{"id":13514,"date":"2019-05-01T15:07:31","date_gmt":"2019-05-01T13:07:31","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=13514"},"modified":"2025-02-14T10:47:34","modified_gmt":"2025-02-14T09:47:34","slug":"si-les-pauvres-nexistaient-pas-faudrait-les-inventer","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/05\/si-les-pauvres-nexistaient-pas-faudrait-les-inventer\/","title":{"rendered":"La pauvret\u00e9 invisible et ses voix"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Pi\u00e8ce de J\u00e9r\u00f4me Richter \/ Compte-rendu par Fanny Agostino . <\/p><\/div>\n\n<p>Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/fanny-agostino\/\">Fanny Agostino<\/a><\/p>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/05\/entretien-avec-jerome-richer\/\">Entretien avec J\u00e9r\u00f4me Richer<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<figure id=\"attachment_13495\" aria-describedby=\"caption-attachment-13495\" style=\"width: 150px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-13495 size-medium\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/FJL2016_JeromeRicher_IsabelleMeister-225x300-150x200.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"200\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/FJL2016_JeromeRicher_IsabelleMeister-225x300-150x200.jpg 150w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/FJL2016_JeromeRicher_IsabelleMeister-225x300-128x170.jpg 128w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/FJL2016_JeromeRicher_IsabelleMeister-225x300.jpg 225w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-13495\" class=\"wp-caption-text\">\u00a9 Isabelle Meister<\/figcaption><\/figure>\n<p><em>R\u00e9sultat d\u2019une commande de la Ligue des droits de l\u2019homme, <\/em>Si les pauvres n\u2019existaient pas, faudrait les inventer<em> aborde la pr\u00e9carit\u00e9 dans ses diverses manifestations en Suisse. Au-del\u00e0 des difficult\u00e9s mat\u00e9rielles, il r\u00e9v\u00e8le la violence int\u00e9rieure qu\u2019elle provoque en interrogeant le spectateur sur son propre rapport \u00e0 la pauvret\u00e9. <\/em><\/p>\n<p>Et si elle \u00ab\u00a0n\u2019existait pas\u00a0\u00bb, cette population que l\u2019on croit conna\u00eetre parce qu\u2019on l\u2019aper\u00e7oit du coin de l\u2019\u0153il\u00a0?\u00a0 Au quotidien, elle s\u2019expose \u00e0 notre vue, nich\u00e9e au coin d\u2019une ruelle ou \u00e0 proximit\u00e9 des lieux de passages. On la guette, on s\u2019en \u00e9loigne. On ignore ce qu\u2019est la situation de pr\u00e9carisation, ce qu\u2019elle implique comme violence int\u00e9rieure\u00a0: de la culpabilit\u00e9 \u00e0 la honte, en passant par la peur de reproduire les sch\u00e9mas d\u00e9j\u00e0 v\u00e9cus. Cette pauvret\u00e9 r\u00e9elle, \u00e0 d\u00e9faut de l\u2019inventer, J\u00e9r\u00f4me Richer lui attribue une incarnation.<\/p>\n<p>L\u2019auteur les conna\u00eet bien, ces invisibles. L\u2019ancien \u00e9ducateur professionnel raconte des fragments de vie, des anecdotes, port\u00e9s par six identit\u00e9s qui n\u2019en constituent qu\u2019une.\u00a0 Formant la trame principale de la pi\u00e8ce, les diverses situations auxquelles ces \u00ab\u00a0protagonistes\u00a0\u00bb font face, de la stigmatisation d\u00e8s l\u2019enfance \u00e0 la perte d\u2019emploi, d\u00e9voilent une forme singuli\u00e8re de pr\u00e9carit\u00e9. Elles r\u00e9v\u00e8lent, tour \u00e0 tour, une facette de ce qu\u2019elle implique au quotidien. En plus de leur statut pr\u00e9caire, tous ces personnages ont en commun un pr\u00e9nom issu de la m\u00eame d\u00e9rivation. Antoine, Antonella, Antonio et les autres sont le moyen de transposer des existences dans un universel, celui de la mis\u00e8re sous toutes ses formes, physiques, sociales ou psychologiques.<\/p>\n<p>L\u2019invisible est donn\u00e9 \u00e0 voir par un montage\u00a0dramaturgique engageant trois niveaux. Le texte pr\u00e9sente des fragments de dialogues prononc\u00e9s par des personnages d\u2019hommes et de femmes en situation de pauvret\u00e9. Pour les d\u00e9crire, une voix narrative intervient d\u00e8s l\u2019amorce du texte. L\u2019une de ses fonctions r\u00e9side dans sa facult\u00e9 \u00e0 contextualiser ces situations de mis\u00e8re, en explicitant leur contexte avant de laisser place \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 brute. \u00c0 cela, il faut ajouter les passages \u00e9crits \u00e0 partir de l\u2019histoire des com\u00e9diens eux-m\u00eames, et en partie laiss\u00e9s \u00e0 l\u2019improvisation. Ils \u00e9voquent, lors d\u2019interpellations destin\u00e9s au public et non sans humour, leur propre rapport \u00e0 la pauvret\u00e9.