{"id":13367,"date":"2019-04-10T15:06:45","date_gmt":"2019-04-10T13:06:45","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=13367"},"modified":"2025-02-09T17:23:19","modified_gmt":"2025-02-09T16:23:19","slug":"granma-les-trombones-de-la-havane","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/04\/granma-les-trombones-de-la-havane\/","title":{"rendered":"Granma. Les trombones de La Havane"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><p>Granma. Les trombones de La Havane<\/p><\/h2>\n\n\n<p>Concept et mise en sc\u00e8ne de Stefan Kaegi &amp; Rimini Protokoll \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ du 28 au 31 mars 2019 \/ Critiques par Brice Torriani et Fanny Agostino.<\/p>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le lent souffle des trombones<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>31 mars 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/brice-torriani\/\">Brice Torriani<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"681\" height=\"448\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/granma1i.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13365\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/granma1i.jpg 681w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/granma1i-250x164.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/granma1i-300x197.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/granma1i-624x411.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 681px) 100vw, 681px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Dorothea Tucher<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Dans le cadre du festival Programme commun, la compagnie Rimini Protokoll propose une cr\u00e9ation de th\u00e9\u00e2tre documentaire, genre qui lui est familier. Dans un dialogue pluriel entre la musique, la projection audiovisuelle et la confession, quatre \u00ab&nbsp;experts du quotidien&nbsp;\u00bb \u2013 comme les d\u00e9signe la compagnie \u2013 d\u00e9voilent leur r\u00e9flexion sur l\u2019h\u00e9ritage que leur a laiss\u00e9 la r\u00e9volution cubaine. Un expos\u00e9 instructif mais scolaire, qui multiplie les artifices techniques pour faire revivre l\u2019Histoire.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le pupitre qui tr\u00f4ne au centre de la sc\u00e8ne, solennellement gard\u00e9 par les drapeaux et \u00e9cussons cubains, annonce la couleur&nbsp;: la sc\u00e8ne sert de tribune politique. La pi\u00e8ce, qui emprunte son titre au journal national \u2013&nbsp;<em>Granma<\/em>&nbsp;\u2013, retrace l\u2019histoire post-Batista de l\u2019\u00eele vue par des descendants de contemporains de la r\u00e9volution. On aborde ici non seulement les accomplissements de figures marquantes comme Fidel Castro et Che Guevara, mais encore le parcours de personnalit\u00e9s moins connues, \u00e0 savoir les grands-parents des acteurs pr\u00e9sents sur sc\u00e8ne. Comme toute r\u00e9volution, celle-ci s\u2019av\u00e8re complexe, et doit s\u2019expliquer m\u00e9ticuleusement, dans le d\u00e9tail. L\u2019emphase est \u00e9vit\u00e9e. Le discours est calme, descriptif. L\u2019image d\u00e9voile autant d\u2019informations que la voix. L\u2019archive et l\u2019entretien vid\u00e9o tiennent ici un r\u00f4le pro\u00e9minent. Ils sont projet\u00e9s sur trois \u00e9crans, en fond de sc\u00e8ne et devant sur les c\u00f4t\u00e9s, massifs. L\u2019histoire para\u00eet alors aussi grandiose que pesante aux yeux de ceux qui en h\u00e9ritent.