{"id":13315,"date":"2019-04-03T08:41:21","date_gmt":"2019-04-03T06:41:21","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=13315"},"modified":"2025-02-09T17:25:47","modified_gmt":"2025-02-09T16:25:47","slug":"je-suis-invisible","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/04\/je-suis-invisible\/","title":{"rendered":"Je suis invisible !"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Je suis invisible !<\/h2>\n\n\n<p>D\u2019apr\u00e8s\u00a0<em>Le Songe d\u2019une nuit d\u2019\u00e9t\u00e9<\/em> de William Shakespeare \/ Mise en sc\u00e8ne de Dan Jemmett \/ Th\u00e9\u00e2tre de Carouge \/ du 26 mars au 14 avril 2019 \/ Critiques par Lucas Lauth et Ivan Garcia.<\/p>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Resonger la f\u00e9\u00e9rie<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>3 avril 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/lucas-lauth\/\">Lucas Lauth<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"644\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-03-a\u0300-08.32.57-1024x644.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-13311\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-03-a\u0300-08.32.57-1024x644.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-03-a\u0300-08.32.57-250x157.png 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-03-a\u0300-08.32.57-300x189.png 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-03-a\u0300-08.32.57-768x483.png 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-03-a\u0300-08.32.57-624x392.png 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-03-a\u0300-08.32.57.png 1784w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Sandra Korzekwa<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Le metteur en sc\u00e8ne britannique Dan Jemmett, avec l\u2019aide pr\u00e9cieuse de la traductrice Meriam Korichi, propose une adaptation d\u00e9cal\u00e9e et haute en couleurs du&nbsp;<\/em>Songe d\u2019une Nuit d\u2019\u00c9t\u00e9&nbsp;<em>de William Shakespeare. Comme chez l\u2019auteur, le langage est ici souple et po\u00e9tique. La fable shakespearienne se retrouve quant \u00e0 elle projet\u00e9e et diffract\u00e9e dans le temps, entre cabaret et pop culture des ann\u00e9es septante, resong\u00e9e autour d\u2019un bus VW.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Un bus VW Camper. Central, omnipr\u00e9sent. Sur la sc\u00e8ne \u00e9clair\u00e9e de vert sombre, il se devine d\u00e9j\u00e0 lorsque le public prend place dans la salle. Pour ceux qui se rem\u00e9morent la pi\u00e8ce de Shakespeare et le mythe de Pyrame et Thisb\u00e9 une derni\u00e8re fois avant le d\u00e9but de la repr\u00e9sentation, ce t\u00eate-\u00e0-t\u00eate avec le v\u00e9hicule de la fin du vingti\u00e8me si\u00e8cle suscite la curiosit\u00e9. Lorsque son habitacle s\u2019\u00e9claire, appara\u00eet un personnage de forte corpulence tentant de relancer ce v\u00e9hicule en panne. Les \u00e9v\u00e9nements s\u2019encha\u00eenent et orbitent ensuite autour du Camper ; les entr\u00e9es et sorties des personnages se font par la porte coulissante, les objets les plus divers et \u00e9tonnants sont sortis de&nbsp; \u2013 ou rang\u00e9s \u00e0 \u2013 l\u2019arri\u00e8re, des sc\u00e8nes prennent place \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame de l\u2019habitacle ou du coffre spacieux, et, surtout, c\u2019est du r\u00e9servoir \u00e0 essence que sort le bouquet de pens\u00e9es, fleurs si rares et pr\u00e9cieuses qui donneront l\u2019iconique filtre d\u2019amour appliqu\u00e9 sur les paupi\u00e8res des amants endormis. Les passages musicaux sont eux aussi fortement li\u00e9s \u00e0 la pr\u00e9sence du v\u00e9hicule. On ne distingue sur sc\u00e8ne aucune sonorisation et aucun musicien. Les sons diffus\u00e9s durant la pi\u00e8ce sont des hits radio du vingti\u00e8me si\u00e8cle, connus de tous et popularis\u00e9s par l\u2019univers du film am\u00e9ricain et les m\u00e9dias. La diffusion de ces hits alterne entre une pr\u00e9sence musicale dans l\u2019habitacle uniquement et dans la salle de spectacle, la transition entre ces deux types de diffusion marquant aussi celle d\u2019une sc\u00e8ne \u00e0 l\u2019autre. Il s\u2019agit, on le saisit assez vite, d\u2019un&nbsp;<em>Songe d\u2019une Nuit d\u2019\u00c9t\u00e9<\/em>&nbsp;d\u00e9cal\u00e9, repens\u00e9 dans le temps et l\u2019espace.