{"id":13532,"date":"2019-05-03T08:07:04","date_gmt":"2019-05-03T06:07:04","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=13532"},"modified":"2025-02-09T17:11:49","modified_gmt":"2025-02-09T16:11:49","slug":"ecritures-dramatiques-contemporaines-partenariat-avec-le-courrier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/05\/ecritures-dramatiques-contemporaines-partenariat-avec-le-courrier\/","title":{"rendered":"Ecritures dramatiques contemporaines \/ Partenariat avec Le Courrier"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Ecritures dramatiques contemporaines \/ Partenariat avec Le Courrier<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Deux lundis par mois, pendant l&rsquo;\u00e9t\u00e9 2018, Le Courrier a publi\u00e9 le texte in\u00e9dit (extrait) d\u2019un-e auteur-e de th\u00e9\u00e2tre suisse ou r\u00e9sidant en Suisse. L\u2019Atelier critique a eu acc\u00e8s \u00e0 la version int\u00e9grale de ces oeuvres et en propose aujourd&rsquo;hui une critique, assortie d&rsquo;un entretien avec leurs auteur-e-s. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>\u00c9t\u00e9 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/julia-cela\/\">Julia Cela<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p>Une critique sur le texte de la pi\u00e8ce\u00a0:<br><em>La Danse des affranchies\u00a0<\/em>\/ De Latifa Djerbi \/ Cr\u00e9\u00e9e en mai 2018 au Th\u00e9\u00e2tre Saint-Gervais, d\u00e9velopp\u00e9e dans le cadre de la bourse TEXTES-en-SC\u00c8NES par la Soci\u00e9t\u00e9 Suisse des Auteurs \/ Lansman 2018<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/05\/entretien-avec-latifa-djerbi\/\">Entretien avec Latifa Djerbi<\/a><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Conjurer le mal<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"528\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/sch_web_2018_int.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13491\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/sch_web_2018_int.jpg 800w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/sch_web_2018_int-250x165.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/sch_web_2018_int-300x198.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/sch_web_2018_int-768x507.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/sch_web_2018_int-624x412.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Ariane Arlotti<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>La pi\u00e8ce de Latifa Djerbi fait le portrait d\u2019une famille tunisienne au moment du d\u00e9c\u00e8s d\u2019Ayadi, le p\u00e8re, dans le contexte de la r\u00e9volution de 2010. Les parcours de chacun se rencontrent et s\u2019entrechoquent. Au contact de sa famille, le personnage de Dounia entreprend un chemin vers l\u2019\u00e9mancipation.&nbsp;<\/em>La Danse des affranchies<em>&nbsp;est une invitation \u00e0 remettre en question les injonctions qui entravent la qu\u00eate de l\u2019identit\u00e9, qu\u2019elles \u00e9manent de notre culture d\u2019origine, de notre culture d\u2019accueil ou du corps social en g\u00e9n\u00e9ral.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame si le titre de la pi\u00e8ce \u00e9voque une lib\u00e9ration au f\u00e9minin, le texte de Latifa Djerbi propose une r\u00e9flexion transversale sur les ph\u00e9nom\u00e8nes de domination. Il questionne la possibilit\u00e9 de se constituer en sujet, en s\u2019affranchissant de toute tentative de cat\u00e9gorisation.&nbsp;<em>La Danse des affranchies<\/em>&nbsp;propose une immersion dans un monde constitu\u00e9 avant tout d\u2019individualit\u00e9s sensibles, dont l\u2019\u00eatre au monde est en constant travail, dans un aller-retour entre culture d\u2019origine, culture d\u2019accueil, r\u00f4les de genre et devoir familial.<\/p>\n\n\n\n<p>Le texte est d\u00e9fini comme une \u00ab&nbsp;tragi-com\u00e9die&nbsp;\u00bb et d\u00e9coup\u00e9 en seize sc\u00e8nes. L\u2019histoire se d\u00e9roule entre fin 2010 et d\u00e9but 2011 en France, en Tunisie et en Suisse. Le p\u00e8re de famille, Ayadi, vient de mourir. Sa\u00efda, la m\u00e8re, Le\u00efla, fille a\u00een\u00e9e et Dounia, la fille cadette se retrouvent pour r\u00e9gler les d\u00e9tails du testament. De retour au bled, le personnage de Dounia, \u00e9migr\u00e9e de deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration, fait face aux injustices des lois de successions tunisiennes&nbsp;: l\u2019oncle r\u00e9clame un d\u00fb auquel il ne devrait pas pr\u00e9tendre. Le fr\u00e8re de Dounia et Le\u00efla sera reconnu comme seul h\u00e9ritier de la fortune du p\u00e8re. Les trois femmes de la famille sont exclues de la question de la succession. Un soir, en se disputant avec sa s\u0153ur au sujet du statut du p\u00e8re dans la famille, Dounia se blesse et fait la connaissance de Nour, m\u00e9decin, lesbienne et militante. Engag\u00e9e dans la r\u00e9volution tunisienne, la doctoresse lutte contre les articles misogynes de la Constitution. En rencontrant ces femmes r\u00e9volutionnaires si engag\u00e9es pour leur cause, Dounia fait enfin la rencontre du f\u00e9minin auquel elle aspire. Elle manifeste \u00e0 Tunis \u00e0 leurs c\u00f4t\u00e9s, avant de rentrer en Suisse pour reprendre le cours de sa vie, transform\u00e9e en profondeur.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re probl\u00e9matique qui surgit est celle de la place \u00e0 accorder au f\u00e9minin. Les trois femmes de la famille ont des postures diff\u00e9rentes et leur confrontation fait des \u00e9tincelles. C\u2019est le personnage de Dounia qui se trouve au centre du conflit. \u00ab&nbsp;T\u2019es rentr\u00e9e dans le moule, un objet de d\u00e9sir pour m\u00e2le en chaleur&nbsp;\u00bb dit-elle \u00e0 sa s\u0153ur. \u00ab&nbsp;Infantilis\u00e9e, format\u00e9e par la mentalit\u00e9 d\u2019ici, une machine \u00e0 pondre&nbsp;\u00bb ass\u00e8ne-t-elle \u00e0 sa m\u00e8re. Le texte pose la question de la possibilit\u00e9 d\u2019un f\u00e9minin qui se constitue autrement que par le rejet ou l\u2019adh\u00e9sion vis-\u00e0-vis de la domination masculine. Cette synth\u00e8se, qui semblait impossible, est incarn\u00e9e par le personnage de Nour. La pi\u00e8ce dessine un parcours autour de ces personnages f\u00e9minins qui se posent ces questions sans pudeur et sans r\u00e9flexe partisan.<\/p>\n\n\n\n<p>Le th\u00e8me de la lib\u00e9ration d\u00e9passe cependant la question des r\u00f4les de genre. En posant la question du f\u00e9minin, Latifa Djerbi se saisit \u00e9galement de la question du statut d\u2019immigr\u00e9. Le personnage de Dounia, dans l\u2019avant-derni\u00e8re sc\u00e8ne, dit qu\u2019elle est \u00ab&nbsp;comme tout le monde&nbsp;[qu\u2019elle] n\u2019aime pas les Arabes&nbsp;\u00bb, remettant en question la possibilit\u00e9 d\u2019appartenir pleinement \u00e0 une culture qui m\u00e9prise les femmes. Le statut d\u2019immigr\u00e9e, par ailleurs, lui interdit une identification totale \u00e0 sa culture d\u2019accueil. L\u2019entre-deux dans lequel \u00e9volue le personnage, bien qu\u2019inconfortable, semble contenir en puissance la possibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre au monde par d\u2019autres moyens que l\u2019identification \u00e0 une nation.