{"id":13335,"date":"2019-04-03T19:27:26","date_gmt":"2019-04-03T17:27:26","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=13335"},"modified":"2025-02-09T17:25:20","modified_gmt":"2025-02-09T16:25:20","slug":"lhistoire-mondiale-de-ton-ame","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/04\/lhistoire-mondiale-de-ton-ame\/","title":{"rendered":"L\u2019Histoire mondiale de ton \u00e2me"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019Histoire mondiale de ton \u00e2me<\/h2>\n\n\n<p>Textes d\u2019Enzo Cormann \/ Mise en sc\u00e8ne de Philippe Delaigue et Enzo Cormann \/ Th\u00e9\u00e2tre de Poche GVE \/ du 1<sup>er<\/sup> au 14 avril 2019 \/ Critiques par Brice Torriani et Jade Lambelet.<\/p>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Quand la sc\u00e8ne donne sens au monde<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>14 avril 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/brice-torriani\/\">Brice Torriani<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/55807387_1383395245136385_5416003032120819712_o-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13332\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/55807387_1383395245136385_5416003032120819712_o-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/55807387_1383395245136385_5416003032120819712_o-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/55807387_1383395245136385_5416003032120819712_o-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/55807387_1383395245136385_5416003032120819712_o-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/55807387_1383395245136385_5416003032120819712_o-624x416.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/55807387_1383395245136385_5416003032120819712_o.jpg 1500w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Doroth\u00e9e Th\u00e9bert<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Trois textes divis\u00e9s en trois parties chacun. Ou plut\u00f4t, six pi\u00e8ces courtes. Ou encore six morceaux choisis parmi une anthologie de 99 r\u00e9cits. Telles sont les possibilit\u00e9s de d\u00e9crire&nbsp;<\/em>L\u2019histoire mondiale de ton \u00e2me<em>. Pr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 Gen\u00e8ve sous une forme scind\u00e9e en trois fois trente minutes, les textes d\u2019Enzo Cormann s\u2019encha\u00eenent dans un \u00e9lan vigoureux, dans une bourrasque qui retourne la salle par la dext\u00e9rit\u00e9 des mots. Une ode \u00e0 la simplicit\u00e9&nbsp;; ou plut\u00f4t \u00e0 la complexit\u00e9&nbsp;; ou encore \u00e0 cette recherche de sens que permet le th\u00e9\u00e2tre.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Comme le th\u00e9\u00e2tre peut \u00eatre simple&nbsp;! Trois com\u00e9dien.ne.s, un peu de lumi\u00e8re en avant-sc\u00e8ne et nous voici embarqu\u00e9s pour trente minutes de d\u00e9lectation th\u00e9\u00e2trale. Nul besoin de suspense, le d\u00e9nouement de l\u2019intrigue nous est d\u00e9voil\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9part. C\u2019est le cheminement qui int\u00e9resse. Devant nous apparaissent trois personnages color\u00e9s par une mis\u00e8re attachante et noircis d\u2019une innocence d\u00e9rangeante. Comme sortis d\u2019un conte naturaliste, la joggeuse trop curieuse, l\u2019assassin enfant-sauvage et sa m\u00e8re irresponsable mais aimante, tous peignent le tableau d\u2019un fatalisme dont on ne peut s\u2019extirper, puisque l\u2019on conna\u00eet d\u00e9j\u00e0 la fin de l\u2019histoire.