<\/p>\n\n\n\n<p>La projection audiovisuelle semble dialoguer avec les com\u00e9diens. Ces derniers se baladent dans les rues des beaux quartiers, jouent au golf dans un b\u00e2timent r\u00e9affect\u00e9 en \u00e9cole de musique, d\u00e9voilent leur lieu de vie, commentent les photos de famille, comme le font les a\u00een\u00e9s avec les albums souvenirs (la nostalgie en moins). Deux personnes pr\u00e9sent\u00e9es comme les grands-parents des com\u00e9diens apparaissent dans les deux \u00e9crans sur\u00e9lev\u00e9s, prenant la place des portraits de h\u00e9ros de la r\u00e9volution. Malgr\u00e9 la distance entre la sc\u00e8ne et les \u00e9crans ou celle entre Lausanne et Cuba, l\u2019illusion du contact op\u00e8re au travers des sourires et certaines fois des dialogues, bien que souvent tr\u00e8s asynchrones. La jeune g\u00e9n\u00e9ration rend hommage \u00e0 l\u2019ancienne, mais se moque \u00e9galement de certains de leurs engagements.<\/p>\n\n\n\n<p>Le pont interg\u00e9n\u00e9rationnel se b\u00e2tit au travers de multiples proc\u00e9d\u00e9s sc\u00e9nographiques. Tant\u00f4t on mime les postures d\u2019anciennes photos, tant\u00f4t on s\u2019habille comme ses a\u00efeux. Les dates d\u00e9filent \u00e0 mesure que les protagonistes d\u00e9roulent un long tissu sur lequel elles sont brod\u00e9es les unes au-dessus des autres. Une reconstitution en miniature d\u2019un accident d\u2019h\u00e9licopt\u00e8re de Fidel Castro change les gloires de la r\u00e9volution en \u00eatres de papier, et fait r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 l\u2019authenticit\u00e9 des l\u00e9gendes qui se transmettent dans les contes et les pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre. Ces astuces dessinent d\u2019innombrables m\u00e9taphores et comparaisons quelques fois tr\u00e8s attendues, mais toujours claires.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme le laisse pr\u00e9sager le titre, on retient essentiellement de la pi\u00e8ce l\u2019utilisation du trombone. Parfois hypnotique par la longueur et la r\u00e9p\u00e9tition de courtes boucles musicales, l\u2019instrument se meut en porte-voix vindicatif, porteur d\u2019une \u00e9motion qu\u2019on ne trouve que trop rarement dans le discours. Les sonorit\u00e9s angoissantes font \u00e9chos aux images bellicistes, et servent de moyens de transition efficaces entre la sc\u00e8ne et les projections, comme lorsque le souffle se change en moteur de voiture de course. L\u2019esth\u00e9tique cuivr\u00e9e de l\u2019instrument apporte un peu de chaleur cubaine \u00e0 la sobri\u00e9t\u00e9 des d\u00e9cors et la pi\u00e8ce se conclut sur un tableau scintillant.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Granma<\/em>&nbsp;se pr\u00e9sente comme un portrait historique de la r\u00e9volution cubaine, avec un regard prudent face aux mouvements chaotiques de celles-ci. La pi\u00e8ce esquisse des th\u00e9matiques comme le racisme ou le f\u00e9minisme, sans jamais afficher une r\u00e9elle prise de position. Elle est un questionnement, une oscillation entre un h\u00e9ritage h\u00e9ro\u00efcis\u00e9 et un avenir incertain, l\u2019exposition de sentiments vacillants entre l\u2019amour et la ranc\u0153ur, entre l\u2019admiration des a\u00efeux et la remise en question de leurs actes. Elle est un d\u00e9frichage int\u00e9ressant du panel des possibles pour d\u00e9crire ce pan de l\u2019histoire.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>31 mars 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/brice-torriani\/\">Brice Torriani<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9cits d\u2019apr\u00e8s r\u00e9volution<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>31 mars 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/fanny-agostino\/\">Fanny Agostino<\/a><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"681\" height=\"448\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/granma-repete1_i.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13381\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/granma-repete1_i.jpg 681w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/granma-repete1_i-250x164.