{"id":13549,"date":"2019-05-07T11:38:59","date_gmt":"2019-05-07T09:38:59","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=13549"},"modified":"2025-02-09T17:11:29","modified_gmt":"2025-02-09T16:11:29","slug":"sweeney-todd-le-diabolique-barbier-de-fleet-street","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/05\/sweeney-todd-le-diabolique-barbier-de-fleet-street\/","title":{"rendered":"Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street<\/h2>\n\n\n<p>D\u2019apr\u00e8s le livret de Hugh Wheeler et son adaptation par Christopher Bond \/ Par le Collectif\u00a0 Sondheim \/ Mise en sc\u00e8ne de Fr\u00e9d\u00e9ric Brodard \/ Th\u00e9\u00e2tre 2.21 \/ du 2 au 12 mai 2019 \/ Critiques par Lucas Lauth et Ivan Garcia.<\/p>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Une savoureuse vengeance<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>12 mai 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/lucas-lauth\/\">Lucas Lauth<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"600\" height=\"600\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/1000x1000-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-20472\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/1000x1000-1.jpg 600w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/1000x1000-1-200x200.jpg 200w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/1000x1000-1-170x170.jpg 170w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/1000x1000-1-300x300.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/1000x1000-1-400x400.jpg 400w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Th\u00e9\u00e2tre 2.21<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Fr\u00e9d\u00e9ric Brodard et l\u2019ensemble du collectif Sondheim proposent au 2.21, jusqu\u2019au dimanche 12 mai, une interpr\u00e9tation de la com\u00e9die musicale&nbsp;<\/em>Sweeney Todd&nbsp;: The Demon Barber of Fleet Street<em>&nbsp;de Stephen Sondheim<\/em>, pr\u00e9sent\u00e9e pour la premi\u00e8re fois en 1979.&nbsp;<em>La jeune troupe de com\u00e9dien rend brillamment compte de la dimension dr\u00f4le et terrifiante des personnages. L\u2019espace sc\u00e9nique du 2.21 est repens\u00e9 pour l\u2019occasion, la musique est jou\u00e9e en direct sur la sc\u00e8ne et les chants interpr\u00e9t\u00e9s avec brio. Les repr\u00e9sentations ont lieu en fran\u00e7ais ou en anglais selon les soirs.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Les com\u00e9diens et chanteurs encerclent le public \u00e0 son insu, commencent \u00e0 faire claquer leur langue, puis ricanent, s\u2019\u00e9touffent et finissent par siffler, ensemble ou en d\u00e9cal\u00e9, donnant l\u2019impression qu\u2019une dizaine d\u2019oiseaux nous survolent, guidant les spectateurs dans la salle. \u00c0 peine a-t-on pris place dans le dispositif bi-frontal que les com\u00e9diens occupent l\u2019espace \u00e0 grandes enjamb\u00e9es, circulant de part et d\u2019autre bruyamment, se parlant tout bas, avant que la musique et les chants ne retentissent avec puissance. La tragique histoire de Sweeney Todd est lanc\u00e9e. Les dialogues chant\u00e9s et la myst\u00e9rieuse musique de Stephen Sondheim se r\u00e9pandent et se r\u00e9pondent. Sur les visages des spectateurs qui nous font face se refl\u00e8tent mille et unes \u00e9motions, entre rire, piti\u00e9 et admiration. L\u2019espace de jeu central s\u2019ouvre d\u2019un c\u00f4t\u00e9 sur la sc\u00e8ne sur\u00e9lev\u00e9e et de l\u2019autre sur le bar du th\u00e9\u00e2tre. La ville de Londres qui y est \u00e9voqu\u00e9e est belle et mis\u00e9rable, autant que les personnages imagin\u00e9s il y a quarante ans d\u00e9j\u00e0. On y d\u00e9couvre un Benjamin Barker, devenu Sweeney Todd apr\u00e8s quinze ans d\u2019exil d\u00fb \u00e0 l\u2019iniquit\u00e9 d\u2019un juge qui convoitait sa femme, aussi effrayant qu\u2019attirant, et une Mrs. Lovett plus vivante et sournoise que jamais. Le duo, bien que moins monstrueux que celui propos\u00e9 par Tim Burton en 2007, est dr\u00f4le et tout aussi mal\u00e9fique. On appr\u00e9hende le grotesque stratag\u00e8me et on en rit : Todd, le barbier avide de vengeance, \u00e9gorge les clients de sa lame tranchante, pendant que Mrs. Lovett, qui tient la p\u00e2tisserie \u00e0 l\u2019\u00e9tage du dessous, fait des g\u00e2teaux \u00e0 la viande avec les corps des d\u00e9funts.