<\/p>\n\n\n\n<p>La langue directe et sans d\u00e9tours de Latifa Djerbi accentue la franchise des questionnements soulev\u00e9s par la pi\u00e8ce. Dans chaque sc\u00e8ne ou presque, l\u2019interaction entre les personnages se construit sur la base de d\u00e9saccords et de conflits, verbalisant des positions politiques tr\u00e8s diverses. Parce que cette r\u00e9flexion est embray\u00e9e par un acc\u00e8s tout en complexit\u00e9 aux affects des personnages, elle \u00e9chappe aux attendus politiques pour poser la question de la constitution de l\u2019identit\u00e9 en d\u2019autres termes&nbsp;: l\u2019humour est omnipr\u00e9sent et permet d\u2019extraire la probl\u00e9matique de la domination de la lourdeur tragique qu\u2019on lui pr\u00eate habituellement. C\u2019est par le rire \u00e9galement que Latifa Djerbi instaure une distance vis-\u00e0-vis du mat\u00e9riau autobiographique de la pi\u00e8ce, rendant sa propre exp\u00e9rience partageable.&nbsp;<em>La Danse des affranchies<\/em>, dans une l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 \u00e9clair\u00e9e et malicieuse, montre d\u2019autres moyens de se r\u00e9approprier son corps, ses racines et son identit\u00e9, s\u2019affranchissant des fronti\u00e8res g\u00e9ographiques, genr\u00e9es, symboliques ou culturelles.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>\u00c9t\u00e9 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/julia-cela\/\">Julia Cela<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/lecourrier.ch\/2018\/06\/24\/la-danse-des-affranchies\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>\u00c9t\u00e9 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/ivan-garcia\/\">Ivan Garcia<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p>Une critique sur le texte de la pi\u00e8ce\u00a0:<br><em>Lunatic Asylum\u00a0<\/em>\/ D\u2019Anne-Fr\u00e9d\u00e9rique Rochat<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/05\/entretien-avec-anne-frederique-rochat\/\">Entretien avec Anne-Fr\u00e9d\u00e9rique Rochat<\/a><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La f\u00eate des fous (en musique)<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"624\" height=\"351\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/624.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13499\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/624.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/624-250x141.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/624-300x169.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 624px) 100vw, 624px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Dominique Derisbourg<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Lunatic Asylum,<em>&nbsp;un titre charmant, qui \u00e9voque un certain asile d\u2019Arkham \u2013 cher \u00e0 Batman et au Joker \u2013 dont le cadre de cette pi\u00e8ce n\u2019est pas si \u00e9loign\u00e9. Dans un h\u00f4pital psychiatrique<\/em>,<em>&nbsp;dirig\u00e9 par le machiav\u00e9lique Herr Doktor, l\u2019une des patientes a myst\u00e9rieusement disparu. C\u2019est sur cette intrigue \u2013 qui n\u2019est pas sans rappeler un sc\u00e9nario de thriller psychologique \u2013 qu\u2019Anne-Fr\u00e9d\u00e9rique Rochat d\u00e9veloppe une com\u00e9die musicale d\u00e9jant\u00e9e, avec rires et costumes.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Rebecca Craft, l\u2019une des patientes de&nbsp;<em>La Paix du C\u0153ur<\/em>, asile psychiatrique pour \u00ab&nbsp;personnes d\u00e9cal\u00e9es ayant de l\u00e9gers probl\u00e8mes avec la r\u00e9alit\u00e9&nbsp;\u00bb, a disparu. C\u2019est la panique, tant chez les soignants que chez les patients. Est-elle vivante&nbsp;? Est-elle morte&nbsp;? Et si Claude, le myst\u00e9rieux \u00abhomme de m\u00e9nage\u00bb, l\u2019avait tu\u00e9e&nbsp;? Et si elle \u00e9tait partie&nbsp;? Malgr\u00e9 cet \u00e9v\u00e9nement, les occupants de l\u2019asile s\u2019appr\u00eatent \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer la f\u00eate d\u2019Halloween. Alors que nous plongeons dans le quotidien des patients, entre s\u00e9ances de th\u00e9rapies et pr\u00e9paration des c\u00e9l\u00e9brations, des indices nous laissent penser que Rebecca aurait peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 tu\u00e9e par le docteur maniaque de la chirurgie esth\u00e9tique. Le lecteur suit, \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019un polar, un jeu de pistes, afin de remonter vers le coupable jusqu\u2019\u00e0 la f\u00eate d\u2019Halloween o\u00f9 Rebecca (si c\u2019est bien elle\u2026), fra\u00eechement pass\u00e9e sous le scalpel du docteur, vient dire au revoir \u00e0 ses compagnons de fortune, son passage par la chirurgie esth\u00e9tique tenant lieu de gu\u00e9rison. Une fin assez pr\u00e9visible, mais qui ne manque pas d\u2019humour, notamment dans la derni\u00e8re chanson o\u00f9 les personnages chantent en ch\u0153ur leur bonheur d\u2019\u00eatre \u00e0 l\u2019asile.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Lunatic Asylum<\/em>&nbsp;est une commande du musicien et compositeur Lee Maddeford. Avec Lorenzo Malaguerra, le directeur du th\u00e9\u00e2tre du Crochetan, \u00e0 Monthey, ils ont demand\u00e9 \u00e0 Anne-Fr\u00e9d\u00e9rique Rochat de composer une com\u00e9die musicale prenant place dans un asile. Ce lieu, topos th\u00e9\u00e2tral du XX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle, inscrit la pi\u00e8ce dans une longue tradition dramatique \u00e9voquant, notamment,&nbsp;<em>Les Physiciens&nbsp;<\/em>de Friedrich D\u00fcrrenmatt,&nbsp;&nbsp;<em>Marat-Sade&nbsp;<\/em>de Peter Weiss, ou encore, un si\u00e8cle et demi plus t\u00f4t, les mises en sc\u00e8nes r\u00e9alis\u00e9es par le Marquis de Sade lors de son internement \u00e0 l\u2019hospice de Charenton, ce qui contribue d\u2019embl\u00e9e \u00e0 fa\u00e7onner une atmosph\u00e8re particuli\u00e8re \u00e0 la fable. En effet, l\u2019asile (qui renferme des patients et du personnel soignant et non-soignant) se trouve \u00eatre un lieu o\u00f9 les fronti\u00e8res se brouillent et o\u00f9 les mentalit\u00e9s sont poreuses&nbsp;; l\u2019univers di\u00e9g\u00e9tique de la pi\u00e8ce se situe entre r\u00e9alit\u00e9 sombre et monde enfantin, rappelant, avec ses chansons, ses d\u00e9guisements et ses attitudes, certains dessins anim\u00e9s o\u00f9 les personnages prennent \u00e0 certains moments des traits caricaturaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Le texte, divis\u00e9 en douze sc\u00e8nes, compte dix personnages \u2013 \u00e0 moins qu\u2019ils ne soient onze ; l\u2019incertitude, assum\u00e9e, vient du fait que la m\u00eame com\u00e9dienne est cens\u00e9e jouer trois r\u00f4les : celui de l\u2019infirmi\u00e8re et sa s\u0153ur jumelle (Julie\/Lucie), ainsi que celui de \u00ab La nouvelle Rebecca \u00bb qui appara\u00eet \u00e0 la fin de la pi\u00e8ce. Les changements de sc\u00e8nes sont li\u00e9s aux changements de lieux. Entre deux lieux parfaitement d\u00e9limit\u00e9s (le bureau et la salle commune), le couloir est un espace non-d\u00e9fini de transition, voire d\u2019\u00ab errance \u00bb (selon le titre donn\u00e9 au septi\u00e8me tableau) dans lequel seuls trois