{"id":13498,"date":"2019-05-01T15:02:53","date_gmt":"2019-05-01T13:02:53","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=13498"},"modified":"2025-02-10T12:17:49","modified_gmt":"2025-02-10T11:17:49","slug":"entretien-avec-anne-frederique-rochat","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/05\/entretien-avec-anne-frederique-rochat\/","title":{"rendered":"Entretien avec Anne-Fr\u00e9d\u00e9rique Rochat"},"content":{"rendered":"<p>Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/ivan-garcia\/\">Ivan Garcia<\/a><\/p>\n<p>Un entretien autour de la pi\u00e8ce <em>Lunatic Asylum<\/em> \/ De Anne-Fr\u00e9d\u00e9rique Rochat \/ Le 27 mars 2019 \/ <a href=\"https:\/\/lecourrier.ch\/2018\/07\/23\/lunatic-asylum\/\">Plus d&rsquo;infos<\/a><\/p>\n<figure id=\"attachment_13499\" aria-describedby=\"caption-attachment-13499\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignright\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-13499 size-medium\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/624-300x169.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"169\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/624-300x169.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/624-250x141.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/624.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-13499\" class=\"wp-caption-text\">\u00a9 Dominique Derisbourg<\/figcaption><\/figure>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/05\/la-fete-des-fous-en-musique\/\">Critique sur la pi\u00e8ce <em>Lunatic Asylum<\/em><\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p>C\u2019est au Caf\u00e9 Les Arcades, \u00e0 Lausanne, le 27 mars 2019, que nous retrouvons Anne-Fr\u00e9d\u00e9rique Rochat pour parler de sa pi\u00e8ce, <em>Lunatic Asylum<\/em>.<\/p>\n<p><strong>Ivan Garcia, pour l\u2019Atelier Critique (IG) <\/strong>: <em>Lunatic Asylum <\/em>n\u2019est pas votre premi\u00e8re cr\u00e9ation. Qui en fera cette fois la mise en sc\u00e8ne\u00a0?<\/p>\n<p><strong>Anne-Fr\u00e9d\u00e9rique Rochat (AFR)\u00a0<\/strong>:\u00a0A la base, cette pi\u00e8ce est une commande du musicien et compositeur, Lee Maddeford, qui souhaitait que l\u2019on travaille ensemble\u00a0; son souhait \u00e9tait de r\u00e9aliser une com\u00e9die musicale un peu folle. Pour ce faire, il a eu envie de collaborer avec le metteur en sc\u00e8ne Lorenzo Malaguerra, directeur du th\u00e9\u00e2tre du Crochetan, \u00e0 Monthey. Nous avons donc discut\u00e9 de ce projet, ensemble, et ils m\u2019ont dit avoir pens\u00e9 \u00e0 une pi\u00e8ce qui se d\u00e9roulerait dans un asile\u00a0; pour le reste, j\u2019avais carte blanche. Je n\u2019effectuerai donc pas la mise en sc\u00e8ne moi-m\u00eame et ne jouerai pas dedans, car je suis com\u00e9dienne mais pas chanteuse.<\/p>\n<p><strong>IG <\/strong>: Dans votre pi\u00e8ce, on assiste \u00e0 l\u2019apparition de ce que Brecht nommait des \u00ab<em>songs<\/em>\u00bb &#8211; des passages chant\u00e9s en ch\u0153ur ou en solo \u2013 pourquoi les avoir \u00e9crits en vers\u00a0?