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/granma-repete1_i-300x197.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/granma-repete1_i-624x411.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 681px) 100vw, 681px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Ute Langkafel<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Dans le cadre de la cinqui\u00e8me \u00e9dition du Programme Commun, le metteur en sc\u00e8ne Stefan Kaegi signe son retour sur les planches du Th\u00e9\u00e2tre Vidy avec&nbsp;<\/em>Granma. Les trombones de La Havane<em>. En donnant la parole \u00e0 la jeune g\u00e9n\u00e9ration cubaine, le membre du collectif Rimini Protokoll exhume l\u2019existence des Cubains et questionne l\u2019h\u00e9ritage d\u2019un pass\u00e9 lourd de cons\u00e9quence. Dans une d\u00e9marche p\u00e9dagogique et ludique, quatre citoyens disent leur histoire et la n\u00e9cessit\u00e9 de se l\u2019approprier.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Solennel et sommaire, l\u2019espace est d\u00e9pourvu d\u2019ornement et en impose par son aspect sym\u00e9trique&nbsp;: au centre de la sc\u00e8ne, un pupitre d\u2019orateur. Deux \u00e9crans lat\u00e9raux sont suspendus \u00e0 cour et jardin dans un format vertical. Ils affichent les drapeaux cubains. En arri\u00e8re-plan, un \u00e9cran horizontal allong\u00e9 donne l\u2019illusion d\u2019une salle de s\u00e9minaire, en pix\u00e9lisant des rideaux \u00e0 la couleur d\u00e9cr\u00e9pie. En son centre tr\u00f4nent les armoiries cubaines. Estamp\u00e9es d\u2019un \u00e9cu divis\u00e9 en six parties, celles-ci \u00e9voquent \u00e0 la fois les paysages exotiques de l\u2019\u00eele antillaise, mais \u00e9galement des embl\u00e8mes r\u00e9volutionnaires&nbsp;: sur la pointe d\u2019un bouclier, le bonnet phrygien rouge ou une cl\u00e9 flamboyante en son centre. La simplicit\u00e9 du d\u00e9cor est \u00e9cras\u00e9e par la lourdeur des symboles. Autant de signes avant-coureurs d\u2019un environnement propice \u00e0 accueillir un discours cadr\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est ais\u00e9 pour le spectateur d\u2019imaginer un officiel en costard-cravate s\u2019avancer et d\u00e9clamer un discours au ton mesur\u00e9. Il n\u2019en sera rien. C\u2019est une jeune femme en baskets, avec des jeans et un haut simple, qui p\u00e9n\u00e8tre dans cet espace. Elle s\u2019avance vers la console. En espagnol, elle retrace l\u2019histoire de sa vie \u00e0 Cuba. Tr\u00e8s vite, elle se d\u00e9tache du pupitre, le contourne et s\u2019adresse au public pos\u00e9ment, en ponctuant son discours de quelques gestes timides. Milagro a 25 ans, elle est de celle qui porte un regard critique de ce qu\u2019on lui a enseign\u00e9 sur son pays&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00c0 Cuba, on enseigne que l\u2019histoire est faite de grands h\u00e9ros et de martyrs, que l\u2019histoire avance et se d\u00e9veloppe de la r\u00e9pression et de l\u2019esclavage \u00e0 la libert\u00e9 dans le socialisme. Cette histoire est objective. Je ne pense pas que ce soit comme \u00e7a. L\u2019histoire n\u2019est \u00e9crite ni par des h\u00e9ros ni par des martyrs. L\u2019histoire est \u00e9crite par tous ceux qui la vivent.&nbsp;\u00bb Elle explique vouloir enseigner l\u2019histoire \u00e0 l\u2019universit\u00e9. Elle \u00e9voque sa famille, notamment la trajectoire de ses anc\u00eatres, sa grand-m\u00e8re qui lui a appris \u00e0 \u00ab&nbsp;fermer les jambes et ouvrir les bras&nbsp;\u00bb mais aussi \u00e0 manifester dans les rues de La Havane. Au fur et \u00e0 mesure de son propos, le drapeau cubain dispara\u00eet, laissant place au portrait du Che, avant que celui-ci ne s\u2019efface au profit de la grand-m\u00e8re de Milagro. L\u00e9g\u00e8rement de profil, sa posture est aussi droite que son regard, fix\u00e9 en