{"id":13604,"date":"2019-05-22T13:37:42","date_gmt":"2019-05-22T11:37:42","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=13604"},"modified":"2025-02-09T17:10:18","modified_gmt":"2025-02-09T16:10:18","slug":"by-heart","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/05\/by-heart\/","title":{"rendered":"By Heart"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">By Heart<\/h2>\n\n\n\n<p>De Tiago Rodrigues \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ du 14 au 18 mai 2019 \/ Critique par Lucas Lauth<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Hommage \u00e0 la m\u00e9moire<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>18 mai 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/lucas-lauth\/\">Lucas Lauth<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"638\" height=\"425\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/Rodrigues-By-Heart.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13602\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/Rodrigues-By-Heart.jpg 638w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/Rodrigues-By-Heart-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/Rodrigues-By-Heart-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/Rodrigues-By-Heart-624x416.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 638px) 100vw, 638px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Marie Clauzade<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Le spectacle du metteur en sc\u00e8ne portugais Tiago Rodrigues, directeur du Teatro National Dona Maria II \u00e0 Lisbonne, pr\u00e9sent \u00e0 Lausanne pour quatre pi\u00e8ces jou\u00e9es \u00e0 Vidy presque simultan\u00e9ment, propose une r\u00e9flexion sur la m\u00e9moire et sa force \u00e0 la fois intime et politique. Le projet est n\u00e9 lorsque la grand-m\u00e8re du dramaturge, \u00e2g\u00e9e de nonante-trois ans et passionn\u00e9e de litt\u00e9rature, lui annonce une c\u00e9cit\u00e9 prochaine et irr\u00e9m\u00e9diable. Elle demande alors \u00e0 son petit-fils de lui apprendre par c\u0153ur un ultime livre, qu\u2019elle pourra lire int\u00e9rieurement jusqu\u2019\u00e0 la fin de sa vie. Quel livre choisir&nbsp;? Sur quoi se baser pour faire un tel choix&nbsp;? Et comment rendre compte, sur sc\u00e8ne, du poids d\u2019une telle responsabilit\u00e9 ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Onze chaises sont dispos\u00e9es sur sc\u00e8ne, en arc de cercle. Tiago Rodrigues est pr\u00e9sent sur l\u2019une d\u2019elles, plong\u00e9 dans un livre, relevant de temps \u00e0 autre la t\u00eate pour observer le public prendre place. Derri\u00e8re lui, un nombre important de bouteilles d\u2019eau pleines. \u00c0 l\u2019avant-sc\u00e8ne, des cageots de livres us\u00e9s. Une fois le silence install\u00e9 et apr\u00e8s quelques adresses humoristiques au public, il annonce la premi\u00e8re condition du spectacle&nbsp;: la pi\u00e8ce ne commencera pas tant que les dix autres chaises libres ne seront pas occup\u00e9es. Quelques secondes suffisent pour que, sans h\u00e9siter, des membres du public montent sur sc\u00e8ne et s\u2019assoient.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9ussite du spectacle va d\u00e9pendre de ces dix courageux intervenants. Ensemble, durant le temps de la repr\u00e9sentation, ils ont comme t\u00e2che d\u2019apprendre l\u2019un des sonnets pr\u00e9sents dans le recueil que le dramaturge propose comme ultime lecture \u00e0 sa grand-m\u00e8re&nbsp;: le sonnet 30. Voil\u00e0 la deuxi\u00e8me condition. Pour introduire ce r\u00f4le crucial qu\u2019il attribue aux dix membres du public, Tiago Rodrigues fait un d\u00e9tour par l\u2019entretien-conf\u00e9rence de George Steiner intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;De la Beaut\u00e9 et de la Consolation&nbsp;\u00bb. Steiner appara\u00eet comme un mentor pour lui. Durant la repr\u00e9sentation, le dramaturge lit des lettres qu\u2019il lui a envoy\u00e9es pour lui demander conseil face aux difficult\u00e9s \u00e0 trouver une derni\u00e8re \u0153uvre \u00e0 apprendre par c\u0153ur pour sa grand-m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Le po\u00e8me est appris peu \u00e0 peu, vers apr\u00e8s vers, sous les yeux des spectateurs. Le com\u00e9dien dicte les vers \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter, les uns apr\u00e8s les autres, plusieurs fois, et, soit ensemble, soit chacun leur tour, les membres du public pr\u00e9sents sur sc\u00e8ne d\u00e9clament des parties du sonnet. Le po\u00e8me, de tonalit\u00e9 \u00e9l\u00e9giaque et nostalgique, qui s\u2019\u00e9gaie aux derniers vers \u00e0 la pens\u00e9e d\u2019un \u00eatre aim\u00e9, prend peu \u00e0 peu son sens.