{"id":13502,"date":"2019-05-01T14:11:37","date_gmt":"2019-05-01T12:11:37","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=13502"},"modified":"2025-02-10T12:18:49","modified_gmt":"2025-02-10T11:18:49","slug":"entretien-avec-marina-skalova","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/05\/entretien-avec-marina-skalova\/","title":{"rendered":"Entretien avec Marina Skalova"},"content":{"rendered":"<p>Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/maxime-hoffmann\/\">Maxime Hoffmann<\/a><\/p>\n<p>Un entretien autour de la pi\u00e8ce <em>La Chute des com\u00e8tes et des cosmonautes<\/em> \/ De Marina Skalova \/ Le 2 avril 2019 \/ <a href=\"https:\/\/lecourrier.ch\/app\/uploads\/2018\/08\/12-co-20.pdf\">Plus d&rsquo;infos<\/a><\/p>\n<figure id=\"attachment_13505\" aria-describedby=\"caption-attachment-13505\" style=\"width: 146px\" class=\"wp-caption alignright\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-13505\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/SKA1-600x821-146x200.jpg\" alt=\"\" width=\"146\" height=\"200\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/SKA1-600x821-146x200.jpg 146w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/SKA1-600x821-124x170.jpg 124w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/SKA1-600x821.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 146px) 100vw, 146px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-13505\" class=\"wp-caption-text\">\u00a9 Marina Skalova<\/figcaption><\/figure>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/05\/leffondrement-des-images\/\">Critique sur la pi\u00e8ce <em>La Chute des com\u00e8tes et des cosmonautes<\/em><\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p>Loin des com\u00e8tes et des cosmonautes, assis dans un bar en p\u00e9riph\u00e9rie de la ville de Gen\u00e8ve, j\u2019ai rencontr\u00e9 Marina Skalova. Nous avons \u00e9chang\u00e9 sur sa premi\u00e8re pi\u00e8ce th\u00e9\u00e2trale : <em>La Chute des com\u00e8tes et des cosmonautes<\/em>.<\/p>\n<p><strong>Maxime Hoffmann, pour l&rsquo;Atelier Critique (MH)<\/strong> : Au d\u00e9but, je vous avoue avoir eu de la peine \u00e0 entrer dans la pi\u00e8ce, car je sentais que quelque chose me d\u00e9passait. Puis je me suis aper\u00e7u que votre pi\u00e8ce \u00e9tait aussi un long po\u00e8me. Qu\u2019en pensez-vous ?<\/p>\n<p><strong>Marina Skalova (MS)<\/strong> : La tendance th\u00e9\u00e2trale actuelle voudrait que l\u2019on produise plut\u00f4t des mat\u00e9riaux bruts pour le plateau que des textes \u00e9crits par des auteurs vivants, valorisant l\u2019importance de la langue sur sc\u00e8ne. Or je trouve important de d\u00e9fendre le fait que la litt\u00e9rature dramatique est d\u2019abord de la litt\u00e9rature, au m\u00eame titre que la po\u00e9sie et le roman. Mon \u00e9criture est d\u2019abord et avant tout un travail sur la langue. Je suis donc tr\u00e8s heureuse que <em>La chute\u2026 <\/em>soit publi\u00e9e, et ne soit pas uniquement jug\u00e9e \u00e0 l\u2019aune de la repr\u00e9sentation.<\/p>\n<p><strong>MH<\/strong> : Dans votre pi\u00e8ce, il y a un aspect lyrique. Les mots s\u2019accumulent, parfois jusqu\u2019\u00e0 rendre floue la fronti\u00e8re des phrases. Ce \u00e0 quoi s\u2019ajoute de la versification en vers libres, et m\u00eame des versets d\u00e9limit\u00e9s par de la ponctuation blanche. Est-ce une mani\u00e8re de laisser beaucoup de place au metteur en sc\u00e8ne et au com\u00e9dien ?