personnages apparaissent : Claude (\u00ab l\u2019homme de m\u00e9nage \u00bb), et les patients Bob et Lou. Les transitions sont courtes, le rythme rapide est marqu\u00e9 par les entr\u00e9es et sorties des diff\u00e9rents personnages : on passe d\u2019un tableau \u00e0 l\u2019autre, d\u2019une chanson \u00e0 l\u2019autre, quasiment sans avoir le temps de respirer, et c\u2019est ce qui fait que le lecteur adh\u00e8re \u00e0 cet univers sens dessus dessous. Les dialogues sont dits mais aussi et surtout chant\u00e9s. Les chansons, compos\u00e9es en vers, fournissent de pr\u00e9cieuses informations sur l\u2019intrigue et l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 des personnages. La m\u00e9trique est plut\u00f4t r\u00e9guli\u00e8re, avec l\u2019emploi de l\u2019heptasyllabe, de l\u2019octosyllabe et du pentasyllabe. Ces chansons apportent une dimension comique, en donnant \u00e0 entendre les cogitations des personnages dans une atmosph\u00e8re \u00abbon enfant\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>On sent aussi une certaine influence de Brecht dans cet usage de \u00ab&nbsp;<em>songs&nbsp;<\/em>\u00bb qui rompent la lin\u00e9arit\u00e9 de l\u2019intrigue. Certains personnages ont leur propre refrain ; Sullivan, un patient travesti, chante sans cesse&nbsp; \u00ab Pin-pon la petite auto jaune \u00bb. Quant \u00e0&nbsp;<em>Herr Doktor<\/em>, il ins\u00e8re \u00e0 maintes reprises son couplet &nbsp;sur&nbsp; \u00abune bonne bouille\u00bb, r\u00e9v\u00e9lant sa fascination pour la beaut\u00e9 et la chirurgie esth\u00e9tique. Le texte alterne entre des chansons perform\u00e9es en groupe et des chansons en solo, ce qui met certains personnages en avant au d\u00e9triment d\u2019autres ou contribue encore \u00e0 la coh\u00e9sion du groupe pourtant disparate. On trouvera, notamment, \u00e0 certains moments, le ch\u0153ur des patients uni contre la psychiatre ou encore le duo entre les deux soignants,&nbsp;<em>Herr Doktor&nbsp;<\/em>et la psychiatre. Ces groupements, r\u00e9unis par la musique, ont de quoi amuser et permettent au lecteur d\u2019expliciter les liens entre certains des personnages.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019auteur appr\u00e9cie le fait de jouer avec les attentes des spectateurs et lecteurs&nbsp;: elle fait en sorte de jouer avec notre imagination, \u00e0 plusieurs reprises, en mettant en place ce que l\u2019on identifie comme des indices visuels ou auditifs de ce qui pourrait \u00eatre advenu de Rebecca, ce qui nous tient en haleine. Le lecteur finira par tomber, malgr\u00e9 lui, dans les filets tendus par l\u2019auteur ; en effet, les personnages cristallisent parfaitement nos attentes, en faisant appel \u00e0 des lieux communs (le psychiatre plus fou que les fous, le cuisinier maniaque, etc\u2026 ), ce qui provoque un sentiment de \u00abd\u00e9j\u00e0 vu\u00bb ou de \u00absituation attendue\u00bb au moment de la lecture&nbsp;; &nbsp;paradoxalement&nbsp; tr\u00e8s plaisant \u2013 peut-\u00eatre \u00e0 cause des chansons comiques qui soulignent cet effet. Anne-Fr\u00e9d\u00e9rique Rochat explore \u00e9galement les th\u00e8mes du travestissement et de l\u2019identit\u00e9. Les costumes de&nbsp;<em>Lunatic Asylum&nbsp;<\/em>ont, principalement, deux fonctions&nbsp;: cacher ce que l\u2019on ne veut pas montrer ou, au contraire, r\u00e9v\u00e9ler ce qu\u2019on ne veut pas cacher. D\u2019abord, chaque personnage est caract\u00e9ris\u00e9 par son costume ; ainsi, Sullivan \u2013 une sorte de travesti \u2013 est habill\u00e9 avec une robe, Claude (\u00abl\u2019homme de m\u00e9nage\u00bb androgyne) porte un habit de travailleur plut\u00f4t unisexe, Herr Doktor, ainsi que la psychiatre ont une blouse, et ainsi de suite. Attila, le chef cuisinier, appara\u00eet souvent, dans la pi\u00e8ce, avec son tablier t\u00e2ch\u00e9 de sang, ce qui n\u2019est pas sans \u00e9voquer un lieu commun de certains films d\u2019horreur comme&nbsp;<em>Massacre \u00e0 la tron\u00e7onneuse<\/em>.&nbsp; En outre, ces personnages se d\u00e9guisent au sein de l\u2019univers di\u00e9g\u00e9tique ; par exemple, la psychiatre porte un masque, au d\u00e9but de la pi\u00e8ce, et les autres personnages se d\u00e9guiseront pour le fameux bal d\u2019Halloween. Ces accessoires d\u00e9voilent d\u2019autres aspects des personnages, notamment chez ceux qui sont cens\u00e9s \u00eatre les plus \u00ab&nbsp;normaux&nbsp;\u00bb au sein de l\u2019asile : le personnel soignant.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec&nbsp;<em>Lunatic Asylum<\/em>, Anne-Fr\u00e9d\u00e9rique Rochat compose un texte amusant dont les possibilit\u00e9s de mises en sc\u00e8ne semblent multiples. En effet, rien n\u2019emp\u00eache de voir cette pi\u00e8ce comme un dispositif de mise en ab\u00eeme, au sein duquel les personnages, tous des anciens patients de l\u2019asile qui se seraient d\u00e9barrass\u00e9s des soignants, seraient conscients de&nbsp;<em>jouer&nbsp;<\/em>une repr\u00e9sentation devant nos yeux, ce qui d\u00e9voilerait une sorte de th\u00e9\u00e2tre des fous, pour les fous. Le charme de la pi\u00e8ce r\u00e9side, notamment, dans ses chansons, bien compos\u00e9es et dr\u00f4les, et ses personnages, \u00e9tonnamment st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s, au sein desquels le lecteur reconna\u00eet les types de caract\u00e8res qui nourrissent son imaginaire&nbsp;;&nbsp;<em>Lunatic&nbsp;<\/em>Asylum, est une f\u00eate des fous qui se r\u00e9v\u00e8le haute en couleur et en musique.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>\u00c9t\u00e9 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/ivan-garcia\/\">Ivan Garcia<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/lecourrier.ch\/2018\/07\/23\/lunatic-asylum\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>\u00c9t\u00e9 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/fanny-agostino\/\">Fanny Agostino<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p>Une critique sur le texte de la pi\u00e8ce :<br><em>Si les pauvres n\u2019existaient pas, faudrait les inventer<\/em>\u00a0\/ De J\u00e9r\u00f4me Richer<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/05\/entretien-avec-jerome-richer\/\">Entretien avec J\u00e9r\u00f4me Richer<\/a><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La pauvret\u00e9 invisible et ses voix<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"225\" height=\"300\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/FJL2016_JeromeRicher_IsabelleMeister-225x300.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13495\" style=\"width:auto;height:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/FJL2016_JeromeRicher_IsabelleMeister-225x300.jpg 225w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/FJL2016_JeromeRicher_IsabelleMeister-225x300-128x170.jpg 128w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/FJL2016_JeromeRicher_IsabelleMeister-225x300-150x200.