{"id":13518,"date":"2019-05-01T16:28:45","date_gmt":"2019-05-01T14:28:45","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=13518"},"modified":"2025-02-09T17:12:12","modified_gmt":"2025-02-09T16:12:12","slug":"leffondrement-des-images","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/05\/leffondrement-des-images\/","title":{"rendered":"La Chute des com\u00e8tes et des cosmonautes"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">La Chute des com\u00e8tes et des cosmonautes<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">De Marina Skalova \/ Critique par Maxime Hoffmann. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Mai 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/maxime-hoffmann\/\">Maxime Hoffmann<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/05\/entretien-avec-marina-skalova\/\">Entretien avec Marina Skalova<\/a><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">L\u2019effondrement des images<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image size-medium wp-image-13505\">\n<figure class=\"alignleft\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"146\" height=\"200\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/SKA1-600x821-146x200.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13505\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/SKA1-600x821-146x200.jpg 146w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/SKA1-600x821-124x170.jpg 124w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/SKA1-600x821.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 146px) 100vw, 146px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Marina Skalova<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;L\u2019essence du th\u00e9\u00e2tre, c\u2019est le po\u00e8me&nbsp;\u00bb. Ce propos de Denis Gu\u00e9noun (\u00ab&nbsp;Th\u00e9\u00e2tre et po\u00e9sie : propositions&nbsp;\u00bb) trouve un \u00e9cho singulier avec <\/em>La Chute des com\u00e8tes et des cosmonautes<em>. Pens\u00e9e pour la sc\u00e8ne, l\u2019action de la pi\u00e8ce de Marina Skalova est amplifi\u00e9e par un travail po\u00e9tique sur le langage. Deux personnages y portent leur propre voix&nbsp;; incapables de sortir d\u2019eux-m\u00eames, ils confrontent leur vision et d\u00e9sillusion sur le monde.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;<\/em>La pi\u00e8ce est construite autour d\u2019un voyage de l\u2019Allemagne \u00e0 la Russie, pr\u00e9texte \u00e0 un long dialogue qui resserre la relation distendue d\u2019une fille avec son p\u00e8re. Tous deux souhaitent se rendre \u00e0 Moscou, pour des raisons vagues. Le p\u00e8re dit y aller pour voir \u00ab&nbsp;un client&nbsp;\u00bb, la fille pour retrouver une image ancr\u00e9e en elle depuis l\u2019enfance. Se d\u00e9roulant dans une Europe contemporaine, l\u2019intrigue s\u2019\u00e9tend sur trois jours, qui structurent la pi\u00e8ce en actes. Les sc\u00e8nes marquent des \u00e9tapes du p\u00e9riple dont la majeure partie n\u2019est pas montr\u00e9e. Enferm\u00e9s dans une voiture, lieu exigu o\u00f9 les individualit\u00e9s s\u2019entrechoquent, la fille et son p\u00e8re entretiennent une relation conflictuelle, parfois d\u2019une froideur sib\u00e9rienne. Pourtant derri\u00e8re ces apparences se cache une similitude profonde. Les deux personnages poss\u00e8dent leur lot d\u2019exp\u00e9riences, propres \u00e0 deux parcours de vie et \u00e0 deux g\u00e9n\u00e9rations, qui les portent \u00e9tonnement \u00e0 tirer les m\u00eames conclusions sur le monde. Tous deux sont d\u00e9senchant\u00e9s et d\u00e9\u00e7us&nbsp;: leurs repr\u00e9sentations, les id\u00e9es qu\u2019ils s\u2019\u00e9taient faites du monde, ne s\u2019accordent pas avec la r\u00e9alit\u00e9&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Fille&nbsp;: Le communisme a \u00e9chou\u00e9, le capitalisme a \u00e9chou\u00e9\u2026<br>P\u00e8re&nbsp;: L\u2019amour a \u00e9chou\u00e9.