<\/p>\n\n\n\n<p>Les autres com\u00e9diens proposent, eux aussi, une prestation comique et touchante. Les voix se r\u00e9pondent ou se superposent avec beaucoup de gr\u00e2ce, toujours pleines d\u2019\u00e9motion, m\u00eame si certaines d\u2019entre elles ont parfois du mal \u00e0 occuper un si grand espace. Cette r\u00e9ussite est aussi grandement due au r\u00f4le crucial que jouent les trois musiciens, plac\u00e9s sur la sc\u00e8ne sur\u00e9lev\u00e9e. Sans jamais s\u2019arr\u00eater d\u2019\u00eatre attentifs \u00e0 ce qui se passe dans les gestes et paroles des com\u00e9diens, rattrapant parfois dans la course un acteur qui aurait acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 en chantant, ils sont la fondation, la structure solide de cette com\u00e9die musicale.<\/p>\n\n\n\n<p>La gestion de l\u2019espace participe aussi grandement du pouvoir illusionniste de cette interpr\u00e9tation. En effet, d\u00e8s l\u2019entracte, la totalit\u00e9 du th\u00e9\u00e2tre est investie par la fiction. Le hall o\u00f9 nous mangeons une tarte \u00ab Sweeney Todd \u00bb n\u2019est autre que la sombre cuisine de Mrs. Lovett. Pendant le temps de la pause, le dispositif de la salle est modifi\u00e9 : &nbsp;tous les si\u00e8ges se retrouvent du m\u00eame c\u00f4t\u00e9. D\u00e9sormais, les entr\u00e9es et sorties des com\u00e9diens ne se font plus depuis ou vers des coulisses mais depuis ce lieu visible et hors sc\u00e8ne qu\u2019est le hall, qui trouve sa place dans la fiction elle-m\u00eame. Le rythme effr\u00e9n\u00e9 du spectacle, avec les nombreux allers-retours dans la boutique de barbier de Sweeney Todd et dans la cuisine de Mrs. Lovett, s\u2019associe particuli\u00e8rement bien avec ces usages ing\u00e9nieux qui sont fait de l\u2019espace. La coordination des entr\u00e9es et des sorties des com\u00e9diens et le passage d\u2019un lieu \u00e0 l\u2019autre sont millim\u00e9tr\u00e9s : il en r\u00e9sulte une com\u00e9die pleine de dynamisme. On ne s\u2019ennuie \u00e0 aucun moment au cours des trois heures de spectacle !<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>12 mai 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/lucas-lauth\/\">Lucas Lauth<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Parangon de la vengeance<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>12 mai 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/ivan-garcia\/\">Ivan Garcia<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"600\" height=\"600\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/1000x1000-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-20472\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/1000x1000-1.jpg 600w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/1000x1000-1-200x200.jpg 200w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/1000x1000-1-170x170.jpg 170w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/1000x1000-1-300x300.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/1000x1000-1-400x400.jpg 400w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Th\u00e9\u00e2tre 2.21<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Sur une musique chorale, avec noirceur,&nbsp;<\/em>Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street,&nbsp;<em>com\u00e9die musicale aux airs de trag\u00e9die antique, est<\/em>&nbsp;<em>inspir\u00e9e d\u2019une l\u00e9gende populaire anglaise. Un barbier, en qu\u00eate de vengeance, suit son destin, au gr\u00e9 des cadavres et des tartes \u00e0 la viande, sur un chemin sanglant et sublime qui, en fin de compte, l\u2019engloutit lui-m\u00eame.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;<\/em>De tous les mobiles d\u2019action humains, il y en a peut-\u00eatre un dont la repr\u00e9sentation, \u00e0 elle seule, est capable de susciter \u00e0 la fois la crainte et la piti\u00e9 chez les spectateurs&nbsp;: la vengeance. C\u2019est sur ce ressort si ha\u00ef et si aim\u00e9 que repose l\u2019action de&nbsp;<em>Sweeney Todd<\/em>. La mise en sc\u00e8ne de Fr\u00e9d\u00e9ric Brodard reprend la com\u00e9die musicale \u00e9labor\u00e9e \u00e0 Broadway en 1979 par Stephen Sondheim. La repr\u00e9sentation s\u2019ouvre sur le retour \u00e0 Londres d\u2019un barbier nomm\u00e9 Sweeney Todd, accompagn\u00e9 d\u2019un sympathique marin, Anthony. Ce dernier