{"id":13418,"date":"2019-04-16T09:07:42","date_gmt":"2019-04-16T07:07:42","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=13418"},"modified":"2025-02-09T17:22:47","modified_gmt":"2025-02-09T16:22:47","slug":"poscriptum","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/04\/poscriptum\/","title":{"rendered":"Poscriptum"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Poscriptum<\/h2>\n\n\n<p>Cr\u00e9ation et mise en sc\u00e8ne de la Cie Les Diptik et Sky de Sela \/ CPO d\u2019Ouchy \/ du 6 au 7 avril 2019 \/ Critiques par Jade Lambelet et Oc\u00e9ane Forster.\u00a0<\/p>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Surmenage de neurones aux Temps Modernes<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>7 avril 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/jade-lambelet\/\">Jade Lambelet<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"531\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Poscriptum4-Les-Diptik-copyright-Julian-James-Auzan-1920x996-1024x531.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13416\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Poscriptum4-Les-Diptik-copyright-Julian-James-Auzan-1920x996-1024x531.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Poscriptum4-Les-Diptik-copyright-Julian-James-Auzan-1920x996-250x130.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Poscriptum4-Les-Diptik-copyright-Julian-James-Auzan-1920x996-300x156.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Poscriptum4-Les-Diptik-copyright-Julian-James-Auzan-1920x996-768x398.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Poscriptum4-Les-Diptik-copyright-Julian-James-Auzan-1920x996-624x324.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Poscriptum4-Les-Diptik-copyright-Julian-James-Auzan-1920x996.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Julian James Auzan<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Le duo comique de la Cie Les Diptik nous plonge dans le quotidien farfelu de deux neurones issus du Centre du Tri du D\u00e9partement des M\u00e9moires. L\u2019humour clownesque et le comique absurde qui naissent de leurs p\u00e9rip\u00e9ties rendent un brillant hommage aux plus grandes com\u00e9dies du cin\u00e9ma burlesque am\u00e9ricain du si\u00e8cle dernier. Outre les gags, sketchs et autres plaisanteries \u2013 qu\u2019ils manipulent \u00e0 la perfection \u2013, les deux acolytes transposent sur sc\u00e8ne une po\u00e9sie inspir\u00e9e et savamment satirique des fragilit\u00e9s humaines et des angoisses contemporaines. De quoi amuser petits et grands.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Nestor et sa cheffe Brote, deux neurones employ\u00e9s au Centre du Tri du D\u00e9partement des M\u00e9moires, travaillent ensemble sans rel\u00e2che \u00e0 l\u2019archivage et \u00e0 l\u2019assimilation de tous les souvenirs, regrets et autres pens\u00e9es produites et per\u00e7ues dans le cerveau d\u2019un individu r\u00e9cemment promu \u00ab&nbsp;meilleur \u00e9crivain&nbsp;\u00bb. D\u00e9bord\u00e9s par l\u2019afflux grandissant de cette mati\u00e8re, les deux coll\u00e8gues se questionnent sur la r\u00e9alit\u00e9 de leur existence, la n\u00e9cessit\u00e9 de leur fonction et de leur r\u00f4le. Malgr\u00e9 les appels impatients de leur sup\u00e9rieur hi\u00e9rarchique Monsieur Fox, l\u2019humeur parfois nuageuse de l\u2019\u00eatre humain auquel ils appartiennent et les quelques coupures d\u2019\u00e9lectrons, Brote et Nestor semblent parvenir, tant bien que mal, \u00e0 s\u2019acquitter de leur devoir. Jusqu\u2019au moment o\u00f9 l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence est d\u00e9clar\u00e9&nbsp;: le