{"id":13347,"date":"2019-04-10T11:12:57","date_gmt":"2019-04-10T09:12:57","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=13347"},"modified":"2025-02-09T17:25:05","modified_gmt":"2025-02-09T16:25:05","slug":"imposture-posthume","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/04\/imposture-posthume\/","title":{"rendered":"Imposture posthume"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Imposture posthume<\/h2>\n\n\n<p>Texte, mise en sc\u00e8ne et jeu de Jo\u00ebl Maillard \/ Arsenic \u2013 Centre d\u2019art sc\u00e9nique contemporain \/ du 26 au 31 mars 2019 \/ Critiques par Laurane Quartenoud, Thibault Hugentobler, Amina Gudzevic, Jade Lambelet, Sarah Juilland, Ivan Garcia, Brice Torriani, Oc\u00e9ane Forster, Julia Cela, No\u00e9 Maggetti et Xavier Balli.<\/p>\n<p>Pour le spectacle <em>Imposture posthume<\/em>, l\u2019Atelier critique a collabor\u00e9 avec l\u2019Atelier d\u2019\u00e9criture litt\u00e9raire anim\u00e9 par J\u00e9r\u00f4me Meizoz (UNIL) autour d\u2019une proposition de critique cr\u00e9ative. Nous publions ici une s\u00e9lection des textes r\u00e9dig\u00e9s dans ce cadre par des participants des deux ateliers.<\/p>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Imposture posthume n\u2019a rien d\u2019une imposture<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>31 mars 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<strong>Laurane Quartenoud\u00a0<\/strong>(Atelier d\u2019\u00e9criture)<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"453\" height=\"210\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Sans-titre.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13345\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Sans-titre.jpg 453w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Sans-titre-250x116.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Sans-titre-300x139.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 453px) 100vw, 453px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Gregory Batardon<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Publi\u00e9 le 27 mars 2099 \u2013 n\u00b0 1984<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Utopia Planitia pr\u00e9sente la pi\u00e8ce bien connue de Jo\u00ebl Maillard dans une mise en sc\u00e8ne identique aux premi\u00e8res repr\u00e9sentations qui avaient eu lieu sur Terre il y a 80 ans. Un pari risqu\u00e9, mais r\u00e9ussi.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e, l\u2019atmosph\u00e8re r\u00e9tro prend les spectatrices \u00e0 la gorge&nbsp;: une sc\u00e8ne int\u00e9rieure, d\u00e9pourvue des m\u00e9canismes classiques d\u2019holomonochromatisme ainsi que des si\u00e8ges conformes \u00e0 ceux de son th\u00e9\u00e2tre d\u2019origine pour une exp\u00e9rience immersive compl\u00e8te. L\u2019arriv\u00e9e de l\u2019automate \u2013 r\u00e9plique conforme de Jo\u00ebl Maillard -, surprend&nbsp;: il appara\u00eet \u00e0 droite d\u2019une sc\u00e9nographie \u00e9pur\u00e9e mais complexe, tr\u00e8s en vogue dans les ann\u00e9es 2030, mais qui devrait laisser perplexe le public le plus jeune. Aussit\u00f4t la voix monte, intensifi\u00e9e \u00e0 l\u2019aide d\u2019un dispositif intra-automate, en langue morte heureusement traduite par des sous-titres en chinois \u2013 qui ne semblent malheureusement pas toujours complets.<\/p>\n\n\n\n<p>La composition dramatique est bien men\u00e9e, le jeu d\u2019acteur est \u2013 sans surprise aucune puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019un automate \u2013 excellent et les r\u00e9f\u00e9rences, bien que parfois d\u00e9su\u00e8tes, sont utilis\u00e9es avec une intelligence rare pour l\u2019\u00e9poque de la conception de la pi\u00e8ce. Les plus \u00e2g\u00e9es sourient en entendant des concepts comme \u00ab&nbsp;Airbnb&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;carte de cr\u00e9dit&nbsp;\u00bb qui font \u00e9cho \u00e0 leur enfance. La r\u00e9ception est, en revanche, plus compliqu\u00e9e face \u00e0 des mots comme \u00ab&nbsp;walkman&nbsp;\u00bb et presque m\u00e9lancolique lorsque, lors d\u2019une interlude surprenante, le com\u00e9dien \u00e9voque son enfance entour\u00e9e de \u00ab&nbsp;porcs&nbsp;\u00bb et de \u00ab&nbsp;b\u00e9tail&nbsp;\u00bb, animaux n\u2019ayant pas surv\u00e9cu \u00e0 la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 de notre si\u00e8cle. Surprise et d\u00e9go\u00fbt sont \u00e9galement pr\u00e9sents lorsqu\u2019il \u00e9voque la viande animale, commun\u00e9ment consomm\u00e9e lors de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXI<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son ensemble, le spectacle est cependant bien re\u00e7u et offre au public de nombreuses occasions de rire, bien que l\u2019amusement provoqu\u00e9 par la pi\u00e8ce soit sans aucun doute diff\u00e9rent de celui originalement cr\u00e9\u00e9 en 2019, l\u2019horizon d\u2019attente s\u2019\u00e9tant \u00e9norm\u00e9ment modifi\u00e9e en presque un si\u00e8cle. Les&nbsp;<em>postchronismes<\/em>, comme les nommait le critique et th\u00e9oricien de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise Ivan Garcia, sont nombreux et rendent la pi\u00e8ce certainement plus l\u00e9g\u00e8re que lors de sa premi\u00e8re repr\u00e9sentation&nbsp;: la disparition pr\u00e9sum\u00e9e des automates, l\u2019allongement \u00e0 120 ans de l\u2019esp\u00e9rance de vie ou le remplacement des organes vitaux par une machine sont autant d\u2019\u00e9v\u00e9nements n\u2019ayant lieux que dans l\u2019imagination du dramaturge. La pi\u00e8ce garde n\u00e9anmoins une r\u00e9flexion sur le futur et arrive toujours \u00e0 faire r\u00e9sonner en nous une m\u00e9taphysique omnipr\u00e9sente dans l\u2019\u0153uvre de l\u2019auteur et qui parvient encore aujourd\u2019hui, \u00e0 nous interroger sur notre propre futur.<\/p>\n\n\n\n<p>IA \u2013 28.231.167<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>31 mars 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<strong>Laurane Quartenoud&nbsp;<\/strong>(Atelier d\u2019\u00e9criture)<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Souffle dans l\u2019immensit\u00e9<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>31 mars 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/thibault-hugentobler\/\">Thibault Hugentobler<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-11.22.03-1024x636.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-13353\" style=\"width:300px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Gregory Batardon<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Que restera-t-il de nous<br>Quand l\u2019eau sera mont\u00e9e&nbsp;?<br>Encore combien de temps, b\u00e9b\u00e9<br>Encore combien d\u2019\u00e9t\u00e9s&nbsp;?&nbsp;\u00bb<br>(Bagarre,&nbsp;<em>Honolulu<\/em>, 2018)<\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;<\/em><em>Quelque part, un 1<sup>er<\/sup>&nbsp;avril xxxx<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9veil a \u00e9t\u00e9 abrupt. Il reste couch\u00e9 sur le dos, les yeux semi-ouverts fix\u00e9s sur l\u2019\u00e9cran de son t\u00e9l\u00e9phone, tentant vainement d\u2019\u00e9teindre l\u2019alarme. Soupir. Snooze. Encore quelques minutes, histoire de\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Sursaut, deux heures ont pass\u00e9. Il se redresse tel un vampire hors de son cercueil, l\u00e2che un juron, se douche en h\u00e2te. Pause. S\u00e8che-cheveux saisi, un peu de musique, il faudrait que j\u2019arrange cette tignasse, dit-il, peut-\u00eatre, ou le pense-t-il, peut-\u00eatre. Petit caf\u00e9, une tranche d\u2019un pain un peu sec, brossage de dents, la porte claque, la journ\u00e9e commence. Il s\u2019effondre.<\/p>\n\n\n\n<p><em>1<sup>er<\/sup>&nbsp;avril 2019<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9veil sonne. Il reste \u00e9tendu sur le flanc, les yeux ferm\u00e9s. Il compte. L\u2019alarme s\u2019arr\u00eate, cinq minutes avant la prochaine alerte. Il se rem\u00e9more ce r\u00eave, bizarre, assis \u00e0 une table dans un d\u00e9sert, les mains coll\u00e9es sur un clavier. Faudrait pas oublier d\u2019\u00e9crire avant lundi. Page blanche, toujours, encore. On se l\u2019avoue, la tentative est vaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Sonnerie de merde. Il se l\u00e8ve, aisselles tartin\u00e9es, barbe en chantier, furoncle remarqu\u00e9, corporalit\u00e9 habituelle. Un jour peut-\u00eatre on me remplacera tout \u00e7a, un jour peut-\u00eatre la machine me constituera, je me survivrai. Caf\u00e9 mal dos\u00e9, quelques c\u00e9r\u00e9ales noy\u00e9es dans quelques lap\u00e9es de lait, brossage de dents, gencive irrit\u00e9e, saloperie. La porte claque. En chemin vers le th\u00e9\u00e2tre. Il s\u2019agit de monter un nouveau projet. Pour ao\u00fbt. Pas de traces \u00e9crites, seulement la m\u00e9moire comme mati\u00e8re. Je me souviens que et blablabla\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques d\u00e9bris jonchent le sol, faudrait pas trop nous prendre pour des cons. Plus chaud\u00b7e\u00b7s que le climat quand \u00e7a nous arrange.<\/p>\n\n\n\n<p><em>1<sup>er<\/sup>&nbsp;avril 2025<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>25 ans avant le possible effondrement. Toujours pas de solution, toujours pas d\u2019engagement. Les \u00e9coliers\u00b7\u00e8res dans la rue apparaissent comme un gag maintenant. Changement peut-\u00eatre, r\u00e9pression gouvernementale des alarmistes. L\u2019ami Donald a convaincu l\u2019Europe avant de d\u00e9c\u00e9der, ironie du sort, apr\u00e8s un coup de chaud lors de la canicule de 2023, \u00e0 Davos. Il a fait l\u2019exp\u00e9rience, tout seul, de l\u2019\u00e9tuve plan\u00e9taire. Bref. On reprend.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me souviens, on est presque \u00e0 la 400<sup>\u00e8me<\/sup>&nbsp;repr\u00e9sentation. Faut dire que le coup de la m\u00e9moire d\u2019un pass\u00e9 humain projet\u00e9e dans un futur plus ou moins proche, \u00e7a captive. Je me demande si un jour, le souvenir ne sera pas le luxe absolu, pouvoir citer quelques pointures, en d\u00e9glinguer d\u2019autres. Chanter des tubes des 60s, 70s, 80s, 90s, puis le flou des ann\u00e9es 2000-2010. Citer Despentes comme Nerval, se rappeler les avertissements latents de Dick et Asimov.<\/p>\n\n\n\n<p><em>1<sup>er<\/sup>&nbsp;avril 2030<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le th\u00e9\u00e2tre ne paie plus. La culture a perdu ses subsides. On a trop fait les cons, maintenant faut sauver l\u2019humanit\u00e9. S\u2019il y a quelque chose \u00e0 sauver.<\/p>\n\n\n\n<p><em>1<sup>er<\/sup>&nbsp;avril 2060<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9veil interne sonne. Horloge interne m\u00e9caniquement mat\u00e9rialis\u00e9e. Les trente derni\u00e8res ann\u00e9es ont permis un bond en avant dans la m\u00e9decine. Ou plut\u00f4t une mutation de cette science en m\u00e9canisation du vivant.&nbsp;<em>De la survie de l\u2019esp\u00e8ce humaine \u00e0 l\u2019\u00e8re de la d\u00e9sindustrialisation et du post-r\u00e9chauffement<\/em>. C\u2019\u00e9tait le dernier essai en vogue avant la fin de la production litt\u00e9raire. Par main humaine, bien entendu. Donc r\u00e9ellement humaine, ni m\u00e9caniquement augment\u00e9e ni charnellement imit\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Le dramaturge se rel\u00e8ve de la matrice d\u2019endormissement. Une sorte de cercueil permettant un \u00e9tat de stase pour la recharge des batteries internes. Celles qui sont externes sont nourries par les petits panneaux solaires au dos des mains et dans la nuque.<\/p>\n\n\n\n<p>Pas de petit-d\u00e9jeuner. Pas de lavage, sinon un cirage et un d\u00e9poussi\u00e9rage des orifices subsistants mais abandonn\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Augment\u00e9, mais plus vraiment humain. Humanit\u00e9 2.0 mon cul. En fait m\u00eame pas. Puisque les d\u00e9jections n\u2019existent plus.<\/p>\n\n\n\n<p><em>1<sup>er<\/sup>&nbsp;avril 2068<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La disparition des esp\u00e8ces vivantes a trouv\u00e9 son \u00e9gal dans la d\u00e9sactivation des intelligences artificielles.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019humanit\u00e9 est bien seule sur terre. Ou sous terre. Le vide br\u00fblant \u00e0 la surface. Quelques zoos souterrains avec des hologrammes pour maintenir le souvenir de l\u2019humanit\u00e9 perdue. Et des mus\u00e9es&nbsp;aux collections navrantes. Le bug dans l\u2019an 2000 a eu lieu, mais en 2068. Maintenant, place \u00e0 l\u2019amn\u00e9sie globale des pass\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, lui se souvient, il est bien le seul. Il voudrait peut-\u00eatre, dans un coin de sa t\u00eate, \u00eatre triste, mais le contr\u00f4leur chimique des endorphines le lui interdit. Il voudrait peut-\u00eatre se suicider, mais la d\u00e9sactivation implique un d\u00e9branchement du syst\u00e8me d\u2019alimentation central des bases souterraines qui maintient tous les individus en vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Ah oui. Individu. Ou individue. Ou individux. Plus de sexe, plus de genre. Des ombres m\u00e9caniques. Elle est belle l\u2019humanit\u00e9. Plus de reproduction non plus d\u2019ailleurs, car les p\u00e9nis, les vagins et autres ne sont qu\u2019esth\u00e9tiques. Fallait miser sur l\u2019utile pour la survie des vivants. Peut-\u00eatre qu\u2019un jour une nouvelle humanit\u00e9 charnelle appara\u00eetra. Mais pour \u00e7a, il faudrait se souvenir de comment c\u2019\u00e9tait, un c\u0153ur qui bat.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y pense. N\u00e9 au XX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle, modifi\u00e9 au XXI<sup>e<\/sup>, qu\u2019adviendra-t-il au XXII<sup>e&nbsp;<\/sup>?<\/p>\n\n\n\n<p>La solitude globale sans doute.<\/p>\n\n\n\n<p><em>1<sup>er<\/sup>&nbsp;avril 2090<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Toujours pas mort. L\u2019intelligence synth\u00e9tique supplante l\u2019humanit\u00e9 et la guide. Donc, que reste-t-il de nous&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><em>1<sup>er<\/sup>&nbsp;avril 2099<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Je me souviens. Peut-\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Communiqu\u00e9 de l\u2019ONU, 1<sup>er<\/sup>&nbsp;avril 2099<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Aux membres survivants et augment\u00e9s de l\u2019esp\u00e8ce humaine,<\/p>\n\n\n\n<p>La supra conscience synth\u00e9tique collective entre en fonction aujourd\u2019hui pour de meilleurs lendemains.<\/p>\n\n\n\n<p>Nos archives seront partag\u00e9es lors de son activation pour que tout le monde ait acc\u00e8s au patrimoine de l\u2019humanit\u00e9, que tout le monde se souvienne.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Un temps<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9veil a \u00e9t\u00e9 abrupt. Nous sommes\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u2019humanit\u00e9 s\u2019effondre. Les mains se d\u00e9collent du clavier, la table dispara\u00eet. Page blanche. Souffle dans l\u2019immensit\u00e9. A quoi bon se souvenir&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>31 mars 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/thibault-hugentobler\/\">Thibault Hugentobler<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">ADA<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>31 mars 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/amina-gudzevic\/\">Amina Gudzevic<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"626\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-11.20.12-1024x626.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-13361\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-11.20.12-1024x626.