oc\u00e9ane Forster.\u00a0<\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":13621,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,125],"tags":[222,155,208],"class_list":["post-13620","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-teatre-du-grutli","tag-johanna-codourey","tag-julia-cela","tag-oceane-forster"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13620","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13620"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13620\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20376,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13620\/revisions\/20376"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/13621"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13620"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13620"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13620"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}