<br>Fille&nbsp;: La famille a \u00e9chou\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout a \u00e9chou\u00e9. Le p\u00e8re a entrepris des \u00e9tudes sous l\u2019URSS, o\u00f9 il a r\u00eav\u00e9 de libert\u00e9. Lorsque Gorbatchev d\u00e9missionna et pointa du doigt la carcasse d\u00e9j\u00e0 morte du g\u00e9ant communiste, les fronti\u00e8res s\u2019ouvrirent et le p\u00e8re put partir vers cet Occident qu\u2019il imaginait \u00eatre le lieu de la libert\u00e9. Arriv\u00e9 en France, il se heurte \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019entreprendre et \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 du march\u00e9&nbsp;; il devient conducteur. Il n\u2019a, dit-il, \u00ab connu de la libert\u00e9 qu\u2019une image&nbsp;\u00bb. La fille a, quant \u00e0 elle, grandi dans cette Europe de l\u2019Ouest, o\u00f9 elle semble souffrir des relations humaines. Lanc\u00e9e dans une th\u00e8se, elle parle avec v\u00e9h\u00e9mence et sagacit\u00e9. Ses paroles, parfois \u00e0 la limite de l\u2019incoh\u00e9rence, trahissent une d\u00e9ception profonde, celle de ne pas trouver l\u2019amour tant souhait\u00e9. Comme son p\u00e8re, elle se noie elle-m\u00eame dans ses id\u00e9aux si \u00e9loign\u00e9s de la r\u00e9alit\u00e9. Ces souffrances trouvent leur expression non dans les actes, qui s\u2019av\u00e8rent plut\u00f4t anodins dans cette pi\u00e8ce, mais dans les paroles.<\/p>\n\n\n\n<p>Les dialogues sont crus et font allusion \u00e0 des \u00e9pisodes familiaux sous forme de perp\u00e9tuels reproches, auxquels r\u00e9pondent des justifications gla\u00e7antes. Ces \u00e9changes sont l\u2019\u00e9pine dorsale qui soutient l\u2019ensemble du texte. Entre les dialogues s\u2019intercalent des interm\u00e8des, des monologues int\u00e9rieurs qui ins\u00e8rent des voix plus libres. Durant ces monologues, les personnages expriment leurs craintes et leurs impressions face au monde&nbsp;; ces int\u00e9riorit\u00e9s mises \u00e0 nu dans des \u00e9clats de libert\u00e9 soulignent leur inad\u00e9quation avec celui-ci. Le texte accorde une part \u00e9gale aux dialogues et aux monologues, mais il semble \u00e9voluer vers une rencontre des personnages. Les derni\u00e8res sc\u00e8nes sont constitu\u00e9es de monologues \u00e0 deux voix, comme si un seul propos \u00e9tait finalement d\u00e9fendu par deux \u00eatres.<\/p>\n\n\n\n<p>Durant les monologues, la ponctuation rare rend le texte massif&nbsp;; les mots s\u2019encha\u00eenent sans que les bornes des phrases ne se d\u00e9limitent clairement. Le flux constant de paroles internes, mim\u00e9tique d\u2019un <em>stream of consciousness<\/em>, invite le lecteur \u00e0 une vocalisation des textes, rendue \u00e9galement n\u00e9cessaire par l\u2019accumulation d\u2019informations. Durant ces phases, la fille plonge dans des r\u00e9seaux m\u00e9taphoriques emprunt\u00e9s aux sciences telles que l\u2019informatique, l\u2019\u00e9conomie, la chimie et l\u2019astronomie. Son propos se dilue dans le m\u00e9taphorique, devenant insaisissable, comme pour traduire son \u00e9garement et ses tentatives incessantes pour trouver les mots propres \u00e0 d\u00e9finir ce qu\u2019elle vit. Le p\u00e8re, lui, montre une double facette. Il souffre durant les dialogues&nbsp;; \u00e0 chaque phrase, il se heurte aux limites de son vocabulaire et de sa ma\u00eetrise de la grammaire. Lors des monologues, sa parole se lib\u00e8re et contraste avec celle qui r\u00e9pondait \u00e0 sa fille&nbsp;: il ne fait plus l\u2019effort de s\u2019exprimer pour les autres et ne se parle plus qu\u2019\u00e0 lui-m\u00eame. Puis, il y a les \u00ab&nbsp;cata-strophes&nbsp;\u00bb, apoth\u00e9oses po\u00e9tiques et <em>summum<\/em> de l\u2019incompr\u00e9hension entre les personnages&nbsp;: ces sc\u00e8nes o\u00f9 le p\u00e8re et la fille usent leur voix pour ext\u00e9rioriser leurs sentiments enfouis confirment l\u2019individualit\u00e9 de chacun de ces \u00eatres. Les deux personnages parlent sur leurs tons respectifs et singuliers en m\u00eame temps, sans se rendre compte que l\u2019autre discourt&nbsp;aussi.