<\/p>\n<p><strong>AFR\u00a0<\/strong>: J\u2019ai toujours appr\u00e9ci\u00e9 la versification, entendre les choses rimer de mani\u00e8re r\u00e9guli\u00e8re me pla\u00eet, j\u2019avais donc envie de m\u2019essayer \u00e0 cela. Cependant, Lee Maddeford aime briser la m\u00e9trique et la r\u00e9gularit\u00e9, on cassera donc peut-\u00eatre par moments cette syst\u00e9matique. J\u2019ai pris exemple sur des chansons que j\u2019aimais ou alors, effectivement, sur Brecht, notamment sur <em>L\u2019Op\u00e9ra de Quat\u2019sous<\/em>, afin de voir comment ce dernier \u00e9crivait, composait et mettait en sc\u00e8ne ces passages chant\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>IG<\/strong>\u00a0: Pourquoi avoir intitul\u00e9 votre pi\u00e8ce <em>Lunatic Asylum\u00a0<\/em>?<\/p>\n<p><strong>AFR<\/strong>\u00a0: Initialement, le titre que j\u2019avais choisi \u2013 et que j\u2019aime toujours beaucoup \u2013 \u00e9tait <em>Maison de repos<\/em>. Cependant, cela sonne un peu vieillot. Le metteur en sc\u00e8ne [Lorenzo Malaguerra] n\u2019appr\u00e9ciait pas le titre\u00a0; il trouvait que cela ne convenait pas pour un texte de com\u00e9die musicale. J\u2019ai donc opt\u00e9 pour un titre en anglais qui \u00e9voque un peu un univers <em>cartoon<\/em> ; le titre est \u00e9galement un clin d\u2019\u0153il \u00e0 la chanson <em>Lunatic Asylum <\/em>de Serge Gainsbourg que j\u2019appr\u00e9cie \u00e9norm\u00e9ment.<\/p>\n<p><strong>IG <\/strong>: Dans votre manuscrit, il n\u2019y a pas d\u2019indication de d\u00e9coupage en sc\u00e8nes ou en actes; en revanche, il y en a, avec une division des lieux (le couloir, le bureau,\u2026)\u2026<\/p>\n<p><strong>AFR<\/strong>\u00a0: J\u2019ai en effet fait en sorte que le d\u00e9coupage se fasse en fonction des lieux (1. Le bureau, 2, Le couloir, 3. La salle commune, \u2026). Par la suite, ce sera au metteur en sc\u00e8ne de trouver la rythmique des sc\u00e8nes, vu que celles-ci sont li\u00e9es au lieu. Lorsqu\u2019il y a changement de lieu, il y a \u00e9galement changement de sc\u00e8ne, ce qui a un impact sur la narration.<\/p>\n<p><strong>IG\u00a0: <\/strong>Comment \u00e9crivez-vous\u00a0?<\/p>\n<p><strong>AFR<\/strong>\u00a0: J\u2019\u00e9cris de mani\u00e8re plut\u00f4t instinctive. Je r\u00e9fl\u00e9chis d\u2019abord aux personnages, aux th\u00e8mes que j\u2019ai envie de traiter, et j\u2019imagine leurs sp\u00e9cificit\u00e9s, ainsi que la fable qui va \u00eatre cont\u00e9e.<br \/>\nApr\u00e8s cela, je me lance, mais je n\u2019\u00e9cris pas rapidement\u00a0; j\u2019avance, en g\u00e9n\u00e9ral, \u00e0 un rythme d\u2019environ deux pages par jour. Puis une fois que j\u2019ai termin\u00e9, je relis plusieurs fois le texte, avant de le laisser reposer, si possible un ou deux mois (voire plus), avant de le reprendre avec un peu de recul et un \u0153il neuf.<\/p>\n<p><strong>IG\u00a0<\/strong>: Combien de temps cela vous a-t-il pris d\u2019\u00e9crire cette pi\u00e8ce\u00a0?<\/p>\n<p><strong>AFR\u00a0<\/strong>: L\u2019\u00e9criture m\u2019a pris environ deux mois, pour la premi\u00e8re version. En tout, presque une ann\u00e9e avec les diff\u00e9rentes relectures, modifications et r\u00e9flexions.<\/p>\n<p><strong>IG<\/strong>\u00a0: L\u2019atmosph\u00e8re de votre texte est \u00e9trange. Il se place \u00e0 la fronti\u00e8re entre le r\u00eave et la r\u00e9alit\u00e9, entre la trag\u00e9die et la com\u00e9die. A bien le lire, on dirait que c\u2019est plut\u00f4t au public de trancher\u00a0; est-ce un effet volontaire\u00a0?