ne sait rien de l\u2019homme qu\u2019il a sauv\u00e9 mais d\u00e9c\u00e8le en celui-ci de lourds secrets. En effet, quinze ans auparavant, un certain Benjamin Parker, barbier de profession, vivait heureux, \u00e0 Londres, avec sa femme Lucy et sa fille Johanna. Cependant, un jour, le gentil barbier fut injustement condamn\u00e9 par le juge Turpin, s\u00e9duit par les charmes de Lucy. Il fut envoy\u00e9 au bagne en\u2026 Australie. Revenu d\u2019exil, Parker alias Sweeney Todd entend retrouver femme et enfant. Mais il apprend que sa femme s\u2019est empoisonn\u00e9e et que sa fille est gard\u00e9e par le machiav\u00e9lique juge Turpin, qui compte sur l\u2019aide de son acolyte, le bedeau Bamford\u2026 Sous sa nouvelle identit\u00e9, le barbier de Fleet Street reprend son ancienne profession et \u00e9labore, patiemment, sa vengeance. Aid\u00e9 de Mrs. Lovett, tenanci\u00e8re d\u2019une p\u00e2tisserie bien particuli\u00e8re, ils montent un \u00e9trange n\u00e9goce\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>La vengeance est un plat qui se mange froid : Monsieur Sweeney Todd est d\u00e9licieusement apathique, grand, maigre, hautement p\u00e2le et silencieux, dans le style parfait de ces \u00eatres que l\u2019on adore d\u00e9tester. Parangon de la vengeance, il est intrigant, \u00e0 la crois\u00e9e des figures de la victime et du bourreau. Pour se venger, Todd a besoin d\u2019argent. Il sait d\u00e9j\u00e0 que sa voie est sans issue ; il lui faut cette vengeance pour obtenir sa r\u00e9demption, pour racheter la faute qu\u2019il n\u2019a pourtant pas commise, suscitant chez le spectateur fascination, admiration, aversion et piti\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans une sc\u00e8ne \u00e9mouvante, Mrs Lovett apporte \u00e0 l\u2019ancien barbier \u00ab son arme \u00bb : le rasoir, celui qui, tout d\u2019argent, lui servait nagu\u00e8re \u00e0 tailler des barbes. Voir Todd discuter avec l\u2019objet, jurer vengeance, cela pourrait sembler comique. Et pourtant, on ne rit pas. La sc\u00e8ne est celle d\u2019un serment inviolable et fatal. C\u2019est que Sweeney Todd n\u2019est pas le premier sur la longue liste des hommes en qu\u00eate de vengeance\u2026 On pense au d\u00e9but des&nbsp;<em>Cho\u00e9phores<\/em>&nbsp;d\u2019Eschyle, lorsqu\u2019Oreste, annonc\u00e9 comme \u00ab Le Vengeur \u00bb, jure sur la tombe de son d\u00e9funt p\u00e8re qu\u2019il assassinera les tra\u00eetres en son palais. Les mots prononc\u00e9s \u00e0 l\u2019intention du rasoir et la m\u00e9lodie des violons de l\u2019orchestre donnent un air majestueux \u00e0 la sc\u00e8ne, qui fait aussi \u00e9cho aux tableaux chevaleresques o\u00f9 le chevalier saisit son \u00e9p\u00e9e et la baptise, ou encore pr\u00eate serment. La figure du barbier, jadis personnage populaire par excellence, se trouve alors charg\u00e9e d\u2019une symbolique toute puissante, s\u2019inscrivant dans la longue g\u00e9n\u00e9alogie des h\u00e9ros mythiques.<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019instar d\u2019Oreste, Sweeney Todd est bien un protagoniste tragique. Comme le fait remarquer sa ballade, chant\u00e9e \u00e0 maintes reprises par le ch\u0153ur, \u00ab Sweeney Todd v\u00e9n\u00e8re un Dieu sans espoir \u00bb. Sa volont\u00e9 de vengeance le conduit sur le chemin du sang et, guid\u00e9 par son envie meurtri\u00e8re, il finit par tout d\u00e9truire, tant les autres que lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>La pr\u00e9sence d\u2019un ch\u0153ur qui se d\u00e9place assez librement au sein du plateau donne aux fragments de r\u00e9cits que produisent les chansons une aura de l\u00e9gende. Le choeur commente les agissements du barbier, comme pour que les spectateurs en tirent une morale. Le juge Turpin est \u00e9galement sujet \u00e0 une force qui le d\u00e9passe. Lors d\u2019une sc\u00e8ne o\u00f9 il prie et se flagelle dans sa chapelle, Bible \u00e0 la main, alors qu\u2019il exprime son d\u00e9sir pour Johanna, se r\u00e9v\u00e8le une profonde contradiction au sein de sa personne. Son d\u00e9sir pour la jeune fille ne le quitte pas et le pousse \u00e0 exiger toujours plus. Turpin, avec son accent italien et son habit de gentleman anglais, cache ses d\u00e9mons sous une apparence soign\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019espace th\u00e9\u00e2tral est d\u00e9limit\u00e9 de fa\u00e7on volontairement floue ; le public est dispos\u00e9 de fa\u00e7on bi-frontale. