{"id":13508,"date":"2019-05-01T14:15:51","date_gmt":"2019-05-01T12:15:51","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=13508"},"modified":"2025-02-14T10:49:35","modified_gmt":"2025-02-14T09:49:35","slug":"conjurer-le-mal","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/05\/conjurer-le-mal\/","title":{"rendered":"Conjurer le mal"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Pi\u00e8ce de Latifa Djerbi \/ Compte-rendu par Julia Cela . <\/p><\/div>\n\n<p>Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/julia-cela\/\">Julia Cela<\/a><\/p>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/05\/entretien-avec-latifa-djerbi\/\">Entretien avec Latifa Djerbi<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<figure id=\"attachment_13491\" aria-describedby=\"caption-attachment-13491\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-13491 size-medium\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/sch_web_2018_int-300x198.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"198\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/sch_web_2018_int-300x198.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/sch_web_2018_int-250x165.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/sch_web_2018_int-768x507.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/sch_web_2018_int-624x412.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/sch_web_2018_int.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-13491\" class=\"wp-caption-text\">\u00a9 Ariane Arlotti<\/figcaption><\/figure>\n<p><em>La pi\u00e8ce de Latifa Djerbi fait le portrait d\u2019une famille tunisienne au moment du d\u00e9c\u00e8s d\u2019Ayadi, le p\u00e8re, dans le contexte de la r\u00e9volution de 2010. Les parcours de chacun se rencontrent et s\u2019entrechoquent. Au contact de sa famille, le personnage de Dounia entreprend un chemin vers l\u2019\u00e9mancipation. <\/em>La Danse des affranchies<em> est une invitation \u00e0 remettre en question les injonctions qui entravent la qu\u00eate de l\u2019identit\u00e9, qu\u2019elles \u00e9manent de notre culture d\u2019origine, de notre culture d\u2019accueil ou du corps social en g\u00e9n\u00e9ral.<\/em><\/p>\n<p>M\u00eame si le titre de la pi\u00e8ce \u00e9voque une lib\u00e9ration au f\u00e9minin, le texte de Latifa Djerbi propose une r\u00e9flexion transversale sur les ph\u00e9nom\u00e8nes de domination. Il questionne la possibilit\u00e9 de se constituer en sujet, en s\u2019affranchissant de toute tentative de cat\u00e9gorisation. <em>La Danse des affranchies<\/em> propose une immersion dans un monde constitu\u00e9 avant tout d\u2019individualit\u00e9s sensibles, dont l\u2019\u00eatre au monde est en constant travail, dans un aller-retour entre culture d\u2019origine, culture d\u2019accueil, r\u00f4les de genre et devoir familial.<\/p>\n<p>Le texte est d\u00e9fini comme une \u00ab\u00a0tragi-com\u00e9die\u00a0\u00bb et d\u00e9coup\u00e9 en seize sc\u00e8nes. L\u2019histoire se d\u00e9roule entre fin 2010 et d\u00e9but 2011 en France, en Tunisie et en Suisse. Le p\u00e8re de famille, Ayadi, vient de mourir. Sa\u00efda, la m\u00e8re, Le\u00efla, fille a\u00een\u00e9e et Dounia, la fille cadette se retrouvent pour r\u00e9gler les d\u00e9tails du testament. De retour au bled, le personnage de Dounia, \u00e9migr\u00e9e de deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration, fait face aux injustices des lois de successions tunisiennes\u00a0: l\u2019oncle r\u00e9clame un d\u00fb auquel il ne devrait pas pr\u00e9tendre. Le fr\u00e8re de Dounia et Le\u00efla sera reconnu comme seul h\u00e9ritier de la fortune du p\u00e8re. Les trois femmes de la famille sont exclues de la question de la succession. Un soir, en se disputant avec sa s\u0153ur au sujet du statut du p\u00e8re dans la famille, Dounia se blesse et fait la connaissance de Nour, m\u00e9decin, lesbienne et militante. Engag\u00e9e dans la r\u00e9volution tunisienne, la doctoresse lutte contre les articles misogynes de la Constitution. En rencontrant ces femmes r\u00e9volutionnaires si engag\u00e9es pour leur cause, Dounia fait enfin la rencontre du f\u00e9minin auquel elle aspire. Elle manifeste \u00e0 Tunis \u00e0 leurs c\u00f4t\u00e9s, avant de rentrer en Suisse pour reprendre le cours de sa vie, transform\u00e9e en profondeur.