<\/p>\n<p><strong>AFR<\/strong>\u00a0: C\u2019est un effet totalement volontaire, ce qui m\u2019enchante, d\u2019ailleurs. A titre personnel, j\u2019appr\u00e9cie lorsque l\u2019atmosph\u00e8re est ambigu\u00eb et que le rire se m\u00e9lange \u00e0 la gravit\u00e9. A ce niveau, le metteur en sc\u00e8ne aura un grand r\u00f4le \u00e0 jouer, puisqu\u2019il pourra choisir d\u2019aller dans le sens de cette ambigu\u00eft\u00e9 ou de choisir une autre voie. Pour ma part, j\u2019aimerais bien que cela reste ambigu et que le spectateur ne sache pas s\u2019il doit rire ou pleurer. Pour moi, il s\u2019agit d\u2019une com\u00e9die grin\u00e7ante avec des parties chant\u00e9es. Mais, en m\u00eame temps, le fait que l\u2019on ne puisse pas classer une \u0153uvre dans une cat\u00e9gorie g\u00e9n\u00e9rique ne me d\u00e9range pas ; j\u2019adore l\u2019hybridit\u00e9 et trouve cela int\u00e9ressant.<\/p>\n<p><strong>IG<\/strong>\u00a0: Vous semblez, au cours de la pi\u00e8ce, jouer sur les codes ou les attentes des spectateurs avec de \u00abfaux\u00bb indices, visuels, tels que le tablier du cuisiner t\u00e2ch\u00e9 de sang et les d\u00e9guisements, ou sonores, comme les hurlements ou les dialogues. Avez-vous souhait\u00e9 volontairement pi\u00e9ger les lecteurs et le public ?<\/p>\n<p><strong>AFR<\/strong>\u00a0: J\u2019aime jouer avec les codes th\u00e9\u00e2traux et aussi les clich\u00e9s. Les d\u00e9placer ou les renverser, cela est voulu de ma part, afin d\u2019amuser et surprendre le spectateur.<\/p>\n<p><strong>IG<\/strong>\u00a0: Les th\u00e9matiques du travestissement, de l\u2019identit\u00e9 multiple, de la chirurgie esth\u00e9tique et autres apparaissent dans la pi\u00e8ce\u00a0; \u00e9prouvez-vous une fascination pour ce type de changements\u00a0? Quel est votre rapport \u00e0 ceux-ci ?<\/p>\n<p><strong>AFR<\/strong>\u00a0: Dans le pr\u00e9sent cas, j\u2019avais la chance de pouvoir disposer de neuf personnages, ce qui est beaucoup (peut-\u00eatre m\u00eame trop, vu les contraintes mat\u00e9rielles qui p\u00e8sent sur la mise en sc\u00e8ne). De ce fait, il fallait leur trouver des particularit\u00e9s et j\u2019y ai plac\u00e9 les th\u00e9matiques qui m\u2019int\u00e9ressent\u00a0: le travestissement, les personnages androgynes, les \u00e9tiquettes. Th\u00e9matiques que j\u2019ai, d\u2019ailleurs, \u00e9galement explor\u00e9es dans d\u2019autres pi\u00e8ces et qui d\u00e9notent des questions tr\u00e8s actuelles, notamment celle du genre. Si l\u2019on prend le cas de la psychiatre, dans la pi\u00e8ce, elle s\u2019inqui\u00e8te, car elle ne parvient pas \u00e0 d\u00e9finir le genre du personnage de Claude (l\u2019homme de m\u00e9nage de l\u2019asile) ; est-il un homme ou est-il une femme\u00a0? Il devient louche aux yeux de celle-ci et cela d\u00e9note un certain mal-\u00eatre face \u00e0 ce qu\u2019on ne peut qualifier avec certitude. Quant au th\u00e8me de la chirurgie esth\u00e9tique, celui-ci touche \u00e0 la fois \u00e0 la question de l\u2019apparence et de la beaut\u00e9. Je trouvais int\u00e9ressant