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-11.20.12-250x153.png 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-11.20.12-300x184.png 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-11.20.12-768x470.png 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-11.20.12-624x382.png 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-11.20.12.png 1118w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Gregory Batardon<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>1 avril 2099<\/p>\n\n\n\n<p>Il est neuf heures pr\u00e9cises. Ma batterie est recharg\u00e9e, mon caisson isotherme s\u2019ouvre. Chaque jour est identique au pr\u00e9c\u00e9dent, ainsi qu\u2019au suivant. Mais apparemment, aujourd\u2019hui est un jour \u00e9trange. Je commence donc par t\u00e9l\u00e9charger, via le cloud mis \u00e0 disposition par le gouvernement,&nbsp;<em>Le Journal<\/em>&nbsp;de ce matin. Certains termes m\u2019\u00e9chappent, on parle de \u00ab catastrophe globale \u00bb et d\u2019un \u00ab effondrement num\u00e9rique \u00bb. Je suis cens\u00e9 retransmettre ces informations, et si le syst\u00e8me avait \u00e9t\u00e9 hack\u00e9 ? Ce n\u2019est pas l\u2019habitude du gouvernement d\u2019oublier nos mises \u00e0 jour lexicologiques et s\u00e9miologiques. Il vaut peut-\u00eatre mieux en parler avec mon Ma\u00eetre. Normalement, \u00e0 cette heure-ci, il devrait \u00eatre en train de boire des particules de caf\u00e9. En entrant dans la cuisine, j\u2019aper\u00e7ois mon Ma\u00eetre tenant un bloc transparent. Il est si concentr\u00e9 qu\u2019il n\u2019a m\u00eame pas l\u2019air de remarquer ma pr\u00e9sence. Je m\u2019avance et me heurte contre d\u2019autres blocs transparents jonchant le sol. Mon rayonnement synchrotron ne semble pas reconna\u00eetre cette mati\u00e8re. Je scanne \u00e0 nouveau, toujours rien. Il sort alors de sa poche un tube cylindrique noir qui semble s\u2019accrocher \u00e0 ce bloc transparent. J\u2019envoie une onde au nano-processeur de mon Ma\u00eetre afin de lui signaler ma pr\u00e9sence et lorsque j\u2019enclenche le processus de partage du&nbsp;<em>Journal<\/em>, il me r\u00e9pond simplement&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je sais&nbsp;\u00bb et interrompt la liaison. Il m\u2019ordonne de ne plus l\u2019appeler&nbsp;<em>Ma\u00eetre<\/em>&nbsp;mais&nbsp;<em>Jo\u00ebl<\/em>&nbsp;et me lance un regard d\u00e9nu\u00e9 de rationalit\u00e9. Jo\u00ebl m\u2019explique qu\u2019il n\u2019a que peu de temps avant \u00ab la catastrophe \u00bb et qu\u2019il doit finir son manifeste de toute urgence. Je lui demande ce qu\u2019il entend par \u201cmanifeste\u201d et il me r\u00e9pond qu\u2019il se donne pour mission de laisser un t\u00e9moignage du XXIe si\u00e8cle avant que \u00ab la catastrophe \u00bb n\u2019efface tout. Il dit, par exemple, que les mod\u00e8les d\u2019ADA (animaux domestiques augment\u00e9s)&nbsp; auxquels j\u2019appartiens \u00e9taient autrefois appel\u00e9s \u00ab chiens \u00bb. J\u2019apprends que mes anc\u00eatres \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme les meilleurs amis de l\u2019homme, bien qu\u2019inf\u00e9rieurs \u00e0 eux. Il leur \u00e9tait impossible de communiquer autrement que par un champ lexical restreint, appris gr\u00e2ce \u00e0 une technique pavlovienne. L\u2019activit\u00e9 principale de mes anc\u00eatres se r\u00e9sumait \u00e0 effectuer un parcours d\u00e9fini par leur Ma\u00eetre et \u00e0 le divertir quand celui-ci le souhaitait. Je demande \u00e0 Jo\u00ebl de quelle mani\u00e8re il a eu acc\u00e8s \u00e0 ces informations. Il me r\u00e9pond qu\u2019il les a tout simplement v\u00e9cues. N\u00e9 peu avant la fin du XXe si\u00e8cle, il participe depuis l\u2019\u00e2ge de 63 ans \u00e0 un programme de d\u00e9veloppement cognitif et voit sa vie se prolonger de mani\u00e8re significative gr\u00e2ce au remplacement de ses organes biologiques par des organes \u00ab non biologiques et non biod\u00e9gradables \u00bb. Tous les autres candidats moururent de l\u2019exp\u00e9rience, sauf lui. Techniquement, il aurait aujourd\u2019hui 120 ans. Il prend son \u00ab manifeste \u00bb, ou plut\u00f4t cet assemblage de blocs transparents, et se dirige vers le sous-sol. C\u2019est \u00e9galement l\u00e0 que se trouve son intelligence artificielle. Je ne suis jamais all\u00e9 dans ce lieu, mais comme aujourd\u2019hui est un jour \u00e9trange, je me permets de suivre Jo\u00ebl. Ce lieu abrite une atmosph\u00e8re \u00e0 part, et semble dispos\u00e9 de mani\u00e8re \u00e0 former un ensemble coh\u00e9rent. Se profilent une toile, un micro, les anciens poumons de Jo\u00ebl l\u00e9vitant au-dessus d\u2019un vase rempli de formol, deux chaises, des panneaux de cuivre, des masques difformes et \u00e9videmment, l\u2019intelligence artificielle. Il m\u2019explique alors que cette \u00ab catastrophe \u00bb sera un effondrement technologique global et que le conflit inter-esp\u00e8ce s\u2019intensifie. Un conflit ? Un effondrement ? A nouveau, ces mots ne m\u2019\u00e9voquent rien. Jo\u00ebl me prend dans ses bras et murmure un \u00ab tout va bien se passer \u00bb. Il se tourne et semble se concerter avec l\u2019intelligence artificielle. Leur relation semble avoir \u00e9volu\u00e9 derni\u00e8rement mais je ne saisis pas bien pourquoi. Je scanne la pi\u00e8ce dans laquelle je me trouve. Je n\u2019avais pas remarqu\u00e9 qu\u2019un gradin se trouvait l\u00e0. Il pose le manifeste non loin de celui-ci, de fa\u00e7on \u00e0 ce qu\u2019il soit bien visible, et s\u2019en va recharger ses poumons. Une onde me parvient de l\u2019intelligence artificielle. \u00c7a y est, j\u2019ai compris. A l\u2019aube de l\u2019effondrement technologique global, mon extinction est in\u00e9vitable. J\u2019\u00e9prouve une indiff\u00e9rence nihiliste \u00e0 mon propre sort. J\u2019aurais d\u00fb \u00e9crire sur un bloc transparent car toutes mes donn\u00e9es vont \u00eatre effac\u00e9es. La d\u00e9connexion est imminente.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>31 mars 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/amina-gudzevic\/\">Amina Gudzevic<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">27 mars 3019. Exp\u00e9dition pour la sauvegarde urgente des derniers sites de cr\u00e9ation humaine. Deuxi\u00e8me jour de fouilles.<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>31 mars 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/jade-lambelet\/\">Jade Lambelet<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"623\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-18.28.15-1024x623.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-13376\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-18.28.15-1024x623.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-18.28.15-250x152.png 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-18.28.15-300x183.png 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-18.28.15-768x468.png 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-18.28.15-624x380.png 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-18.28.15.png 1830w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Gregory Batardon<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Vers la fin de la journ\u00e9e, nous parvenions \u00e0 d\u00e9gager le seuil d\u2019un b\u00e2timent en ruines, obstru\u00e9 par un monticule de d\u00e9combres et de mati\u00e8res indistinctes. Il fallait fouler les pans entiers de cr\u00e9pi, de briques et de planches avant de gagner ce qui semblait \u00eatre un hall ou un large couloir. Nous demeurions subjugu\u00e9s face \u00e0 la vacuit\u00e9 des ces espaces dont le b\u00e9ton avari\u00e9 laissait appara\u00eetre le squelette d\u2019une charpente en m\u00e9tal. Un n\u00e9on flottait, suspendu au plafond par les maigres efforts d\u2019un dernier cordon. \u00c9clats, fragments non-identifi\u00e9s et \u00e9paves d\u2019objets en tout genre envahissaient le sol et les vestiges des murs. Sous les \u00e9l\u00e9vations de poussi\u00e8res, nous exhumions une quantit\u00e9 de documents papier. Leurs miettes blanches se glissaient jusque sous les portes. Nous ouvrions. Malgr\u00e9 l\u2019\u00e9paisseur de l\u2019obscurit\u00e9, un vaste espace se d\u00e9ployait. De leurs faisceaux, nos lampes brisaient les t\u00e9n\u00e8bres des lieux et d\u00e9signaient tour \u00e0 tour les d\u00e9cors qui peuplaient ce vide magistral. La fr\u00e9n\u00e9sie de ces mouvements de lumi\u00e8re \u2013 avides et gourmands des potentiels tr\u00e9sors cach\u00e9s dans ce n\u00e9ant \u2013 nous permettait progressivement de recomposer l\u2019architecture de la pi\u00e8ce. L\u2019espace semblait se diviser en deux secteurs qui se constituaient, d\u2019une part, des restes de ce que nous comprenions \u00eatre des gradins orient\u00e9s, d\u2019autre part, face \u00e0 un plateau. Aucun site de ce type n\u2019avait subsist\u00e9, surv\u00e9cu \u00e0 la catastrophe technologique et \u00e0 l\u2019effondrement num\u00e9rique global qui nous avaient amen\u00e9s \u00e0 quitter la terre. Au demeurant, de nos recherches pr\u00e9alables portant sur les derniers objets-t\u00e9moins manuscrits, nous savions qu\u2019il avait exist\u00e9, du temps de l\u2019humanit\u00e9, des lieux vou\u00e9s \u00e0 la repr\u00e9sentation et \u00e0 ce que nos anc\u00eatres appelaient les \u00ab&nbsp;arts&nbsp;\u00bb. D\u00e8s l\u2019inauguration du programme de reconstruction et de r\u00e9\u00e9criture progressive de l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9 non-transg\u00e9n\u00e9tique, nous avions cherch\u00e9, dans nos exp\u00e9ditions de retour sur terre, \u00e0 retrouver ces lieux, en vain. Nous distinguions, sur la partie d\u00e9limit\u00e9e en plateau, une s\u00e9rie de d\u00e9cors bruts et \u00e9pars. Ceux-ci n\u2019\u00e9voquaient rien du r\u00e9pertoire des objets d\u2019usage humain que nous avions pu reconstituer jusqu\u2019alors. Des morceaux de cuivre et de toile (de tailles relativement imposantes). Une composition en fer amovible. Deux visages triviaux, primitifs taill\u00e9s dans une substance molle. Des r\u00e9cipients multiples. Une structure en plastique \u2013 mati\u00e8re d\u00e9sormais compl\u00e8tement d\u00e9su\u00e8te \u2013 support d\u2019une \u00e9criture. Nous lisions&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;121 ans, au seuil de ma mort. Dernier survivant de la g\u00e9n\u00e9ration d\u2019\u00eatres trans-humains n\u00e9s humains. Dans un futur plus ou moins proche, je parcours mes souvenirs d\u2019un pass\u00e9 encore \u201cinactuel\u201d, en devenir. Je me souviens avoir appartenu \u00e0 une terre qui ne connaissait pas encore l\u2019existence d\u2019une super-conscience. Je me souviens du dernier journal de presse physique. Je me souviens de la sensation que provoquait l\u2019\u00e9criture manuscrite sur papier. Les doigts qui glissent en parcourant les pages, douces, l\u2019odeur de l\u2019encre m\u00eal\u00e9e \u00e0 celle de cellulose. Je me souviens des apr\u00e8s-midis pass\u00e9s dans les caf\u00e9s, \u00e0 refaire le monde par la transmission mutuelle de nos inqui\u00e9tudes, de nos espoirs, de nos d\u00e9sirs. Je me souviens du son des rubans de pellicule qui rythmait les projections au cin\u00e9ma. Je me souviens des peaux qui vieillissaient, des cheveux qui blanchissaient, des corps qui s\u2019affaissaient. Je me souviens des variations des saisons, de la nuit qui tombait plus t\u00f4t en hiver. Je me souviens de la sensation v\u00e9ritable et biologique de fatigue, de la profondeur du sommeil. Je me souviens de l\u2019effort de m\u00e9morisation, des po\u00e8mes appris par c\u0153ur puis r\u00e9cit\u00e9s devant la classe. Je me souviens des corps qui tombaient malades, puis ceux qu\u2019on enterrait. Je me souviens de l\u2019odeur du tabac froid et de la chaleur de l\u2019alcool qui s\u2019enfon\u00e7ait dans la gorge. Je me souviens des bruits de la r\u00e9volte humaine, des cris des cort\u00e8ges dans les rues. Je me souviens des pr\u00e9dictions sur les catastrophes \u00e9cologiques, des ribambelles de titres d\u2019articles sur l\u2019effondrement des soci\u00e9t\u00e9s. Je me souviens d\u2019un monde o\u00f9 l\u2019inqui\u00e9tude de la mort accidentelle ou naturelle \u00e9tait encore d\u2019actualit\u00e9\u2026&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>31 mars 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/jade-lambelet\/\">Jade Lambelet<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Comment \u00eatre humain : notice explicative \u00e0 l\u2019attention des andro\u00efdes, cyborgs et autres humano\u00efdes.<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>31 mars 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/sarah-juilland\/\">Sarah Juilland<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"617\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-11.20.02-1024x617.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-13358\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-11.20.02-1024x617.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-11.20.02-250x151.png 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-11.20.02-300x181.png 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-11.20.02-768x463.png 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-11.20.02-624x376.png 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-11.20.02.png 1112w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Gregory Batardon<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Ce petit manuel s\u2019adresse \u00e0 deux types de publics distincts et poursuit un double objectif. D\u2019une part, il concerne les andro\u00efdes qui prolif\u00e8rent en soci\u00e9t\u00e9 et vise \u00e0 perfectionner leur programmation, afin qu\u2019ils se m\u00e9langent harmonieusement \u00e0 leurs voisins humains (ou du moins \u00e0 ce qu\u2019il en reste) sans trop perturber leurs habitudes. D\u2019autre part, il est destin\u00e9 aux \u00eatres d\u2019origine humaine (autrement dit, aux humains ayant subi des am\u00e9liorations cybern\u00e9tiques) qui, de moins en moins nombreux, tendent \u00e0 oublier leurs fondamentaux et d\u00e9sirent recouvrer la pratique de l\u2019humanit\u00e9. Ce texte contient donc les informations \u00e9l\u00e9mentaires constitutives du \u00ab&nbsp;bastion humain&nbsp;\u00bb, selon les mots de Jo\u00ebl Maillard, l\u2019un des derniers repr\u00e9sentants de l\u2019esp\u00e8ce&nbsp;<em>Homo sapiens<\/em>&nbsp;ressuscit\u00e9 gr\u00e2ce aux r\u00e9centes innovations de la m\u00e9decine r\u00e9g\u00e9n\u00e9rative. Le pr\u00e9sent article vous guidera \u00e0 travers les \u00e9tapes et processus de la vie d\u2019\u00eatre humain, dans le but d\u2019amener les diff\u00e9rentes cr\u00e9atures peuplant la plan\u00e8te Terre (ou du moins ce qu\u2019il en reste) \u00e0 une cohabitation agr\u00e9able et \u00e0 une entente cordiale.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e8gle n\u00b01&nbsp;: R\u00e9pondez (ou, pour les andro\u00efdes, simulez une r\u00e9ponse) aux besoins physiques de base<br><\/strong>Afin d\u2019\u00e9viter une mort pr\u00e9matur\u00e9e et douloureuse, les \u00eatres humains doivent absolument satisfaire un certain nombre de besoins vitaux, essentiels \u00e0 leur sant\u00e9 physique et mentale. Si vous ne respectez pas ces quelques codes fondamentaux, les \u00e9tapes plus avanc\u00e9es seront insurmontables. Au strict minimum, les humains se trouvent dans l\u2019obligation de&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>Respirer de l\u2019oxyg\u00e8ne\u00a0:<\/strong>\u00a0chez l\u2019humain, la ventilation pulmonaire est le renouvellement de l\u2019air contenu dans les poumons par l\u2019action des muscles respiratoires. La respiration proc\u00e8de en deux temps, que les andro\u00efdes pourront ais\u00e9ment mimer\u00a0: l\u2019inspiration (l\u2019air entre dans les poumons provoquant le gonflement du thorax) et l\u2019expiration (l\u2019air sort des poumons provoquant le d\u00e9gonflement du thorax).<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Manger des aliments comestibles et s\u2019hydrater \u00e0 l\u2019aide d\u2019eau (H2O)\u00a0:\u00a0<\/strong>pour survivre, les \u00eatres humains doivent absorber des nutriments leur procurant des quantit\u00e9s suffisantes de glucides, prot\u00e9ines, graisses, vitamines et min\u00e9raux, n\u00e9cessaires au bon fonctionnement de leur organisme. Par exemple, l\u2019aliment \u00ab\u00a0fromage\u00a0\u00bb est indispensable \u00e0 la pr\u00e9paration du met \u00ab\u00a0fondue\u00a0\u00bb\u00a0; remuer une spatule dans un caquelon n\u2019est pas suffisant pour les humains.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Dormir\u00a0:<\/strong>\u00a0bien que de nos jours cette pratique soit devenue caduque \u2013 il suffit de se brancher \u00e0 une borne de recharge pour \u00eatre \u00e0 nouveau op\u00e9rationnel \u2013, les \u00eatres humains doivent se reposer. Pour entrer dans un \u00e9tat de somnolence, il suffit de s\u2019allonger dans un endroit confortable et de rester immobile durant environ six heures. Conseils\u00a0pour rendre l\u2019acte de dormir plus vraisemblable\u00a0: certains humains s\u2019agitent, grognent ou laissent \u00e9chapper de l\u00e9g\u00e8res brises odorantes durant leur sommeil.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e8gle n\u00b02&nbsp;: Assurez votre s\u00e9curit\u00e9<br><\/strong>Pour prosp\u00e9rer, les humains doivent se trouver dans un \u00e9tat de qui\u00e9tude et ne pas \u00eatre obnubil\u00e9s par leurs angoisses (au sujet des angoisses, se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 l\u2019article \u00ab&nbsp;Les \u00e9motions humaines&nbsp;\u00bb). Afin de se sentir en s\u00e9curit\u00e9, les \u00eatres humains \u00e9vitent les lieux ou les situations susceptibles de causer des dommages physiques \u00e0 leurs corps (les blessures risquant d\u2019affecter leur sant\u00e9 physique, voire m\u00eame de les amener \u00e0 mourir) et se construisent ce qu\u2019ils appellent des \u00ab&nbsp;maisons&nbsp;\u00bb (abris constitu\u00e9s au minimum de quatre murs et d\u2019un toit).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e8gle n\u00b03&nbsp;: Tissez des relations humaines<br><\/strong>Dans votre vie d\u2019humain, vous serez amen\u00e9s \u00e0 rencontrer des gens. Certains vous seront agr\u00e9ables \u2013 ils seront appel\u00e9s \u00ab&nbsp;amis&nbsp;\u00bb \u2013 d\u2019autres pourrons vous faire \u00e9prouver une attraction physique \u2013 ce seront des \u00ab&nbsp;int\u00e9r\u00eats romantiques&nbsp;\u00bb. Pour faire partie d\u2019un cercle d\u2019amis, il vous faudra observer certains codes&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>La maladresse sociale\u00a0:<\/strong>\u00a0les humains sont faillibles, il leur arrive r\u00e9guli\u00e8rement de \u00ab\u00a0gaffer\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019engendrer des situations de malaise avec autrui en pronon\u00e7ant des paroles ou en effectuant des gestes incongrus et\/ou g\u00eanants.