{"id":13511,"date":"2019-05-01T14:25:18","date_gmt":"2019-05-01T12:25:18","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=13511"},"modified":"2025-02-14T10:48:31","modified_gmt":"2025-02-14T09:48:31","slug":"la-fete-des-fous-en-musique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/05\/la-fete-des-fous-en-musique\/","title":{"rendered":"La f\u00eate des fous (en musique)"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Pi\u00e8ce d&rsquo;Anne-Fr\u00e9d\u00e9rique Rochat \/ Compte-rendu par Ivan Garcia . <\/p><\/div>\n\n<p>Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/ivan-garcia\/\">Ivan Garcia<\/a><\/p>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/05\/entretien-avec-anne-frederique-rochat\/\">Entretien avec Anne-Fr\u00e9d\u00e9rique Rochat<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<figure id=\"attachment_13499\" aria-describedby=\"caption-attachment-13499\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-13499 size-medium\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/624-300x169.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"169\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/624-300x169.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/624-250x141.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/624.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-13499\" class=\"wp-caption-text\">\u00a9 Dominique Derisbourg<\/figcaption><\/figure>\n<p>Lunatic Asylum,<em> un titre charmant, qui \u00e9voque un certain asile d\u2019Arkham \u2013 cher \u00e0 Batman et au Joker \u2013 dont le cadre de cette pi\u00e8ce n\u2019est pas si \u00e9loign\u00e9. Dans un h\u00f4pital psychiatrique<\/em>,<em> dirig\u00e9 par le machiav\u00e9lique Herr Doktor, l\u2019une des patientes a myst\u00e9rieusement disparu. C\u2019est sur cette intrigue \u2013 qui n\u2019est pas sans rappeler un sc\u00e9nario de thriller psychologique \u2013 qu\u2019Anne-Fr\u00e9d\u00e9rique Rochat d\u00e9veloppe une com\u00e9die musicale d\u00e9jant\u00e9e, avec rires et costumes.\u00a0 <\/em><\/p>\n<p>Rebecca Craft, l\u2019une des patientes de <em>La Paix du C\u0153ur<\/em>, asile psychiatrique pour \u00ab\u00a0personnes d\u00e9cal\u00e9es ayant de l\u00e9gers probl\u00e8mes avec la r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb, a disparu. C\u2019est la panique, tant chez les soignants que chez les patients. Est-elle vivante\u00a0? Est-elle morte\u00a0? Et si Claude, le myst\u00e9rieux \u00abhomme de m\u00e9nage\u00bb, l\u2019avait tu\u00e9e\u00a0? Et si elle \u00e9tait partie\u00a0? Malgr\u00e9 cet \u00e9v\u00e9nement, les occupants de l\u2019asile s\u2019appr\u00eatent \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer la f\u00eate d\u2019Halloween. Alors que nous plongeons dans le quotidien des patients, entre s\u00e9ances de th\u00e9rapies et pr\u00e9paration des c\u00e9l\u00e9brations, des indices nous laissent penser que Rebecca aurait peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 tu\u00e9e par le docteur maniaque de la chirurgie esth\u00e9tique. Le lecteur suit, \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019un polar, un jeu de pistes, afin de remonter vers le coupable jusqu\u2019\u00e0 la f\u00eate d\u2019Halloween o\u00f9 Rebecca (si c\u2019est bien elle\u2026), fra\u00eechement pass\u00e9e sous le scalpel du docteur, vient dire au revoir \u00e0 ses compagnons de fortune, son passage par la chirurgie esth\u00e9tique tenant lieu de gu\u00e9rison. Une fin assez pr\u00e9visible, mais qui ne manque pas d\u2019humour, notamment dans la derni\u00e8re chanson o\u00f9 les personnages chantent en ch\u0153ur leur bonheur d\u2019\u00eatre \u00e0 l\u2019asile.