<\/p>\n\n\n\n<p>En d\u00e9couvrant la deuxi\u00e8me pi\u00e8ce, on croit passer de la torpeur de l\u2019assassinat \u00e0 l\u2019angoisse d\u2019une prise d\u2019otage. Mais l\u2019absurde et le comique viennent contrecarrer nos attentes, pour le meilleur. Roberto Garieri interpr\u00e8te avec dext\u00e9rit\u00e9 deux faces antagonistes d\u2019un m\u00eame personnage, et l\u2019on se surprend \u00e0 savourer deux interpr\u00e9tations de deux textes quasiment similaires. Les personnages sont adroitement caricaturaux et magnifiquement vaudevillesques dans leurs r\u00f4les de jeunes mari\u00e9s improvis\u00e9s et de prostitu\u00e9e. H\u00e9l\u00e8ne Pierre envo\u00fbte dans son interpr\u00e9tation millim\u00e9tr\u00e9e de la cheffe d\u2019entreprise pinc\u00e9e, autoritaire mais fragile, du moins le croit-on. Une aventure onirique qui contraste avec la brutalit\u00e9 de la premi\u00e8re pi\u00e8ce par son apparente l\u00e9g\u00e8ret\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Apparente, car derri\u00e8re la com\u00e9die se cache un sujet plus s\u00e9rieux : la r\u00e9insertion carc\u00e9rale. De m\u00eame, la premi\u00e8re pi\u00e8ce esquisse les affres de la vie de prol\u00e9taire. Enzo Cormann semble avoir \u00e0 c\u0153ur de d\u00e9crire les difficult\u00e9s d\u2019un environnement complexe et sans piti\u00e9. Dans la troisi\u00e8me pi\u00e8ce, c\u2019est la crise \u00e9conomique grecque qui envahit l\u2019intrigue. De m\u00eame, l\u2019auteur en personne jouant son propre r\u00f4le envahit la pi\u00e8ce, l\u2019interrompt, dans un souci de clart\u00e9, mais aussi de recherche du bon jeu, du bon mot. On se concentre sur les tableaux d\u2019une d\u00e9esse tour \u00e0 tour fouillant les poubelles d\u2019un h\u00f4tel de luxe, ou d\u00e9c\u00e9dant sur le perron d\u2019un attach\u00e9 culturel trop embourb\u00e9 dans ses r\u00e9flexions pour constater la mis\u00e8re qu\u2019il enjambe. Le drame contemporain se meut en ode au th\u00e9\u00e2tre, qui permet aux com\u00e9dien.ne.s d\u2019\u00e9chapper \u00e0 l\u2019incertitude de la r\u00e9alit\u00e9 ext\u00e9rieure.<\/p>\n\n\n\n<p>Les personnages \u00e9voluent dans des mondes o\u00f9 l\u2019on ne se comprend pas. Le dialogue se fait face au public, l\u2019apart\u00e9 en cherchant en vain le regard de son r\u00e9pondant. Le r\u00eave perturbe les attentes. Le texte projet\u00e9 sur la structure en fond de sc\u00e8ne tant\u00f4t nous d\u00e9voile une intrigue que l\u2019on avait d\u00e9j\u00e0 devin\u00e9e, tant\u00f4t en brouille les pistes. On commence alors \u00e0 douter de nos anticipations, comme les personnages doutent de leur mise en sc\u00e8ne. Mais dans ces courtes histoires le refus du jeu est impossible, il n\u2019existe pour les personnages aucune \u00e9chappatoire \u00e0 leur destin. Le seul refuge se situe dans le texte, qui seul permet l\u2019acceptation de situations inconcevables.<\/p>\n\n\n\n<p>Le texte, chatoyant, oscille entre un argot litt\u00e9raire et des envol\u00e9es de th\u00e9oriciens de l\u2019art. Le d\u00e9bit des com\u00e9dien.ne.s est vertigineux, m\u00eame si chez certains les mots semblent parfois s\u2019\u00e9chapper trop vite. On re\u00e7oit la parole en pleine face durant les deux premi\u00e8res parties, avant de retomber progressivement dans une contemplation de l\u2019art de la sc\u00e8ne. Lorsque la tirade se prolonge trop, un texte projet\u00e9 en fond distrait notre attention, mais \u00e0 regret, car l\u2019\u00e9motion que d\u00e9gagent les personnages suffit \u00e0 nous tenir en haleine.