<\/p>\n\n\n\n<p>La fable, bien que tout ait \u00e9volu\u00e9 autour d\u2019elle, reste identique. Il s\u2019agit toujours de deux couples, d\u2019un c\u00f4t\u00e9 Lysandre et Hermia, de l\u2019autre D\u00e9m\u00e9trius et H\u00e9l\u00e9na, perdus et \u00e9perdus d\u2019amour dans une for\u00eat, des erreurs de Puck, l\u2019esprit malin, des querelles entre Hippolyte et Th\u00e9s\u00e9e et d\u2019une troupe de gens du peuple travaillant \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter la trag\u00e9die de Pyrame et Thisb\u00e9. Le tour de force r\u00e9alis\u00e9 par Dan Jemmett et sa troupe dans cette mise en sc\u00e8ne r\u00e9side en la redynamisation comique et la r\u00e9-exploitation po\u00e9tique de la com\u00e9die de Shakespeare.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans leur encha\u00eenement, les sc\u00e8nes empruntent \u00e0 la fois au cabaret et au cin\u00e9ma de la premi\u00e8re partie du vingti\u00e8me si\u00e8cle leur c\u00f4t\u00e9 burlesque. On a ici affaire \u00e0 plusieurs niveaux de repr\u00e9sentations th\u00e9\u00e2trales. D\u2019abord, comme chez Shakespeare, il y a la troupe d\u2019amateurs s\u2019exer\u00e7ant au jeu de&nbsp;<em>Pyrame et Thisb\u00e9<\/em>. Ensuite, les chapeaux hauts de forme, la longue robe port\u00e9e par Titania, les \u00e9clairages ronds provenant de projecteurs plac\u00e9s \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de la sc\u00e8ne, les postures et danses de Titania, son fouet lorsqu\u2019elle domine Bottom orn\u00e9 de la t\u00eate d\u2019\u00e2ne, transforment par touches comiques la sc\u00e8ne de th\u00e9\u00e2tre en cirque burlesque. Le spectateur de cette mise en sc\u00e8ne fait d\u00e8s lors face \u00e0 une double re-contextualisation. Le monde des f\u00e9es, celui d\u2019Oberon et de Titania, burlesque et rythm\u00e9 de num\u00e9ros de cirque, et celui des hommes et femmes ath\u00e9niens, form\u00e9 d\u2019amants et de m\u00e9caniciens, habill\u00e9s de v\u00eatements \u00e0 la mode durant les ann\u00e9es 1970. Ces deux univers ne cessent de coexister et parfois m\u00eame se rencontrent au long de la pi\u00e8ce, ce qui ne manque pas de cr\u00e9er des effets comiques et un monde sc\u00e9nique d\u00e9lirant.<\/p>\n\n\n\n<p>Vu sous cet angle, le bus prend ici une autre fonction. En effet, il est aussi le principal objet de friction entre les deux mondes. Un exemple&nbsp;: lorsque Puck interpr\u00e8te son num\u00e9ro de claquettes, le bus, par son unique pr\u00e9sence, est l\u2019\u00e9l\u00e9ment contrastant. Cette esth\u00e9tique du contraste est&nbsp; pleinement assum\u00e9e par Dan Jemmett. Le burlesque d\u00e9borde, envahit les ann\u00e9es septante jusqu\u2019\u00e0 se retrouver \u00e0 l\u2019arri\u00e8re m\u00eame du VW Camper. Une r\u00e9ussite comique certes, mais aussi po\u00e9tique&nbsp;! Ces appositions laissent en effet place \u00e0 une zone de confusion dont \u00e9manent un charme surann\u00e9 et une f\u00e9\u00e9rie shakespearienne r\u00e9investie. Cette pr\u00e9sence du spectacle dans le spectacle, du cabaret au th\u00e9\u00e2tre, offre une possibilit\u00e9 \u00e0 la dimension merveilleuse du monde pens\u00e9 par Shakespeare de se manifester, de s\u2019exprimer, autrement.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>3 avril 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/lucas-lauth\/\">Lucas Lauth<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Fourmillement color\u00e9<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>6 avril 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/ivan-garcia\/\">Ivan Garcia<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"632\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-06-a\u0300-16.18.20-1024x632.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-13339\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-06-a\u0300-16.18.20-1024x632.