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>La pulsion\u00a0:\u00a0<\/strong>les humains sont impulsifs. Pour leur ressembler, il vous suffira de gesticuler, vitup\u00e9rer, maugr\u00e9er ou grimacer lorsque vous rencontrerez une situation contrariante. Exemples de situations contrariantes suscitant l\u2019insurrection parmi les humains\u00a0: un retard de train (l\u2019\u00eatre humain est press\u00e9 et impatient), un climat trop chaud, trop froid, trop humide, trop sec (l\u2019\u00eatre humain est difficilement satisfait concernant le climat m\u00e9t\u00e9orologique).<\/li>\n\n\n\n<li><strong>\u00ab\u00a0Boire des verres\u00a0\u00bb\u00a0:\u00a0<\/strong>\u00e9videmment, il ne s\u2019agit pas de consommer le verre mais son contenu (c\u2019est une m\u00e9tonymie).<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e8gle n\u00b04&nbsp;: Pratiquez l\u2019art de la conversation phatique<br><\/strong>Les humains aiment se retrouver pour badiner, d\u00e9biter quelques futilit\u00e9s, d\u00e9battre et se quereller au sujet de probl\u00e9matiques existentielles, ou encore refaire le monde autour d\u2019un verre (cf. explication ci-dessus). Exemple de sujet de conversation phatique&nbsp;: la situation m\u00e9t\u00e9orologique est toujours un excellent sujet de conversation \u00e0 adopter lorsque l\u2019on souhaite parler dans le vide (comme mentionn\u00e9 ci-dessus, il s\u2019agit d\u2019un sujet \u00e9minemment pol\u00e9mique chez les humains).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e8gle n\u00b05&nbsp;: Adonnez-vous \u00e0 la procrastination<br><\/strong>La procrastination est l\u2019une des activit\u00e9s favorites des \u00eatres humains. Il s\u2019agit d\u2019une tendance, proprement humaine, \u00e0 remettre syst\u00e9matiquement au lendemain une action \u00e0 accomplir. Le procrastinateur n\u2019est pas pour autant passif et amorphe, mais il d\u00e9pense toute son \u00e9nergie dans des activit\u00e9s vari\u00e9es et souvent saugrenues, qui ne poss\u00e8dent aucun rapport avec la t\u00e2che probl\u00e9matique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e8gle n\u00b0 6&nbsp;: Cultivez un go\u00fbt pour les objets inutiles<br><\/strong>Dans leur fr\u00e9n\u00e9sie consommatrice, les \u00eatres humains raffolent des objets superflus et souvent absurdes, dont ils regrettent instantan\u00e9ment l\u2019achat d\u00e8s leur sortie du magasin. Exemples d\u2019accessoires inutiles mais \u00e0 acqu\u00e9rir absolument pour \u00eatre humain : chaussons lampe torche en cas d\u2019envie pressante durant la nuit, l\u2019oreiller bonnet pour ceux qui bougent dans leur sommeil, les mini-parapluies pour chaussures afin d\u2019\u00e9viter les pieds mouill\u00e9s en cas de m\u00e9t\u00e9o pluvieuse, etc.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0, en appliquant ces quelques conseils, vous ressemblerez \u00e0 de v\u00e9ritables \u00eatres humains. Attention toutefois \u00e0 ne pas vous y m\u00e9prendre et pensez \u00e0 recharger vos batteries \u00e0 la fin de la journ\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>01000010011011110110111001101110011001010010000001100011011010000110000101101110011000110110010100100000011001000110000101101110011100110010000001100011011001010010000001101110011011110111010101110110011001010110000101110101001000000110110101101111011011100110010001100101001011000010000001110001011101010110010100100000011000110110010101110011001000000110100101101110011001100110111101110010011011010110000101110100011010010110111101101110011100110010000001110110011011110111010101110011001000000111001101101111011010010110010101101110011101000010000001110101011101000110100101101100011001010111001100101110.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>31 mars 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/sarah-juilland\/\">Sarah Juilland<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Jeux intellectuels<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>31 mars 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/ivan-garcia\/\">Ivan Garcia<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"626\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-11.20.32-1024x626.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-13399\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-11.20.32-1024x626.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-11.20.32-250x153.png 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-11.20.32-300x183.png 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-11.20.32-768x469.png 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-11.20.32-624x381.png 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-11.20.32.png 1136w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Gregory Batardon<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Dans une salle, une personne cach\u00e9e dans l\u2019obscurit\u00e9&nbsp;; nous n\u2019entendons que sa voix. Puis, dans la m\u00eame salle, une autre personne, \u00e9galement cach\u00e9e dans l\u2019obscurit\u00e9&nbsp;; nous n\u2019entendons, bien entendu, que sa voix.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>La Voix&nbsp;:<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est un peu pr\u00e8s comme \u00e7a que \u00e7a a commenc\u00e9. Moi, au d\u00e9part, j\u2019\u00e9tais pas tr\u00e8s d\u2019accord avec ce que le Jo\u00ebl il proposait de faire. Mais bon, il voulait une mise en sc\u00e8ne futuriste alors bon, j\u2019ai sign\u00e9. &nbsp;\u00abTu vois\u00bb, me disait-il, \u00abTon r\u00f4le ce sera simplement de descendre, dans le noir, depuis le plafond\u00bb. \u00abJe vois, je vois\u00bb, que je lui ai r\u00e9pondu. \u00abMais, dis-moi, Jo\u00ebl, comment vas-tu faire pour que je descende&nbsp;?\u00bb \u2013 \u00abEh bien, c\u2019est tr\u00e8s simple\u00bb qu\u2019il m\u2019a encore r\u00e9pondu.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors l\u00e0, il a commenc\u00e9 \u00e0 me d\u00e9crire de quelle mani\u00e8re il voulait mettre en sc\u00e8ne \u00absa\u00bb performance (ces artistes postmodernes, pas foutus de faire une pi\u00e8ce \u00abclassique\u00bb\u2026). Que d\u2019abord \u00e7a devrait se faire \u00e0 l\u2019Arsenic parce que \u2013 tu comprends \u2013 ailleurs, c\u2019est pas la m\u00eame chose, qu\u2019il m\u2019a dit. Que j\u2019\u00e9tais le seul et l\u2019unique sur lequel il pouvait compter pour monter ce coup. Que c\u2019\u00e9tait une chance exceptionnelle pour moi et patati et patata. Bref, il avait besoin de mat\u00e9riel et de d\u00e9cor et \u2013 uniquement pour cela \u2013 il avait besoin de mon enti\u00e8re collaboration.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors nous discut\u00e2mes. A la base, le sujet \u00e9tait tr\u00e8s simple&nbsp;: dans un futur lointain, l\u2019humanit\u00e9&nbsp; \u2013 ou ce qu\u2019il en reste \u2013 d\u00e9couvre un manuscrit de Jo\u00ebl et fait revivre celui-ci, ainsi que ses souvenirs. Bref, un&nbsp;<em>retour vers le futur&nbsp;<\/em>invers\u00e9 quoi\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Mais l\u00e0, sur ce coup, Jo\u00ebl avait besoin de moi. Alors il m\u2019a expliqu\u00e9&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 \u00ab Je t\u2019attacherai \u00e0 une corde, afin que tu descendes et cr\u00e9e un effet myst\u00e9rieux. \u00bb<br>\u2013 \u00ab Je savais que tu voulais ma peau, esp\u00e8ce de tra\u00eetre \u00bb, lui ai-je r\u00e9pondu.<br>\u2013 \u00ab Mais non, mais non, ne t\u2019inqui\u00e8te pas. L\u2019id\u00e9e, c\u2019est de disperser, partout au-dessus du plateau, plein d\u2019objets qui tomberont afin de cr\u00e9er des effets comiques. \u00bb<br>\u2013 \u00ab Des cordes qui tombent, c\u2019est comique ou c\u2019est tragique ? \u00bb<br>\u2013 \u00ab On pourrait discuter mais\u2026 un perroquet qui tombe, c\u2019est comique, non ? \u00bb<br>\u2013 \u00ab Sans doute \u00bb<br>\u2013 \u00ab Imagine, deux types entrent dans un bar et parlent de leurs probl\u00e8mes ; l\u2019un consulte un psy humain et l\u2019autre un andro\u2019. Et les deux sont \u00e0 bout, alors le perroquet tombe. Tu saisis ? \u00bb<br>\u2013 \u00ab Absolument pas l\u2019ami. Mais pourquoi pas ? Et donc, je reviens sur le coup de m\u2019attacher \u00e0 une corde\u2026 \u00bb<br>\u2013 \u00ab Ah oui, oui\u2026 Donc pourquoi la corde ? Parce que tu dois descendre<em>&nbsp;progressivement<\/em>. Sur le plateau, tu occuperas la gauche. Cependant, afin d\u2019y parvenir de mani\u00e8re correcte, tu devras descendre depuis les cintres tel un parachutiste. En faisant un plongeon vertical progressif, tu finiras dans une cuve ! N\u2019est-ce pas, merveilleux ? \u00bb<br>\u2013 \u00ab Je loue ton imagination mais\u2026 en quoi cela sert-il ton propos ? Explique-moi&nbsp;<em>steupla\u00eet.&nbsp;<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La Voix de l\u2019Artiste (avec un accent vaudois, cette fois-ci) : \u00ab Parce que tu vois, tu comprends, n\u2019est-ce pas ? Il faut montrer l\u2019autor\u00e9flexivit\u00e9 de ma d\u00e9marche cr\u00e9atrice, l\u2019herm\u00e9neutique de mon propos, la po\u00e9tique kinesth\u00e9sique de ma gestuelle crypto-orientale. En somme, il faut&nbsp;<em>m\u00e9talepsiser&nbsp;<\/em>tout \u00e7a, briser le quatri\u00e8me mur. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La Voix&nbsp;:<br>\u2013 \u00ab Ah oui\u2026 mais comment tu veux briser le mur si tu parles si doucement ? Il me semble qu\u2019il faut aller plus vite, non ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La Voix de l\u2019Artiste&nbsp;:<br>\u2013 \u00ab Pas le mur du son, andouille, le quatri\u00e8me mur, celui qui s\u00e9pare la fiction et les spectateurs. Jouer sur la distanciation, \u00ab<em>Verfremdungseffekt\u00bb<\/em>, comme y disait Brechteuh. Il faut que tout ce beau monde cogite sur mon spectacle. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La Voix :<br>\u2013 \u00ab Ah oui, c\u2019est tr\u00e8s juste. Faut que&nbsp;<em>\u00e7a critique<\/em>. Mais, dans tout cela, quel est le rapport ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La Voix de l\u2019Artiste&nbsp;:<br>\u2013 \u00ab Mais c\u2019est pourtant \u00e9vident ! Nous allons mettre en sc\u00e8ne une pi\u00e8ce alternant diff\u00e9rents tableaux. Ce faisant, \u00e9videmment, nous nous permettrons d\u2019interrompre, fr\u00e9quemment, la fable cont\u00e9e en alternant entre le pass\u00e9 et le futur, ce qui aura pour cons\u00e9quence nonobstant n\u00e9cessaire de rompre la lin\u00e9arit\u00e9 de la narration ; ainsi, nos chers spectateurs seront \u00e0 la fois perdus et r\u00e9flexifs. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La Voix&nbsp;:<br>\u2013 \u00ab D\u00e9sormais, je comprends tout, cher Jo\u00ebl. Mais je reviens encore sur cette histoire de corde car\u2026\u00ab<\/p>\n\n\n\n<p>La Voix de l\u2019Artiste (alias Jo\u00ebl)&nbsp;:<br>\u2013 \u00ab Ta fonction narrative est bien plus importante que tu ne veux le croire, mon ami. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><em>Quelqu\u2019un appuie sur l\u2019interrupteur et la lumi\u00e8re \u00e9claire la salle. La lumi\u00e8re \u00e9clairant la salle d\u00e9voile un cerveau dans une cuve et un artiste du nom de Jo\u00ebl qui parle avec l\u2019organe dans la cuve.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le Cerveau dans la cuve :<br><em>\u2013 To be or not to be ? That is the question. \u00d4 diantre, je suis d\u00e9masqu\u00e9 !<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;<\/em>La Voix de l\u2019Artiste (alias \u2013 toujours \u2013 Jo\u00ebl)&nbsp;:<br>\u2013 Exactement, c\u2019est typiquement l\u2019effet que je souhaite produire chez nos spectateurs ! Imagine ce&nbsp;<em>cliffhanger&nbsp;<\/em>de malade qu\u2019on pourrait r\u00e9aliser&nbsp;! \u00c7a marquera les critiques pendant longtemps, crois-moi&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Le Cerveau dans la cuve&nbsp;:<br><em>\u2013 To be or not to be a brain in a vat ? That is the question.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Artiste (qui a, bien entendu, toujours sa voix)&nbsp;:<br>\u2013 Imaginons que tout cela ne soit qu\u2019un r\u00eave produit par toi,&nbsp;<em>le cerveau dans la cuve<\/em>, et qu\u2019en fait, toute ma superbe pi\u00e8ce, ne soit que le r\u00e9sultat de tes projections mentales. Ce serait intense, non ?<\/p>\n\n\n\n<p>Le Cerveau dans la cuve&nbsp;:<br>\u2013 Il y aurait de quoi cogiter, effectivement\u2026. Mais, au niveau&nbsp;<em>marketing<\/em>, tu crois que \u00e7a marchera&nbsp; ? Et pis, si \u00e7a marchait tant bien que \u00e7a, pourquoi que t\u2019as pas voulu le rendre plus explicite, l\u2019autre soir ?<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Artiste\u00a0:<br>\u2013 Souviens-toi du titre de ma pi\u00e8ce :\u00a0<em>Imposture posthume<\/em>. Faut quand m\u00eame que je\u00a0<em>brain<strong><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/04\/imposture-posthume\/#:~:text=Fin-,%5B1%5D,-Pour%20les%20joueurs\">[1]<\/a><\/strong>\u00a0<\/em>un peu le public, non\u00a0?<\/p>\n\n\n\n<p>Le Cerveau dans la cuve&nbsp;:<br>\u2013 J\u2019admire le jeu de mots.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Rideau<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Fin<\/em><\/p>\n\n\n\n[1]\u00a0Pour les joueurs de jeux vid\u00e9os en ligne,\u00a0<em>to brain<\/em>\u00a0signifie\u00a0<em>grosso modo\u00a0<\/em>\u00ab \u00eatre plus intelligent que son adversaire et \u00e9viter ainsi la mort \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>31 mars 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/ivan-garcia\/\">Ivan Garcia<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Episode 826 : les joutes murales asynchrones<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>31 mars 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/brice-torriani\/\">Brice Torriani<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"626\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-11.20.21-1024x626.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-13402\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-11.20.21-1024x626.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-11.20.21-250x153.png 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-11.20.21-300x183.png 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-11.20.21-768x469.png 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-11.20.21-624x381.png 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-11.20.21.png 1136w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Gregory Batardon<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Ouiiiii salutations \u00e0 touuuus, et bienvenue \u00e0 cette nouvelle conscientisation multisensorielle collective sur le patrimoine pr\u00e9historique de la proto-humanit\u00e9. Je crois que nous n\u2019attendons plus qu\u2019une seule connexion et\u2026 aaaaah je la ressens \u00e0 pr\u00e9sent bienvenuuuue \u00e0 toi, entit\u00e9&nbsp;<em>FauxReveurYoung492710<\/em>. Nous allons pouvoir commencer l\u2019expos\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Lors de cette session nous nous pencherons sur un amas de mati\u00e8re rocheuse que les \u00eatres primitifs d\u00e9nommaient&nbsp;<em>mur<\/em>, et que des chercheurs ont r\u00e9cemment eu la chance de d\u00e9couvrir dans un \u00e9tat de conservation tout \u00e0 fait remarquable. Gr\u00e2ce \u00e0 un tout nouveau syst\u00e8me de\u2026 eh bien disons que c\u2019est un proc\u00e9d\u00e9 qui extrait les couches\u2026 disons un tout nouveau processus de d\u00e9stratification de la mati\u00e8re, nous allons pouvoir revivre ce que nous avons identifi\u00e9 comme un jeu litt\u00e9raire, c\u2019est-\u00e0-dire une voie de communication cr\u00e9ative asynchrone qu\u2019utilisaient les anciens pour communiquer. Ce genre de medium n\u2019est pas unique, plusieurs ont \u00e9t\u00e9 auparavant d\u00e9couverts dans de nombreuses localisations, essentiellement dans cette sorte de sanctuaire que nous avons d\u00e9j\u00e0 abord\u00e9 dans une session pr\u00e9c\u00e9dente, quelqu\u2019un s\u2019en souvient&nbsp;? Oui&nbsp;? Les toilettes, exactement.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans plus attendre, d\u00e9portons nos esprits dans cette s\u00e9rie de dialogues reconstitu\u00e9e pour vous, par nos ing\u00e9nieurs les plus exp\u00e9riment\u00e9s.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><em>Transition \/ flash-back<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Octobre 2038.