dysfonctionnement g\u00e9n\u00e9ral des tous les d\u00e9partements (de la m\u00e9moire, de la volont\u00e9, des d\u00e9cisions, des \u00e9motions, de l\u2019estime de soi) oblige tous les neurones \u00e0 se r\u00e9fugier dans le subconscient afin de proc\u00e9der \u00e0 une r\u00e9initialisation\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Une muraille de cartons embo\u00eet\u00e9s \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un puzzle g\u00e9ant occupe tout l\u2019espace de l\u2019avant-sc\u00e8ne jusqu\u2019au plafond. D\u2019embl\u00e9e, cette imposante construction intrigue&nbsp;: quelle pi\u00e8ce sera extraite en premier sans risquer de faire s\u2019effondrer le tout&nbsp;? Puis le noir obscurcit l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de la salle. Doucement, de faibles faisceaux de lumi\u00e8re infiltrent, en de l\u00e9gers clignotements, les espaces laiss\u00e9s vacants par la superposition minutieuse de ces bo\u00eetes&nbsp;: l\u2019humain se r\u00e9veille et le cerveau s\u2019active. Nestor, neurone assistant, surgit du haut de la pile. Apr\u00e8s quelques efforts fastidieux pour se d\u00e9barrasser des cartons qui envahissent l\u2019espace, il est rejoint par la fougueuse et fr\u00e9n\u00e9tique Brote qui inspecte et \u00e9num\u00e8re chaque recoin de la sc\u00e8ne. Salopette, chemise \u00e0 carreaux, grandes lunettes et ample manteau : les costumes, harmonis\u00e9s dans un cama\u00efeu de bruns et de gris, font honneur au registre clownesque.<\/p>\n\n\n\n<p>Enchant\u00e9 par l\u2019exquise alchimie qui se tisse entre ces deux personnages loufoques, le public fait entendre ses \u00e9clats de rire qui retentissent durant l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de la repr\u00e9sentation. Sur le mod\u00e8le d\u2019un Laurel et d\u2019un Hardy, Nestor (David Melendy) et Brote (C\u00e9line Rey) d\u00e9tonnent l\u2019un par rapport \u00e0 l\u2019autre et se caract\u00e9risent par les contrastes qui les opposent. Contrastes physiques (de corpulence) et d\u2019expression&nbsp;: b\u00e9ate et flegmatique pour le premier, transport\u00e9e et explosive pour la seconde. Ils partagent pourtant une profonde maladresse. La balourdise qui accompagne tous leurs faits et gestes est sans doute la premi\u00e8re source du rire. Elle est l\u2019\u00e9l\u00e9ment clef de leurs sketchs, eux-m\u00eames inspir\u00e9s des pratiques d\u2019un Chaplin ou d\u2019un Buster Keaton, construits autour des m\u00eames ressorts comiques d\u2019absurdit\u00e9, de burlesque et d\u2019ing\u00e9nuit\u00e9. Les gags d\u00e9filent, rebondissent, ils sont efficaces et intelligents. Si la plupart se passent de tout artifice, certains \u2013 g\u00e9n\u00e9ralement ceux qui fonctionnent par les mimiques corporelles et physionomiques \u2013 sont rythm\u00e9s et accentu\u00e9s par une musique topique des num\u00e9ros de clowns (trompettes, accord\u00e9ons et pianos synth\u00e9tiseurs). Ils s\u2019appuient tous sur une simplicit\u00e9 de forme (quelques cartons, de vieux t\u00e9l\u00e9phones et le tour est jou\u00e9) et sur la seule corporalit\u00e9 des com\u00e9diens dont les prestations sont applaudies aussit\u00f4t.