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Isabelle Meister<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>R\u00e9sultat d\u2019une commande de la Ligue des droits de l\u2019homme,&nbsp;<\/em>Si les pauvres n\u2019existaient pas, faudrait les inventer<em>&nbsp;aborde la pr\u00e9carit\u00e9 dans ses diverses manifestations en Suisse. Au-del\u00e0 des difficult\u00e9s mat\u00e9rielles, il r\u00e9v\u00e8le la violence int\u00e9rieure qu\u2019elle provoque en interrogeant le spectateur sur son propre rapport \u00e0 la pauvret\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Et si elle \u00ab&nbsp;n\u2019existait pas&nbsp;\u00bb, cette population que l\u2019on croit conna\u00eetre parce qu\u2019on l\u2019aper\u00e7oit du coin de l\u2019\u0153il&nbsp;?&nbsp; Au quotidien, elle s\u2019expose \u00e0 notre vue, nich\u00e9e au coin d\u2019une ruelle ou \u00e0 proximit\u00e9 des lieux de passages. On la guette, on s\u2019en \u00e9loigne. On ignore ce qu\u2019est la situation de pr\u00e9carisation, ce qu\u2019elle implique comme violence int\u00e9rieure&nbsp;: de la culpabilit\u00e9 \u00e0 la honte, en passant par la peur de reproduire les sch\u00e9mas d\u00e9j\u00e0 v\u00e9cus. Cette pauvret\u00e9 r\u00e9elle, \u00e0 d\u00e9faut de l\u2019inventer, J\u00e9r\u00f4me Richer lui attribue une incarnation.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019auteur les conna\u00eet bien, ces invisibles. L\u2019ancien \u00e9ducateur professionnel raconte des fragments de vie, des anecdotes, port\u00e9s par six identit\u00e9s qui n\u2019en constituent qu\u2019une.&nbsp; Formant la trame principale de la pi\u00e8ce, les diverses situations auxquelles ces \u00ab&nbsp;protagonistes&nbsp;\u00bb font face, de la stigmatisation d\u00e8s l\u2019enfance \u00e0 la perte d\u2019emploi, d\u00e9voilent une forme singuli\u00e8re de pr\u00e9carit\u00e9. Elles r\u00e9v\u00e8lent, tour \u00e0 tour, une facette de ce qu\u2019elle implique au quotidien. En plus de leur statut pr\u00e9caire, tous ces personnages ont en commun un pr\u00e9nom issu de la m\u00eame d\u00e9rivation. Antoine, Antonella, Antonio et les autres sont le moyen de transposer des existences dans un universel, celui de la mis\u00e8re sous toutes ses formes, physiques, sociales ou psychologiques.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019invisible est donn\u00e9 \u00e0 voir par un montage&nbsp;dramaturgique engageant trois niveaux. Le texte pr\u00e9sente des fragments de dialogues prononc\u00e9s par des personnages d\u2019hommes et de femmes en situation de pauvret\u00e9. Pour les d\u00e9crire, une voix narrative intervient d\u00e8s l\u2019amorce du texte. L\u2019une de ses fonctions r\u00e9side dans sa facult\u00e9 \u00e0 contextualiser ces situations de mis\u00e8re, en explicitant leur contexte avant de laisser place \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 brute. \u00c0 cela, il faut ajouter les passages \u00e9crits \u00e0 partir de l\u2019histoire des com\u00e9diens eux-m\u00eames, et en partie laiss\u00e9s \u00e0 l\u2019improvisation. Ils \u00e9voquent, lors d\u2019interpellations destin\u00e9s au public et non sans humour, leur propre rapport \u00e0 la pauvret\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Compos\u00e9e de 27 sc\u00e8nes, la pi\u00e8ce joue sur diff\u00e9rents niveaux di\u00e9g\u00e9tiques. Principalement consacr\u00e9e \u00e0 ces diverses situations o\u00f9 la pr\u00e9carit\u00e9 est expos\u00e9e (\u00e9cole, travail, administration ou encore terrasse de caf\u00e9), la temporalit\u00e9 est elliptique : le lecteur passe d\u2019un lieu \u00e0 un autre sans r\u00e9elle transition. Il en va de m\u00eame des interventions des com\u00e9diens, moins fr\u00e9quentes. Dans un premier temps, les trois strates de la pi\u00e8ce (dialogues, voix narrative, adresses au public) demeurent hi\u00e9rarchis\u00e9es par l\u2019instance narrative \u2013 manifestement omnisciente. Elle \u00e9crase les personnages, enferme leur destin \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de sch\u00e9mas qui s\u2019imposent comme des suites logiques de l\u2019impact du premier jour d\u2019\u00e9cole ou d\u2019une grossesse non d\u00e9sir\u00e9e. Elle r\u00e9v\u00e8le aussi ce qui ne parvient pas \u00e0 se dire dans les dialogues. C\u2019est en partant en qu\u00eate de cette expression perdue que les protagonistes vont se r\u00e9approprier leur propre voix. Progressivement, ils interf\u00e8rent avec le r\u00e9cit-cadre, le questionnent, le r\u00e9futent, jusqu\u2019\u00e0 s\u2019en lib\u00e9rer.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019une des forces principales du texte r\u00e9side dans l\u2019\u00e9quilibre entre la gravit\u00e9 de son sujet et l\u2019humour issu du \u00ab frottement \u00bb entre les diff\u00e9rentes instances. De surcro\u00eet, la r\u00e9sonance de certaines situations avec l\u2019actualit\u00e9 politique et sociale suisse comme les votations autour de la surveillance des assur\u00e9s en novembre 2018 ou encore ce que l\u2019on peut lire dans la presse \u00e0 propos de la mendicit\u00e9 cr\u00e9ent des espaces de respiration. Ils d\u00e9dramatisent le sujet, permettant un regard d\u00e9cal\u00e9 sur l\u2019univers de la fiction. Le rire permet \u00e9galement de cr\u00e9er de la connivence entre le lecteur-spectateur et les personnages, de briser les pr\u00e9jug\u00e9s sur les pauvres, en rappelant que ces situations sont humaines. C\u2019est le cas du tutorial d\u00e9crit par l\u2019une des com\u00e9diennes, expliquant comment elle s\u2019est fabriqu\u00e9 une carte d\u2019\u00e9tudiante pour b\u00e9n\u00e9ficier de r\u00e9ductions plut\u00f4t que de d\u00e9voiler son statut de ch\u00f4meuse. Cette astuce secr\u00e8te, relative \u00e0 un sentiment de honte, se transforme sur sc\u00e8ne en un moment humain, une porte vers la compr\u00e9hension de l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u00e9r\u00f4me Richer montre que le simple regard, l\u2019empathie ne permettent pas de saisir les souffrances quotidiennes de cette population en marge. La faute \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9&nbsp;? Comme le montre un dialogue factice articul\u00e9 par la voix narrative au d\u00e9but de la pi\u00e8ce, aucun enfant n\u2019a jamais dit \u00ab&nbsp;je veux \u00eatre solidaire plus tard&nbsp;\u00bb mais beaucoup affirment \u00ab&nbsp;je veux \u00eatre riche&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Attribuer une voix \u00e0 ces diverses formes de la pauvret\u00e9 contribue \u00e0 lib\u00e9rer ceux qui en sont les victimes. Permettre cette lib\u00e9ration progressive et lente vers la r\u00e9volte finale est un moyen de d\u00e9crire une r\u00e9alit\u00e9 int\u00e9rieure. Les mots sont essentiels pour retrouver une part d\u2019humanit\u00e9 chez cette population comme chez le lecteur. Leur bien le plus pr\u00e9cieux.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>\u00c9t\u00e9 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/fanny-agostino\/\">Fanny Agostino<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/lecourrier.ch\/app\/uploads\/2018\/09\/12-co-03.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>\u00c9t\u00e9 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/maxime-hoffmann\/\">Maxime Hoffmann<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p>Une critique sur le texte de la pi\u00e8ce :<br><em>La Chute des com\u00e8tes et des cosmonautes \/\u00a0<\/em>De Marina Skalova<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/05\/entretien-avec-marina-skalova\/\">Entretien avec Marina Skalova<\/a><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">L\u2019effondrement des images<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"600\" height=\"821\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/SKA1-600x821.