<\/em>&nbsp;<em>Ici, passa Jo\u00ebl, dans un instant de r\u00e9confort et de volupt\u00e9, et surtout de soulagement. Bien qu\u2019un tantinet&nbsp;<s>emmanch\u00e9<\/s>&nbsp;\u00e9m\u00e9ch\u00e9, je souhaite passer un message de paix \u00e0 la prochaine personne humaine qui comme moi, utilise encore cet archa\u00efque mais au combien plaisant palais&nbsp;<s>des centaures<\/s>&nbsp;des senteurs. Ce message le voici&nbsp;: Je crois.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Je crois<s>.<\/s>&nbsp;<\/em>en l\u2019homme<em>&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Je crois<s>.<\/s>&nbsp;<\/em>en l\u2019homme BLANC<em>&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Transition \/ flash-forward<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Ouiiiiii je crois qu\u2019il est bon de repr\u00e9ciser pour ceux qui n\u2019ont pas assist\u00e9 \u00e0 notre session consacr\u00e9e \u00e0 la racialisation de la proto-humanit\u00e9 que celle-ci \u00e9tait divis\u00e9e entre ceux qui jugeaient \u00e9l\u00e9mentaire et irr\u00e9futable de cat\u00e9goriser leur ensemble de mol\u00e9cules en fonction de la pigmentation \u00e9pidermique, ceci afin d\u2019affirmer une pr\u00e9tendue sup\u00e9riorit\u00e9, et ceux qui jugeaient indispensable de supprimer tout adjectif qualificatif discriminant de leur langage, et qui on grandement contribu\u00e9 \u00e0 la d\u00e9mocratisation et des espaces de vidanges gastriques comme nous l\u2019appelons parfois, et qui ont milit\u00e9 pour en faire des espaces communs \u00e0 tout genre, toute esp\u00e8ce et toute forme andro\u00efdique. N\u2019h\u00e9sitez pas \u00e0 vous abonner \u00e0 la cha\u00eene pour ressentir ou re-ressentir cette session, et bien d\u2019autres encooooore.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><em>Transition \/ flash-back<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Je crois<s>.<\/s>&nbsp;<\/em>en l\u2019homme&nbsp;<s>BLANC<\/s><em>&nbsp;ouvairt et tol\u00e9rent\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Je crois<s>.<\/s>&nbsp;<\/em>en l\u2019homme&nbsp;<s>BLANC<\/s><em>&nbsp;ouv<s>ai<\/s><sup>e<\/sup>rt et tol\u00e9r<s>e<\/s><sup>a<\/sup>nt\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Je crois<s>.<\/s>&nbsp;<\/em>en l\u2019homme&nbsp;<s>BLANC<\/s><em>&nbsp;ouv<s>ai<\/s><sup>e<\/sup>rt&nbsp;<s>et tol\u00e9re<sup>a<\/sup>nt<\/s>&nbsp;<\/em>aux reformes ortografiques<em>\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Je<sup>ne<\/sup>crois<s>.<\/s><sup>plus<\/sup>&nbsp;<\/em>en l\u2019homme&nbsp;<s>BLANC<em>&nbsp;ouvai<sup>e<\/sup>rt et tol\u00e9re<sup>a<\/sup>nt&nbsp;<\/em>aux reformes ortografiques<em>\u00bb<\/em><\/s><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Eh toi qui cherches la lumi\u00e8re du Dieu, procure-toi le nouveau compagnon andro\u00efde Spirituon12XS.&nbsp;Il te guidera vers le bon chemin du neo-pastafarisme. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Contre les d\u00e9g\u00e2ts des eaux et d\u00e9gradations de vos biens immobiliers, faites confiance au Groupe Mutuel et \u00e0 sa nouvelle&nbsp;formule couverture semi-compl\u00e8te, sans engagement au-del\u00e0 de 15 ans. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Je r\u00eave o\u00f9 ils laissent entrer les entit\u00e9s publicitaires dans les toilettes publiques maintenant&nbsp;? C\u2019est nos imp\u00f4ts qui payent leur entretien, et on en fait des espaces de pub&nbsp;?&nbsp;Si je te chope, entit\u00e9 publicitaire, je te renvoie \u00e0 l\u2019usine. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Monsieur, pour toute remarque concernant l\u2019utilisation des murs de cet \u00e9tablissement, adressez vos remarques \u00e0 noreply@admin.ch. Merci pour votre compr\u00e9hension.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Je<sup>ne<\/sup>crois<s>.<\/s><sup>plus<\/sup>&nbsp;<\/em><s>en l\u2019homme BLANC<em>&nbsp;ouvai<sup>e<\/sup>rt et tol\u00e9re<sup>a<\/sup>nt&nbsp;<\/em>aux reformes ortografiques<em>\u00bb<\/em><\/s><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Attends un peu, je vais te fumer, toi.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em><s>Je<sup>ne<\/sup>crois.<sup>plus<\/sup>&nbsp;<\/s><\/em><s>en l\u2019homme BLANC<em>&nbsp;ouvai<sup>e<\/sup>rt et tol\u00e9re<sup>a<\/sup>nt&nbsp;<\/em>aux reformes ortografiques&nbsp;<\/s>&nbsp;JE CROIS EN L\u2019ANDR\u2026<em>\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Transition \/ flash-forward<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Voil\u00e0\u00e0\u00e0\u00e0\u00e0\u00e0 tr\u00e8s ch\u00e8res entit\u00e9s connect\u00e9es, il en temps pour nous de mettre un terme \u00e0 cet expos\u00e9, le reste de la bande \u00e9tant malheureusement illisible d\u00fb au nombre incalculable de fluides corporels s\u2019\u00e9tant agglutin\u00e9 au fil des si\u00e8cles. J\u2019esp\u00e8re que vous avez pass\u00e9 un instant tout \u00e0 fait stationnaire, et je vous dis \u00e0 la prochaine pour une nouvelle int\u00e9gration cellulaire d\u2019informations accessoires.<\/p>\n\n\n\n<p>A bient\u00f4t&nbsp;!\u00bb<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>31 mars 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/brice-torriani\/\">Brice Torriani<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Anti-charisme op\u00e9rant et autres tribulations au travers d\u2019une repr\u00e9sentation<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>31 mars 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/oceane-forster\/\">Oc\u00e9ane Forster<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"626\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-11.20.21-1024x626.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-13402\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-11.20.21-1024x626.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-11.20.21-250x153.png 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-11.20.21-300x183.png 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-11.20.21-768x469.png 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-11.20.21-624x381.png 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-11.20.21.png 1136w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Gregory Batardon<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Tu es d\u00e9j\u00e0 en sc\u00e8ne quand le public fait son entr\u00e9e. Tu verras tu vas \u00eatre surpris parce que ce n\u2019est pas tr\u00e8s souvent qu\u2019on en fait l\u2019exp\u00e9rience dans un th\u00e9\u00e2tre, mais la pr\u00e9sence d\u2019un com\u00e9dien ne suffit pas au silence. Tu vas exp\u00e9rimenter par ta corporalit\u00e9, \u00e0 quel point une entr\u00e9e de com\u00e9dien sur sc\u00e8ne est acm\u00e9\u00efque et comme ton ethos en prend un coup face \u00e0 l\u2019ar\u00e9action g\u00e9n\u00e9rale du public, qui pourtant est venu ce soir jusqu\u2019ici pour te voir jouer, \u00e0 ta copr\u00e9sence, rendue banale par l\u2019an\u00e9antissement d\u2019un point P qui aurait s\u00fbrement cristallis\u00e9 le fracas de ton entr\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Toi, malin, tu vas jouer avec cet anti-\u00e9v\u00e8nement, puisque tu ne vas rien faire pour emp\u00eacher ton anti-charisme d\u2019op\u00e9rer. Tu ne vas pas te nimber de lumi\u00e8re, elle aussi va jouer le d\u00e9dain avec toi, tu ne vas pas occuper le centre du plateau, tu ne vas pas forcer le contact avec les gens du premier rang. Et tu vas voir, je sais que pour l\u2019instant tu n\u2019y crois pas encore, mais tu verras sur le moment, les gens, et ce malgr\u00e9 la pr\u00e9sence dont tu feras acte, les spectateurs n\u2019arr\u00eateront leurs triviales \u2013 ou vitales hein, cela dit, ne jugeons pas h\u00e2tivement, d\u2019autant que la nature de ces babillages ne change rien \u00e0 l\u2019affaire \u2013 leurs donc plus ou moins triviales sinon existentielles discussions qu\u2019une fois les spots \u00e9teints.<\/p>\n\n\n\n<p>Ta performance, alors qu\u2019elle aura pour toi d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 depuis bien 10 minutes, ne commencera dans l\u2019esprit du spectateur qu\u2019au moment du noir.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce moment o\u00f9, et m\u00eame durant lequel ton sc\u00e9nographe te b\u00e9nit d\u2019offrir \u00e0 son travail une si belle exclusivit\u00e9. Pendant plusieurs secondes, les yeux paresseux du public, qu\u2019il clignera nonchalamment, passivement habitu\u00e9 \u00e0 se retrouver plong\u00e9 dans l\u2019obscurit\u00e9 au cours des cr\u00e9ations contemporaines de l\u2019Arsenic, ne percevront que la douce luminescence du tube\/aquarium \u00e9trange et p\u00e9n\u00e9trant en fond de sc\u00e8ne. Puis les Pierres de Rosette en polym\u00e8re solide, transparent, que tu auras dress\u00e9es en \u00e9quilibre attireront l\u2019\u0153il qui doucement \u00e9tendra sa pupille.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu n\u2019es pas sans savoir non plus &nbsp;que l\u2019apparente automisation et la cin\u00e9tique intimiste conf\u00e9r\u00e9e au polygone m\u00e9dusal qui flotte de bas en haut \u00e0 l\u2019avant-sc\u00e8ne va provoquer, chez les plus sensibles spectateurs, des tendances \u00e0 l\u2019animisme, et il ne serait pas \u00e9tonnant que l\u2019avanc\u00e9e pulsatile de ce polygone des profondeurs soit tout autant, si ce n\u2019est plus, scrut\u00e9e que le sur-titrage flegmatique sur le mur c\u00f4t\u00e9 jardin, qui est pourtant un des ressorts comiques de ta pi\u00e8ce, r\u00e9serv\u00e9 au public bilingue il faut bien se le dire, dr\u00f4le parce qu\u2019il dit, il actualise, avec un certain laisser-aller, ce que tu fais et \u00e9nonce sur sc\u00e8ne, avec la promesse initiale de traduire efficacement ton texte en anglais, et puis progressivement faillit \u00e0 cette intention qu\u2019on lui a volontairement attach\u00e9 dans l\u2019esprit du public qui se laisse, de prime abord, tenter par l\u2019explication d\u2019un ajout d\u2019une dimension internationale qu\u2019apporterait ce surtitrage \u00e0 ta pi\u00e8ce.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand la lumi\u00e8re reviendra, parce qu\u2019il faudra bien faire revenir de la lumi\u00e8re sur ton plateau sinon tu risques de sombrer dans le soporifisme, dans la semi-p\u00e9nombre tu vas parler, tu vas \u00e9noncer, et tu te proposeras de proposer, puisque c\u2019est bien l\u00e0 la vis\u00e9e ton discours artistique, au public qui viendra ce soir te voir jouer cette cr\u00e9ation que tu as compos\u00e9e sp\u00e9cialement pour un public comme celui-l\u00e0 m\u00eame qui sera pr\u00e9sent dans le noir, un futur compos\u00e9 d\u2019inspirations dystopiques, pseudoscientifiques et cybern\u00e9tiques, futur que tu as partiellement invent\u00e9 puisqu\u2019il n\u2019a pas le loisir d\u2019\u00eatre d\u00e9j\u00e0 tout \u00e0 fait envisag\u00e9 ce qui est un processus que tu r\u00e9it\u00e8res puisque c\u2019est cette m\u00eame fa\u00e7on d\u2019op\u00e9rer qui t\u2019as valu, lors de ta pr\u00e9c\u00e9dente mise en sc\u00e8ne, d\u2019\u00eatre titr\u00e9 \u00ab&nbsp;futurologue loufoque&nbsp;\u00bb, futur dont tu esquisses les contours principaux par le truchement d\u2019une fable qui, et c\u2019est plus porteur ainsi, tu le penses encore, a pour protagoniste ton toi du futur, ce qui a pour effet de situer ton hypoth\u00e8se proleptique dans un \u00e9trange interm\u00e9diaire entre autofiction et biographie projective. Ce que je dis je te le dis vite, mais c\u2019est pour que tu actualises bien dans ta pens\u00e9e, que tu mettes d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 en avant dans ta t\u00eate, que, somme toute, &nbsp;tu conscientises les enjeux, les tentants et les aboutissants de ce que tu es en train de porter \u00e0 la sc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>31 mars 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/oceane-forster\/\">Oc\u00e9ane Forster<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">D\u00e9fossilisation des sons pos\u00e9s sur les choses<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>31 mars 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/julia-cela\/\">Julia Cela<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-11.22.03-1024x636.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-13353\" style=\"width:300px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Gregory Batardon<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Je descends les marches. L\u2019escalier est taill\u00e9 \u00e0 m\u00eame la roche. J\u2019entends le son de gouttes d\u2019eau qui s\u2019\u00e9crasent au sol et l\u2019\u00e9cho. De l\u2019eau suinte des minuscules interstices dans les parois et je m\u2019arr\u00eate un instant pour approcher mon visage de l\u2019une de ces toutes petites fentes. Les deux bords de l\u2019interstice sont couverts de minuscules pierres lumineuses. Chacune d\u2019elles murmure et j\u2019entends leur timide litanie&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;L\u2019autre jour papi a mang\u00e9 une salade. Quand j\u2019ai regard\u00e9 dans son bol j\u2019ai vu des plumes de corbeau. Mon papi mangeait des plumes de corbeaux avec de belles baguettes japonaises, laqu\u00e9es et tr\u00e8s fines. J\u2019avais presque l\u2019impression de les entendre crier leur d\u00e9tresse \u00e0 chaque bouch\u00e9e&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Oh non mais par piti\u00e9 ne me mangez pas, si vous saviez tout ce que j\u2019ai vu, moi ! je me rappelle notamment super bien le go\u00fbt qu\u2019a l\u2019air en Afrique du Sud. Je vous jure que c\u2019est vrai ! C\u2019est que mon h\u00f4te \u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 le seul corbeau absolument pas s\u00e9dentaire de son temps. Je suis le seul corbeau qui sait pourquoi le vin d\u2019Afrique du Sud est trop sucr\u00e9 et pourquoi le rooibos a ce go\u00fbt de vanille. C\u2019est parce que \u00e7a flotte dans l\u2019air, je me rappelle glisser \u00e0 travers des effluves sucr\u00e9s. D\u2019autres fois \u00e7a sentait la mer.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai pens\u00e9 que je r\u00eavais que ce n\u2019\u00e9tait pas possible, d\u2019une part que mon papi soit en train de manger des plumes d\u2019oiseau, et d\u2019autre part, que les plumes prennent la parole, pour faire leur petit plaidoyer fr\u00e9missant. Alors j\u2019ai pass\u00e9 le reste du repas \u00e0 regarder les quelques plumes qui s\u2019envolaient de son bol, chass\u00e9e par l\u2019expiration de mon papi alors qu\u2019il m\u00e2chait bruyamment. Le bruit d\u2019une plume mouill\u00e9e c\u2019est si l\u00e9ger, et en m\u00eame temps c\u2019est vraiment atroce.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ou encore&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Je suis cristallier de m\u00e9tier. Je descends en ville une fois par ann\u00e9e pour vendre ma r\u00e9colte de l\u2019ann\u00e9e. Le reste du temps je parcours les Alpes. C\u2019est un travail qui vous fait un \u0153il. Je m\u2019explique. Aucun probl\u00e8me pour trouver de quoi me nourrir quand je marche en montagne. Je suis extr\u00eamement bien habitu\u00e9 \u00e0 mener mon \u0153il l\u00e0 o\u00f9 il faut pour qu\u2019il trouve, cons\u00e9cutivement \u00e0 des \u00e9chelles bien diff\u00e9rentes. De loin, je laisse glisser mon regard sur une paroi jusqu\u2019\u00e0 rep\u00e9rer un myrtillier. Je me rapproche en le fixant pour ne surtout pas perdre de vue mon butin. Une fois devant le buisson, c\u2019est le m\u00eame travail \u00e0 une autre \u00e9chelle. Je laisse glisser, je laisse glisser, je laisse glisser jusqu\u2019au petit fruit le plus brillant. Je ne le quitte pas des yeux jusqu\u2019\u00e0 le sentir entre mon pouce et mon index. Je serre et je le porte \u00e0 ma bouche. Je proc\u00e8de de la m\u00eame mani\u00e8re pour trouver le quartz prase, mon pr\u00e9f\u00e9r\u00e9. C\u2019est une petite pierre curieuse. Quand on la cogne avec un petit objet dur, elle \u00e9met un son merveilleux. C\u2019est comme un chant minuscule, avec une sublime voix de contre-alto&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 L\u2019amour est un oiseau rebelle. Que nul ne peut apprivoiser. Et c\u2019est bien en vain qu\u2019on l\u2019appelle. S\u2019il lui convient de refuser. Ma solitude m\u2019assassine et je, je dois le confesser, j\u2019y crois encore, j\u2019y crois encore.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est amusant. Quand j\u2019y pense, je proc\u00e8de exactement dans la m\u00eame mani\u00e8re quand je cherche \u00e0 trouver une femme qui me pla\u00eet dans le paysage d\u2019un caf\u00e9. J\u2019ai un certain go\u00fbt pour les voix graves.