d\u2019explorer cette distinction entre des patients marginaux, en qu\u00eate d\u2019acceptation de soi, qui \u2013 en m\u00eame temps \u2013 recherchent une norme, incarn\u00e9e notamment par ce m\u00e9decin fou adepte de la chirurgie esth\u00e9tique, dont la vis\u00e9e est de rendre les gens physiquement parfaits. On consid\u00e8re qu\u2019une fois l\u2019un des personnages rendu beau, ce dernier peut quitter l\u2019asile\u00a0; il n\u2019a plus de probl\u00e8me, car ceux-ci \u00e9taient li\u00e9s au fait qu\u2019il \u00e9tait laid. C\u2019est une mani\u00e8re de critiquer cette notion, explor\u00e9e par tous les magazines et la t\u00e9l\u00e9vision, \u00abun esprit sain dans un corps sain\u00bb, cette dictature de la beaut\u00e9 et de la jeunesse, qui \u2013 je trouve \u2013 est tr\u00e8s forte actuellement.<\/p>\n<p><strong>IG<\/strong>\u00a0: O\u00f9 est le personnage d\u2019Herv\u00e9 Chor\u00a0\u2026? [Ce personnage est souvent mentionn\u00e9 dans le texte mais n\u2019appara\u00eet jamais].<\/p>\n<p><strong>AFR<\/strong>\u00a0: Je l\u2019imagine clou\u00e9 au lit et ne pouvant plus bouger, \u00e0 cause des m\u00e9dicaments. On dit toujours de lui qu\u2019\u00a0\u00ab\u00a0il se repose\u00a0\u00bb. C\u2019est un personnage que je n\u2019ai jamais eu l\u2019intention de faire intervenir dans une sc\u00e8ne. J\u2019appr\u00e9cie l\u2019id\u00e9e de mentionner quelqu\u2019un que le public ne voit, finalement, jamais, et qui ne sera que le fruit de l\u2019imagination de chacun.<\/p>\n<p><strong>IG<\/strong>\u00a0: Pourquoi faire appara\u00eetre \u00e0 plusieurs reprises le personnage de Claude, seul entre deux sc\u00e8nes\u00a0?<\/p>\n<p><strong>AFR<\/strong>\u00a0: J\u2019aime bien le fait qu\u2019il y ait des sc\u00e8nes, courtes, qui permettent au public de respirer. Dans la sc\u00e8ne pr\u00e9c\u00e9dente, la psychiatre et le docteur parlent de lui et \u00e9mettent l\u2019hypoth\u00e8se que ce serait lui le tueur. J\u2019avais donc envie qu\u2019on voit ce personnage traverser le couloir en sifflotant, afin que le spectateur imagine qu\u2019il cache un cadavre dans son chariot.<\/p>\n<p><strong>IG<\/strong>\u00a0: Cela fait tr\u00e8s s\u00e9rie t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e ou cin\u00e9ma\u2026<\/p>\n<p><strong>AFR<\/strong>\u00a0: Personnellement, j\u2019appr\u00e9cie ce genre de messages plus populaires\u00a0; ce genre de m\u00e9lange cr\u00e9e un peu de <em>suspense<\/em>.<\/p>\n<p><strong>IG\u00a0<\/strong>: Vous \u00eates dramaturge, com\u00e9dienne mais aussi romanci\u00e8re. J\u2019ai pris le temps de m\u2019int\u00e9resser \u00e0 votre \u0153uvre romanesque. Dans <em>La Ferme (vue de nuit)<\/em> et<em> L\u2019Autre Edgar<\/em>, l\u2019atmosph\u00e8re exprime une sorte d\u2019optimisme bon enfant, sous tant de noirceur. Dans <em>Lunatic Asylum<\/em>, le spectateur est \u00e9galement confront\u00e9 \u00e0 cet univers, tant\u00f4t charmant et enfantin, tant\u00f4t sombre et angoissant. Dans quelle mesure cela caract\u00e9rise-t-il, selon vous, votre \u00e9criture\u00a0?