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame si la majorit\u00e9 des gags et plaisanteries peuvent \u00eatre extraits et rejou\u00e9s individuellement, une trame narrative et dramatique se noue en arri\u00e8re fond du spectacle. Dans&nbsp;<em>Poscriptum<\/em>, la narration \u2013 parfois \u00e9vinc\u00e9e des spectacles de cirque et de leurs prestations clownesques&nbsp;\u2013 refait surface car le comique de ces deux neurones d\u00e9bord\u00e9s par leurs obligations et impuissants face \u00e0 la quantit\u00e9 de mati\u00e8re \u00e0 trier qui s\u2019amasse jour apr\u00e8s jour, vient signifier la fragilit\u00e9 de la r\u00e9alit\u00e9 humaine. S\u2019adressant \u00e0 un public multig\u00e9n\u00e9rationnel (l\u00e0 o\u00f9 les adultes se d\u00e9lectent des transpositions entre sens litt\u00e9ral et figur\u00e9, les enfants sont \u00e9merveill\u00e9s et largement conquis par l\u2019humour d\u00e9cal\u00e9 et saugrenu des personnages), le jeu de ces deux clowns est \u00e0 prendre comme une invitation \u00e0 rire de la fatigue, de l\u2019angoisse et du surmenage de nos quotidiens. Comme un clin d\u2019\u0153il aux&nbsp;<em>Temps modernes<\/em>, Nestor et Brote d\u00e9noncent en le savourant le ridicule de nos vies.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>7 avril 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/jade-lambelet\/\">Jade Lambelet<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Un duo qui d\u00e9cartonne<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>7 avril 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/oceane-forster\/\">Oc\u00e9ane Forster<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Poscriptum3-Les-Diptik-copyright-Julian-James-Auzan-1620x1080-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13413\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Poscriptum3-Les-Diptik-copyright-Julian-James-Auzan-1620x1080-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Poscriptum3-Les-Diptik-copyright-Julian-James-Auzan-1620x1080-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Poscriptum3-Les-Diptik-copyright-Julian-James-Auzan-1620x1080-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Poscriptum3-Les-Diptik-copyright-Julian-James-Auzan-1620x1080-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Poscriptum3-Les-Diptik-copyright-Julian-James-Auzan-1620x1080-624x416.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Poscriptum3-Les-Diptik-copyright-Julian-James-Auzan-1620x1080.jpg 1620w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Julian James Auzan<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Dans leur nouvelle cr\u00e9ation, Les Diptik proposent un dispositif ax\u00e9 sur le bin\u00f4me, dans un cadre di\u00e9g\u00e9tique \u00e0 la fois particuli\u00e8rement concret et tout \u00e0 fait all\u00e9gorique, puisqu\u2019ils incarnent cette fois deux fonctionnaires d\u00e9bord\u00e9s qui se r\u00e9v\u00e9leront petit \u00e0 petit repr\u00e9senter deux neurones charg\u00e9s d\u2019archiver les souvenirs d\u2019un \u00e9crivain<\/em><em>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Sortis tous deux de l\u2019\u00e9cole Dimitri, C\u00e9line Rey et David Melendy fondent le duo Les Diptiks pour travailler un th\u00e9\u00e2tre du corps qui revendique un h\u00e9ritage \u00e0 la fois circassien et clownesque.&nbsp;<em>Hang-up&nbsp;!<\/em>, leur cr\u00e9ation pr\u00e9c\u00e9dente, mettait en sc\u00e8ne deux personnages accroch\u00e9s \u00e0 un portant dont on comprenait petit \u00e0 petit qu\u2019ils repr\u00e9sentaient deux \u00e2mes en attente de r\u00e9incarnation. La coh\u00e9rence du dispositif sc\u00e9nique et de la trame dramatique conduisait le spectateur \u00e0 se laisser porter par les p\u00e9r\u00e9grinations de ces cr\u00e9atures errantes et par la diversit\u00e9 des interactions entre deux com\u00e9diens aux pr\u00e9sences si diff\u00e9rentes. David Melendy, grand et d\u00e9charn\u00e9, affectionne les personnages flegmatiques et d\u00e9sabus\u00e9s avec un brin de d\u00e9pression attendrissant, qui \u00e9voque in\u00e9vitablement les squelettes souriants de Tim Burton. C\u00e9line Rey, enceinte durant les deux spectacles, en est l\u2019exact contraire&nbsp;: petite, vive et pleine d\u2019une \u00e9nergie hilare que sa voix suraigu\u00eb accompagne \u00e0 merveille.