<\/p>\n<p><strong>MS<\/strong> : Il y a surtout une \u00e9criture du rythme et de la scansion. J\u2019\u00e9cris \u00e0 l\u2019oral, il y a une dimension masticatoire, sonore, avec de nombreuses allit\u00e9rations, assonances, et des processus d\u2019acc\u00e9l\u00e9ration. L\u2019absence de ponctuation dans les monologues correspond pour moi \u00e0 une vitesse de diction, une rapidit\u00e9 de parole et de pens\u00e9e qui serait ralentie par les virgules, et qui exprime la fr\u00e9n\u00e9sie, l\u2019obsession, la dimension circulaire du traumatisme\u2026 Et en contrepoint, la versification de la parole du p\u00e8re peut renvoyer \u00e0 une po\u00e9sie narrative, documentaire. Un souffle plus lent. Sa trajectoire serait plut\u00f4t de l\u2019ordre de l\u2019\u00e9pop\u00e9e, avec une gradation d\u2019\u00e9tapes et d\u2019\u00e9preuves. Dans les deux cas, la pr\u00e9sence ou l\u2019absence de ponctuation propose un souffle, s\u2019adresse \u00e0 la diction du com\u00e9dien. Id\u00e9alement, le texte de th\u00e9\u00e2tre est une partition. Il s\u2019agit d\u2019\u00e9crire les silences.<\/p>\n<p><strong>MH<\/strong> : \u00c0 la lecture, on se rend assez vite compte d\u2019un d\u00e9calage dans les paroles des personnages. Tous deux semblent poursuivre des images, peut-\u00eatre fantasm\u00e9es, dans une qu\u00eate qui les a fatigu\u00e9s et qui les plonge dans une forme de d\u00e9sint\u00e9r\u00eat face au monde. Vous \u00eates vous-m\u00eame une femme qui a voyag\u00e9 et v\u00e9cu dans diff\u00e9rents pays. Vous \u00eates n\u00e9e \u00e0 Moscou, puis vous \u00eates partie en France. D\u00e9j\u00e0 l\u00e0, on ne peut pas s\u2019emp\u00eacher de faire un parall\u00e8le avec le personnage f\u00e9minin de la pi\u00e8ce \u2013 est-ce qu\u2019on a le droit ?<\/p>\n<p><strong>MS<\/strong> : Oui, on a le droit de faire ce parall\u00e8le. C\u2019est vrai qu\u2019il y a des \u00e9l\u00e9ments autobiographiques dans la pi\u00e8ce. Mais il y a surtout tout ce qui se transforme lorsque le r\u00e9el devient langue, et ainsi devient fiction. Tout est vrai et tout est faux. Au final, le r\u00e9el est un mat\u00e9riau comme un autre, qui s\u2019entrem\u00eale avec des \u00e9l\u00e9ments fictionnels. Ce qui est authentique, c\u2019est la situation initiale du personnage f\u00e9minin, le fait d\u2019avoir grandi avec des valeurs issues d\u2019un univers sovi\u00e9tique englouti, qui ne sont plus en ad\u00e9quation avec le monde d\u2019aujourd\u2019hui. La probl\u00e9matique de base, qui m\u2019a guid\u00e9e dans la pi\u00e8ce et qui d\u00e9coulait d\u2019un sentiment personnel, \u00e9tait mon impression d\u2019avoir grandi sur un il\u00f4t sovi\u00e9tique, hors-sol, avec des parents d\u00e9boussol\u00e9s et sans rep\u00e8res en Occident, sans savoir comment faire dans ce monde. Les deux personnages de la pi\u00e8ce sont face \u00e0 leur solitude, ils se d\u00e9battent avec un individualisme tr\u00e8s fort dans leur soci\u00e9t\u00e9 d\u2019arriv\u00e9e. La question de la libert\u00e9, entrevue et r\u00eav\u00e9e \u00e0 la sortie de l\u2019URSS, mise sur le m\u00eame plan que la libert\u00e9 de march\u00e9, \u00e9tait centrale pour moi. L\u2019\u00e9chec des espoirs li\u00e9s au lib\u00e9ralisme est illustr\u00e9 pour moi par le personnage de la fille, qui se heurte \u00e0 la marchandisation des relations humaines.