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13505\" style=\"width:auto;height:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/SKA1-600x821.jpg 600w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/SKA1-600x821-124x170.jpg 124w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/SKA1-600x821-146x200.jpg 146w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Marina Skalova<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;L\u2019essence du th\u00e9\u00e2tre, c\u2019est le po\u00e8me&nbsp;\u00bb. Ce propos de Denis Gu\u00e9noun (\u00ab&nbsp;Th\u00e9\u00e2tre et po\u00e9sie : propositions&nbsp;\u00bb) trouve un \u00e9cho singulier avec&nbsp;<\/em>La Chute des com\u00e8tes et des cosmonautes<em>. Pens\u00e9e pour la sc\u00e8ne, l\u2019action de la pi\u00e8ce de Marina Skalova est amplifi\u00e9e par un travail po\u00e9tique sur le langage. Deux personnages y portent leur propre voix&nbsp;; incapables de sortir d\u2019eux-m\u00eames, ils confrontent leur vision et d\u00e9sillusion sur le monde.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;<\/em>La pi\u00e8ce est construite autour d\u2019un voyage de l\u2019Allemagne \u00e0 la Russie, pr\u00e9texte \u00e0 un long dialogue qui resserre la relation distendue d\u2019une fille avec son p\u00e8re. Tous deux souhaitent se rendre \u00e0 Moscou, pour des raisons vagues. Le p\u00e8re dit y aller pour voir \u00ab&nbsp;un client&nbsp;\u00bb, la fille pour retrouver une image ancr\u00e9e en elle depuis l\u2019enfance. Se d\u00e9roulant dans une Europe contemporaine, l\u2019intrigue s\u2019\u00e9tend sur trois jours, qui structurent la pi\u00e8ce en actes. Les sc\u00e8nes marquent des \u00e9tapes du p\u00e9riple dont la majeure partie n\u2019est pas montr\u00e9e. Enferm\u00e9s dans une voiture, lieu exigu o\u00f9 les individualit\u00e9s s\u2019entrechoquent, la fille et son p\u00e8re entretiennent une relation conflictuelle, parfois d\u2019une froideur sib\u00e9rienne. Pourtant derri\u00e8re ces apparences se cache une similitude profonde. Les deux personnages poss\u00e8dent leur lot d\u2019exp\u00e9riences, propres \u00e0 deux parcours de vie et \u00e0 deux g\u00e9n\u00e9rations, qui les portent \u00e9tonnement \u00e0 tirer les m\u00eames conclusions sur le monde. Tous deux sont d\u00e9senchant\u00e9s et d\u00e9\u00e7us&nbsp;: leurs repr\u00e9sentations, les id\u00e9es qu\u2019ils s\u2019\u00e9taient faites du monde, ne s\u2019accordent pas avec la r\u00e9alit\u00e9&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Fille&nbsp;: Le communisme a \u00e9chou\u00e9, le capitalisme a \u00e9chou\u00e9\u2026<br>P\u00e8re&nbsp;: L\u2019amour a \u00e9chou\u00e9.<br>Fille&nbsp;: La famille a \u00e9chou\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout a \u00e9chou\u00e9. Le p\u00e8re a entrepris des \u00e9tudes sous l\u2019URSS, o\u00f9 il a r\u00eav\u00e9 de libert\u00e9. Lorsque Gorbatchev d\u00e9missionna et pointa du doigt la carcasse d\u00e9j\u00e0 morte du g\u00e9ant communiste, les fronti\u00e8res s\u2019ouvrirent et le p\u00e8re put partir vers cet Occident qu\u2019il imaginait \u00eatre le lieu de la libert\u00e9. Arriv\u00e9 en France, il se heurte \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019entreprendre et \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 du march\u00e9&nbsp;; il devient conducteur. Il n\u2019a, dit-il, \u00ab connu de la libert\u00e9 qu\u2019une image&nbsp;\u00bb. La fille a, quant \u00e0 elle, grandi dans cette Europe de l\u2019Ouest, o\u00f9 elle semble souffrir des relations humaines. Lanc\u00e9e dans une th\u00e8se, elle parle avec v\u00e9h\u00e9mence et sagacit\u00e9. Ses paroles, parfois \u00e0 la limite de l\u2019incoh\u00e9rence, trahissent une d\u00e9ception profonde, celle de ne pas trouver l\u2019amour tant souhait\u00e9. Comme son p\u00e8re, elle se noie elle-m\u00eame dans ses id\u00e9aux si \u00e9loign\u00e9s de la r\u00e9alit\u00e9. Ces souffrances trouvent leur expression non dans les actes, qui s\u2019av\u00e8rent plut\u00f4t anodins dans cette pi\u00e8ce, mais dans les paroles.<\/p>\n\n\n\n<p>Les dialogues sont crus et font allusion \u00e0 des \u00e9pisodes familiaux sous forme de perp\u00e9tuels reproches, auxquels r\u00e9pondent des justifications gla\u00e7antes. Ces \u00e9changes sont l\u2019\u00e9pine dorsale qui soutient l\u2019ensemble du texte. Entre les dialogues s\u2019intercalent des interm\u00e8des, des monologues int\u00e9rieurs qui ins\u00e8rent des voix plus libres. Durant ces monologues, les personnages expriment leurs craintes et leurs impressions face au monde&nbsp;; ces int\u00e9riorit\u00e9s mises \u00e0 nu dans des \u00e9clats de libert\u00e9 soulignent leur inad\u00e9quation avec celui-ci. Le texte accorde une part \u00e9gale aux dialogues et aux monologues, mais il semble \u00e9voluer vers une rencontre des personnages. Les derni\u00e8res sc\u00e8nes sont constitu\u00e9es de monologues \u00e0 deux voix, comme si un seul propos \u00e9tait finalement d\u00e9fendu par deux \u00eatres.<\/p>\n\n\n\n<p>Durant les monologues, la ponctuation rare rend le texte massif&nbsp;; les mots s\u2019encha\u00eenent sans que les bornes des phrases ne se d\u00e9limitent clairement. Le flux constant de paroles internes, mim\u00e9tique d\u2019un&nbsp;<em>stream of consciousness<\/em>, invite le lecteur \u00e0 une vocalisation des textes, rendue \u00e9galement n\u00e9cessaire par l\u2019accumulation d\u2019informations. Durant ces phases, la fille plonge dans des r\u00e9seaux m\u00e9taphoriques emprunt\u00e9s aux sciences telles que l\u2019informatique, l\u2019\u00e9conomie, la chimie et l\u2019astronomie. Son propos se dilue dans le m\u00e9taphorique, devenant insaisissable, comme pour traduire son \u00e9garement et ses tentatives incessantes pour trouver les mots propres \u00e0 d\u00e9finir ce qu\u2019elle vit. Le p\u00e8re, lui, montre une double facette. Il souffre durant les dialogues&nbsp;; \u00e0 chaque phrase, il se heurte aux limites de son vocabulaire et de sa ma\u00eetrise de la grammaire. Lors des monologues, sa parole se lib\u00e8re et contraste avec celle qui r\u00e9pondait \u00e0 sa fille&nbsp;: il ne fait plus l\u2019effort de s\u2019exprimer pour les autres et ne se parle plus qu\u2019\u00e0 lui-m\u00eame. Puis, il y a les \u00ab&nbsp;cata-strophes&nbsp;\u00bb, apoth\u00e9oses po\u00e9tiques et&nbsp;<em>summum<\/em>&nbsp;de l\u2019incompr\u00e9hension entre les personnages&nbsp;: ces sc\u00e8nes o\u00f9 le p\u00e8re et la fille usent leur voix pour ext\u00e9rioriser leurs sentiments enfouis confirment l\u2019individualit\u00e9 de chacun de ces \u00eatres. Les deux personnages parlent sur leurs tons respectifs et singuliers en m\u00eame temps, sans se rendre compte que l\u2019autre discourt&nbsp;aussi.