direction de l\u2019objectif. Un regard sans fard, qui tranche avec celle du r\u00e9volutionnaire argentin se d\u00e9robant \u00e0 l\u2019horizon, comme tourn\u00e9 vers l\u2019Histoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Infimes et d\u00e9risoires, que p\u00e8sent ces trajectoires de vies face aux r\u00e9cits h\u00e9ro\u00efques, \u00e0 \u00ab&nbsp;l\u2019histoire objective&nbsp;\u00bb d\u2019un pays berc\u00e9 par la sanctification d\u2019individualit\u00e9s et d\u2019id\u00e9aux socialistes&nbsp;? Stefan Kaegi ne semble pas mettre en sc\u00e8ne des com\u00e9diens professionnels, mais quatre jeunes Cubains, issus de classes sociales diff\u00e9rentes. La notion de personnage s\u2019efface au profil d\u2019individus. Leur point commun est aussi ce qui les diff\u00e9rencie&nbsp;; ils sont d\u00e9positaires d\u2019une histoire moins officielle et prestigieuse qu\u2019il n\u2019y para\u00eet. Ce sont deux hommes et deux femmes, parmi d\u2019autres, qui parcourent leurs histoires familiales respectives, pr\u00e9sent\u00e9es comme v\u00e9ridiques. Le spectateur n\u2019est donc pas le t\u00e9moin d\u2019une action close sur elle-m\u00eame, mais assiste \u00e0 un r\u00e9cit sous forme d\u2019expos\u00e9 chronologique, des ann\u00e9es 1960 \u00e0 aujourd\u2019hui. Tour \u00e0 tour, les protagonistes commentent la vie de leurs a\u00efeuls ainsi que la relation qu\u2019ils ont eue avec eux. Si la d\u00e9marche se veut p\u00e9dagogique \u2013 certaines ann\u00e9es b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019une sorte d\u2019arr\u00eat sur image \u2013, elle est parfois pesante si l\u2019histoire de Cuba n\u2019est pas famili\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces diff\u00e9rents r\u00e9cits sont accompagn\u00e9s de photographies, projet\u00e9es sur l\u2019\u00e9cran central, qui d\u00e9filent comme des diapositives. Mani\u00e8re de b\u00e9quille de la narration, le dispositif visuel contextualise les histoires. Occupant un r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant, il sert \u00e0 illustrer le propos des protagonistes, comme pour convaincre le spectateur qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019une fiction. Un dispositif qui certes documente, mais qui ne laisse que peu de place \u00e0 l\u2019imagination. Il d\u00e9vie le regard du spectateur sur les \u00e9crans plut\u00f4t que sur l\u2019espace sc\u00e9nique. Tous ces documents fonctionnent comme des preuves, comme l\u2019historien qui appuie son discours sur des sources. Par exemple, c\u2019est le cas du grand-p\u00e8re de Christian, l\u2019un des quatre protagonistes. Interview\u00e9 et film\u00e9 \u00e0 Cuba par son petit-fils, la vid\u00e9o est diffus\u00e9e sur l\u2019un des deux \u00e9crans lat\u00e9raux. Un dialogue fictionnel s\u2019instaure entre les deux g\u00e9n\u00e9rations.<\/p>\n\n\n\n<p>De ce proc\u00e9d\u00e9 na\u00eet le paradoxe au c\u0153ur de la pi\u00e8ce. Christian, Milgrano et les autres sont des passeurs, des conteurs d\u2019une histoire \u00e0 hauteur d\u2019homme. Chez ces quatre comparses demeure un attachement ainsi qu\u2019un respect profond pour les accomplissements de ceux qui ont v\u00e9cu la p\u00e9riode dite r\u00e9volutionnaire de Cuba. Cependant, la difficult\u00e9, si ce n\u2019est l\u2019impossibilit\u00e9 de s\u2019inscrire pleinement dans la continuit\u00e9 de leur histoire est manifeste. La communication avec leurs parents par le truchement d\u2019un \u00e9cran vid\u00e9o est symptomatique d\u2019une incompr\u00e9hension, fissure b\u00e9ante entre deux univers. Elle est explicit\u00e9e par le parcours de cette jeune g\u00e9n\u00e9ration&nbsp;: \u00e9chec de la carri\u00e8re militaire pour l\u2019un,&nbsp;d\u00e9go\u00fbt face \u00e0 une forme de l\u00e2chet\u00e9 et d\u2019acceptation de privil\u00e8ges pour