<\/p>\n\n\n\n<p>La sc\u00e9nographie laisse d\u2019ailleurs une place immense au jeu d\u2019acteurs. La sc\u00e8ne est d\u2019abord r\u00e9duite \u00e0 son minimum, comme pour mimer cet \u00e9touffement ressenti par les personnages. Puis elle s\u2019\u00e9largit pour d\u00e9voiler une porte&nbsp;: il existe un au-dehors, myst\u00e9rieux et hostile, et l\u2019espace sc\u00e9nique n\u2019est peut-\u00eatre pas le pire des lieux \u00e0 vivre. Enfin la structure se colore de vermeil et d\u2019or, symboles de la violence, du luxe et de la d\u00e9cadence d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 qu\u2019il est bon d\u2019exorciser par le th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n\n\n\n<p>La repr\u00e9sentation de&nbsp;<em>L\u2019histoire mondiale de ton \u00e2me<\/em>&nbsp;est fragmentaire, comme une \u0153uvre diss\u00e9min\u00e9e \u00e7\u00e0 et l\u00e0 par une soudaine explosion. Mais chacun de ces fragments semble faire \u00e9cho aux autres, dans la coh\u00e9rence d\u2019une recherche de sens, dans un monde hostile et invraisemblable. Le format est all\u00e9chant et intelligemment pr\u00e9sent\u00e9, car l\u2019envie de d\u00e9couvrir les trois autres histoires, ou les six \u00e0 la suite comme le propose \u00e9galement le Poche, fait plus que nous titiller. On s\u2019y replongera sans doute, comme pour enfin comprendre ce qui au dehors des murs du th\u00e9\u00e2tre semble si instable.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>14 avril 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/brice-torriani\/\">Brice Torriani<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">\u00catre au monde comme au th\u00e9\u00e2tre : un triptyque philosophique<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>14 avril 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/jade-lambelet\/\">Jade Lambelet<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/56354025_1383442221798354_8864515501955481600_o-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13608\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/56354025_1383442221798354_8864515501955481600_o-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/56354025_1383442221798354_8864515501955481600_o-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/56354025_1383442221798354_8864515501955481600_o-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/56354025_1383442221798354_8864515501955481600_o-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/56354025_1383442221798354_8864515501955481600_o-624x416.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/05\/56354025_1383442221798354_8864515501955481600_o.jpg 1500w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Doroth\u00e9e Th\u00e9bert<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Ce printemps, le Th\u00e9\u00e2tre de Poche invite son public \u00e0 d\u00e9couvrir six extraits de&nbsp;<\/em>L\u2019Histoire mondiale de ton \u00e2me&nbsp;<em>d\u2019Enzo Cormann. En formule de trois ou de six, ce sont de v\u00e9ritables le\u00e7ons de philosophie qui sont livr\u00e9es au spectateur dans ces morceaux de th\u00e9\u00e2tre qui valsent habilement entre les temps (du moderne \u00e0 l\u2019antique) et les modes (du comique au dramatique) pour d\u00e9cortiquer les \u00e2mes humaines comme autant de facettes d\u2019un m\u00eame monde.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;<\/em>S\u00e9lectionn\u00e9s parmi un \u00ab grand ensemble s\u00e9riel de drames brefs \u00bb (comme le d\u00e9signe son cr\u00e9ateur), ces textes sont les fruits d\u2019un projet audacieux, entam\u00e9 il y a deux ans et qui devrait se poursuivre encore durant les dix prochaines ann\u00e9es. C\u2019est ainsi l\u2019occasion de voir mise en sc\u00e8ne une \u0153uvre en cours de cr\u00e9ation, qui s\u2019achemine autour d\u2019un principe d\u2019\u00e9criture rigoureusement codifi\u00e9 puisqu\u2019il s\u2019agira en tout et pour tout de nonante-neuf formes d\u2019une dur\u00e9e de trente minutes chacune, elles-m\u00eames compos\u00e9es en trois mouvements et destin\u00e9es \u00e0 trois interpr\u00e8tes. Ces r\u00e8gles strictes auxquelles Enzo Cormann soumet son \u00e9criture donnent \u00e0 son projet une envergure digne d\u2019une d\u00e9monstration math\u00e9matique et une rigueur quasi arithm\u00e9tique. Paradoxalement \u2013 et c\u2019est l\u00e0 que r\u00e9side toute la subtilit\u00e9 du proc\u00e9d\u00e9 \u2013, c\u2019est dans la rigidit\u00e9 et l\u2019intransigeance de la forme qu\u2019\u00e9mergent ces \u00ab microdrames \u00bb satur\u00e9s d\u2019inconstance, de fragilit\u00e9 et de vuln\u00e9rabilit\u00e9. Si aujourd\u2019hui, Enzo Cormann n\u2019en est \u00ab qu\u2019au \u00bb tiers de son parcours (environ vingt-sept pi\u00e8ces), nous nous r\u00e9jouissons d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 de d\u00e9couvrir les possibles que d\u00e9ploiera le reste de son \u0153uvre qui s\u2019annonce \u00e9minemment prometteuse.<\/p>\n\n\n\n<p>Ensemble, ces trois tableaux font raisonner des fables universelles \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du fragmentaire et du particulier. Et pour ce faire, nul besoin de d\u00e9cors&nbsp;imposants ou surcharg\u00e9s&nbsp;: les mots et les corps suffisent \u00e0 dire, dans l\u2019ici et maintenant de la sc\u00e8ne et du spectacle, l\u2019atemporalit\u00e9 de ces rapports de soi \u00e0 soi, de soi \u00e0 l\u2019autre, de soi au monde. Toujours pr\u00e9sent\u00e9es comme bris\u00e9es, inqui\u00e8tes et fragilis\u00e9es, ces relations interpersonnelles une fois transport\u00e9es sur sc\u00e8ne, font ressurgir des probl\u00e9matiques toutes contemporaines&nbsp;: violences sexistes, difficult\u00e9s de la r\u00e9insertion carc\u00e9rale, marginalisation des personnes sans domicile fixe et indiff\u00e9rence \u00e0 leur \u00e9gard, ou encore crises \u00e9conomiques en Gr\u00e8ce. Du drame au comique en passant par l\u2019\u00e9pique,&nbsp;<em>L\u2019Histoire mondiale de ton \u00e2me<\/em>, dans une entreprise volontairement englobante, s\u2019empare de et navigue entre les registres, les modes et les ressorts du th\u00e9\u00e2tre. Loin de perdre son public, la structure composite du spectacle est maintenue par la force de sa division tripartite et de son rythme pr\u00e9cis qui r\u00e9gulent chacune des pi\u00e8ces et nous tiennent en haleine. Pris dans l\u2019intensit\u00e9 br\u00fblante de la repr\u00e9sentation, frapp\u00e9 par la banalit\u00e9 de la violence repr\u00e9sent\u00e9e ou racont\u00e9e, envo\u00fbt\u00e9 par le comique des situations ou encore emport\u00e9 par le lyrisme ardent de certaines r\u00e9pliques, le spectateur demeure suspendu au moment pr\u00e9sent et arrach\u00e9 \u00e0 sa propre libert\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Millim\u00e9tr\u00e9es dans des structures contrast\u00e9es, dichotomiques et sym\u00e9triques (allant jusqu\u2019au renversement et \u00e0 l\u2019inversion), chacune de ces histoires sont les composantes d\u2019une totalit\u00e9 commune. Une toile se dessine en arri\u00e8re fond de cet ensemble de fragments : derri\u00e8re le drame ou le comique se cachent de v\u00e9ritables le\u00e7ons de philosophie. Si la question de l\u2019<em>\u00eatre-l\u00e0<\/em>&nbsp;heideggerien (qu\u2019est-ce qu\u2019<em>\u00eatre au monde<\/em>, comment d\u00e9crire ce rapport de simultan\u00e9it\u00e9 entre soi et le monde ?) fut le moteur de l\u2019\u00e9criture des pi\u00e8ces, celle-ci s\u2019enrichit, \u00e0 chaque \u00e9pisode sc\u00e9nique, d\u2019une nouvelle r\u00e9sonance philosophique.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier des trois tableaux,&nbsp;<em>Trou noir<\/em>, nous plonge dans la r\u00e9alit\u00e9 absurde et bouleversante de personnages incapables de se comprendre, car emprisonn\u00e9s dans un fatalisme engluant, celui de leur naissance, de leur pass\u00e9 et de leur appartenance sociale. La verticalit\u00e9 de ces rapports sociaux est traduite dans le jeu des com\u00e9diens qui s\u2019adressent frontalement au public lorsqu\u2019ils devraient se regarder.