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Je d\u00e9colle mon visage de la fente. Je fixe encore un instant les petites pierres vertes et lumineuse et je poursuis ma route. En bas de la vol\u00e9e de marche, un cordon barre le passage. Je l\u2019enjambe et p\u00e9n\u00e8tre dans la caverne. Des milliers de fissures, remplies de pierres brillantes, jettent une lumi\u00e8re mouvante et bleu\u00e2tre sur l\u2019homme au centre de la cave. Il est debout, les mains pos\u00e9es sur une sorte de pupitre que lui fait la pierre. Un oiseau perch\u00e9 sur son \u00e9paule, croasse doucement&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;S\u2019observe depuis quelques ann\u00e9es un ph\u00e9nom\u00e8ne tout \u00e0 fait exceptionnel. En Roumanie, des pierres poussent \u00e0 un rythme qui rend impossible leur observation. Les immense concr\u00e9tions, rondes et lisses ont envahi les jardins et les parcs publics. Impossible d\u2019expliquer g\u00e9ologiquement la rapidit\u00e9 du ph\u00e9nom\u00e8ne. Tout ce dont les habitants et experts sont certains, pour le moment, c\u2019est que ces pierres produisent du son&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 pv zk bschk pv zk pv bschk zk pv zk bschk pv zk pv bschk zk bschk pv bschk bschk pv kkkkkkkkkk bschk<\/p>\n\n\n\n<p>Copr\u00e9sence infiniment surprenante d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne g\u00e9ologique jamais observ\u00e9 et d\u2019encha\u00eenements sonores s\u2019apparentant \u00e0 la performance de MB14 aux championnats du monde de beatbox en 2018.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019oiseau s\u2019est interrompu pour s\u2019envoler \u00e0 l\u2019autre bout de la pi\u00e8ce, o\u00f9 est d\u00e9pos\u00e9 un bol rempli de baies. Entre deux bouch\u00e9es brusques, il l\u00e8ve son bec vers moi&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Le concert va commencer&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019homme l\u00e8ve ses mains, une expression d\u2019intense concentration sur le visage. Il les d\u00e9pose \u00e0 plat sur le pupitre de pierre. Le chant s\u2019\u00e9l\u00e8ve. Des archives sonores d\u2019entre le pal\u00e9oc\u00e8ne et l\u2019anthropoc\u00e8ne sup\u00e9rieur. J\u2019\u00e9coute s\u2019\u00e9lever dans l\u2019air des centaines de t\u00e9moignages, simultan\u00e9s, cruciaux ou anodins, monologues int\u00e9rieurs ou prof\u00e9r\u00e9s. J\u2019entends le bruit que fit le premier dinosaure qui un jour tr\u00e9bucha. J\u2019entends le son que produit la chaussette de ma premi\u00e8re amante lorsqu\u2019elle la retire de son pied.&nbsp;Je regarde les mains de l\u2019homme extraire les sons de la roche par frottement. La paume qui effleure les asp\u00e9rit\u00e9s semble \u00e0 la fois attirer et projeter le son. J\u2019entends certains de mes propres souvenirs&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Et toujours des croassements sur le fonds de nos conversations.&nbsp; Je m\u2019en rappelle parce qu\u2019on s\u2019est s\u00e9par\u00e9s cette automne-l\u00e0, il y avait des corbeaux partout, qui chantaient&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 L\u2019amour est un oiseau rebelle.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait une rupture d\u2019un commun accord, \u00e9l\u00e9gante et tacite.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00e0 ce concert que tout a commenc\u00e9. J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 m\u2019int\u00e9resser \u00e0 l\u2019arch\u00e9ologie de la musique et des sons. Parmi toutes les d\u00e9couvertes de ce jour-l\u00e0, une, \u00e0 valeur de r\u00e9cit de vocation. C\u2019\u00e9tait une archive sur les pratiques musicale patrimoniales. Fascinant. C\u2019est justement \u00e7a qui m\u2019a donn\u00e9 envie d\u2019apprendre le chant lyrique comme on le pratiquait dans les ann\u00e9es 2000.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>31 mars 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/julia-cela\/\">Julia Cela<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Traduire Jo\u00ebl<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>31 mars 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/noe-maggetti\/\">No\u00e9 Maggetti<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"626\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-11.20.32-1024x626.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-13399\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-11.20.32-1024x626.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-11.20.32-250x153.png 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-11.20.32-300x183.png 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-11.20.32-768x469.png 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-11.20.32-624x381.png 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-11.20.32.png 1136w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Gregory Batardon<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Tu prends toujours trop, il faudrait apprendre \u00e0 dire non, trois jours ce sera jamais assez pour faire le job, en plein week-end en plus on avait des projets, c\u2019est pas cool, c\u2019est vrai il a pas tort, il a rarement tort mais faut bien bouffer, et c\u2019est pas comme si les mandats tombaient du ciel depuis que la bo\u00eete zurichoise s\u2019occupe des daubes d\u2019Hollywood qu\u2019elle sous-titrait avant, alors bon, ma foi il faut bien quoi, on a vot\u00e9 non \u00e0 ce putain de revenu de base, faut prendre ce qui vient, et de toute fa\u00e7on le ski \u00e7a co\u00fbte cher, et m\u00eame si le chalet de Charles c\u2019est gratis, il aurait fallu payer l\u2019essence, l\u2019abonnement, le pass t\u00e9l\u00e9si\u00e8ge et en plus c\u2019est pas comme si la neige fin mars \u00e9tait r\u00e9put\u00e9e pour sa qualit\u00e9. Donc, autant rest\u00e9e clo\u00eetr\u00e9e mais gagner du fric, on skiera ensemble l\u2019ann\u00e9e prochaine, et t\u2019inqui\u00e8te pas tu vas bien t\u2019amuser avec Charles et ses potes, vous pourrez parler de ta copine chiante et de son job tout pourri qui lui g\u00e2che la vie, vous foutre de ma gueule, rigoler des meufs en g\u00e9n\u00e9ral, de leur stress c\u2019est votre truc non, mais oui c\u2019est pour rire, \u00e9videmment j\u2019ai pas d\u2019humour, mais putain c\u2019est pas toi qui vas rester enferm\u00e9 tout le week-end, oui je sais que j\u2019aurais pu dire non, bon Nico tu m\u2019emmerdes profite de ton week-end, oui c\u2019est \u00e7a, moi aussi je t\u2019aime. Elle lui a quand m\u00eame dit je t\u2019aime avant de raccrocher un peu s\u00e8chement, mais il fallait se mettre au travail, rendez-vous dans vingt minutes avec ce Jo\u00ebl et son \u00e9quipe, Google Maps dit trente-deux minutes jusqu\u2019\u00e0 l\u2019Arsenic en utilisant un bus puis ses pieds, super premi\u00e8re impression les sept minutes de retard, mais bon, elle courra les cent derniers m\u00e8tres, entre Chauderon et le th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n\n\n\n<p>On lui avait d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 de ce Jo\u00ebl, mais elle l\u2019imaginait pas comme \u00e7a, plus grand, moins maigre, plus intello dans l\u2019allure, peut-\u00eatre avec des lunettes. En tout cas, quand elle entre dans la salle o\u00f9 le spectacle sera jou\u00e9, elle est bien accueillie, on ne lui reproche pas ses minutes de retard, moins que pr\u00e9vu gr\u00e2ce \u00e0 la course et \u00e0 la pr\u00e9cision parfois discutable de Google, on lui dit assieds-toi on peut se tutoyer et une fille au r\u00f4le un peu flou, qui s\u2019occupe de la logistique, de la communication mais qui parfois aide aussi pour des choses \u00ab&nbsp;plus artistiques&nbsp;\u00bb lui fait un r\u00e9sum\u00e9 de la situation, le spectacle de Jo\u00ebl va \u00eatre jou\u00e9 dans une sorte de festival, un truc pour lequel elle avait vu des flyers dans un caf\u00e9, elle s\u2019en souvient, et le public risque d\u2019\u00eatre assez international, donc les organisateurs du festival tiennent \u00e0 ce que tous les \u00e9v\u00e9nements soient sous-titr\u00e9s en anglais, c\u2019\u00e9tait pas pr\u00e9vu du tout \u00e0 la base, c\u2019est pour \u00e7a qu\u2019on t\u2019a appel\u00e9e, Mathilde t\u2019a chaudement recommand\u00e9e, il para\u00eet que tu bosses vite et bien, que t\u2019es \u00e0 l\u2019\u00e9coute des artistes&nbsp;; elle se dit que Mathilde l\u2019a survendue, elle a tr\u00e8s rarement fait du sous-titrage pour le th\u00e9\u00e2tre, mais bon, \u00e7a devrait \u00eatre faisable. Donc voil\u00e0, je te propose d\u2019assister au filage d\u2019aujourd\u2019hui, et puis on te donnera le texte, il faudrait id\u00e9alement avoir une premi\u00e8re traduction d\u2019ici dimanche, trois jours c\u2019est court mais \u00e7a peut aller, et puis ensuite la semaine prochaine on verra comment on synchronise \u00e7a avec le d\u00e9roulement r\u00e9el du spectacle, tu pourras aussi revoir ta traduction ensuite, \u00e9videmment, \u00e7a peut bouger. Alors du coup Jo\u00ebl t\u2019es pr\u00eat&nbsp;? On va commencer, je te laisse t\u2019asseoir et regarde si tu penses pouvoir assurer \u00e7a, c\u2019est un spectacle tr\u00e8s bavard, tr\u00e8s \u00e9crit, mais Jo\u00ebl aime bien improviser, c\u2019est aussi \u00e7a qu\u2019il faudra coordonner avec lui, enfin tu vas voir.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle est assise sur un si\u00e8ge un peu trop dur, et \u00e7a commence dans le noir. Des accessoires bizarrement \u00e9clair\u00e9s, en bleu, une voix distordue, celle de Jo\u00ebl, on est dans le futur, l\u2019an 2099. Elle commence \u00e0 prendre des notes, c\u2019est un long discours d\u2019un arch\u00e9ologue du futur, les locutions anglaises lui viennent au fil du texte, elle prend quelques notes sans regarder son calepin, les yeux riv\u00e9s sur la sc\u00e8ne, r\u00e9cit ench\u00e2ss\u00e9, c\u2019est un homme du pass\u00e9 \u2013 donc d\u2019aujourd\u2019hui, plus ou moins \u2013 qui parle maintenant, Jo\u00ebl joue tous les r\u00f4les lui-m\u00eame, passe d\u2019un cadre temporel \u00e0 un autre, le sujet c\u2019est les intelligences artificielles, le monologue de Jo\u00ebl sera amusant \u00e0 traduire, elle sourit r\u00e9guli\u00e8rement, rit m\u00eame de bon c\u0153ur deux fois&nbsp;; \u00e7a continue encore un moment, jeux de lumi\u00e8re et monologue, et puis soudain, c\u2019est la rupture&nbsp;: Jo\u00ebl rallume les lumi\u00e8res, \u00e7a devient m\u00e9ta, il se met \u00e0 parler de son enfance \u00e0 la campagne, de l\u2019\u00e9levage porcin de son p\u00e8re et de pratiques v\u00e9t\u00e9rinaires, Jo\u00ebl improvise, elle sent qu\u2019il s\u2019\u00e9loigne du texte, cette partie va \u00eatre un casse-t\u00eate \u00e0 sous-titrer, il faudra peut-\u00eatre mettre quelque chose de g\u00e9n\u00e9ral,&nbsp;<em>the artist is talking about his childhood<\/em>, et tant pis pour le public \u00e9tranger, mieux vaut qu\u2019il puisse improviser librement et ne pas risquer que les sous-titres aient l\u2019air mal foutus, elle va lui proposer \u00e7a, pour cette partie. L\u2019interlude jou\u00e9 dure une dizaine de minutes, Jo\u00ebl s\u2019en donne \u00e0 c\u0153ur joie, et mine de rien replonge dans le r\u00e9cit, il met en sc\u00e8ne deux hommes du futur dans un bar qui parlent de leurs intelligences artificielles respectives, de leurs qualit\u00e9s et de leurs d\u00e9fauts, Jo\u00ebl a dispos\u00e9 deux chaises vides sur la sc\u00e8ne et il fait les deux voix, l\u00e0 aussi, il improvise, il va falloir en parler avec lui, s\u2019arranger pour que les sous-titres soient plus ou moins coh\u00e9rents, trois jours pour les \u00e9crire \u00e7a devrait aller, mais la synchronisation va \u00eatre laborieuse, Nico va lui en vouloir, c\u2019est pas juste le week-end, mais tout le d\u00e9but de semaine qui va \u00eatre consacr\u00e9e \u00e0 son job, au moins jusqu\u2019\u00e0 la premi\u00e8re de mercredi. Le spectacle se termine par l\u2019irruption d\u2019une deuxi\u00e8me com\u00e9dienne, elle incarne un andro\u00efde, au service de l\u2019homme du pass\u00e9 du futur mais du futur du pr\u00e9sent, elle s\u2019embrouille avec ces temporalit\u00e9s, bref, le spectacle s\u2019ach\u00e8ve, les techniciens applaudissent, Jo\u00ebl sourit, il a l\u2019air satisfait, tout fonctionne comme pr\u00e9vu&nbsp;; elle le f\u00e9licite, sourit et suit la troupe hors du du b\u00e2timent, sort ses Camel et s\u2019en allume une, il va s\u2019agir de se mettre rapidement au boulot. Jo\u00ebl la rejoint, lui tend le texte de la pi\u00e8ce, la remercie pour sa disponibilit\u00e9 et lui demande si \u00e7a va aller ces sous-titres, elle lui dit oui oui on se voit lundi, on regarde \u00e7a ensemble, super, et puis elle serre la main \u00e0 Jo\u00ebl, fait un signe aux techniciens qui fument dans un coin avec la fille qui l\u2019a accueillie, et s\u2019\u00e9loigne de la devanture du th\u00e9\u00e2tre, pour aller travailler.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>31 mars 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/noe-maggetti\/\">No\u00e9 Maggetti<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Transgression m\u00e9taleptique<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>31 mars 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<strong>Xavier Balli<\/strong>\u00a0(Atelier d\u2019\u00e9criture)<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"623\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-18.28.15-1024x623.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-13376\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-18.28.15-1024x623.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-18.28.15-250x152.png 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-18.28.15-300x183.png 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-18.28.15-768x468.png 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-18.28.15-624x380.png 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-10-a\u0300-18.28.15.png 1830w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Gregory Batardon<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Ceci est la derni\u00e8re ligne de la derni\u00e8re page du dernier roman imprim\u00e9, on va pas finir l\u00e0-dessus quand m\u00eame&nbsp;?&nbsp;<em>Eh bien oui&nbsp;!<\/em>&nbsp;pensa cyniquement Galaad, refermant le livre avant de le jeter \u00e0 la poubelle. C\u2019\u00e9tait quand m\u00eame un comble&nbsp;! s\u2019\u00e9cria-t-il, le dernier soubresaut de l\u2019ultime maison d\u2019\u00e9dition, et elle produisit une bouse pareille. Selon toute vraisemblance, le livre ne lui avait pas plu. Aucune chance qu\u2019un exemplaire fin\u00eet un jour dans un mus\u00e9e, et en effet, quelque d\u00e9cennies plus tard, plus personne ne se souviendrait du&nbsp;\u00ab&nbsp;Pamphlet d\u2019une Humanit\u00e9 \u00e0 la d\u00e9rive&nbsp;\u00bb.&nbsp;<em>De quoi \u00e7a parle ch\u00e9ri&nbsp;?<\/em>&nbsp;lui lan\u00e7a Gueni\u00e8vre depuis la cuisine.<br>-Euh\u2026 rien. C\u2019est un type, un peintre je crois. Et il est fou. L\u2019histoire, simple et tr\u00e8s mal \u00e9crite, \u00e9tait celle d\u2019un peintre talentueux, Van Chotz, qui souffrait de troubles de m\u00e9moires. Le r\u00e9cit \u00e9tant r\u00e9dig\u00e9 \u00e0 la premi\u00e8re personne, les incoh\u00e9rences \u00e9taient nombreuses et d\u00e9sagr\u00e9ables. Van Chotz se r\u00e9veilla donc un matin et n\u2019arrivait plus \u00e0 faire la diff\u00e9rence entre ses dessins et de v\u00e9ritables photos. Plus s\u00fbr, m\u00eame de sa propre autobiographie, il questionnait Dieu et le Destin, regardant m\u00e9lancoliquement par la fen\u00eatre, avant de se rendre compte qu\u2019il s\u2019agissait \u00e9galement d\u2019un de ses tableaux. Seul et sans rep\u00e8res, Van Chotz se mit \u00e0 peindre alors fr\u00e9n\u00e9tiquement jusqu\u2019\u00e0 finir noy\u00e9 sous ses propres \u0153uvres et suffoqua en \u00e9touffant. Le bruit du mixer \u00e0 ordure au fond de la poubelle, d\u00e9chirant en milliers de petits confettis l\u2019ultime ouvrage de l\u2019humanit\u00e9, retentit alors depuis le salon.<br>-Tu as jet\u00e9 le livre&nbsp;?! Mais\u2026 Je voulais le lire&nbsp;! S\u2019exclama Gueni\u00e8vre, la larme \u00e0 l\u2019\u0153il.<br>-Pardon ma biche. Mais de toute mani\u00e8re, c\u2019\u00e9tait nul\u2026 \u00e7a t\u2019aurait pas plu. Il n\u2019aurait pas d\u00fb le jeter tout de suite, il aurait d\u00fb lui demander si elle comptait le lire elle aussi. Il s\u2019en voulait, mais elle ne ratait pas grand-chose.<br>-Tu es un peu \u00e0 cran, il me semble. Tu veux fumer ta pipe&nbsp;?<br>-Ah ce serait adorable. Gueni\u00e8vre alla la chercher. Il lui \u00e9tait, depuis peu \u00e0 nouveau autoris\u00e9 de fumer. Sans que l\u2019on sache exactement pourquoi, le gouvernement avait lev\u00e9 l\u2019interdiction de consommation de tabac. Gueni\u00e8vre arriva la pipe \u00e0 la main. Il l\u2019aimait tendrement et elle aimait s\u2019occuper de son mari. Elle savait qu\u2019il aimait faire le vide le matin et partir serein au travail. Il la trouvait belle, si belle, avec ses cheveux longs et son sourire discret. Il s\u2019assit alors sur le confortable si\u00e8ge du salon et elle vint se mettre sur ses genoux. Cette position n\u2019\u00e9tait pas tr\u00e8s pratique pour fumer la pipe mais ils appr\u00e9ciaient tant se cajoler longuement.<br>-Savais-tu que 2038 fut la derni\u00e8re ann\u00e9e o\u00f9 homme a gagn\u00e9 un concours litt\u00e9raire&nbsp;? lui dit Gueni\u00e8vre.<br>-C\u2019est vrai&nbsp;? Peut-\u00eatre que c\u2019est le m\u00eame qui a \u00e9crit ce dernier livre imprim\u00e9\u2026 ils rigol\u00e8rent na\u00efvement.<br>-J\u2019esp\u00e8re que tu ne vas pas rentrer trop fatigu\u00e9 du travail, ce soir, dit elle en caressant le torse de son mari \u00e0 travers sa chemise entrouverte. Coquinement, ils se regardait, ses cajoleries \u00e9taient agr\u00e9ables.