<\/p>\n<p><em>Lunatic Asylum<\/em> est une commande du musicien et compositeur Lee Maddeford. Avec Lorenzo Malaguerra, le directeur du th\u00e9\u00e2tre du Crochetan, \u00e0 Monthey, ils ont demand\u00e9 \u00e0 Anne-Fr\u00e9d\u00e9rique Rochat de composer une com\u00e9die musicale prenant place dans un asile. Ce lieu, topos th\u00e9\u00e2tral du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, inscrit la pi\u00e8ce dans une longue tradition dramatique \u00e9voquant, notamment, <em>Les Physiciens <\/em>de Friedrich D\u00fcrrenmatt,\u00a0 <em>Marat-Sade <\/em>de Peter Weiss, ou encore, un si\u00e8cle et demi plus t\u00f4t, les mises en sc\u00e8nes r\u00e9alis\u00e9es par le Marquis de Sade lors de son internement \u00e0 l\u2019hospice de Charenton, ce qui contribue d\u2019embl\u00e9e \u00e0 fa\u00e7onner une atmosph\u00e8re particuli\u00e8re \u00e0 la fable. En effet, l\u2019asile (qui renferme des patients et du personnel soignant et non-soignant) se trouve \u00eatre un lieu o\u00f9 les fronti\u00e8res se brouillent et o\u00f9 les mentalit\u00e9s sont poreuses\u00a0; l\u2019univers di\u00e9g\u00e9tique de la pi\u00e8ce se situe entre r\u00e9alit\u00e9 sombre et monde enfantin, rappelant, avec ses chansons, ses d\u00e9guisements et ses attitudes, certains dessins anim\u00e9s o\u00f9 les personnages prennent \u00e0 certains moments des traits caricaturaux.<\/p>\n<p>Le texte, divis\u00e9 en douze sc\u00e8nes, compte dix personnages \u2013 \u00e0 moins qu\u2019ils ne soient onze ; l\u2019incertitude, assum\u00e9e, vient du fait que la m\u00eame com\u00e9dienne est cens\u00e9e jouer trois r\u00f4les : celui de l\u2019infirmi\u00e8re et sa s\u0153ur jumelle (Julie\/Lucie), ainsi que celui de \u00ab La nouvelle Rebecca \u00bb qui appara\u00eet \u00e0 la fin de la pi\u00e8ce. Les changements de sc\u00e8nes sont li\u00e9s aux changements de lieux. Entre deux lieux parfaitement d\u00e9limit\u00e9s (le bureau et la salle commune), le couloir est un espace non-d\u00e9fini de transition, voire d\u2019\u00ab errance \u00bb (selon le titre donn\u00e9 au septi\u00e8me tableau) dans lequel seuls trois personnages apparaissent : Claude (\u00ab l\u2019homme de m\u00e9nage \u00bb), et les patients Bob et Lou. Les transitions sont courtes, le rythme rapide est marqu\u00e9 par les entr\u00e9es et sorties des diff\u00e9rents personnages : on passe d\u2019un tableau \u00e0 l\u2019autre, d\u2019une chanson \u00e0 l\u2019autre, quasiment sans avoir le temps de respirer, et c\u2019est ce qui fait que le lecteur adh\u00e8re \u00e0 cet univers sens dessus dessous. Les dialogues sont dits mais aussi et surtout chant\u00e9s. Les chansons, compos\u00e9es en vers, fournissent de pr\u00e9cieuses informations sur l\u2019intrigue et l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 des personnages. La m\u00e9trique est plut\u00f4t r\u00e9guli\u00e8re, avec l\u2019emploi de l\u2019heptasyllabe, de l\u2019octosyllabe et du pentasyllabe. Ces chansons apportent une dimension comique, en donnant \u00e0 entendre les cogitations des personnages dans une atmosph\u00e8re \u00abbon enfant\u00bb.<\/p>\n<p>On sent aussi une certaine influence de Brecht dans cet usage de \u00ab <em>songs <\/em>\u00bb qui rompent la lin\u00e9arit\u00e9 de l\u2019intrigue. Certains personnages ont leur propre refrain ; Sullivan, un patient travesti, chante sans cesse\u00a0 \u00ab Pin-pon la petite auto jaune \u00bb. Quant \u00e0 <em>Herr Doktor<\/em>, il ins\u00e8re \u00e0 maintes reprises son couplet \u00a0sur\u00a0 \u00abune bonne bouille\u00bb, r\u00e9v\u00e9lant sa fascination pour la beaut\u00e9 et la chirurgie esth\u00e9tique. Le texte alterne entre des chansons perform\u00e9es en groupe et des chansons en solo, ce qui met certains personnages en avant au d\u00e9triment d\u2019autres ou contribue encore \u00e0 la coh\u00e9sion du groupe pourtant disparate. On trouvera, notamment, \u00e0 certains moments, le ch\u0153ur des patients uni contre la psychiatre ou encore le duo entre les deux soignants, <em>Herr Doktor <\/em>et la psychiatre. Ces groupements, r\u00e9unis par la musique, ont de quoi amuser et permettent au lecteur d\u2019expliciter les liens entre certains des personnages.