<\/p>\n\n\n\n<p>Le second tableau,&nbsp;<em>N\u2019importe qui<\/em>, construit et d\u00e9construit, dans une sym\u00e9trie qui les fait s\u2019inverser, les rapports de forces qui s\u2019\u00e9tablissent in\u00e9vitablement entre les individus. D\u2019autoritaire et opini\u00e2tre, une directrice d\u2019entreprise tombe sous le joug de l\u2019homme dont elle refusait fermement la candidature, et devient tributaire de ses charmes manipulateurs. Formul\u00e9 d\u2019apr\u00e8s la dialectique h\u00e9g\u00e9lienne, la force de l\u2019emprise circule du ma\u00eetre \u00e0 l\u2019esclave.<\/p>\n\n\n\n<p>En cl\u00f4ture de ce triptyque philosophique,&nbsp;<em>Les limitrophes<\/em>&nbsp;invite \u00e0 repenser l\u2019existentialisme sartrien dans une d\u00e9marche m\u00e9tath\u00e9\u00e2trale. Un jeune majordome, une femme \u00e0 la rue et un riche habitant d\u2019un quartier d\u2019Ath\u00e8nes discutent (ensemble ou dans des monologues) de la froide r\u00e9alit\u00e9 de leurs existences et des m\u00e9canismes de la soci\u00e9t\u00e9. \u00c0 de brefs instants, les com\u00e9diens quittent leurs personnages pour questionner l\u2019effectivit\u00e9 de leur r\u00f4le et du th\u00e9\u00e2tre&nbsp;: \u00e0 quoi bon tout ceci&nbsp;si ce monde manque cruellement de justice et d\u2019humanit\u00e9 ? Avant de se fondre lui-m\u00eame dans le r\u00e9cit du tableau sur sc\u00e8ne, la voix du dramaturge s\u2019\u00e9l\u00e8ve du public (comme celle de Socrate dans la foule des rues et places d\u2019Ath\u00e8nes) pour leur r\u00e9pondre et les guider \u2013 tel un grand marionnettiste \u2013 dans l\u2019\u00e9vocation de la le\u00e7on de mauvaise foi et de l\u2019exemple du gar\u00e7on de caf\u00e9 (extrait de&nbsp;<em>L\u2019\u00catre et le n\u00e9ant<\/em>). Cette ultime le\u00e7on philosophique s\u2019ouvre enfin sur une c\u00e9l\u00e9bration enflamm\u00e9e du th\u00e9\u00e2tre dans un d\u00e9cor qui f\u00fbt le berceau de sa naissance (et celui de la philosophie&nbsp;!)&nbsp;: la Gr\u00e8ce antique.<\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u2019Histoire mondiale de ton \u00e2me<\/em>&nbsp;est une invitation \u00e0 se penser et \u00e0 penser le monde, non pas depuis l\u2019ext\u00e9rieur mais \u00e0 partir de la force de notre \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb int\u00e9rieur, r\u00e9v\u00e9l\u00e9e par le microcosme, la dynamique et l\u2019intelligence du th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>14 avril 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/jade-lambelet\/\">Jade Lambelet<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/poche---gve.ch\/spectacle\/lhistoire-mondiale-de-ton-ame\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Textes d\u2019Enzo Cormann \/ Mise en sc\u00e8ne de Philippe Delaigue et Enzo Cormann \/ Th\u00e9\u00e2tre de Poche GVE \/ du 1er au 14 avril 2019 \/ Critiques par Brice Torriani et Jade Lambelet.<\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":13336,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,171,38],"tags":[211,202],"class_list":["post-13335","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-le-poche","category-spectacle","tag-brice-torriani","tag-jade-lambelet"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13335","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13335"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13335\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20531,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13335\/revisions\/20531"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/13336"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13335"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13335"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13335"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}