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re probl\u00e9matique qui surgit est celle de la place \u00e0 accorder au f\u00e9minin. Les trois femmes de la famille ont des postures diff\u00e9rentes et leur confrontation fait des \u00e9tincelles. C\u2019est le personnage de Dounia qui se trouve au centre du conflit. \u00ab\u00a0T\u2019es rentr\u00e9e dans le moule, un objet de d\u00e9sir pour m\u00e2le en chaleur\u00a0\u00bb dit-elle \u00e0 sa s\u0153ur. \u00ab\u00a0Infantilis\u00e9e, format\u00e9e par la mentalit\u00e9 d\u2019ici, une machine \u00e0 pondre\u00a0\u00bb ass\u00e8ne-t-elle \u00e0 sa m\u00e8re. Le texte pose la question de la possibilit\u00e9 d\u2019un f\u00e9minin qui se constitue autrement que par le rejet ou l\u2019adh\u00e9sion vis-\u00e0-vis de la domination masculine. Cette synth\u00e8se, qui semblait impossible, est incarn\u00e9e par le personnage de Nour. La pi\u00e8ce dessine un parcours autour de ces personnages f\u00e9minins qui se posent ces questions sans pudeur et sans r\u00e9flexe partisan.<\/p>\n<p>Le th\u00e8me de la lib\u00e9ration d\u00e9passe cependant la question des r\u00f4les de genre. En posant la question du f\u00e9minin, Latifa Djerbi se saisit \u00e9galement de la question du statut d\u2019immigr\u00e9. Le personnage de Dounia, dans l\u2019avant-derni\u00e8re sc\u00e8ne, dit qu\u2019elle est \u00ab\u00a0comme tout le monde\u00a0[qu\u2019elle] n\u2019aime pas les Arabes\u00a0\u00bb, remettant en question la possibilit\u00e9 d\u2019appartenir pleinement \u00e0 une culture qui m\u00e9prise les femmes. Le statut d\u2019immigr\u00e9e, par ailleurs, lui interdit une identification totale \u00e0 sa culture d\u2019accueil. L\u2019entre-deux dans lequel \u00e9volue le personnage, bien qu\u2019inconfortable, semble contenir en puissance la possibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre au monde par d\u2019autres moyens que l\u2019identification \u00e0 une nation.<\/p>\n<p>La langue directe et sans d\u00e9tours de Latifa Djerbi accentue la franchise des questionnements soulev\u00e9s par la pi\u00e8ce. Dans chaque sc\u00e8ne ou presque, l\u2019interaction entre les personnages se construit sur la base de d\u00e9saccords et de conflits, verbalisant des positions politiques tr\u00e8s diverses. Parce que cette r\u00e9flexion est embray\u00e9e par un acc\u00e8s tout en complexit\u00e9 aux affects des personnages, elle \u00e9chappe aux attendus politiques pour poser la question de la constitution de l\u2019identit\u00e9 en d\u2019autres termes\u00a0: l\u2019humour est omnipr\u00e9sent et permet d\u2019extraire la probl\u00e9matique de la domination de la lourdeur tragique qu\u2019on lui pr\u00eate habituellement. C\u2019est par le rire \u00e9galement que Latifa Djerbi instaure une distance vis-\u00e0-vis du mat\u00e9riau autobiographique de la pi\u00e8ce, rendant sa propre exp\u00e9rience partageable. <em>La Danse des affranchies<\/em>, dans une l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 \u00e9clair\u00e9e et malicieuse, montre d\u2019autres moyens de se r\u00e9approprier son corps, ses racines et son identit\u00e9, s\u2019affranchissant des fronti\u00e8res g\u00e9ographiques, genr\u00e9es, symboliques ou culturelles.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pi\u00e8ce de Latifa Djerbi \/ Compte-rendu par Julia Cela . <\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":13491,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38],"tags":[155],"class_list":["post-13508","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","tag-julia-cela"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13508","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13508"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13508\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":22864,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13508\/revisions\/22864"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/13491"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13508"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13508"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13508"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}