l\u2019autre\u2026 Alors, comment s\u2019emparer de cet h\u00e9ritage ? \u00c0 ce titre, les objets ont un r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant dans la pi\u00e8ce. Parmi eux, la machine \u00e0 coudre de la grand-m\u00e8re de Milagro. Mise en marche tour \u00e0 tour par nos conteurs \u00e0 l\u2019aide d\u2019une p\u00e9dale, l\u2019objet d\u00e9roule une bande de tissu sur laquelle sont brod\u00e9es les diff\u00e9rentes ann\u00e9es qui rythment le r\u00e9cit. En m\u00eame temps qu\u2019elle est actionn\u00e9e, un son qui rappelle le ronronnement d\u2019une cabine de projection s\u2019enclenche \u2013 comme si l\u2019aiguille invisible poin\u00e7onnait, perforait cette pellicule-textile. Elle imprime la marque d\u2019une histoire, qui s\u2019imbrique de petites pi\u00e8ces aux formes irr\u00e9guli\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>La comparaison prend son sens par la perspective cin\u00e9matographique g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par l\u2019\u00e9cran principal, diffusant des prises de vues panoramiques de Cuba. Des images d\u2019actualit\u00e9s aux travellings horizontaux filmant les quartiers r\u00e9sidentiels de la ville, tous ces documents sont ponctu\u00e9s par la musique \u00e9manant des trombones, jou\u00e9s par les quatre protagonistes. L\u2019instrument, seul vecteur musical de la pi\u00e8ce avec le chant, appara\u00eet comme la cl\u00e9 de vo\u00fbte de cette transmission de l\u2019histoire. Au-del\u00e0 de leur nationalit\u00e9, il r\u00e9unit les jeunes Cubains. Comme l\u2019appropriation de leur pass\u00e9, il est l\u2019aboutissement d\u2019un apprentissage qui r\u00e9sulte d\u2019un partage. Une harmonie de voix, une possibilit\u00e9 d\u2019appliquer, sur les images, une bande sonore qui r\u00e9sonne. La musique devient une passerelle, le moyen privil\u00e9gi\u00e9 de traverser les \u00e9poques. Permettant un aller-retour entre pass\u00e9 et pr\u00e9sent, elle transperce les couches temporelles et attribue un sens \u00e0 des existences singuli\u00e8res. Les protagonistes se lib\u00e8rent de l\u2019Histoire dans son acceptation galvaud\u00e9e. Les trombones sont comme la cl\u00e9 sur l\u2019\u00e9cusson cubain&nbsp;: sa forme allong\u00e9e et la symbolique militaire qui peut lui \u00eatre attribu\u00e9e en fait l\u2019arme artistique d\u2019une lib\u00e9ration, une porte de sortie vers un chemin qui reste \u00e0 tracer.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>31 mars 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/fanny-agostino\/\">Fanny Agostino<\/a><strong>&nbsp;<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/vidy.ch\/granma-les-trombones-de-la-havane\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Concept et mise en sc\u00e8ne de Stefan Kaegi &amp; Rimini Protokoll \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ du 28 au 31 mars 2019 \/ Critiques par Brice Torriani et Fanny Agostino.<\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":13368,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,2],"tags":[211,221],"class_list":["post-13367","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-de-vidy","tag-brice-torriani","tag-fanny-agostino"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13367","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13367"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13367\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20512,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13367\/revisions\/20512"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/13368"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13367"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13367"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13367"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}