<\/p>\n<p>Compos\u00e9e de 27 sc\u00e8nes, la pi\u00e8ce joue sur diff\u00e9rents niveaux di\u00e9g\u00e9tiques. Principalement consacr\u00e9e \u00e0 ces diverses situations o\u00f9 la pr\u00e9carit\u00e9 est expos\u00e9e (\u00e9cole, travail, administration ou encore terrasse de caf\u00e9), la temporalit\u00e9 est elliptique : le lecteur passe d\u2019un lieu \u00e0 un autre sans r\u00e9elle transition. Il en va de m\u00eame des interventions des com\u00e9diens, moins fr\u00e9quentes. Dans un premier temps, les trois strates de la pi\u00e8ce (dialogues, voix narrative, adresses au public) demeurent hi\u00e9rarchis\u00e9es par l\u2019instance narrative \u2013 manifestement omnisciente. Elle \u00e9crase les personnages, enferme leur destin \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de sch\u00e9mas qui s\u2019imposent comme des suites logiques de l\u2019impact du premier jour d\u2019\u00e9cole ou d\u2019une grossesse non d\u00e9sir\u00e9e. Elle r\u00e9v\u00e8le aussi ce qui ne parvient pas \u00e0 se dire dans les dialogues. C\u2019est en partant en qu\u00eate de cette expression perdue que les protagonistes vont se r\u00e9approprier leur propre voix. Progressivement, ils interf\u00e8rent avec le r\u00e9cit-cadre, le questionnent, le r\u00e9futent, jusqu\u2019\u00e0 s\u2019en lib\u00e9rer.<\/p>\n<p>L\u2019une des forces principales du texte r\u00e9side dans l\u2019\u00e9quilibre entre la gravit\u00e9 de son sujet et l\u2019humour issu du \u00ab frottement \u00bb entre les diff\u00e9rentes instances. De surcro\u00eet, la r\u00e9sonance de certaines situations avec l\u2019actualit\u00e9 politique et sociale suisse comme les votations autour de la surveillance des assur\u00e9s en novembre 2018 ou encore ce que l\u2019on peut lire dans la presse \u00e0 propos de la mendicit\u00e9 cr\u00e9ent des espaces de respiration. Ils d\u00e9dramatisent le sujet, permettant un regard d\u00e9cal\u00e9 sur l\u2019univers de la fiction. Le rire permet \u00e9galement de cr\u00e9er de la connivence entre le lecteur-spectateur et les personnages, de briser les pr\u00e9jug\u00e9s sur les pauvres, en rappelant que ces situations sont humaines. C\u2019est le cas du tutorial d\u00e9crit par l\u2019une des com\u00e9diennes, expliquant comment elle s\u2019est fabriqu\u00e9 une carte d\u2019\u00e9tudiante pour b\u00e9n\u00e9ficier de r\u00e9ductions plut\u00f4t que de d\u00e9voiler son statut de ch\u00f4meuse. Cette astuce secr\u00e8te, relative \u00e0 un sentiment de honte, se transforme sur sc\u00e8ne en un moment humain, une porte vers la compr\u00e9hension de l\u2019autre.<\/p>\n<p>J\u00e9r\u00f4me Richer montre que le simple regard, l\u2019empathie ne permettent pas de saisir les souffrances quotidiennes de cette population en marge. La faute \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9\u00a0? Comme le montre un dialogue factice articul\u00e9 par la voix narrative au d\u00e9but de la pi\u00e8ce, aucun enfant n\u2019a jamais dit \u00ab\u00a0je veux \u00eatre solidaire plus tard\u00a0\u00bb mais beaucoup affirment \u00ab\u00a0je veux \u00eatre riche\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Attribuer une voix \u00e0 ces diverses formes de la pauvret\u00e9 contribue \u00e0 lib\u00e9rer ceux qui en sont les victimes. Permettre cette lib\u00e9ration progressive et lente vers la r\u00e9volte finale est un moyen de d\u00e9crire une r\u00e9alit\u00e9 int\u00e9rieure. Les mots sont essentiels pour retrouver une part d\u2019humanit\u00e9 chez cette population comme chez le lecteur. Leur bien le plus pr\u00e9cieux.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pi\u00e8ce de J\u00e9r\u00f4me Richter \/ Compte-rendu par Fanny Agostino . <\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":13495,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38],"tags":[221],"class_list":["post-13514","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","tag-fanny-agostino"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13514","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13514"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13514\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":22860,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13514\/revisions\/22860"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/13495"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13514"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13514"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13514"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}