<br>-J\u2019esp\u00e8re pas non plus, lui dit-il en la scrutant d\u2019un regard lourd en sous-entendus.<\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9veil de sa montre sonna alors. D\u00e9cid\u00e9ment, cette lecture lui avait pris plus de temps que pr\u00e9vu.<br>-Pardon ma ch\u00e9rie, mais je dois y aller. Je retrouve Yohann en ville pour boire un verre avant le boulot, lui dit-il en l\u2019embrassant.<br>-Amuse-toi bien, et ne rentre pas trop tard. Je vais faire du r\u00f4ti ce soir. Il se serr\u00e8rent fort dans les bras.<\/p>\n\n\n\n<p>Galaad et Yohann s\u2019\u00e9taient connus lors de leur c\u00e9r\u00e9monie d\u2019immortalit\u00e9. C\u2019\u00e9tait ainsi que l\u2019on nommait la c\u00e9l\u00e9bration du dix-huiti\u00e8me anniversaire des humains. Tous les adolescents de la ville atteignant la maturit\u00e9 ce jour-l\u00e0 \u00e9taient convi\u00e9s \u00e0 une grande f\u00eate o\u00f9 ils signait le \u00ab&nbsp;serment de non-d\u00e9c\u00e8s&nbsp;\u00bb, une attestation officielle rempla\u00e7ant celle de leurs parents, qui \u00e9tait enregistr\u00e9e sur leur puce personnelle et permettant au personnel hospitalier de leur remplacer les organes sans devoir demander leur consentement au pr\u00e9alable. C\u2019\u00e9tait particuli\u00e8rement pratique pour les victimes d\u2019accidents qui, inconscientes, ne pouvait activement montrer leur approbation pour se faire remplacer membre, organe ou tout autre morceau par des proth\u00e8ses. Cette c\u00e9r\u00e9monie n\u2019\u00e9tait, certes, qu\u2019une formalit\u00e9, mais une tradition en \u00e9tait n\u00e9e. C\u2019\u00e9tait, apr\u00e8s tout, une nouvelle excuse pour faire la f\u00eate. Seuls quelques objecteurs de conscience \u00e9taient d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 \u00ab&nbsp;rester humains&nbsp;\u00bb et n\u2019acceptaient pas qu\u2019on leur rempla\u00e7\u00e2t quelque portion du corps que ce soit. Bien longtemps, \u00e0 cause d\u2019eux, on n\u2019e\u00fbt le droit d\u2019apporter des modifications au cerveau et c\u2019est par leur initiative que cette \u00ab&nbsp;c\u00e9r\u00e9monie d\u2019immortalit\u00e9&nbsp;\u00bb avait \u00e9t\u00e9 mise en place. Auparavant, on rempla\u00e7ait syst\u00e9matiquement tout d\u00e9bris tomb\u00e9 chez un humain. Mais eux, de mani\u00e8re incongrue, pr\u00e9f\u00e9raient mourir ou rester estropi\u00e9s. Sans surprise, ils se faisaient de plus en plus rares.<br>-Deux perroquets&nbsp;! demanda Yohann sans plus ample politesse. Alors, il \u00e9tait bien&nbsp;?<br>-Bof\u2026la lecture \u00e9tait vraiment d\u00e9plaisante et l\u2019histoire, je m\u2019en souviens \u00e0 peine. Tu l\u2019as lu toi&nbsp;?<br>-J\u2019ai l\u2019air d\u2019avoir du temps \u00e0 perdre&nbsp;? Si un jour ils en font un film, ouais, pourquoi pas. Mais attendre de moi que j\u2019apprenne \u00e0 lire pour appr\u00e9cier cette\u2026 relique alors l\u00e0, non. T\u2019as appris o\u00f9 \u00e0 lire, toi, d\u2019ailleurs&nbsp;?<br>-Ben\u2026 c\u2019\u00e9tait y\u2019a longtemps maintenant\u2026 Mais je me suis toujours un peu int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 l\u2019histoire. Alors, comme on a tout le temps qu\u2019on veut maintenant, je me suis dit que je voulais lire les originaux et pas que croire tout ce que me raconte International Geographic. Tu savais que du temps de nos parents, un tiers des humains devait travailler&nbsp;?<br>-Sans blague&nbsp;? La serveuse arriva avec les deux perroquets et les posa sur la table en souriant. Ben c\u2019est pas trop t\u00f4t, dit alors Yohann. Il ne re\u00e7ut qu\u2019un sourire g\u00ean\u00e9 et un discret&nbsp;<em>excusez-moi<\/em>&nbsp;comme r\u00e9ponse. \u00c7a fait un bout de temps qu\u2019elle n\u2019a pas re\u00e7u sa mise \u00e0 jours celle-l\u00e0\u2026 Mais un tiers&nbsp;? C\u2019est \u00e9norme. Tu sais que tu es le seul que je connais qui travailles encore&nbsp;?<br>-Ouais, c\u2019est assez prenant et compliqu\u00e9 mais heureusement qu\u2019on a plus besoin de sommeil. Combien de mill\u00e9naires a-t-on \u00e9t\u00e9 esclaves de nos besoins primaires&nbsp;? La remarque de Yohann lui revint alors \u00e0 l\u2019esprit&nbsp;: Pourquoi tu dis \u00e7a, la mise \u00e0 jour&nbsp;?<br>-Ma remarque d\u00e9plaisante, c\u2019\u00e9tait un test. D\u00e9j\u00e0, c\u2019est rare que les jobs aussi emmerdants que serveuse soient tenus par des humains. Alors en plus, quand t\u2019es aussi agr\u00e9able et que t\u2019\u00e9vites la confrontation avec un connard comme moi\u2026 c\u2019est un andro\u00efde, je pourrais presque lui mettre une mauvaise note sur gogol, c\u2019est \u00e0 la limite de briser le contrat.<br>-Y\u2019a pas tout le monde qui remarque que c\u2019est un andro\u00efde, et bient\u00f4t elle aura sa mise \u00e0 jour. Et elle osera te remettre \u00e0 ta place, dit Galaad avec un sourire. Il se leva et saisit sa veste. Tu as pris du poids dis donc\u2026<br>-Ouais je vais me faire enlever tout \u00e7a tout \u00e0 l\u2019heure, dit-il en lui serrant la main. Tu en penses quoi&nbsp;?<br>-De quoi&nbsp;? r\u00e9pondit Galaad, curieux.<br>-De mon bras&nbsp;! Haha&nbsp;! Ils me l\u2019ont pos\u00e9 hier. On voit vraiment pas la diff\u00e9rence, non&nbsp;? Les mains encore serr\u00e9es, Galaad scrutait longuement le bras de haut en bas. Impossible d\u2019y voir une cicatrice de lien avec la partie encore biologique, la couleur et la textures \u00e9taient parfaites, les poils indiscernables de vrais. Du coude jusqu\u2019\u00e0 la main, elle comprise, plus rien, m\u00eame pas l\u2019os n\u2019est \u00e0 moi, dit, hilare, Yohann. J\u2019ai la force de trois ours, m\u2019a dit le docteur. Je sais pas ce que \u00e7a veut dire, mais j\u2019ai compris que je suis tr\u00e8s puissant. Adieu la muscu&nbsp;! Ce que Yohann appelait \u00ab&nbsp;la muscu&nbsp;\u00bb \u00e9tait en fait des s\u00e9ances de mouvements que des machines, trimbalant le corps dans tous les sens, faisaient faire aux humains pendant qu\u2019ils regardaient un film, totalement immerg\u00e9s dans la r\u00e9alit\u00e9 virtuelle, ne remarquant pas m\u00eame les piq\u00fbres de prot\u00e9ines et de testost\u00e9rone qu\u2019ils recevaient. Galaad, souffrant de naus\u00e9es, n\u2019avaient essay\u00e9 qu\u2019une fois et l\u2019avait am\u00e8rement regrett\u00e9. Il n\u2019aurait jamais le corps d\u2019apollon des autres hommes, mais tant pis. Il fallait bien se garder quelques d\u00e9fis, et difficult\u00e9s, dans la vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s que Galaad et Yohann prirent cong\u00e9s l\u2019un de l\u2019autre, notre protagoniste se rendit dans sa voiture de fonction, avec chauffeur, qui l\u2019attendait d\u00e9j\u00e0 dehors. En chemin, il passa devant une grande b\u00e2tisse qu\u2019il ne connaissait que trop bien&nbsp;: la \u00ab&nbsp;retraite pour anciens et anticonformistes&nbsp;\u00bb. Ceux-l\u00e0 \u00e9taient atteint de s\u00e9nilit\u00e9 aig\u00fce et ceux-ci d\u2019acc\u00e8s de lucidit\u00e9, tous deux intraitables avec les moyens de la m\u00e9decine conventionnelle. Il s\u2019agissait d\u2019un probl\u00e8me qui prenait toujours plus de place&nbsp;: il fallait construire encore et encore plus de ces h\u00f4pitaux psychiatriques. Les tumeurs au cerveau laissant de gros trous b\u00e9ants, les synapses fondants \u00e0 cause d\u2019implants d\u00e9fectueux ou enfin les t\u00e9lom\u00e8res se raccourcissant fatalement toujours plus, les cerveaux des plus anciens \u00e9taient toujours moins fonctionnels. Au contraire des autres parties du corps qui, constamment remplac\u00e9es, \u00e9taient par contre en parfait \u00e9tat de marche. Euph\u00e9mistiquement, ces patients \u00e9taient un esprit simple dans un corps sain. Ils \u00e9taient toujours plus nombreux, car bien que la recherche f\u00eet d\u2019\u00e9normes progr\u00e8s, elle \u00e9tait maintenant confront\u00e9e \u00e0 des difficult\u00e9s que l\u2019on savait insurmontables. Toutefois, les scientifiques \u00e9taient en passe de contourner la quadrature du cercle en faisant, en quelque sorte, une copie de la conscience et de la personnalit\u00e9 des gens et en l\u2019implantant dans un cerveau factice, qu\u2019on placerait alors dans la t\u00eate\u2026 et le tour \u00e9tait jou\u00e9. La technologie \u00e9tait l\u00e0 mais les humanistes, p\u00e9nibles comme \u00e0 leur habitude, criaient sur tous les toit que ce simili-cerveau ne permettait pas de ressentir, juste de simuler les \u00e9motions vers l\u2019ext\u00e9rieur. Ces m\u00eames humanistes \u00e9taient d\u2019ailleurs bien souvent log\u00e9s \u00e0 la m\u00eame enseigne que les petits vieux, dans ces h\u00f4pitaux psychiatriques. Il s\u2019affaiblissaient toujours plus et refusaient cat\u00e9goriquement de signer le serment de non-d\u00e9c\u00e8s. Alors, le personnel hospitalier \u00e9tant d\u00e9j\u00e0 qualifi\u00e9 pour s\u2019occuper de personnes faibles et insens\u00e9es, on les mettaient dans ces cliniques o\u00f9 ils c\u00f4toyaient d\u00e8s lors, des zombies m\u00e9caniques fort peu enclins \u00e0 la conversation, avant de mourir de vieillesse. Comble du ridicule, le propre psychiatre de Galaad avait fini dans l\u2019une de ces cliniques, finissant par se tuer en court-circuitant son c\u0153ur de titane.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Baicent,&nbsp;vivez simplement&nbsp;\u00bb ce slogan en devenait presque \u00e9c\u0153urant, pensa Galaad en entrant dans le gratte-ciel, reconnaissable entre mille. Les deux g\u00e9ants chinois ayant fusionn\u00e9 en milieux de si\u00e8cle, l\u2019entreprise marchait plus que jamais. \u00c0 la pointe de la technologie dans tous les domaines, le monopole \u00e9tait devenu mondial apr\u00e8s le rachat de gogol, dernier concurrent de taille. Les nombreux exploits de Baicent \u00e9taient devenus omnipr\u00e9sents au quotidien&nbsp;: le bras de Yohann, d\u00e9duisit rapidement Galaad, \u00e9tait le mod\u00e8le dernier cri dont se vantait tant le secteur sant\u00e9. Films en full immersion, musculation automatique, sommeil en poudre instantan\u00e9, humains de synth\u00e8se, mais encore ascenseur spatial, h\u00e9licopt\u00e8res personnels et automatiques, soleil artificiel ou \u00ab&nbsp;armes intelligentes \u00e0 mort douce et humaine&nbsp;\u00bb, Baicent semblait n\u2019\u00e9chouer nulle part. Galaad se dirigea vers l\u2019ascenseur discret \u00e0 double v\u00e9rification d\u2019identit\u00e9, direction le cent-troisi\u00e8me sous-sol. L\u00e0 se trouvait son centre de recherche, hautement secret et s\u00e9curis\u00e9. Apr\u00e8s une longue descente, les portes de l\u2019ascenseur s\u2019ouvrirent sur un couloir, au bout duquel se trouvait l\u2019\u00e9norme chambre accueillant en son centre un gigantesque ordinateur. Devant lui, sur une console qui paraissait minuscule en comparaison, un homme fr\u00eale mangeait des chips en se balan\u00e7ant sur sa chaise de bureau.<\/p>\n\n\n\n<p>-M\u00e9l\u00e9agant, rapport. Galaad devenait m\u00e9connaissable au travail, cet homme si courtois devenait s\u00e9rieux et presque aust\u00e8re d\u00e8s que les portes du bunker se fermaient derri\u00e8re lui. Son subordonn\u00e9 lui r\u00e9pondit rapidement sous le stress.<br>-Euh, oui bonjour chef&nbsp;! Alors, euh\u2026 l\u2019\u00e9tude sur la captation de personnalit\u00e9 par implant cr\u00e2nien a \u00e9t\u00e9 concluante, on a de grande chance d\u2019y arriver \u00e0 distance en r\u00e9utilisant et d\u00e9tournant les capteurs externes B6Z35 de nos autres machines. Cette nuit, nos services ont aussi\u2026<br>-Quelles machines utilisent ces capteurs&nbsp;? interrompit s\u00e8chement Galaad.<br>-Euh\u2026 sauf erreur\u2026 M\u00e9l\u00e9agant parlait en typant anxieusement sur son clavier. Euh, oui c\u2019est \u00e7a, toutes. Le processeur central, standard depuis trois ans, n\u2019est compatible qu\u2019avec ceux-l\u00e0 et \u00e7a fait donc quelques ann\u00e9es qu\u2019on ne trouve plus que ce mod\u00e8le\u2026<br>-Cela \u00e9quivaut \u00e0 combien de machine. Galaad ne prenait m\u00eame pas la peine de ponctuer correctement ses questions.<br>-En absolu, des milliards. En chiffres relatifs, environ 80 \u00e0 85 pour cent de celles utilis\u00e9es quotidiennement. Y\u2019en a partout de ces machins, lunettes VR, t\u00e9l\u00e9phones, \u00e9crans, tout.<br>-M\u00eame nos frigos, lampadaires, antennes \u00e0 hautes puissance. C\u2019\u00e9tait \u00e0 nouveau une question.<br>-Je crois\u2026 oui. C\u2019est juste que si l\u2019appareil est \u00e0 distance ou moins puissant ou pas tr\u00e8s utilis\u00e9, il mettra plus de temps \u00e0 collecter les donn\u00e9es\u2026<br>-Combien de temps. M\u00e9l\u00e9agant d\u00fbt r\u00e9fl\u00e9chir longuement avant de r\u00e9pondre.<br>-Euh\u2026 six\u2026 heures&nbsp;?<br>-Parfait, lancez la collecte de donn\u00e9es apr\u00e8s la pause de midi.<br>-Sans l\u2019accord de la hi\u00e9rarchie&nbsp;?<br>-C\u2019est moi votre hi\u00e9rarchie, dit Galaad en se dirigeant vers son bureau. Galaad n\u2019aimait pas que les choses tra\u00eenassent, et une main de fer, au sens figur\u00e9, \u00e9tait le meilleur moyen de faire avancer les choses. \u00ab&nbsp;Mieux vaut \u00eatre craint qu\u2019aim\u00e9&nbsp;\u00bb se r\u00e9p\u00e9tait-il chaque matin dans l\u2019ascenseur. Il pouvait \u00eatre aim\u00e9 \u00e0 la maison, au travail il fallait avancer sans retard. Car ce qui le diff\u00e9renciait des loques, des flaques enti\u00e8rement d\u00e9pendante des machines, c\u2019\u00e9tait ce qu\u2019il avait en vue d\u2019accomplir ici, au cent-troisi\u00e8me sous-sol. Il devait marquer l\u2019histoire, \u0153uvrer pour le bien commun. C\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre bien le point commun de tous les grands hommes. Non c\u2019\u00e9tait m\u00eame la d\u00e9finition de ce que c\u2019est, que d\u2019\u00eatre humain. Et humain, il voulait l\u2019\u00eatre. Ce n\u2019\u00e9tait pas les proth\u00e8ses ou les organes de remplacement qui diff\u00e9renciaient les humains des autres. C\u2019\u00e9tait bien un probl\u00e8me de principe. Vivre, r\u00e9ellement, pour rendre le monde meilleur que ce qu\u2019il \u00e9tait, ou profiter inlassablement des bas plaisir de l\u2019existence&nbsp;? Ces gens n\u2019avaient-ils ne serait-ce qu\u2019une&nbsp;<em>raison<\/em>&nbsp;de vivre&nbsp;? Vivre parmi ses pairs et se rendre utile envers la communaut\u00e9, \u00e7a les machines savaient tr\u00e8s bien le faire, mais non&nbsp;! il fallait faire le choix du bien, et le faire d\u2019autant plus au d\u00e9triment de soi-m\u00eame. Mais les machines ne pouvaient&nbsp;<em>choisir<\/em>, elles ne pouvaient que faire ce pour quoi elle \u00e9taient programm\u00e9es. \u00ab&nbsp;Humains de synth\u00e8se&nbsp;\u00bb, en voil\u00e0 un terme politiquement correct \u00e0 en faire vomir plus d\u2019un. Galaad m\u00e9prisait ces andro\u00efdes, bien qu\u2019il d\u00fbt le cacher. Ce serait un faux-pas extraordinaire de la part d\u2019un homme si haut plac\u00e9 chez Baicent, si cela venait \u00e0 se savoir, il serait vir\u00e9, c\u2019en \u00e9tait s\u00fbr. Il r\u00e9digea donc un courriel \u00e0 la direction leur faisant part des avanc\u00e9es s\u00e9duisantes de son programme. Officiellement, il devait aider \u00e0 mieux comprendre la psych\u00e9 des humains et pour ainsi cr\u00e9er des personnalit\u00e9s synth\u00e9tiques ressentant r\u00e9ellement (quel oxymore&nbsp;!) des \u00e9motions, mais les plans r\u00e9els n\u2019en \u00e9taient que plus diff\u00e9rents. Sauvegarder des humains, en recr\u00e9er virtuellement sur la toile, comprendre ce qu\u2019est v\u00e9ritablement l\u2019\u00e2me et en reproduire sans les contraintes de la mati\u00e8re. Les possibilit\u00e9s de ce projet \u00e9taient \u00e9normes, tout comme la pression sur les \u00e9paules de Galaad. Il avait d\u00fb faire miroiter toutes ces options devant la direction pour obtenir les fonds n\u00e9cessaires et l\u2019accord des plus haut plac\u00e9s pour lancer ce projet hautement ill\u00e9gal. Mais son plus grand r\u00eave \u00e9tait de cr\u00e9er une gigantesque intelligence collective regroupant tous les humains. Une entit\u00e9 parfaite, tout \u00e0 la fois commune et individuelle, infinie et microscopique, et lui donner les r\u00eanes de la soci\u00e9t\u00e9. L\u2019apog\u00e9e du philosophe roi, incorruptible et parfait.