<\/p>\n\n\n\n<p>La nouvelle cr\u00e9ation de ce duo,&nbsp;<em>Poscriptum<\/em>, propose cette fois-ci une variation sur l\u2019analogie, souvent exploit\u00e9e au cin\u00e9ma comme au th\u00e9\u00e2tre, entre la structure du cerveau et celle d\u2019une administration ou d\u2019une entreprise. Comme dans les dispositifs fictionnels sur ce th\u00e8me \u2013 on pense par exemple \u00e0&nbsp;<em>Inside-Out,&nbsp;<\/em>film produit par Pixar en 2015 \u2013 l\u2019intrigue se noue en montrant au spectateur comment deux neurones r\u00e9agissent aux actions et aux \u00e9motions de l\u2019humain pour lequel ils \u00ab&nbsp;travaillent&nbsp;\u00bb. Dans le cas de&nbsp;<em>Poscriptum<\/em>, une partie de l\u2019action et du comique repose sur l\u2019id\u00e9e que l\u2019\u00e9crivain, comme ces deux employ\u00e9s c\u00e9r\u00e9braux, est d\u00e9bord\u00e9 et frise le surmenage&nbsp;: c\u2019est qu\u2019il vient de gagner un prix litt\u00e9raire et qu\u2019on le demande de toutes parts. Cette \u00e9trange mise en ab\u00eeme de l\u2019\u00e9puisement au travail donne lieu \u00e0 quelques situations habiles qui montrent, de fa\u00e7on tr\u00e8s concr\u00e8te, l\u2019analogie et les effets de corr\u00e9lation entre l\u2019\u00e9tat du sujet humain, et celui des neurones protagonistes. Par exemple, une partie des probl\u00e8mes rencontr\u00e9s par les deux neurones vient du fait que leur humain d\u00e9bord\u00e9 est assailli de crises d\u2019insomnies, alors qu\u2019eux ne peuvent v\u00e9ritablement archiver les souvenirs (leur fonction principale) que dans les phases de sommeil profond.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne peut que saluer la ma\u00eetrise avec laquelle Rey et Melendy exploitent les possibilit\u00e9s de la petite sc\u00e8ne du Centre Pluriculturel d\u2019Ouchy. Dans une esth\u00e9tique tr\u00e8s impersonnelle, qui \u00e9voque une administration et une bureaucratie d\u00e9shumanisantes, sinon totalitaires, une pile de cartons, quelques t\u00e9l\u00e9phones et un bureau (lui aussi fait de bo\u00eetes de carton) leur suffisent \u00e0 inventer des espaces et des relations corporelles toujours surprenantes. Le carton est polymorphe, il r\u00e9v\u00e8le et dissimule, renferme ou s\u2019ouvre sur des possibles, peut \u00e0 la fois signifier un rempart ou une br\u00e8che. Il est le mat\u00e9riau principal d\u2019un v\u00e9ritable jeu de&nbsp;<em>Jenga<\/em>&nbsp;d\u2019une heure dix o\u00f9 ces bo\u00eetes uniformes pouvant se remplacer les unes les autres \u00e9voquent aussi bien les millions de neurones que les millions d\u2019employ\u00e9s perdus dans les bureaucraties ali\u00e9nantes contemporaines.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 ce titre, la coh\u00e9rence entre la fiction et la sc\u00e8ne de&nbsp;<em>Poscriptum&nbsp;<\/em>semble parfois illustrer ce que l\u2019anthropologue anarchiste David Graeber appelle \u00ab&nbsp;l\u2019utopie des r\u00e8gles&nbsp;\u00bb, pour reprendre le titre du c\u00e9l\u00e8bre ouvrage dans lequel il d\u00e9membre m\u00e9thodiquement les fondements politiques de la bureaucratie. La variation propos\u00e9e par Les Diptiks fonctionne notamment parce qu\u2019ils exploitent le bureau comme lieu d\u2019ali\u00e9nation du corps, mais que les corps pr\u00e9sents sur sc\u00e8ne incarnent en r\u00e9alit\u00e9 nos esprits contemporains, nos cerveaux surmen\u00e9s. Lorsque les deux personnages en viennent \u00e0 s\u2019interroger sur les fondements m\u00eames de leurs existences, \u00e0 se demander s\u2019ils travaillent bien pour quelqu\u2019un dans ce syst\u00e8me qui leur \u00e9chappe partiellement, ils semblent faire \u00e9cho \u00e0 un sentiment de d\u00e9possession de soi-m\u00eame, sentiment qui guette similairement l\u2019employ\u00e9 indiff\u00e9renci\u00e9 par des structures qui le d\u00e9passent largement.