<\/p>\n<p><strong>AFR\u00a0<\/strong>: Je ne me rends pas forc\u00e9ment compte mais c\u2019est peut-\u00eatre ma fa\u00e7on sp\u00e9cifique d\u2019aborder l\u2019existence, de poser mon regard sur le monde. Plusieurs personnes qui ont lu mes ouvrages m\u2019ont fait remarquer que, souvent, il y a cette touche de candeur et que, sous celle-ci, il y a des \u00e9l\u00e9ments plus cyniques ou plus sombres. Il s\u2019agit de ma mani\u00e8re d\u2019\u00e9crire, mais cela n\u2019est pas quelque chose d\u2019intentionnel\u2026 Cette petite musique faussement na\u00efve se cr\u00e9e un peu malgr\u00e9 moi.<\/p>\n<p><strong>IG<\/strong>\u00a0: Cela rappelle, notamment, le personnage de Sullivan, dans <em>Lunatic Asylum<\/em>, qui chantonne \u00abPin-pon la petite auto jaune\u00bb. Pourquoi chante-t-il cela\u00a0?<\/p>\n<p><strong>AFR<\/strong>\u00a0: C\u2019est un effet que tout le monde ne comprendra pas. En fait, la petite auto jaune est une voiture qui, \u00e0 une certaine \u00e9poque, circulait dans la r\u00e9gion lausannoise. Sa fonction \u00e9tait d\u2019emmener les personnes atteintes de pathologies mentales \u00e0 l\u2019h\u00f4pital psychiatrique de Cery. Si l\u2019on cherche sur Internet, nous trouvons quelques r\u00e9f\u00e9rences au sujet de la petite auto jaune qui menait \u00e0 cet asile. Quand j\u2019\u00e9tais petite et que je disais des choses absurdes, ma maman me disait pour rigoler \u00abPin-pon la petite auto jaune\u00bb. Je me demandais si c\u2019\u00e9tait uniquement quelque chose dit au sein de ma famille mais, visiblement non, il s\u2019agit d\u2019une r\u00e9f\u00e9rence r\u00e9gionale, voire d\u2019une expression courante\u00a0; il me semble, m\u00eame, qu\u2019un artiste en a fait une chanson. Si le texte est \u00e9dit\u00e9, je r\u00e9digerai une note explicative, afin d\u2019expliciter cette r\u00e9f\u00e9rence.<\/p>\n<p><strong>IG\u00a0<\/strong>: Dans votre pi\u00e8ce, il y a un peu la fascination du costume\u00a0; d\u2019ailleurs, l\u2019action se d\u00e9roule \u00e0 la p\u00e9riode d\u2019Halloween. Est-ce li\u00e9 \u00e0 une symbolique particuli\u00e8re\u00a0?<\/p>\n<p><strong>AFR<\/strong>\u00a0: L\u2019id\u00e9e du bal d\u2019Halloween me paraissait un \u00e9l\u00e9ment amusant et il est vrai que la pi\u00e8ce aborde cette th\u00e9matique, d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9e, du travestissement\u00a0; qui est-on\u00a0? Comment est-on\u00a0? Quel masque, quel costume porte-t-on\u00a0? Au final, le personnage qui se travestit le plus, qui cache le plus sa v\u00e9ritable personnalit\u00e9, c\u2019est <em>Herr Doktor<\/em>. Et ce sont les patients qui sont les plus sinc\u00e8res et se travestissent le moins. J\u2019aime bien aussi l\u2019id\u00e9e du costume, en \u00e9cho au r\u00f4le que les personnages occupent dans la soci\u00e9t\u00e9. Du c\u00f4t\u00e9 des patients, il s\u2019agit de marginaux, qui peinent \u00e0 trouver leur place. Tandis que le docteur et la psychiatre, qui sont cens\u00e9s \u00eatre les soignants, incarnent la loi, le pouvoir. Mais eux-m\u00eames sont peut-\u00eatre d\u2019anciens patients\u2026\u00a0? Qui est qui\u00a0? Une piste de jeu ou de mise en sc\u00e8ne int\u00e9ressante \u00e0 explorer, une mise en ab\u00eeme, serait l\u2019id\u00e9e que l\u2019asile a \u00e9t\u00e9 totalement abandonn\u00e9, les anciens soignants tu\u00e9s, et tous les personnages de la pi\u00e8ce jouent \u00e0 tenir un asile de fous. Cela pourrait \u00eatre un sous-texte de jeu pour les com\u00e9diens que ne lira peut-\u00eatre pas le spectateur.