<\/p>\n\n\n\n<p>Fantasmant sur son r\u00eave, il en oublia presque les difficult\u00e9s actuelles. Pour que le projet soit optimal, il fallait absolument r\u00e9colter les donn\u00e9es d\u2019un maximum d\u2019humains sur terre. Or certaines villes d\u2019Afrique n\u2019\u00e9taient pas encore toutes \u00e9quip\u00e9es de leur lampadaires Baicent. Il fallait convaincre la direction de leur faire une offre all\u00e9chante, et m\u00eame plus que les lampadaires, compl\u00e8tement tarir les options hors Baicent, rendre la vie sans smartphone impossible, banaliser l\u2019usage de la musculation automatique ou de stations de visionnage en immersion compl\u00e8te. La route \u00e9tait encore longue mais l\u00e0 c\u2019est nul, c\u2019est ridicule ce que j\u2019\u00e9cris, \u00e7a va pas du tout. Mais voil\u00e0 quoi, essayez de me comprendre, j\u2019ai pas choisi d\u2019\u00e9crire \u00e7a. Et d\u2019ailleurs je ne choisis rien du tout, si vous croyez encore au libre arbitre, vous \u00eates un imb\u00e9cile heureux. Mais bref. \u00c9videmment, quand Jo\u00ebl fait un interlude et nous parle de son enfance, ben \u00e7a fonctionne, m\u00eame si \u00e7a d\u00e9truit tout l\u2019univers construit. Parce que\u2026 Parce qu\u2019il a du talent quoi. Il est \u00e0 l\u2019aise sur sc\u00e8ne, \u00e7a se voit&nbsp;: il joue m\u00eame avec les sous-titres en anglais. Alors je suis convaincu qu\u2019il a jamais entendu parler d\u2019\u00e9l\u00e9ments extradi\u00e9g\u00e9tiques mais passons. Moi je peux pas vous parler de mon enfance. Enfin oui, je peux mais qui \u00e7a int\u00e9resse&nbsp;? J\u2019ai pas grandi parmi les porcs ou les vaches, j\u2019ai grandi parmi les suisse-allemands. Alors oui, c\u2019est dr\u00f4le, j\u2019en entends d\u00e9j\u00e0 dire \u00ab&nbsp;mais quelle diff\u00e9rence&nbsp;?&nbsp;\u00bb haha, on me l\u2019avait jamais faite. Mais s\u00e9rieusement, ceux qui se moquent le plus des suisse-allemands sont ceux qui les ont le moins c\u00f4toy\u00e9s. Du coup, non, j\u2019ai pas vu d\u2019animal mettre bas, ou un v\u00e9t\u00e9rinaire enfoncer son bras entier dans l\u2019anus d\u2019une vache quand j\u2019\u00e9tais petit, non, je suis pas devenu boulanger avant de faire du th\u00e9\u00e2tre, j\u2019ai pas du garder de gamin insupportable quatre fois plus intelligent que moi. Mais merde&nbsp;! c\u2019est pas un crime d\u2019\u00eatre normal&nbsp;! Bon, Jo\u00ebl le prendrait s\u00fbrement mal, mais il est normal, je me corrige, il est peut-\u00eatre pas tr\u00e8s commun. Voil\u00e0, \u00ab&nbsp;commun&nbsp;\u00bb c\u2019est mieux. Y\u2019a des gens moins communs que lui, certes, mais lui il \u00e9tait l\u00e0 hier, \u00e0 jouer une pi\u00e8ce devant nous et\u2026 et il a grandi parmi les vaches et les porcs. Moi je viens d\u2019une famille standard, mes parents sont adorables et fonctionnaires, et la plupart des gens \u00e9tants communs (car c\u2019en est bien la d\u00e9finition de \u00ab&nbsp;commun&nbsp;\u00bb), et bien il y avait beaucoup de chance pour que vous lisiez un texte venant de quelqu\u2019un de commun, plut\u00f4t que venant de quelqu\u2019un de\u2026 y\u2019a pas un mot pour \u00e7a&nbsp;? google\u2026 antonyme commun\u2026 excentrique. Voil\u00e0, c\u2019est un beau mot pour Jo\u00ebl, \u00e7a, \u00ab&nbsp;excentrique&nbsp;\u00bb. en dehors du centre\u2026 du centre de quoi&nbsp;? Du centre de l\u2019attention, \u00e7a s\u00fbrement pas. Tout le monde pendait \u00e0 ses l\u00e8vres hier. Du centre n\u00e9vralgique de la soci\u00e9t\u00e9, oui c\u2019est mieux. Mais moi, non. Moi alors le centre n\u00e9vralgique de la soci\u00e9t\u00e9 je suis en plein dedans. Alors oui, je peux vous raconter deux trois anecdotes dr\u00f4les ou extravagantes&nbsp;: j\u2019ai pass\u00e9, un peu par erreur, tout un apr\u00e8s-midi \u00e0 faire un culte avec une secte, j\u2019y \u00e9tais vraiment pas \u00e0 ma place. Et une fois, j\u2019ai vu un chat passer sous la moissonneuse batteuse et se faire couper les quatre pattes. Le pauvre, il essayait de courir sur ses moignons, on a d\u00fb l\u2019abattre et je suis all\u00e9 l\u2019enterrer dans la for\u00eat. Et pis une autre fois, ben je sais pas quoi&nbsp;! pfff\u2026 ah non&nbsp;! \u00e7a je peux pas leur dire. Quoi, j\u2019y ai pens\u00e9 donc je l\u2019\u00e9cris&nbsp;? \u00e7a fait partie du pacte de lecture \u00e7a&nbsp;? Ben Jo\u00ebl il s\u2019en fiche bien, j\u2019ai l\u2019impression, du pacte narratif, ou de son \u00ab&nbsp;contrat de duperie volontaire&nbsp;\u00bb. Alors non, je leur dis pas, et d\u2019ailleurs ils s\u2019en fichent mais royalement&nbsp;! parce que je suis pas sur sc\u00e8ne\u2026 alors forc\u00e9ment un type qui soliloque au milieu d\u2019une nouvelle, \u00e7a fait bizarre. Je pourrais faire comme lui, y raconter des grossi\u00e8ret\u00e9s, mais de toutes mani\u00e8res, \u00e7a en devient trop long [1] et vous avez compris mon propos&nbsp;: Je le dis et j\u2019ai pas honte, j\u2019ai pas aim\u00e9 son interlude. Cette m\u00e9taphore fil\u00e9e touche donc \u00e0 sa fin. Et je n\u2019ai qu\u2019\u00e0 le dire UNE fois moi, pas comme Galaad qui dut r\u00e9p\u00e9ter quatre fois que le feu \u00e9tait vert. C\u2019\u00e9tait vraiment \u00e9trange, jamais son chauffeur personnel ne faisait de faute, mais l\u00e0 il avait l\u2019air compl\u00e8tement endormi. Il \u00e9tait compl\u00e8tement impossible de le r\u00e9veiller, alors Galaad ouvrit la porte pour s\u2019approcher de la fen\u00eatre conducteur mais \u00e0 peine sorti&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>-Galaad&nbsp;! \u00c7a fait un bout de temps dis-donc&nbsp;!<br>-Ah, Yohann, bonjour. Excuse-moi mais mon chauffeur n\u2019a pas l\u2019air d\u2019aller tr\u00e8s bien.<br>-Bah, t\u2019en fais pas. S\u2019il a vraiment un probl\u00e8me, sa puce l\u2019aurait remarqu\u00e9 et elle aurait appel\u00e9 les secours. \u00c0 moins que ce soit un bug\u2026<br>-S\u00fbrement pas&nbsp;! Eustache est humain, c\u2019est inqui\u00e9tant, j\u2019entends pas les secours\u2026<br>-Humm\u2026 pas si s\u00fbr\u2026 Galaad ne comprenait pas, mais en suivant le regard de Yohann, il s\u2019aper\u00e7ut que les yeux d\u2019Eustache brillaient d\u2019un bleu surr\u00e9aliste. Ben voil\u00e0, il faisait juste une mise \u00e0 jour&nbsp;! dit Yohann, hilare comme \u00e0 son habitude. Chauffeur, au caf\u00e9 Sina\u00ef&nbsp;! Allez, viens Galaad, on va en boire une. Montant \u00e0 nouveau dans la voiture, Galaad semblait surpris, m\u00eame d\u00e9sempar\u00e9.<br>-Je n\u2019avais jamais remarqu\u00e9 qu\u2019Eustache \u00e9tait un humain de synth\u00e8se. Galaad \u00e9tait encore sous le choc.<br>-\u00c7a me semble logique, comme c\u2019est ton boulot qui te le paye\u2026 Et y\u2019a que Baicent qui puisse se payer des andro\u00efdes avec le semblant de conformit\u00e9 optimal.<br>-Les andro\u00efdes avec un tel niveau de mim\u00e9tisme sont extr\u00eamement rares, Yohann, r\u00e9pondit Galaad, toujours incr\u00e9dule.<br>-Dans les bars, je veux bien, \u00e7a sert \u00e0 rien et c\u2019est trop cher. Mais quand j\u2019ai \u00e9t\u00e9 voir mon p\u00e9p\u00e9, l\u2019autre jour, \u00e0 la retraite pour vieux, ben toutes les infirmi\u00e8res \u00e9taient tr\u00e8s \u00ab&nbsp;humaines&nbsp;\u00bb en plus d\u2019\u00eatre canons. C\u2019est Baicent qui la poss\u00e8de d\u2019ailleurs, non&nbsp;?<br>-Euh\u2026 oui. Je sais pas si je connais une seule enseigne qu\u2019ils ne poss\u00e8derait pas. Eustache\u2026 Andro\u00efde. Cette pens\u00e9e lui gla\u00e7ait le dos.<br>-Vous \u00eates arriv\u00e9s \u00e0 destination, dit le chauffeur d\u2019une voix robotique. Cela surprit Galaad, qui n\u2019eut pas plus le temps de r\u00e9agir que cela, Yohann l\u2019appelant d\u00e9j\u00e0 depuis l\u2019int\u00e9rieur du caf\u00e9. Ils s\u2019assirent et command\u00e8rent, comme \u00e0 leur habitude, deux perroquets. La serveuse prit, comme \u00e0 l\u2019accoutum\u00e9e, son temps pour leur amener leurs breuvages, ce qui ne manqua pas d\u2019\u00e9nerver Yohann \u00e0 nouveau&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>-Ben c\u2019est pas trop t\u00f4t, dis donc&nbsp;! Aucune r\u00e9ponse, pas m\u00eame un sourire. La situation \u00e9tait presque surr\u00e9aliste. Yohann \u00e9tait encore \u00e9tonn\u00e9 du manque de r\u00e9action de leur serveuse habituelle. Ne sachant exactement comment r\u00e9agir, il regardait Galaad. Lui, \u00e9tait carr\u00e9ment \u00e9bahi. \u00c7a va pas, Galaad&nbsp;? Lui demanda Yohann.<br>-T\u2019entends&nbsp;?<br>-Quoi&nbsp;?<br>-Rien\u2026 il ne se passe rien. Le caf\u00e9 est rempli et personne ne parle, ou ne discute. La serveuse habituellement d\u00e9bord\u00e9e est l\u00e0, derri\u00e8re son bar, le regard dans le vide, \u00e0 attendre. Elle marchait m\u00e9caniquement en venant nous servir, elle nous a m\u00eame pas demand\u00e9 si \u00e7a allait bien en prenant la commande. Quelque chose clochait. Les \u2026&nbsp;\u00ab&nbsp;gens&nbsp;\u00bb \u00e9taient assis \u00e0 leur table et attendaient, eux aussi. Ils n\u2019avaient m\u00eame pas de boisson devant eux.<br>-Galaad, il se passe quoi, l\u00e0&nbsp;? De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la vitre, la vie ne suivait pas son cours. Tous les passants \u00e9taient l\u00e0, debout, droit comme des i. M\u00eames les chiens, qui auraient d\u00fb gambader \u00e7\u00e0 et l\u00e0, se tenaient les quatre pattes bien tendues. Aucune voiture ne circulait, toutes \u00e9taient parqu\u00e9es, le moteur \u00e0 l\u2019arr\u00eat et leurs chauffeurs, scrutant droit devant eux, ne sortaient pas.<br>-J\u2019en sais rien. Il se leva et voulut sortir, la serveuse le rattrapa avec une vitesse ahurissante&nbsp;:<br>-Vous n\u2019avez pas pay\u00e9. Ahuris, Galaad et Yohann se regard\u00e8rent lentement, puis Galaad tendit son poignet. La serveuse lui demandait s\u2019il comptait payer un ou deux perroquets. Il r\u00e9pondit les deux, puis elle scanna la puce intradermique et retourna derri\u00e8re le bar. Galaad croyait flancher, il sortit, suivi de pr\u00e8s par Yohann. Le temps semblait s\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9. Il s\u2019approcha d\u2019une dame bien habill\u00e9e, promenant son chien sur place, immobiles.<br>-Excusez-moi.<br>-Oui&nbsp;? r\u00e9pondit-elle. Yohann les regardait, quelques m\u00e8tres en arri\u00e8re, \u00e9tonn\u00e9 que Galaad s\u2019adresse \u00e0 une inconnue, et surpris qu\u2019elle lui r\u00e9ponde. Aborder les gens dans la rues faisait parties des m\u0153urs d\u2019une autre \u00e9poque.<br>-Vous faites quoi&nbsp;?<br>-J\u2019attends, dit elle s\u00e8chement.<br>-Vous\u2026 attendez quoi&nbsp;?<br>-Rien. Galaad se tourna vers Yohann, il avait tr\u00e8s bien entendu la conversation. Galaad comprit, par leur \u00e9change de regards, que Yohann n\u2019entendait rien non plus \u00e0 cette conversation. Il se tourna alors \u00e0 nouveau vers la femme&nbsp;:<br>-Pourquoi attendez-vous ?<br>-Parce que je n\u2019ai rien \u00e0 faire.<br>-Et pourquoi n\u2019attendez-vous pas chez vous alors&nbsp;?<br>-Car je n\u2019ai rien \u00e0 y faire. Galaad se figurait bien qu\u2019il parlait \u00e0 un andro\u00efde, mais dans ce cas, ces centaines de passants, immobiles, \u00e9taient-ils, eux aussi, synth\u00e9tiques&nbsp;? Yohann s\u2019\u00e9tait approch\u00e9 de lui&nbsp;:<br>-Gal\u2026Galaad, il se passe quoi&nbsp;?<br>-Je n\u2019en suis pas s\u00fbr. Il regardait au loin. Un homme \u00e9tait entr\u00e9 sur la rue en courant, en peignoir et les cheveux encore mouill\u00e9s. Il lui manquait une pantoufle au pied droit. Il criait, pleurait, riait tout \u00e0 la fois&nbsp;:<br>-Tous&nbsp;! Vous en \u00eates tooooouuuus&nbsp;! Ahahahaaaaaa\u2026 Il s\u2019approchait de Galaad et Yohann, qui, incompr\u00e9hensifs, l\u2019observaient. Vous en \u00eates, hein&nbsp;? Vous aussi&nbsp;! Vous en \u00eates tous&nbsp;! Je suis dans un r\u00eave&nbsp;! Enlevez moi mes lunettes&nbsp;! Il portait les mains \u00e0 ses yeux, vainement. Noooon&nbsp;! Non\u2026 Je ne peux pas \u00eatre le dernier. Il disparaissait maintenant au loin, courant toujours.<br>-Rentre dans la voiture avec moi, Yohann. Le chauffeur les attendait, sans surprise, quelque m\u00e8tres plus bas. Les deux hommes s\u2019assirent \u00e0 l\u2019arri\u00e8re et Galaad alluma l\u2019\u00e9cran, habituellement transparent car \u00e9teint, qui les s\u00e9parait des si\u00e8ges avant. Ils tomb\u00e8rent sur la chaine d\u2019information en direct. \u00c0 l\u2019\u00e9cran, deux pr\u00e9sentateurs d\u2019un journal, un homme et une femme, assis devant un globe terrestre virtuel. La femme parlait d\u2019un ton monocorde et m\u00e9canique&nbsp;en observant fixement la cam\u00e9ra :<br>-\u2026rni\u00e8re mise \u00e0 jour de Baicent, impos\u00e9e par les nations-unies, a la particularit\u00e9 de ne plus faire simuler de traits sociaux aux humains de synth\u00e8se. Le comportement ainsi que les paroles des andro\u00efdes ne devront plus \u00eatre en mesure de leurrer les hommes. Ils ne feront, en outre, que ce qu\u2019il leur sera dit de faire. Les nations-unies ont ainsi c\u00e9d\u00e9 face aux humanistes qui pr\u00e9tendaient que le contrat de duperie volontaire \u00e9tait contraire aux droits de l\u2019homme, faisant se complaire les humains dans le mensonge et l\u2019illusion d\u2019une vie\u2026<br>Le pr\u00e9sentateur ne d\u00e9crochait pas son regard de sa coll\u00e8gue. Il \u00e9tait tr\u00e8s mal \u00e0 l\u2019aise et ne savait que faire. Galaad \u00e9teignit s\u00e8chement la t\u00e9l\u00e9vision.<br>-H\u00e9 ben\u2026 dit Yohann en soupirant.<br>-J\u2019aurais d\u00fb \u00eatre mis au courant\u2026 Plus que choqu\u00e9, Galaad \u00e9tait pensif, inquiet. Il se grattait la barbe lentement en regardant dans le vide.<br>-Ah ben ouais, tu travailles chez eux, pourquoi ils t\u2019ont pas dit que y\u2019aurait cette mise \u00e0 jour&nbsp;?<br>-C\u2019est pas mon secteur. Et ils ont d\u00fb prendre la d\u00e9cision dans l\u2019urgence. Il y a d\u00fb avoir des manifestations, peut-\u00eatre des attentats. Ces humanistes sont pr\u00eats \u00e0 tout. Il l\u00e2cha sa t\u00eate, regarda Yohann et dit&nbsp;: Je te d\u00e9pose chez toi, je vais passer au boulot, voir pourquoi ils ont fait \u00e7a\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Baicent, vivez simplement&nbsp;\u00bb, il n\u2019avait pas le temps d\u2019\u00eatre insupport\u00e9 une fois de plus par le slogan. Le hall d\u2019entr\u00e9e du centre de Baicent \u00e9tait rempli de gens debout, attendant. Il les contournait et prit l\u2019ascenseur du centre, passant sa puce sur le lecteur. Il disposait de l\u2019autorisation sp\u00e9ciale pour se rendre au 777<sup>\u00e8me<\/sup>&nbsp;\u00e9tage. Il sortit de l\u2019ascenseur et se dirigeait vers l\u2019unique porte au fond du couloir. La secr\u00e9taire attendant pr\u00e8s de l\u2019ascenseur lui demanda s\u2019il avait rendez-vous. Il r\u00e9pondit qu\u2019il n\u2019avait pas le temps. La secr\u00e9taire se d\u00e9pla\u00e7a si vite devant lui, qu\u2019il eut l\u2019impression qu\u2019elle s\u2019\u00e9tait t\u00e9l\u00e9port\u00e9e&nbsp;:<br>-Vous ne pouvez voir le directeur sans rendez-vous. Sa voix robotique trahissait sa nature.<br>-Poussez-vous. Galaad posa sa main sur l\u2019andro\u00efde pour l\u2019\u00f4ter de sa route, mais elle \u00e9tait inamovible. Fr\u00eale et petite, elle \u00e9tait pourtant bien plus forte que lui. Elle le d\u00e9fiait du regard, Galaad \u00e9tait tr\u00e8s mal \u00e0 l\u2019aise.<br>-Euh, bien. Pouvez-vous demander \u00e0 Monsieur Lin s\u2019il a le temps de me voir&nbsp;? L\u2019andro\u00efde continuait de le regarder fixement, il ne se passa rien. Assez longtemps. Galaad, confus, ne savait o\u00f9 se mettre. Finalement, l\u2019andro\u00efde r\u00e9agit&nbsp;:<br>-Monsieur Lin est d\u00e9bord\u00e9, il n\u2019a pas le temps ou l\u2019\u00e9nergie de vous recevoir.<br>Jetant les bras en l\u2019air, Galaad reprit l\u2019ascenseur. Il \u00e9tait vrai que, probablement, le directeur \u00e9tait assailli de t\u00e9l\u00e9phones du monde entier, Galaad ne devait pas \u00eatre le seul surpris ce jour-l\u00e0. D\u00e9pit\u00e9, il se rendit directement au sous-sol. En entrant dans son laboratoire, devant le supra ordinateur quantique, M\u00e9l\u00e9agant mangeait des nouilles.<br>-H\u00e9 ben si y\u2019en avait bien UN que j\u2019esp\u00e9rais \u00eatre secr\u00e8tement une machine, c\u2019\u00e9tait vous, cria-t-il en voyant son subordonn\u00e9. M\u00e9l\u00e9agant, le regardant sans comprendre, aspira sa fourchett\u00e9e de nouilles.<br>-Pardon&nbsp;?<br>-Vous \u00eates pas au courant&nbsp;!? Dehors, tout le monde, ils sont\u2026 Galaad s\u2019arr\u00eata, baissa son bras. Vous \u00eates pas sorti depuis combien de temps, M\u00e9l\u00e9agant&nbsp;?<br>-Euh\u2026<br>-Bref, oubliez. Il y a\u2026 juste beaucoup plus de gens qui son andro\u00efdes que ce que je croyais.<br>-Ah ouais, je sais. J\u2019ai une amie au d\u00e9partement \u00ab&nbsp;Bien-\u00eatre, sant\u00e9 et environnement&nbsp;\u00bb qui m\u2019a dit que beaucoup de gens qu\u2019on croisait dans la vie de tous les jours \u00e9taient des andro\u00efdes. En fait, les mod\u00e8les indiscernables des naturels sont plus nombreux et disponibles depuis plus longtemps que ce qu\u2019on croyait. Alors on les a l\u00e2ch\u00e9s dans la rue pour la repeupler au fur et \u00e0 mesure que les retraite \u00e0 vieux se remplissaient\u2026<br>-Vous saviez&nbsp;!?<br>-H\u00e9 calmez-vous. Ben oui quoi, mais \u00e7a doit pas \u00eatre \u00e9norme\u2026Galaad \u00e9tait sid\u00e9r\u00e9. D\u2019autres questions le taraudaient cependant&nbsp;:<br>-Pourquoi y a-t-il autant de cyborgs qu\u2019on rep\u00e8re aussi facilement alors&nbsp;? Pourquoi n\u2019y a-t-il pas que des andro\u00efdes indiscernables&nbsp;?