<\/p>\n\n\n\n<p>En alternance avec ces moments de r\u00e9p\u00e9tition, Tiago Rodrigues fait se superposer, se rencontrer des citations, des langues, des auteurs, des \u00e9l\u00e9ments historiques ou des r\u00e9f\u00e9rences litt\u00e9raires, suivant la mani\u00e8re dont notre m\u00e9moire humaine fonctionne. Le sonnet 30 de Shakespeare, traduit dans le monde entier, offre lui-m\u00eame la possibilit\u00e9 de montrer l\u2019appropriation d\u2019une \u0153uvre dans diff\u00e9rentes langues. Ecrit initialement en Moyen Anglais, il porte avec lui sur la sc\u00e8ne les implications qu\u2019il a eues en Russie, o\u00f9 il a sauv\u00e9 la vie de Pasternak, il est appris sous nos yeux en Fran\u00e7ais et d\u00e9clam\u00e9 en Portugais, en fin de spectacle, par le dramaturge.<\/p>\n\n\n\n<p>Tiago Rodrigues brouille ici les niveaux de r\u00e9cits pour exposer une m\u00e9moire partag\u00e9e dans l\u2019ici et le maintenant que propose la sc\u00e8ne th\u00e9\u00e2trale. Il donne des voix aux personnages pr\u00e9sents sur sc\u00e8ne, rejouant certains passages de&nbsp;<em>Fahrenheit 451<\/em>, raconte des histoires, commente son propre texte, ainsi que les citations qu\u2019il mobilise, les textes de Shakespeare, de Bradbury, de Steiner ou encore de Brodsky. Il est \u00e0 la fois lecteur, narrateur, personnage, commentateur, acteur, metteur en sc\u00e8ne et passe de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre librement. Derri\u00e8re les r\u00e9f\u00e9rences litt\u00e9raires et les langues mobilis\u00e9es dans cette pi\u00e8ce, Tiago Rodrigues passe un message qui s\u2019adresse \u00e0 notre m\u00e9moire collective, notre patrimoine. L\u2019apprentissage par c\u0153ur, l\u2019int\u00e9rieur humain est un lieu s\u00fbr, intouchable, pour la survie d\u2019une \u0153uvre, d\u2019o\u00f9 cette allusion aux \u00ab&nbsp;hommes-livres&nbsp;\u00bb de&nbsp;<em>Fahrenheit 451<\/em>&nbsp;qui r\u00e9sistent \u00e0 la destruction du patrimoine culturel par leur apprentissage par c\u0153ur d\u2019\u0153uvres litt\u00e9raires.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la fin du spectacle, le r\u00e9el et le fictif se chevauchent totalement&nbsp;: les membres du public pr\u00e9sents sur sc\u00e8ne ont la m\u00eame difficult\u00e9 \u00e0 se rem\u00e9morer le po\u00e8me de Shakespeare en entier que celle qu\u2019a eue Candida, la grand-m\u00e8re de l\u2019auteur, \u00e0 le r\u00e9citer le jour de ces nonante-quatre ans. Tiago Rodrigues rend, au travers de cette pi\u00e8ce, un hommage touchant \u00e0 Candida, \u00e0 la litt\u00e9rature et \u00e0 la m\u00e9moire.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>18 mai 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/lucas-lauth\/\">Lucas Lauth<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/vidy.ch\/by-heart\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De Tiago Rodrigues \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ du 14 au 18 mai 2019 \/ Critique par Lucas Lauth<\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":13605,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,2],"tags":[220],"class_list":["post-13604","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-de-vidy","tag-lucas-lauth"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13604","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13604"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13604\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20621,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13604\/revisions\/20621"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/13605"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13604"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13604"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13604"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}