<\/p>\n\n\n\n<p>Le souci accord\u00e9 au langage interroge d\u2019ailleurs le genre de la pi\u00e8ce. Les fronti\u00e8res canoniques n\u2019y trouvent pas de pertinence&nbsp;: le texte rel\u00e8ve \u00e0 la fois du th\u00e9\u00e2tre et de la po\u00e9sie. Les deux voix, si simples dans les dialogues, s\u2019av\u00e8rent plus complexes dans les monologues, o\u00f9 se m\u00ealent diff\u00e9rentes formes langagi\u00e8res. Lors des cata-strophes, les voix vont jusqu\u2019\u00e0 interf\u00e9rer et produire une cacophonie dans laquelle la po\u00e9sie construit son esth\u00e9tique autour d\u2019une exp\u00e9rience du refus. C\u2019est ainsi que les voix jouent avec leur volume pour composer un contrepoint. La sonorit\u00e9 de la langue est d\u2019ailleurs soutenue par un choix musical vari\u00e9 qui accompagne les personnages au long de la pi\u00e8ce. Lorsque la fille, et plus rarement le p\u00e8re, parlent, les didascalies indiquent quel morceau de musique r\u00e9sonne en fond.&nbsp;Nirvana et la fougue grunge, Placebo et une douce m\u00e9lancolie ou des compositions plus classiques comme Max Richter constituent un r\u00e9pertoire \u00e9clectique dont l\u2019\u00e9vocation impr\u00e8gne les sc\u00e8nes d\u2019une ambiance particuli\u00e8re,&nbsp; prolongeant les paroles des personnages.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019accident de voiture final s\u2019apparente \u00e0 une catastrophe, mais aussi \u00e0 une d\u00e9livrance&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il y a seulement des catastrophes fusionnelles&nbsp;\u00bb. C\u2019est une r\u00e9solution abrupte \u00e0 la cadence lancinante dans laquelle \u00e9taient emprisonn\u00e9s les personnages. La fille employait le mot \u00ab&nbsp;com\u00e8te&nbsp;\u00bb pour figurer les empreintes des d\u00e9sillusions amoureuses qu\u2019elle avait pu conna\u00eetre. Le p\u00e8re, quant \u00e0 lui, utilisait l\u2019image des \u00ab&nbsp;cosmonautes&nbsp;\u00bb pour caract\u00e9riser des soldats sovi\u00e9tiques descendus dans les rues avec leurs blind\u00e9s. La pi\u00e8ce prend l\u2019allure d\u2019une conqu\u00eate spatiale de deux \u00eatres nourris par les fantasmes de l\u2019URSS. Les deux personnages ont voyag\u00e9 en qu\u00eate d\u2019une oasis, d\u2019un lieu qui r\u00e9siste \u00e0 leurs id\u00e9aux&nbsp;: \u00ab&nbsp;Vous n\u2019auriez pas une autre plan\u00e8te&nbsp;? \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>\u00c9t\u00e9 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/maxime-hoffmann\/\">Maxime Hoffmann<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/lecourrier.ch\/app\/uploads\/2018\/08\/12-co-20.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>\u00c9t\u00e9 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/johanna-codourier\/\">Johanna Codourey<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p>Une critique sur le texte de la pi\u00e8ce :<br><em>Un si\u00e8cle assassin\u00e9<\/em>\u00a0\/ De Julien Mages<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/05\/entretien-avec-julien-mages\/\">Entretien avec Julien Mages<\/a><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">L\u2019effondrement des images<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"427\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/topelement-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13566\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/topelement-1.jpg 640w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/topelement-1-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/topelement-1-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/topelement-1-624x416.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Patrick Martin<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Dans son dernier texte&nbsp;<\/em>Un Si\u00e8cle assassin\u00e9,&nbsp;<em>Julien Mages nous projette dans l\u2019histoire sombre de la Shoah. Mais, en m\u00eame temps qu\u2019il en \u00e9voque l\u2019horreur, il d\u00e9veloppe une histoire d\u2019amour entre deux jeunes gens. Entre le ton dur et violent d\u2019un camp de concentration et la voix pleine d\u2019espoir de jeunes amoureux, Julien Mages esquisse une po\u00e9sie touchante qui tente de parler de \u00ab&nbsp;l\u2019insoutenable&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s&nbsp;<em>Les Perdus&nbsp;<\/em>ou&nbsp;<em>Janine Rhapsody<\/em>, l\u2019auteur et metteur en sc\u00e8ne Julien Mages propose une \u0153uvre dramatique qu\u2019il con\u00e7oit comme le premier volet possible d\u2019un roman-fleuve. Dans un format tr\u00e8s court \u2013 une trentaine de pages \u2013 il organise huit sc\u00e8nes encadr\u00e9es par un prologue et un \u00e9pilogue, dans un texte essentiellement versifi\u00e9, o\u00f9 les silences sont pr\u00e9dominants. Les marqueurs spatiaux et temporels y sont presque absents, la r\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te plac\u00e9e \u00e0 distance, les locuteurs souvent flous&nbsp;\u00ad: les paroles, en flottement, donnent au texte une dimension po\u00e9tique, un peu \u00e0 la mani\u00e8re de Wajdi Mouawad.<\/p>\n\n\n\n<p>Un<em>&nbsp;Si\u00e8cle assassin\u00e9<\/em>&nbsp;pr\u00e9sente la rencontre de deux personnages, deux jeunes amoureux, seuls personnages de la pi\u00e8ce, qui ne dialoguent presque jamais directement. Ils s\u2019adressent des monologues dans lesquels toute la chaleur de l\u2019amour s\u2019oppose \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience du camp. Les huit sc\u00e8nes sont encadr\u00e9es par une voix lyrique vaguement verlainienne, qui ouvre puis, comme affaiblie, ferme la pi\u00e8ce dans un \u00e9pilogue&nbsp;: les phrases du prologue y sont reprises, mais certains mots se sont \u00ab perdus en chemin \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;\u00c7a danse encore \/ Entre les arbres \/ tristes sourires \/ errants fant\u00f4mes \/ du brouillard \/ o\u00f9 perce \/ un soleil mal fin\u2026&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La perte structure aussi l\u2019action : celle du p\u00e8re, celle du poids, celle de la vie et finalement de l\u2019espoir. Malgr\u00e9 l\u2019amour, les personnages de Julien Mages sont en survie, comme dans les r\u00e9cits sur les camps \u00e9crits par Primo L\u00e9vi \u2013 dont le lexique est ici repris \u00e0 l\u2019identique \u2013 ou Charlotte Delbo \u2013 avec l\u2019\u0153uvre de laquelle les ressemblances stylistiques sont abondantes. \u00c0 travers les monologues de personnages toujours sur le fil entre la vie et la mort, Julien Mages \u00e9voque aussi la d\u00e9ch\u00e9ance d\u2019un professeur de physique renomm\u00e9 et celle de milliers d\u2019autres \u00eatres humains dans une langue qui rappelle parfois une certaine po\u00e9sie de la guerre \u2013 comme celle d\u2019Apollinaire \u2013 alliant horreur et na\u00efvet\u00e9. Adresses au public, adresses \u00e0 l\u2019autre, adresses \u00e0 l\u2019absent, la pi\u00e8ce semble destin\u00e9e tant aux vivants qu\u2019\u00e0 la m\u00e9moire des disparus.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque la repr\u00e9sentation floue de l\u2019univers concentrationnaire devient pesante, les discours amoureux en forment un contrepoint. La lib\u00e9ration arrive \u2013 \u00e0 la fin de la pi\u00e8ce \u2013 et les jeunes gens s\u2019\u00e9crient \u00ab Tenir encore \u00bb&nbsp;: pour l\u2019amour qu\u2019ils se vouent na\u00efvement l\u2019un \u00e0 l\u2019autre, dans ces silences r\u00e9p\u00e9t\u00e9s qui donnent une dimension fortement \u00e9motionnelle \u00e0 la pi\u00e8ce.