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, le bar sert d\u2019\u00e9tablissement \u00e0 Mrs. Lowett. Le hall incarne \u00e0 la fois la cuisine et la cave pour l\u2019\u00e9tablissement. La repr\u00e9sentation instaure un jeu entre l\u2019espace non sc\u00e9nique, int\u00e9gr\u00e9 dans le spectacle, et le plateau. Le salon de Sweeney Todd se trouve sur la sc\u00e8ne elle-m\u00eame : lorsqu\u2019il tue un client, il appuie sur un levier de son fauteuil de style gothique, et le cadavre bascule dans une trappe, situ\u00e9e \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un mur, pour descendre au sous-sol, comme pour souligner qu\u2019en fin de compte les fronti\u00e8res entre la vie et la mort, le rasage et la tuerie, ne sont pas si marqu\u00e9es que cela\u2026 Le juge Turpin ne s\u2019aventure que rarement au sein du quartier de&nbsp;<em>Fleet Street<\/em>, quartier populaire ; Johanna est souvent rel\u00e9gu\u00e9e dans sa chambre, situ\u00e9e \u00e0 jardin sur la sc\u00e8ne, et qui la coupe de tout contact, tandis que d\u2019autres personnages comme Anthony, Sweeney Todd ou la mendiante semblent itin\u00e9rants voire fantomatiques, car ils se d\u00e9placent souvent et dans presque tous les lieux. Le ch\u0153ur, v\u00eatu de noir et semblable \u00e0 un groupe de corbeaux est tr\u00e8s mobile. Tel une nu\u00e9e d\u2019oiseaux, il se d\u00e9place sur sc\u00e8ne et hors-sc\u00e8ne en chantant des hymnes fun\u00e8bres ou des ballades tragiques, accompagn\u00e9 par un orchestre compos\u00e9 d\u2019un violon, d\u2019un piano et d\u2019une clarinette. Il repr\u00e9sente la voix du peuple, qui commente l\u2019action de la trag\u00e9die. La musique contribue \u00e0 cr\u00e9er une atmosph\u00e8re angoissante, notamment au niveau des th\u00e8mes des personnages, celui de Sweeney Todd \u00e9tant tr\u00e8s noir, et contraste avec celui de Johanna, tr\u00e8s gai et pur. Cela cr\u00e9e des oppositions fortes, tant au niveau spatial que th\u00e9matique, entre les diff\u00e9rents personnages. Par sa mobilit\u00e9, le ch\u0153ur int\u00e8gre le public dans sa mouvance et en fait \u00e9galement un invit\u00e9 \u00e0 cette c\u00e9r\u00e9monie vengeresse et mortif\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Todd est assur\u00e9ment l\u2019arch\u00e9type du vengeur, celui qui pousse la vengeance jusqu\u2019\u00e0 son paroxysme et c\u2019est peut-\u00eatre cela qui est sublime dans cette repr\u00e9sentation&nbsp;: cette obsession et cette volont\u00e9, soulign\u00e9es par des chansons lugubres, incarn\u00e9es par un ch\u0153ur de fossoyeurs, ainsi que par la symbolique r\u00e9currente du rasoir. La fameuse&nbsp;<em>Ballade de Sweeney Todd<\/em>&nbsp;qui conclut la pi\u00e8ce nous invite sombrement \u00e0 en tirer une morale.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>12 mai 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/ivan-garcia\/\">Ivan Garcia<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.theatre221.ch\/spectacle\/282\/sweeney-todd\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u2019apr\u00e8s le livret de Hugh Wheeler et son adaptation par Christopher Bond \/ Par le Collectif\u00a0 Sondheim \/ Mise en sc\u00e8ne de Fr\u00e9d\u00e9ric Brodard \/ Th\u00e9\u00e2tre 2.21 \/ du 2 au 12 mai 2019 \/ Critiques par Lucas Lauth et Ivan Garcia.<\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":20472,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,120],"tags":[176,220],"class_list":["post-13549","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-2-21-lausanne","tag-ivan-garcia","tag-lucas-lauth"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13549","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13549"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13549\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20474,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13549\/revisions\/20474"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/20472"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13549"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13549"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13549"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}