<\/p>\n<p>L\u2019auteur appr\u00e9cie le fait de jouer avec les attentes des spectateurs et lecteurs\u00a0: elle fait en sorte de jouer avec notre imagination, \u00e0 plusieurs reprises, en mettant en place ce que l\u2019on identifie comme des indices visuels ou auditifs de ce qui pourrait \u00eatre advenu de Rebecca, ce qui nous tient en haleine. Le lecteur finira par tomber, malgr\u00e9 lui, dans les filets tendus par l\u2019auteur ; en effet, les personnages cristallisent parfaitement nos attentes, en faisant appel \u00e0 des lieux communs (le psychiatre plus fou que les fous, le cuisinier maniaque, etc\u2026 ), ce qui provoque un sentiment de \u00abd\u00e9j\u00e0 vu\u00bb ou de \u00absituation attendue\u00bb au moment de la lecture\u00a0; \u00a0paradoxalement\u00a0 tr\u00e8s plaisant \u2013 peut-\u00eatre \u00e0 cause des chansons comiques qui soulignent cet effet. Anne-Fr\u00e9d\u00e9rique Rochat explore \u00e9galement les th\u00e8mes du travestissement et de l\u2019identit\u00e9. Les costumes de <em>Lunatic Asylum <\/em>ont, principalement, deux fonctions\u00a0: cacher ce que l\u2019on ne veut pas montrer ou, au contraire, r\u00e9v\u00e9ler ce qu\u2019on ne veut pas cacher. D\u2019abord, chaque personnage est caract\u00e9ris\u00e9 par son costume ; ainsi, Sullivan \u2013 une sorte de travesti \u2013 est habill\u00e9 avec une robe, Claude (\u00abl\u2019homme de m\u00e9nage\u00bb androgyne) porte un habit de travailleur plut\u00f4t unisexe, Herr Doktor, ainsi que la psychiatre ont une blouse, et ainsi de suite. Attila, le chef cuisinier, appara\u00eet souvent, dans la pi\u00e8ce, avec son tablier t\u00e2ch\u00e9 de sang, ce qui n\u2019est pas sans \u00e9voquer un lieu commun de certains films d\u2019horreur comme <em>Massacre \u00e0 la tron\u00e7onneuse<\/em>.\u00a0 En outre, ces personnages se d\u00e9guisent au sein de l\u2019univers di\u00e9g\u00e9tique ; par exemple, la psychiatre porte un masque, au d\u00e9but de la pi\u00e8ce, et les autres personnages se d\u00e9guiseront pour le fameux bal d\u2019Halloween. Ces accessoires d\u00e9voilent d\u2019autres aspects des personnages, notamment chez ceux qui sont cens\u00e9s \u00eatre les plus \u00ab\u00a0normaux\u00a0\u00bb au sein de l\u2019asile : le personnel soignant.<\/p>\n<p>Avec <em>Lunatic Asylum<\/em>, Anne-Fr\u00e9d\u00e9rique Rochat compose un texte amusant dont les possibilit\u00e9s de mises en sc\u00e8ne semblent multiples. En effet, rien n\u2019emp\u00eache de voir cette pi\u00e8ce comme un dispositif de mise en ab\u00eeme, au sein duquel les personnages, tous des anciens patients de l\u2019asile qui se seraient d\u00e9barrass\u00e9s des soignants, seraient conscients de <em>jouer <\/em>une repr\u00e9sentation devant nos yeux, ce qui d\u00e9voilerait une sorte de th\u00e9\u00e2tre des fous, pour les fous. Le charme de la pi\u00e8ce r\u00e9side, notamment, dans ses chansons, bien compos\u00e9es et dr\u00f4les, et ses personnages, \u00e9tonnamment st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s, au sein desquels le lecteur reconna\u00eet les types de caract\u00e8res qui nourrissent son imaginaire\u00a0; <em>Lunatic <\/em>Asylum, est une f\u00eate des fous qui se r\u00e9v\u00e8le haute en couleur et en musique.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pi\u00e8ce d&rsquo;Anne-Fr\u00e9d\u00e9rique Rochat \/ Compte-rendu par Ivan Garcia . <\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":13499,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38],"tags":[176],"class_list":["post-13511","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","tag-ivan-garcia"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13511","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13511"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13511\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":22862,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13511\/revisions\/22862"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/13499"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13511"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13511"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13511"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}