<\/p>\n\n\n\n<p>Le rythme change souvent de&nbsp;<em>tempo<\/em>&nbsp;\u2013 ce que marquent les changements dans la typographie, parfois en majuscules, parfois d\u00e9cal\u00e9e sur la page, et les variations, marqu\u00e9es dans les didascalies, entre cri, chant et silence, nous ballotant entre soupirs amoureux et souffles d\u2019effroi. Les corps sont aussi impliqu\u00e9s, le mouvement des personnages \u2013 leur danse notamment \u2013 est \u00e9voqu\u00e9. L\u2019\u00e9quilibre se cr\u00e9e ainsi entre cette vari\u00e9t\u00e9 des rythmes de l\u2019\u00e9nonciation et la r\u00e9p\u00e9titivit\u00e9 des \u00e9nonc\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Je ne veux pas \u00e9crire un drame historique, je veux mentionner des personnages qui n\u2019en sont d\u2019ailleurs pas non plus.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame si cette \u00e9vocation de l\u2019univers concentrationnaire durant la Seconde Guerre mondiale fait appel \u00e0 des images et \u00e0 des situations qui, au regard de la litt\u00e9rature testimoniale de premi\u00e8re main sur ce sujet, s\u2019apparentent ici \u00e0 des clich\u00e9s, Julien Mages cr\u00e9e une \u0153uvre personnelle en pla\u00e7ant non plus l\u2019Histoire au centre, \u00e0 l\u2019instar de Georges Perec, mais l\u2019individu. Une originalit\u00e9 dont la r\u00e9alisation sur sc\u00e8ne risque d\u2019\u00eatre pour le moins \u00e9mouvante.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>\u00c9t\u00e9 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/johanna-codourier\/\">Johanna Codourey<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/lecourrier.ch\/2018\/08\/05\/un-siecle-assassine\/\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>\u00c9t\u00e9 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/oceane-forster\/\">Oc\u00e9ane Forster<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p>Une critique sur le texte de la pi\u00e8ce&nbsp;:<br><em>G\u00e9ant ?&nbsp;<\/em>\/ De Domenico Carli<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/06\/entretien-avec-domenico-carli\/\">Entretien avec Domenico Carli<\/a><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">L\u2019effondrement des images<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"663\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/06\/geant.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13654\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/06\/geant.jpg 1000w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/06\/geant-250x166.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/06\/geant-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/06\/geant-768x509.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/06\/geant-624x414.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Le Courrier<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Domenico Carli, auteur italien \u00e9tabli en Suisse, est un artiste d\u2019une polyvalence notable&nbsp;: son champ d\u2019action s\u2019\u00e9tend de la mise en sc\u00e8ne au sc\u00e9nario pour la t\u00e9l\u00e9vision, en passant par l\u2019\u00e9criture dramatique, l\u2019enseignement du th\u00e9\u00e2tre, la m\u00e9diation culturelle et l\u2019interpr\u00e9tation dramatique\u2026 De son parcours riche et pluriel, il a tir\u00e9 d\u00e9j\u00e0 pas moins de trente pi\u00e8ces dont&nbsp;<em>Zattera&nbsp;<\/em>(2007)<em>,<\/em>&nbsp;produite par le Th\u00e9\u00e2tre de Vidy,&nbsp;<em>L\u2019Iliade. Le choix d\u2019Achille&nbsp;<\/em>(2018) et&nbsp;<em>Chroniques Adriatiques&nbsp;<\/em>(2015), recueil qui comprend&nbsp;<em>Ciao, Pap\u00e0!, Ave Maria<\/em>&nbsp;et&nbsp;<em>Lido Adriatico,&nbsp;<\/em>toutes publi\u00e9es aux \u00e9ditions D\u2019En Bas.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis 1993, il \u00e9crit et met en sc\u00e8ne des pi\u00e8ces pour enfants avec la Cie La Main dans le Chapeau qui a pris le pari de porter la sc\u00e8ne jusque dans les salles de classes, directement devant les \u00e9l\u00e8ves. C\u2019est dans ce cadre atypique que&nbsp;<em>G\u00e9ant\u2026&nbsp;?&nbsp;<\/em>voit le jour en 2018<em>.&nbsp;<\/em>Assez br\u00e8ve (le dispositif mis en place par la compagnie pr\u00e9voit une repr\u00e9sentation ne d\u00e9passant pas une heure), la com\u00e9die a \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue pour \u00eatre jou\u00e9e par un petit groupe de com\u00e9diens dans l\u2019espace scolaire. Pour&nbsp;<em>G\u00e9ant\u2026&nbsp;?<\/em>, trois acteurs incarnent les trois personnages de la pi\u00e8ce, et prennent en charge les repr\u00e9sentations quotidiennes.<\/p>\n\n\n\n<p>La pi\u00e8ce commence d\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e des \u00e9l\u00e8ves en classe alors qu\u2019ils d\u00e9couvrent une immense chaussure, \u00e9l\u00e9ment d\u2019une sc\u00e9nographie pr\u00e9alablement install\u00e9e. Puis M. F\u00e9lix Dubol, directeur de cirque, entre dans la classe. Avec l\u2019aide de son tr\u00e8s savant fr\u00e8re et assistant, le bien nomm\u00e9 Robert Lafrousse de Littr\u00e9-Langenscheidt, il est \u00e0 la recherche de nouveaux num\u00e9ros pour app\u00e2ter un public laiss\u00e9 sur sa faim depuis que les animaux ne sont plus admis dans l\u2019ar\u00e8ne. Si tous deux se rendent dans une classe, c\u2019est pour y trouver de nouveaux talents (puisque, comme le directeur l\u2019a entendu dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;ici, il y a de sacr\u00e9s clowns&nbsp;!&nbsp;\u00bb). \u00c0 leur grande surprise, ils d\u00e9couvrent \u00e0 leur tour, entre les bancs de l\u2019\u00e9cole, la chaussure de g\u00e9ant. Dubol s\u2019enthousiasme, Lafrousse s\u2019effraye, et apr\u00e8s une inspection minutieuse, une \u00e9trange demoiselle,&nbsp;pr\u00e9nomm\u00e9e M\u00ee, \u00e9merge de la chaussure. M\u00ee parle en mi&nbsp;: \u00ab&nbsp;M\u00ee c\u2019est M\u00ee !!! Quel M\u00ee-clet, ce type ! M\u00ee\u2026de la dynastie des Ming\u2026&nbsp;\u00bb. Elle raconte aux deux autres personnages sa rencontre avec le g\u00e9ant qui r\u00e9pond au nom de Grangugus et la solitude de cet \u00eatre qui semble le dernier de son esp\u00e8ce. Elle d\u00e9crit comment ses larmes ont inond\u00e9 la cour de l\u2019\u00e9cole, puis imite sa fa\u00e7on de rire en dansant la Danse des G\u00e9ants et chante l\u2019amour de Grangugus pour les arbres\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Jou\u00e9e tous les matins devant des enfants \u00e2g\u00e9s de 6 \u00e0 11 ans,&nbsp;<em>G\u00e9ant\u2026&nbsp;?