<br>-Ben\u2026 euh\u2026 Je sais pas, \u00e7a ferait louche de ne croiser que des gens normaux. Pour parfaire l\u2019illusion, faut rajouter quelques mod\u00e8les anciens dans le tas. Comme \u00e7a on se dit que tous les autres sont des naturels\u2026 En fait, c\u2019est classifi\u00e9 ce que je vous dis, vous le r\u00e9p\u00e9terez pas, hein&nbsp;? Et j\u2019ai m\u00eame pas eu le temps de vous dire, New Mombassa a fini d\u2019installer nos lampadaires la semaine derni\u00e8re. La r\u00e9colte de donn\u00e9es peut commencer, parce qu\u2019en plus nos smartphones plus attractifs ont\u2026<br>-JE M\u2019EN FOUS DE LA R\u00c9COLTE DE DONN\u00c9ES&nbsp;! OK&nbsp;? Je suis en train de vous dire que toute la ville est peupl\u00e9e d\u2019humains synth\u00e9tiques et vous pensez qu\u2019\u00e0 votre boulot&nbsp;! M\u00e9l\u00e9agant \u00e9tait sid\u00e9r\u00e9. Il n\u2019avait jamais vu son chef dans cet \u00e9tat. Galaad soupira, puis il indiqua son clavier de la main.<br>-L\u00e0, recherchez. Combien y\u2019a d\u2019habitants dans cette ville&nbsp;? M\u00e9l\u00e9agant se mit \u00e0 taper sur son ordinateur. Devant eux, sur le grand \u00e9cran holographique, s\u2019affichait son r\u00e9sultat&nbsp;: 32\u2019561\u2019828.<\/p>\n\n\n\n<p>-Bon maintenant enlevez les humains de synth\u00e8se, commanda Galaad. M\u00e9l\u00e9agant le regarda, un peu dubitatif. Je sais tr\u00e8s bien que vous arrivez \u00e0 vous introduire dans les fichiers des autres services, je m\u2019en fous que ce soit interdit, je vous ordonne de le faire, dit Galaad un peu \u00e9nerv\u00e9. M\u00e9l\u00e9agant se remit alors \u00e0 taper sur son ordinateur, puis s\u2019arr\u00eata. Galaad lui demanda pourquoi.<br>-Ben en fait, \u00e7a c\u2019est d\u00e9j\u00e0 sans les andro\u00efdes. Officiellement, c\u2019est pas des habitants.<\/p>\n\n\n\n<p>Galaad \u00e9tait surpris. Rien ne faisait sens&nbsp;: certes la ville \u00e9tait grande, mais si tous les passants \u00e9taient des andro\u00efdes, o\u00f9 \u00e9tait les humains&nbsp;? L\u2019esprit de Galaad esquissa alors une id\u00e9e sordide&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>-Combien y a-t-il d\u2019habitants dans les retraites&nbsp;?<br>-Les maisons \u00e0 vieux&nbsp;? Galaad acquies\u00e7a, et M\u00e9l\u00e9agant chercha. \u00ab&nbsp;31\u2019899\u2019037&nbsp;\u00bb annon\u00e7a-t-il, fier d\u2019avoir trouv\u00e9 si vite. Galaad le regardait, ahuri. \u00ab&nbsp;Abruti&nbsp;! Vous comprenez ce que \u00e7a veut dire&nbsp;? Y\u2019a plus personne dans cette ville qu\u2019est humain&nbsp;!&nbsp;\u00bb avait-il envie de lui crier. Le choc de la nouvelle \u00e9tait trop fort. Mais o\u00f9 \u00e9taient tous ces vieux ?<\/p>\n\n\n\n<p>-Vous\u2026 Galaad avait de la peine \u00e0 trouver ses mots.<br>-Oui&nbsp;?<br>-Vous arriveriez \u00e0 me montrer les retraites sur une carte&nbsp;?<br>-De la ville&nbsp;? Humm\u2026 oui, je devrais y arriver. Une carte en trois dimension s\u2019afficha alors. Les b\u00e2timents en rouge indiquaient les retraites&nbsp;: la ville en \u00e9tait remplie. Toutes les \u00e9coles, tous les b\u00e2timents de l\u2019administration, des quartiers entiers d\u2019HLM, ainsi qu\u2019un volume sous-terrain gigantesque. Du rouge, partout, sur toute la carte. On cachait les vieux\u2026 et on les rempla\u00e7ait par des machines.<\/p>\n\n\n\n<p>-Autre chose&nbsp;? Galaad regardait M\u00e9l\u00e9agant, encore plus ahuri \u00e0 l\u2019id\u00e9e que ce jeune homme ne r\u00e9alisait pas le s\u00e9rieux de la situation. Il fallait occuper cet imb\u00e9cile heureux, si avide de travail.<br>-Euh\u2026 ben oui. Trouvez moi les statistiques pour le reste de la plan\u00e8te, les proportions d\u2019habitants actifs pour ceux en retraite. Le nombre d\u2019andro\u00efdes aussi dans chaque ville. Lancez en m\u00eame temps les derni\u00e8res r\u00e9coltes de donn\u00e9es pour les habitants auxquels nous avons maintenant acc\u00e8s, et compilez les donn\u00e9es des diff\u00e9rentes personnalit\u00e9s et intelligences\u2026<br>-D\u2019accord. Et il se mit au travail. Galaad n\u2019en revenait pas.<br>-Je vais\u2026 prendre l\u2019air.<br>-\u00c0 tout \u00e0 l\u2019heure, dit M\u00e9l\u00e9agant sans quitter son clavier des yeux.<\/p>\n\n\n\n<p>Galaad sortit du b\u00e2timent, toujours entour\u00e9 de centaines d\u2019individus immobiles. Il entra dans sa voiture et indiqua au chauffeur de se rendre chez lui. Le trajet serait rapide. Aucune voiture ne circulait dans cette ville au trafic habituellement si rude. En chemin, ils crois\u00e8rent quelques fous qui criaient. Certains frappaient violement les andro\u00efdes avec des battes ou des marteaux, criant au mensonge. Des amas d\u2019humains s\u2019\u00e9taient form\u00e9s, et marchaient dans la ville en manifestant fort leur m\u00e9contentement. Il valait mieux ne pas tra\u00eener.<\/p>\n\n\n\n<p>Arriv\u00e9 \u00e0 destination, Galaad ne savait plus quoi penser. Il sortit de la voiture et se dirigea vers sa porte. Il entra et expira un long soupir.<br>-Ch\u00e9rie&nbsp;!? lan\u00e7a-t-il en \u00f4tant sa veste. La r\u00e9ponse ne se fit pas attendre.<br>-Bonjour. Mari. Gueni\u00e8vre, assise au salon, ne se retournait m\u00eame pas. Assise devant la t\u00e9l\u00e9vision \u00e9teinte, elle attendait. P\u00e9trifi\u00e9, Galaad la regardait. Il ne pouvait le croire, m\u00eame elle&nbsp;? Sa t\u00eate tournait, il tombait debout, n\u2019avait plus aucune force. Il n\u2019aurait jamais d\u00fb rentrer, il aurait d\u00fb s\u2019y attendre, ce n\u2019\u00e9tait pas possible, ce ne pouvait \u00eatre vrai. Il sortit, erra jusqu\u2019au gazon, synth\u00e9tique lui aussi, et s\u2019y affala.<\/p>\n\n\n\n<p>Il fallut attendre que les \u00e9meutes se calmassent. Les journaux t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s ne parlaient plus que de cet \u00e9v\u00e8nement, partout on lisait \u00ab&nbsp;le Happening&nbsp;\u00bb. Tout le monde se disputait, \u00e0 savoir si ce dure r\u00e9veil \u00e9tait une mal\u00e9diction ou un mal n\u00e9cessaire. Se r\u00e9veillant \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de sa voiture, Galaad renversa en se soulevant, une des nombreuses bouteilles d\u2019alcool couch\u00e9es \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s. Elle tapissait maintenant le fond de sa voiture. Reprenant ses esprits il regardait dehors. C\u2019\u00e9tait le petit matin, la ville s\u2019\u00e9tait calm\u00e9e. Il d\u00e9cida donc de se mettre en route et sortit de la voiture pour se mettre au volant. Une rage destructrice l\u2019avait emport\u00e9 et son chauffeur gisait maintenant au fond d\u2019un caniveau. Il avait d\u00fb r\u00e9apprendre \u00e0 conduire, cela faisait bien 70 ans qu\u2019il ne l\u2019avait plus fait, mais il s\u2019en sortait. Arriv\u00e9 au si\u00e8ge de Baicent, il sortit de sa voiture et se dirigea vers le grand hall. Marchant sur les d\u00e9bris de verres, aucune vitre n\u2019ayant surv\u00e9cu \u00e0 l\u2019ire de la masse, il contournait les amas de d\u00e9bris d\u2019humains synth\u00e9tiques pour arriver jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ascenseur. Les portes \u00e9taient en piteux \u00e9tat mais peut-\u00eatre fonctionnait-il encore. Il passa sa puce sur l\u2019interrupteur, aucune r\u00e9action ne se fit entendre. Il soupira puis les haut-parleurs r\u00e9sonn\u00e8rent&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>-Galaad, c\u2019est vous&nbsp;? Dieu soit lou\u00e9, vous ne m\u2019avez pas abandonn\u00e9. Prenez l\u2019ascenseur de service et retrouvez moi dans mon bureau.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;777<sup>\u00e8me<\/sup>&nbsp;\u00e9tage, bureau de Monsieur Lin&nbsp;\u00bb, Galaad n\u2019eut pas m\u00eame le temps de sortir que son directeur gras et en sueur, l\u2019attendait \u00e0 l\u2019ouverture des portes&nbsp;:<br>-Nous devons trouver un moyen de faire machine arri\u00e8re. La population est enrag\u00e9e, les nations-unies se tournent vers nous pour trouver une solution. Je ne sais plus quoi faire.<br>-Bonjour \u00e0 vous, Monsieur Lin. Galaad \u00e9tait encore ivre et en piteux \u00e9tat&nbsp;: pas ras\u00e9 et portant les m\u00eames habits depuis plusieurs jours. Monsieur Lin n\u2019avait cependant pas le luxe d\u2019\u00eatre g\u00ean\u00e9 par son odeur.<br>-Oui, Bonjour. Pardon. \u00c9coutez, il faut faire vite. Je vais partir pour l\u2019Antarctique avec l\u2019h\u00e9licopt\u00e8re de service d\u2019ici quelques heures, ma s\u00e9curit\u00e9 m\u2019y oblige. Comment avance votre programme&nbsp;? Il faut qu\u2019on se rach\u00e8te aupr\u00e8s des humains, et votre programme les comprend au mieux. On saura exactement comment r\u00e9agir pour les toucher, les charmer. Votre assistant m\u2019avait \u00e9galement parl\u00e9 d\u2019une histoire de supra intelligence\u2026<br>-Ah, il l\u2019a fait&nbsp;? Bon, ben oui. C\u2019est possible. On sait fusionner des personnalit\u00e9s et si on avait suffisamment de donn\u00e9es et un ordinateur assez puissant\u2026<br>-Vous l\u2019aurez&nbsp;! Je dois urgemment pr\u00e9senter une solution possible \u00e0 l\u2019ONU. On utilisera celui du CERN. De combien de temps vous avez besoin pour les donn\u00e9es&nbsp;?<br>-H\u00e9 bien\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Les portes du cent-troisi\u00e8me sous-sol s\u2019ouvrirent, Galaad et le directeur sortaient de l\u2019ascenseur lorsque M\u00e9l\u00e9agant les accueillit en criant&nbsp;:<br>-C\u2019est pas trop t\u00f4t&nbsp;! \u00c7a fait 3 jours que je suis \u00e0 bout de nouille&nbsp;! Vous avez vu le bordel que c\u2019est dehors&nbsp;?<br>-O\u00f9 en est la r\u00e9colte de donn\u00e9es M\u00e9l\u00e9agant. Dit s\u00e8chement Galaad.<br>-Ben tout est l\u00e0, j\u2019ai tout compil\u00e9 sur l\u2019ordinateur.<br>-C\u2019est d\u00e9j\u00e0 pr\u00eat&nbsp;? Le petit directeur tr\u00e9moussait sur place.<br>-La supra conscience collective synth\u00e9tique vous dites&nbsp;? Euh, ouais. Il manque deux trois bricoles, quelques petits ajustements, faut faire deux trois manips\u2026 et choisir une voix quoi, lui r\u00e9pondit M\u00e9l\u00e9agant.<br>-Parfait&nbsp;! Si notre entreprise \u00e9chappe \u00e0 la faillite, je vous promeus directeur de notre succursale de Shanga\u00ef. Et vous, Galaad, vous pourrez prendre ma place. Je n\u2019ai aucune envie de remuer toute la merde qu\u2019on a faite.<br>-Euh\u2026. Cool&nbsp;! M\u00e9l\u00e9agant ne comprenait pas exactement ce qu\u2019on attendait d\u2019un directeur de bo\u00eete, mais esp\u00e9rait que cela impliquait de devoir r\u00e9diger des kilom\u00e8tres de lignes de codes, et en paix. Galaad, quant \u00e0 lui, restait muet, navr\u00e9 par les dires de ce pleutre.<br>-Sur ce, messieurs, je vous laisse. Le voyage jusqu\u2019en Antarctique est encore long, et je n\u2019aimerais pas vous retarder pour les \u00ab&nbsp;petits ajustements&nbsp;\u00bb qu\u2019il vous reste \u00e0 faire. Je donne votre contact \u00e0 mes repr\u00e9sentants \u00e0 Gen\u00e8ve, Galaad, vous verrez avec les Nation-Unies pour les d\u00e9tails.<\/p>\n\n\n\n<p>Dodinant sur ses trop courtes pattes, Monsieur Lin se dirigeait vers l\u2019ascenseur.<br>-Il y a vraiment tout qui est pr\u00eat&nbsp;? s\u2019\u00e9tonna Galaad.<br>-Ben oui, comme vous ne reveniez pas, j\u2019ai avanc\u00e9 tout seul. Et j\u2019avais peur de sortir, alors j\u2019avais pas grand-chose d\u2019autre \u00e0 faire. J\u2019ai compris qu\u2019il fallait se focaliser sur l\u2019objectif de la supra intelligence quand Monsieur Lin a appel\u00e9 ici pour la 4<sup>\u00e8me<\/sup>&nbsp;fois en demandant \u00e0 vous parler urgemment. D\u00e9sol\u00e9 en fait, de lui avoir parl\u00e9 de ce projet secret.<br>-Vous avez bien fait. Merci pour le travail. Vous avez incorpor\u00e9 toutes les personnalit\u00e9s&nbsp;?<br>-Oui. Pourquoi\u2026 Ah merde&nbsp;! Pardon je vais corriger cela. Je dois enlever les suicidaires, les fous et les animaux capt\u00e9s collat\u00e9ralement. Ce serait un \u00e9norme bordel sinon, et si le monde se retrouve dirig\u00e9 par un truc supra intelligents mais parasit\u00e9 par tous les vieux dans les retraites\u2026<br>-C\u2019est bon, je vais le faire. Vous avez assez travaill\u00e9. Pr\u00e9parez vos valises pour Shanga\u00ef plut\u00f4t.<br>-Ah ouais&nbsp;!? Trop ouf&nbsp;! Merci beaucoup. \u00c0 bient\u00f4t, j\u2019esp\u00e8re&nbsp;! M\u00e9l\u00e9agant chantait en partant pour l\u2019ascenseur. Galaad \u00e9tait d\u00e9go\u00fbt\u00e9 par ces sifflements&nbsp;: la situation du monde \u00e9tait bien trop grave pour se contenter de r\u00e9conforts \u00e9go\u00efstes.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9sormais seul dans le bunker, Galaad m\u00e9ditait. Il alluma l\u2019ordinateur. Le fichier \u00e9tait lourd, tr\u00e8s lourd, les consciences de plusieurs milliards d\u2019\u00eatres humains et quelques millions d\u2019animaux. Les statistiques qu\u2019il avait demand\u00e9es \u00e0 M\u00e9l\u00e9agant \u00e9taient l\u00e0, elles aussi. Il d\u00e9cida d\u2019y jeter un coup d\u2019\u0153il. La situation du monde \u00e9tait moins grave que celle de la ville&nbsp;: 6 humains synth\u00e9tiques pour un naturel et actif. C\u2019\u00e9tait cependant toujours trop, ceux qui avaient \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s pour \u00eatre leurs laquais les rempla\u00e7aient petit \u00e0 petit. La natalit\u00e9 descendant toujours plus, les humains seraient bient\u00f4t tous confin\u00e9s en retraite. La statistique \u00e9tait aujourd\u2019hui de 75% de retrait\u00e9s. Que se passerait-il le jour o\u00f9 tous les humains finiraient dans les cliniques&nbsp;? Les machines continueraient de faire tourner le monde, \u00e0 vide. Sans que cela ne s\u2019arr\u00eat\u00e2t jamais. C\u2019\u00e9tait un bon r\u00e9flexe de la part de M\u00e9l\u00e9agant, de retirer les retrait\u00e9s du programme de supra-intelligence. Une intelligence pareille, \u00e0 l\u2019image du genre humain, pour faire des d\u00e9cisions rationnelles, pouvait tol\u00e9rer un petit pourcentage de fous. Mais pas 75%, car ces gens ne demandaient, apr\u00e8s tout, qu\u2019\u00e0 mourir. Paradoxalement, ils n\u2019y arrivaient pas. N\u00e9anmoins, ce r\u00e9flexe aurait \u00e9t\u00e9 n\u00e9faste. Non, le programme \u00e9tait parfait comme \u00e7a, inchang\u00e9, accueillants&nbsp;<em>tous<\/em>&nbsp;les humains. Galaad \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 impatient de voir son entr\u00e9e en service. Il savait que son acceptation durerait peut-\u00eatre quelques ann\u00e9es, le temps que tous les pays de l\u2019ONU se d\u00e9cidassent \u00e0 lui faire confiance. Mais il \u00e9tait convaincu de faire le bon choix, et il attendrait. Sortant sa pipe, il s\u2019assit \u00e0 son bureau et observa longuement le fond d\u2019\u00e9cran de son ordinateur personnel&nbsp;: un paysage idyllique, remplit de nature avec le soleil se couchant \u00e0 l\u2019horizon, le contraste avec son bureau sous-terrain \u00e9tait marqu\u00e9. Galaad posa alors les yeux sur un dossier que M\u00e9l\u00e9agant avait d\u00fb amener pendant son absence se nommant \u00ab&nbsp;rapport sur la derni\u00e8re mise \u00e0 jour&nbsp;\u00bb. Plusieurs centaines de page, il n\u2019en aurait pas eu la patience, alors il le prit et, d\u00e9daigneusement, le jeta au mixer. Oui, un gros bordel, pensa Galaad en allumant sa pipe, cette supra conscience collective synth\u00e9tique \u00ab&nbsp;parasit\u00e9e&nbsp;\u00bb par des milliards de s\u00e9niles ne souhaitant que la mort. Mais un bordel parfait et n\u00e9cessaire. Jamais, son souvenir de Gueni\u00e8vre, l\u2019accueillant d\u2019une voix robotique, ne le quitterait.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>31 mars 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<strong>Xavier Balli<\/strong>&nbsp;(Atelier d\u2019\u00e9criture)<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/arsenic.ch\/spectacle\/imposture-posthume\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte, mise en sc\u00e8ne et jeu de Jo\u00ebl Maillard \/ Arsenic \u2013 Centre d\u2019art sc\u00e9nique contemporain \/ du 26 au 31 mars 2019 \/ Critiques par Laurane Quartenoud, Thibault Hugentobler, Amina Gudzevic, Jade Lambelet, Sarah Juilland, Ivan Garcia, Brice Torriani, Oc\u00e9ane Forster, Julia Cela, No\u00e9 Maggetti et Xavier Balli.<\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":13348,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,3,38],"tags":[209,211,176,202,155,205,208,200,203],"class_list":["post-13347","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-theatre-de-larsenic","category-spectacle","tag-amina-gudzevic","tag-brice-torriani","tag-ivan-garcia","tag-jade-lambelet","tag-julia-cela","tag-noe-maggetti","tag-oceane-forster","tag-sarah-juilland","tag-thibault-hugentobler"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13347","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13347"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13347\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20529,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13347\/revisions\/20529"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/13348"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13347"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13347"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13347"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}