{"id":13554,"date":"2019-05-08T09:49:42","date_gmt":"2019-05-08T07:49:42","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=13554"},"modified":"2025-02-14T10:46:37","modified_gmt":"2025-02-14T09:46:37","slug":"parler-de-lhorreur-en-esquissant-un-mince-sourire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/05\/parler-de-lhorreur-en-esquissant-un-mince-sourire\/","title":{"rendered":"Parler de l\u2019horreur\u2026 en esquissant un mince sourire"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Pi\u00e8ce de Julien Mages \/ Compte-rendu par Johanna Codourey . <\/p><\/div>\n\n<p>Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/johanna-codourier\/\">Johanna Codourey<\/a><\/p>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/05\/entretien-avec-julien-mages\/\">Entretien avec Julien Mages<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<figure id=\"attachment_13566\" aria-describedby=\"caption-attachment-13566\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-13566\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/topelement-1-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"200\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/topelement-1-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/topelement-1-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/topelement-1-624x416.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/topelement-1.jpg 640w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-13566\" class=\"wp-caption-text\">\u00a9 Patrick Martin<\/figcaption><\/figure>\n<p><em>Dans son dernier texte <\/em>Un Si\u00e8cle assassin\u00e9, <em>Julien Mages nous projette dans l\u2019histoire sombre de la Shoah. Mais, en m\u00eame temps qu\u2019il en \u00e9voque l\u2019horreur, il d\u00e9veloppe une histoire d\u2019amour entre deux jeunes gens. Entre le ton dur et violent d\u2019un camp de concentration et la voix pleine d\u2019espoir de jeunes amoureux, Julien Mages esquisse une po\u00e9sie touchante qui tente de parler de \u00ab\u00a0l\u2019insoutenable\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Apr\u00e8s <em>Les Perdus <\/em>ou <em>Janine Rhapsody<\/em>, l\u2019auteur et metteur en sc\u00e8ne Julien Mages propose une \u0153uvre dramatique qu\u2019il con\u00e7oit comme le premier volet possible d\u2019un roman-fleuve. Dans un format tr\u00e8s court \u2013 une trentaine de pages \u2013 il organise huit sc\u00e8nes encadr\u00e9es par un prologue et un \u00e9pilogue, dans un texte essentiellement versifi\u00e9, o\u00f9 les silences sont pr\u00e9dominants. Les marqueurs spatiaux et temporels y sont presque absents, la r\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te plac\u00e9e \u00e0 distance, les locuteurs souvent flous\u00a0\u00ad: les paroles, en flottement, donnent au texte une dimension po\u00e9tique, un peu \u00e0 la mani\u00e8re de Wajdi Mouawad.<\/p>\n<p>Un<em> Si\u00e8cle assassin\u00e9<\/em> pr\u00e9sente la rencontre de deux personnages, deux jeunes amoureux, seuls personnages de la pi\u00e8ce, qui ne dialoguent presque jamais directement. Ils s\u2019adressent des monologues dans lesquels toute la chaleur de l\u2019amour s\u2019oppose \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience du camp. Les huit sc\u00e8nes sont encadr\u00e9es par une voix lyrique vaguement verlainienne, qui ouvre puis, comme affaiblie, ferme la pi\u00e8ce dans un \u00e9pilogue\u00a0: les phrases du prologue y sont reprises, mais certains mots se sont \u00ab perdus en chemin \u00bb.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0\u00c7a danse encore \/ Entre les arbres \/ tristes sourires \/ errants fant\u00f4mes \/ du brouillard \/ o\u00f9 perce \/ un soleil mal fin\u2026\u00a0\u00bb <\/em><\/p>\n<p>La perte structure aussi l\u2019action : celle du p\u00e8re, celle du poids, celle de la vie et finalement de l\u2019espoir. Malgr\u00e9 l\u2019amour, les personnages de Julien Mages sont en survie, comme dans les r\u00e9cits sur les camps \u00e9crits par Primo L\u00e9vi \u2013 dont le lexique est ici repris \u00e0 l\u2019identique \u2013 ou Charlotte Delbo \u2013 avec l\u2019\u0153uvre de laquelle les ressemblances stylistiques sont abondantes. \u00c0 travers les monologues de personnages toujours sur le fil entre la vie et la mort, Julien Mages \u00e9voque aussi la d\u00e9ch\u00e9ance d\u2019un professeur de physique renomm\u00e9 et celle de milliers d\u2019autres \u00eatres humains dans une langue qui rappelle parfois une certaine po\u00e9sie de la guerre \u2013 comme celle d\u2019Apollinaire \u2013 alliant horreur et na\u00efvet\u00e9. Adresses au public, adresses \u00e0 l\u2019autre, adresses \u00e0 l\u2019absent, la pi\u00e8ce semble destin\u00e9e tant aux vivants qu\u2019\u00e0 la m\u00e9moire des disparus.<\/p>\n<p>Lorsque la repr\u00e9sentation floue de l\u2019univers concentrationnaire devient pesante, les discours amoureux en forment un contrepoint. La lib\u00e9ration arrive \u2013 \u00e0 la fin de la pi\u00e8ce \u2013 et les jeunes gens s\u2019\u00e9crient \u00ab Tenir encore \u00bb\u00a0: pour l\u2019amour qu\u2019ils se vouent na\u00efvement l\u2019un \u00e0 l\u2019autre, dans ces silences r\u00e9p\u00e9t\u00e9s qui donnent une dimension fortement \u00e9motionnelle \u00e0 la pi\u00e8ce.<\/p>\n<p>Le rythme change souvent de <em>tempo<\/em> \u2013 ce que marquent les changements dans la typographie, parfois en majuscules, parfois d\u00e9cal\u00e9e sur la page, et les variations, marqu\u00e9es dans les didascalies, entre cri, chant et silence, nous ballotant entre soupirs amoureux et souffles d\u2019effroi. Les corps sont aussi impliqu\u00e9s, le mouvement des personnages \u2013 leur danse notamment \u2013 est \u00e9voqu\u00e9. L\u2019\u00e9quilibre se cr\u00e9e ainsi entre cette vari\u00e9t\u00e9 des rythmes de l\u2019\u00e9nonciation et la r\u00e9p\u00e9titivit\u00e9 des \u00e9nonc\u00e9s.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Je ne veux pas \u00e9crire un drame historique, je veux mentionner des personnages qui n\u2019en sont d\u2019ailleurs pas non plus.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>M\u00eame si cette \u00e9vocation de l\u2019univers concentrationnaire durant la Seconde Guerre mondiale fait appel \u00e0 des images et \u00e0 des situations qui, au regard de la litt\u00e9rature testimoniale de premi\u00e8re main sur ce sujet, s\u2019apparentent ici \u00e0 des clich\u00e9s, Julien Mages cr\u00e9e une \u0153uvre personnelle en pla\u00e7ant non plus l\u2019Histoire au centre, \u00e0 l\u2019instar de Georges Perec, mais l\u2019individu. Une originalit\u00e9 dont la r\u00e9alisation sur sc\u00e8ne risque d\u2019\u00eatre pour le moins \u00e9mouvante.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pi\u00e8ce de Julien Mages \/ Compte-rendu par Johanna Codourey . <\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":13566,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38],"tags":[222],"class_list":["post-13554","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","tag-johanna-codourey"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13554","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13554"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13554\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":22858,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13554\/revisions\/22858"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/13566"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13554"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13554"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13554"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}