<\/p>\n<p><strong>IG <\/strong>: Vous avez \u00e9galement \u00e9t\u00e9 s\u00e9lectionn\u00e9e pour le prix des lecteurs de la Ville de Lausanne, en 2016, pour un roman, <em>Le Chant du canari<\/em>, aux c\u00f4t\u00e9s, par exemple de J\u00e9r\u00f4me Meizoz et Antoine Jaquier. Quelle est votre place et comment vous situez-vous par rapport \u00e0 cette vague d\u2019auteurs romands contemporains\u00a0?<\/p>\n<p><strong>AFR <\/strong>: Il est vrai que, chaque ann\u00e9e, il y a de plus en plus d\u2019auteurs. Cela est positif, vu que cela montre une vigueur incroyable de la litt\u00e9rature romande contemporaine. Quant \u00e0 la question de la place, il peut sembler difficile de la trouver, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019il y a, chaque ann\u00e9e, de plus en plus d\u2019ouvrages qui paraissent, alors que le nombre de journaux a tendance \u00e0 diminuer. A titre personnel, je pense que la question de la place est plus une question de chemin. Chacun a sa trajectoire, parmi nous, et ce qui est int\u00e9ressant, c\u2019est d\u2019adopter une d\u00e9marche sur le long terme. En outre, nous \u00e9crivons tous des choses assez diff\u00e9rentes, que ce soient J\u00e9r\u00f4me Meizoz, Max Lobe, M\u00e9lanie Chappuis, Marianne Brun et bien d\u2019autres, nos univers sont tous extr\u00eamement distincts\u00a0; chaque ann\u00e9e, de nouvelles personnes sont publi\u00e9es ou se mettent \u00e0 \u00e9crire et cela est \u00e0 la fois fou et excitant. En effet, au vu des places limit\u00e9es, il est impossible de publier tout le monde mais le nombre d\u2019ouvrages disponibles ne cesse d\u2019augmenter. Pour moi qui adore lire, la d\u00e9couverte de ces univers forts et diff\u00e9rents est extr\u00eamement plaisante. Je pense qu\u2019il n\u2019y a pas \u00e0 complexer, comme ce fut le cas \u00e0 une \u00e9poque, sur la fameuse dichotomie entre litt\u00e9rature romande et la litt\u00e9rature francophone. Aujourd\u2019hui, la litt\u00e9rature en Suisse romande rec\u00e8le beaucoup d\u2019auteurs de qualit\u00e9 et conna\u00eet une effervescence importante, ce qui est tout-\u00e0-fait impressionnant.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Ivan Garcia . <\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":13499,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[176],"class_list":["post-13498","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-entretien","tag-ivan-garcia"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13498","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13498"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13498\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":22763,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13498\/revisions\/22763"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/13499"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13498"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13498"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13498"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}