<\/p>\n<p><strong>MH<\/strong> : Est-ce que vous n\u2019avez pas peur d\u2019\u00e9voquer un univers qui est peut-\u00eatre \u00e9loign\u00e9 du public francophone d\u2019aujourd\u2019hui ? ou alors, esp\u00e9rez-vous donner une image de ce que l\u2019on ressent lorsqu\u2019on est associ\u00e9 \u00e0 un pays qui a v\u00e9cu sur un fantasme et qui s\u2019est \u00e9croul\u00e9 ?<\/p>\n<p><strong>MS<\/strong> : Ce qui me faisait peur, c\u2019\u00e9tait une forme de folklorisation dans la mise en sc\u00e8ne. Que la pi\u00e8ce soit abord\u00e9e avec des clich\u00e9s un peu \u00ab exotisants \u00bb, les clich\u00e9s de l\u2019Occident face \u00e0 l\u2019Europe de l\u2019Est. Cela pose la question des repr\u00e9sentations auxquelles la pi\u00e8ce renvoie les metteurs en sc\u00e8ne, la fa\u00e7on dont on montre un autre que l\u2019on ne conna\u00eet pas forc\u00e9ment\u2026<\/p>\n<p><strong>MH<\/strong> : Justement, la pi\u00e8ce a \u00e9t\u00e9 jou\u00e9e au Poche [du 04.02 au 17.03 2019], qu\u2019en avez-vous pens\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p><strong>MS<\/strong> : J\u2019ai plut\u00f4t pens\u00e9 du bien de la mise en sc\u00e8ne. J\u2019ai particuli\u00e8rement appr\u00e9ci\u00e9 le travail visuel, les images projet\u00e9es sur sc\u00e8ne, mais aussi le traitement des \u00ab CATA-STROPHES \u00bb comme des bulles oniriques, des moments hors du temps. La metteure en sc\u00e8ne, Nathalie Cuenet, avait \u00e0 c\u0153ur de respecter ce que j\u2019ai fait, ce qui n\u2019est pas toujours le cas avec d\u2019autres metteurs en sc\u00e8ne. Apr\u00e8s, c\u2019est toujours une exp\u00e9rience un peu violente, il y a eu pas mal de coupes, donc forc\u00e9ment une alt\u00e9ration. En tant qu\u2019auteure de th\u00e9\u00e2tre, il faut r\u00e9pondre d\u2019un travail qui nous \u00e9chappe.<\/p>\n<p><strong>MH<\/strong> : Maintenant que vos textes sont \u00e9dit\u00e9s et que votre pi\u00e8ce se joue, pouvez-vous nous dire ce que cela fait d\u2019\u00eatre \u00e9crivaine ?<\/p>\n<p><strong>MS<\/strong> : Disons que c\u2019est un chemin plein de doutes, pas tr\u00e8s simple. Je sais ce que cela m\u2019a co\u00fbt\u00e9 d\u2019\u00e9crire mes textes, donc un peu de reconnaissance ne fait pas de mal. N\u00e9anmoins, \u00e0 chaque nouveau texte on commence \u00e0 z\u00e9ro, c\u2019est toujours un peu la travers\u00e9e du d\u00e9sert. On ne peut pas se reposer sur ses r\u00e9ussites, l\u2019\u00e9criture est une pratique exigeante et fondamentalement ins\u00e9curisante. C\u2019est aussi pour cela que c\u2019est magnifique. Je suis heureuse d\u2019avoir pu en faire mon m\u00e9tier \u2013 et j\u2019esp\u00e8re pouvoir continuer \u00e0 \u00e9crire.<\/p>\n<p><strong>MH<\/strong> : Vous avez commenc\u00e9 par de la po\u00e9sie, puis le r\u00e9cit, puis le roman, maintenant le th\u00e9\u00e2tre : est-ce que vous explorez syst\u00e9matiquement les genres ?