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour autant, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du dispositif fictionnel, le travail sur la dualit\u00e9 et la compl\u00e9mentarit\u00e9 des jeux et des personnages para\u00eet plus attendu que dans&nbsp;<em>Hang Up.&nbsp;<\/em>Dans&nbsp;<em>Poscriptum<\/em>, la relation entre les deux se construit autour de la seule hi\u00e9rarchie, o\u00f9 une cheffe intarissable prend le pas sur un fonctionnaire d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 d\u2019un droit de parole. A la fin du spectacle, lorsque l\u2019on comprend que l\u2019humain dont ils sont les neurones approche du&nbsp;<em>burn out<\/em>, la situation enclenche une dramaturgie de l\u2019urgence&nbsp;:&nbsp;<em>Poscriptum&nbsp;<\/em>s\u2019ach\u00e8ve sur une alarme d\u00e9clench\u00e9e par un subconscient dont ils soup\u00e7onnaient \u00e0 peine l\u2019existence. Cette situation finale laissera le spectateur sur une incertitude&nbsp;: l\u2019auteur est-il mort&nbsp;? D\u00e9pressif&nbsp;? \u00c9puis\u00e9&nbsp;? Si ce choix a l\u2019avantage de rendre incertaine la fin d\u2019un cerveau n\u00e9vros\u00e9 par le travail, on pourra sortir d\u00e9\u00e7u de revoir ce trop classique crescendo tendu vers la seule saturation d\u2019un syst\u00e8me, sans porte de sortie. Cette derni\u00e8re sc\u00e8ne ne montre ni une explosion finale, ni une d\u00e9c\u00e9l\u00e9ration. L\u2019absence de v\u00e9ritable d\u00e9nouement est peut-\u00eatre le revers de la m\u00e9thode de travail des Diptiks qui choisissent un th\u00e8me \u2013 ici l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration de nos soci\u00e9t\u00e9s productivistes \u2013 \u00e0 partir duquel ils composent leur spectacle \u00e0 partir d\u2019improvisations et de variations \u00e9crites en plateau&nbsp;: de ce fait, on ne sort pas plus \u00e0 la fin qu\u2019au d\u00e9but de la logique acc\u00e9l\u00e9rationniste.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>7 avril 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/oceane-forster\/\">Oc\u00e9ane Forster<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.cpo-ouchy.ch\/spectacles\/poscriptum\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cr\u00e9ation et mise en sc\u00e8ne de la Cie Les Diptik et Sky de Sela \/ CPO d\u2019Ouchy \/ du 6 au 7 avril 2019 \/ Critiques par Jade Lambelet et Oc\u00e9ane Forster.\u00a0<\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":13420,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[123,32,34,38],"tags":[202,208],"class_list":["post-13418","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-centre-pluriculturel-et-social-douchy","category-critique","category-expired","category-spectacle","tag-jade-lambelet","tag-oceane-forster"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13418","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13418"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13418\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20501,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13418\/revisions\/20501"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/13420"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13418"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13418"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13418"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}