<\/p>\n\n\n\n<p>Le souci accord\u00e9 au langage interroge d\u2019ailleurs le genre de la pi\u00e8ce. Les fronti\u00e8res canoniques n\u2019y trouvent pas de pertinence&nbsp;: le texte rel\u00e8ve \u00e0 la fois du th\u00e9\u00e2tre et de la po\u00e9sie. Les deux voix, si simples dans les dialogues, s\u2019av\u00e8rent plus complexes dans les monologues, o\u00f9 se m\u00ealent diff\u00e9rentes formes langagi\u00e8res. Lors des cata-strophes, les voix vont jusqu\u2019\u00e0 interf\u00e9rer et produire une cacophonie dans laquelle la po\u00e9sie construit son esth\u00e9tique autour d\u2019une exp\u00e9rience du refus. C\u2019est ainsi que les voix jouent avec leur volume pour composer un contrepoint. La sonorit\u00e9 de la langue est d\u2019ailleurs soutenue par un choix musical vari\u00e9 qui accompagne les personnages au long de la pi\u00e8ce. Lorsque la fille, et plus rarement le p\u00e8re, parlent, les didascalies indiquent quel morceau de musique r\u00e9sonne en fond.&nbsp;Nirvana et la fougue grunge, Placebo et une douce m\u00e9lancolie ou des compositions plus classiques comme Max Richter constituent un r\u00e9pertoire \u00e9clectique dont l\u2019\u00e9vocation impr\u00e8gne les sc\u00e8nes d\u2019une ambiance particuli\u00e8re,&nbsp; prolongeant les paroles des personnages.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019accident de voiture final s\u2019apparente \u00e0 une catastrophe, mais aussi \u00e0 une d\u00e9livrance&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il y a seulement des catastrophes fusionnelles&nbsp;\u00bb. C\u2019est une r\u00e9solution abrupte \u00e0 la cadence lancinante dans laquelle \u00e9taient emprisonn\u00e9s les personnages. La fille employait le mot \u00ab&nbsp;com\u00e8te&nbsp;\u00bb pour figurer les empreintes des d\u00e9sillusions amoureuses qu\u2019elle avait pu conna\u00eetre. Le p\u00e8re, quant \u00e0 lui, utilisait l\u2019image des \u00ab&nbsp;cosmonautes&nbsp;\u00bb pour caract\u00e9riser des soldats sovi\u00e9tiques descendus dans les rues avec leurs blind\u00e9s. La pi\u00e8ce prend l\u2019allure d\u2019une conqu\u00eate spatiale de deux \u00eatres nourris par les fantasmes de l\u2019URSS. Les deux personnages ont voyag\u00e9 en qu\u00eate d\u2019une oasis, d\u2019un lieu qui r\u00e9siste \u00e0 leurs id\u00e9aux&nbsp;: \u00ab&nbsp;Vous n\u2019auriez pas une autre plan\u00e8te&nbsp;? \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Mai 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/maxime-hoffmann\/\">Maxime Hoffmann<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/lecourrier.ch\/app\/uploads\/2018\/08\/12-co-20.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De Marina Skalova \/ Critique par Maxime Hoffmann.<\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":13505,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38],"tags":[199],"class_list":["post-13518","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","tag-maxime-hoffmann"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13518","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13518"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13518\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":22117,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13518\/revisions\/22117"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/13505"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13518"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13518"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13518"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}