&nbsp;<\/em>interroge la diff\u00e9rence. Qu\u2019il s\u2019agisse des assonances du langage de M\u00ee, de l\u2019hypermn\u00e9sie de Lafrousse ou, de mani\u00e8re plus \u00e9vidente, du gigantisme de Grangugus, toutes les particularit\u00e9s sont approch\u00e9es comme autant de qualit\u00e9s hors norme, de d\u00e9mesures menant irr\u00e9m\u00e9diablement \u00e0 une forme de solitude. Toujours absent du plateau mais signifi\u00e9 au moyen de sa chaussure, le personnage du g\u00e9ant permet une mise en \u00e9vidence dramatique de la diff\u00e9rence, et ces \u00e9l\u00e9ments ayant \u00e0 trait au merveilleux permettent l\u2019intrusion de l\u2019\u00e9trange dans la salle de classe. Dans la pi\u00e8ce, la \u00ab pr\u00e9sence-absence \u00bb de Grangugus a aussi une fonction symbolique : &nbsp;cette immensit\u00e9 cach\u00e9e dont on ne per\u00e7oit que les traces \u00e9voque la menace \u00e9cologique, elle aussi perceptible uniquement dans ses inqui\u00e9tants sympt\u00f4mes.<\/p>\n\n\n\n<p>Le th\u00e9\u00e2tre pour enfants suppose aussi une dramaturgie particuli\u00e8re. Plusieurs dispositifs de&nbsp;<em>G\u00e9ant\u2026?<\/em>&nbsp;sont symptomatiques de l\u2019impact qu\u2019a l\u2019adresse au jeune public sur les m\u00e9canismes de la pi\u00e8ce&nbsp;: le texte devient pr\u00e9texte \u00e0 une th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 sp\u00e9cifique et adress\u00e9e. Par exemple, le rythme des \u00e9changes entre les personnages se veut soutenu et sans cesse marqu\u00e9 par des rires entre les personnages. L\u2019action et la monstration sont largement pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es aux longues interventions ou aux s\u00e9quences de narration dans les r\u00e9pliques. L\u2019\u00e9criture de Carli \u00e9vite le monologue, qui semble potentiellement plus difficile \u00e0 suivre pour de jeunes enfants et fait le choix d\u2019un rythme soutenu qui n\u2019est pas sans rappeler le vaudeville ou le th\u00e9\u00e2tre circassien.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui est recherch\u00e9, c\u2019est l\u2019interaction entre les com\u00e9diens, mais aussi entre les com\u00e9diens et les \u00e9l\u00e8ves : ce dont on peut d\u00e9duire qu\u2019inclure le jeune public dans l\u2019action, c\u2019est garantir son attention. Ainsi, \u00e0 plusieurs occasions, il est demand\u00e9 aux enfants, pour servir l\u2019intrigue, de r\u00e9pondre \u00e0 des questions, de danser ou encore de dessiner. Toujours dans l\u2019optique de susciter l\u2019adh\u00e9sion des \u00e9l\u00e8ves en facilitant leur entr\u00e9e dans la di\u00e9g\u00e8se, la pi\u00e8ce s\u2019applique \u00e0 investir l\u2019espace quotidien, r\u00e9cup\u00e9rant des \u00e9l\u00e9ments connus en y insufflant de l\u2019extraordinaire, faisant ainsi cohabiter deux univers, le premier affect\u00e9 d\u2019une banalit\u00e9 rassurante, l\u2019autre insolite et merveilleux. Les personnages sont construits sur des particularit\u00e9s rapidement compr\u00e9hensibles, avec la r\u00e9p\u00e9tition de la m\u00eame syllabe dans les paroles de M\u00ee, une phrase refrain pour M. Lafrousse (\u00ab Personne ne sait ! Mais moi je sais ! \u00bb), l\u2019id\u00e9e \u00e9tant de cr\u00e9er des personnalit\u00e9s marqu\u00e9es que les enfants reconna\u00eetront rapidement. Ce faisant, la pi\u00e8ce de Carli se donne l\u2019apparence d\u2019une com\u00e9die de caract\u00e8res qui rappelle certains passages de Moli\u00e8re, de la&nbsp;<em>commedia dell\u2019arte<\/em>&nbsp;ou encore du th\u00e9\u00e2tre de rue napolitain. Le drame se voit relay\u00e9 au second plan et il s\u2019agit avant tout de mettre en avant des personnages essentialis\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arch\u00e9type&nbsp;: Dubol est un ambitieux carri\u00e9riste qui ne supporte pas qu\u2019on lui refuse quoique ce soit, Lafrousse un intellectuel timor\u00e9 et M\u00ee une excentrique mutine.<\/p>\n\n\n\n<p>La th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 de&nbsp;<em>G\u00e9ant\u2026&nbsp;?&nbsp;<\/em>repose ainsi sur des dispositifs traditionnels, r\u00e9duits \u00e0 leur plus simple expression. On pense ici aux jeux de complicit\u00e9 permis par la sc\u00e9nographie comme l\u2019effet de surprise mis en place avec l\u2019immense chaussure de la pi\u00e8ce (de laquelle sortira M\u00ee, alors qu\u2019on la croyait vide). L\u2019\u00e9tranget\u00e9 produite par la d\u00e9mesure de cet accessoire pr\u00e9occupe les personnages et cr\u00e9e chez le spectateur le d\u00e9sir d\u2019une apparition ext\u00e9rieure. Quand les enfants d\u00e9couvrent M\u00ee, qui surgit de l\u2019int\u00e9rieur de cette chaussure, une attente dirig\u00e9e vers le hors-sc\u00e8ne (quand le G\u00e9ant va-t-il entrer dans la classe&nbsp;?) est d\u00e9jou\u00e9e. L\u2019inattendu se trouvait en r\u00e9alit\u00e9 sous leurs yeux depuis le d\u00e9but, \u00e0 leur insu&nbsp;: la surprise ne viendra pas de l\u00e0 o\u00f9 on l\u2019attendait. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, la pi\u00e8ce cherche \u00e0 rendre accessible ce qui a lieu sur la sc\u00e8ne. Enfin, le th\u00e9\u00e2tre pour enfants a ses propres codes et habitudes. De ce point de vue,&nbsp;<em>G\u00e9ant\u2026 ?&nbsp;<\/em>reste dans l\u2019attendu, en proposant \u00e0 son jeune public une fiction onirique, voire merveilleuse. La bizarrerie inh\u00e9rente au sc\u00e9nario irr\u00e9alisant, distanciant l\u2019univers fictionnel, contredit, en apparence, l\u2019intention sc\u00e9nographique qui veut ancrer l\u2019intrigue dans l\u2019univers connu des enfants. Pourtant, la th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 de cette cr\u00e9ation prend justement sens dans cette \u00e9tranget\u00e9 introduite dans le quotidien. Ce qui est merveilleux pour les enfants c\u2019est en r\u00e9alit\u00e9 de voir entrer des com\u00e9diens dans leur salle de classe. La pi\u00e8ce ne se d\u00e9roule pas dans un autre monde, mais dans celui-ci&nbsp;: ainsi cohabitent g\u00e9ants et ma\u00eetresses.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce th\u00e9\u00e2tre et son dispositif simplissime n\u2019ont de sens que par rapport au public qu\u2019ils veulent toucher. Il ne s\u2019agit pas, avec&nbsp;<em>G\u00e9ant..&nbsp;?,<\/em>&nbsp;de r\u00e9inventer le conte<em>,<\/em>&nbsp;mais plut\u00f4t de garantir une adh\u00e9sion, une compr\u00e9hension globale et ainsi de socialiser le th\u00e9\u00e2tre en travaillant un objet dramatique vou\u00e9 \u00e0 convaincre cette audience plurielle sp\u00e9cifique qu\u2019est la salle de classe. Pour Carli, la d\u00e9marche s\u2019explique par une conscience politique de la r\u00e9ception, conscience qu\u2019il juge trop souvent \u00e9triqu\u00e9e et d\u00e9termin\u00e9e dans le th\u00e9\u00e2tre qui ne s\u2019adresse pas aux enfants. Au vu de l\u2019\u00e0-propos d\u2019une telle d\u00e9marche, la vraie interrogation qui persiste apr\u00e8s la lecture de&nbsp;<em>G\u00e9ant\u2026&nbsp;?&nbsp;<\/em>est peut-\u00eatre la suivante : pourquoi serait-ce plus une \u00e9vidence d\u2019inviter le th\u00e9\u00e2tre dans l\u2019espace quotidien des enfants alors que c\u2019est chose rare dans le th\u00e9\u00e2tre pour \u00ab&nbsp;adultes&nbsp;\u00bb ?<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>\u00c9t\u00e9 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/oceane-forster\/\">Oc\u00e9ane Forster<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Deux lundis par mois, pendant l&rsquo;\u00e9t\u00e9 2018, Le Courrier a publi\u00e9 le texte in\u00e9dit (extrait) d\u2019un-e auteur-e de th\u00e9\u00e2tre suisse ou r\u00e9sidant en Suisse. 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