<\/p>\n<p><strong>MS<\/strong> : J\u2019\u00e9cris surtout de la po\u00e9sie, qui se retrouve class\u00e9e par hasard dans un rayon ou un autre. Mes textes <em>Amarres <\/em>et<em> Exploration du flux<\/em> auraient aussi pu porter la mention \u00ab po\u00e9sie \u00bb. Mes \u00e9diteurs m\u2019ont propos\u00e9 d\u2019\u00e9crire \u00ab\u00a0Roman\u00a0\u00bb sur la couverture de ces deux livres, ce que j\u2019ai refus\u00e9, car je ne me sens pas romanci\u00e8re. Mais cela montre \u00e0 quel point la question du genre est flottante aujourd\u2019hui. Le march\u00e9 litt\u00e9raire continue \u00e0 \u00eatre divis\u00e9 selon des genres canoniques, qui ne veulent pas dire grand-chose lorsque l\u2019on \u00e9crit. La particularit\u00e9 pour <em>La Chute des com\u00e8tes et des cosmonautes <\/em>est que j\u2019avais une commande d\u2019\u00e9criture th\u00e9\u00e2trale du POCHE\/GVE, dans le cadre du dispositif <em>St\u00fccklabor<\/em>. Je devais \u00e9crire une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre, donc je voulais bien faire les choses, \u00e9crire une \u00ab\u00a0vraie\u00a0\u00bb pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre avec des dialogues et tout. Mais fondamentalement, ma d\u00e9marche d\u2019\u00e9criture est la m\u00eame. Les m\u00e9taphores et le travail sur la langue comme flux se retrouvent d\u2019un texte \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n<p><strong>MH<\/strong> : Vous ma\u00eetrisez trois langues assez bien pour \u00eatre capable de les traduire. En lisant, j\u2019ai cru remarquer des expressions allemandes traduites en fran\u00e7ais, il y a aussi ces mots russes prononc\u00e9s par le p\u00e8re. Est-ce que vous cherchez \u00e0 faire circuler les langues entre elles, \u00e0 rendre les fronti\u00e8res un peu plus floues ?<\/p>\n<p><strong>MS<\/strong> : Ce n\u2019est pas n\u00e9cessairement un militantisme, c\u2019est juste que les choses se passent en plusieurs langues dans ma t\u00eate. En \u00e9crivant, j\u2019essaie de trouver une expression qui est au plus proche de ma fa\u00e7on de penser. Selon la langue, une phrase ou un mot peuvent avoir telle couleur, telle intensit\u00e9&#8230; Parfois, un mot en allemand ou une expression en russe m\u2019apparaissent comme justes, m\u00eame s\u2019ils ne sont pas n\u00e9cessairement lisibles hors traduction pour le lecteur. Il y a diff\u00e9rentes strat\u00e9gies par rapport \u00e0 \u00e7a, on peut effectivement le laisser tel quel et soumettre le lecteur \u00e0 une exp\u00e9rience de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, on peut aussi se questionner sur les d\u00e9placements produits par la traduction. Mon premier recueil a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit entre deux langues. J\u2019adorerais rendre les fronti\u00e8res entre les langues plus floues, mais cela pose aussi la question du lecteur : \u00e0 quel point puis-je lui imposer de l\u2019incompr\u00e9hension tout en restant dans une forme de communication ?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Maxime Hoffmann . <\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":13505,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[199],"class_list":["post-13502","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-entretien","tag-maxime-hoffmann"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13502","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13502"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13502\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":22765,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13502\/revisions\/22765"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/13505"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13502"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13502"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13502"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}