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-06-a\u0300-16.18.20-250x154.png 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-06-a\u0300-16.18.20-300x185.png 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-06-a\u0300-16.18.20-768x474.png 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-06-a\u0300-16.18.20-624x385.png 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/04\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-04-06-a\u0300-16.18.20.png 1792w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Sandra Korzekwa<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Des mises en sc\u00e8ne de Shakespeare, il y en a moult ces derni\u00e8res saisons. Avec&nbsp;<\/em>Je suis invisible&nbsp;!,&nbsp;<em>le metteur en sc\u00e8ne britannique Dan Jemmett livre une interpr\u00e9tation color\u00e9e du&nbsp;<\/em>Songe d\u2019une nuit d\u2019\u00e9t\u00e9,&nbsp;<em>qui transpose la fable dans un univers m\u00ealant f\u00e9\u00e9rie, r\u00eaveries et m\u00e9canique, ce qui s\u00e9duit petits et grands.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Dans&nbsp;<em>La Cuisine<\/em>&nbsp;du Th\u00e9\u00e2tre de Carouge, en cette nuit de printemps, la salle est compl\u00e8te pour la premi\u00e8re. Imaginons, un instant, qu\u2019une compagnie se risque \u00e0 combiner une com\u00e9die de Shakespeare (<em>Le Songe d\u2019une nuit d\u2019\u00e9t\u00e9<\/em>) avec&nbsp;<em>Alice au pays des Merveilles&nbsp;<\/em>et&nbsp;<em>My Little Chickadee<\/em>&nbsp;(film am\u00e9ricain portant sur un couple qui s\u00e8me le chaos dans une ville des Etats-Unis) ;&nbsp;<em>Je suis invisible&nbsp;!<\/em>&nbsp;pourrait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme le rejeton candide de ce trouple.<\/p>\n\n\n\n<p>La fable est, de la majorit\u00e9, bien connue&nbsp;mais bien complexe : Th\u00e9s\u00e9e, le duc d\u2019Ath\u00e8nes (selon la traduction r\u00e9alis\u00e9e par M\u00e9riam Korichi) organise les pr\u00e9paratifs pour ses noces. Au m\u00eame moment, Hermia, une jeune ath\u00e9nienne, repousse D\u00e9metrius, le jeune homme avec qui elle doit se fiancer, car elle est amoureuse d\u2019un autre homme, Lysandre. D\u00e9metrius est d\u2019ailleurs lui-m\u00eame poursuivi, sans rel\u00e2che, par une jeune femme qu\u2019il honnit&nbsp;: H\u00e9l\u00e8ne. Alors que les quatre jeunes gens se querellent et que le duc c\u00e9l\u00e8bre, une troupe de com\u00e9diens, sous l\u2019\u00e9gide du metteur en sc\u00e8ne improvis\u00e9 Peter Quince, pr\u00e9pare un spectacle pour les noces de Th\u00e9s\u00e9e. Mais pendant ce temps, Ob\u00e9ron et Titania, roi et reine des f\u00e9es, sont en conflit. C\u2019est alors que le sympathique Puck, fid\u00e8le serviteur d\u2019Ob\u00e9ron, va \u2013 par quelques maladresses comiques \u2013 entra\u00eener tous ces personnages, humains et non-humains, dans une folle nuit d\u2019\u00e9t\u00e9 semblable \u00e0 un songe\u2026 Dans l\u2019ensemble, la mise en sc\u00e8ne reprend la majeure partie du texte de Shakespeare mais se permet quelques libert\u00e9s bienvenues&nbsp;qui gardent tout l\u2019esprit onirique et comique du sujet. Les avatars de la modernit\u00e9 (la voiture, la radio, les m\u00e9caniciens) coexistent avec le monde des f\u00e9es et l\u2019antique Ath\u00e8nes.<\/p>\n\n\n\n<p>La cit\u00e9 d\u2019Ath\u00e8nes, la for\u00eat et le royaume des f\u00e9es poss\u00e8dent chacun &nbsp;leur atmosph\u00e8re particuli\u00e8re et leur \u00e9clairage. Sur le plateau, tout est rythm\u00e9 par les entr\u00e9es et sorties extravagantes des personnages&nbsp;; sur sc\u00e8ne,&nbsp; des sortes de cloisons brunes d\u00e9limitent l\u2019espace sur lequel ils peuvent se d\u00e9placer. Entre l\u2019avant-sc\u00e8ne et l\u2019arri\u00e8re-sc\u00e8ne, une zone restreinte, en forme d\u2019arc de cercle, repr\u00e9sente d\u2019une certaine fa\u00e7on une fronti\u00e8re mythique entre deux mondes. Au centre de l\u2019espace se trouve un vieux van rouge recouvert de moisissures et de lichens. Il sert de porte d\u2019entr\u00e9e et de sortie aux personnages, ce qui ajoute une touche d\u2019impr\u00e9vu et de magie \u00e0 l\u2019atmosph\u00e8re de la pi\u00e8ce. Ainsi, parfois, les com\u00e9diens traversent le plateau, afin de sortir sur les c\u00f4t\u00e9s, tandis que d\u2019autres fois, ils s\u2019enfuient \u00e0 travers le van. Le v\u00e9hicule \u00e9voque un&nbsp;<em>road-movie<\/em>&nbsp;am\u00e9ricain et poss\u00e8de donc aussi une fonction symbolique. Cette utilisation d\u2019un objet mouvant au sein duquel sont cach\u00e9s des personnages, qui effectuent ainsi leurs entr\u00e9es ou sorties, n\u2019est pas sans rappeler le style d\u2019un certain Omar Porras, dont la plupart des mises en sc\u00e8nes comportent des petites maisonnettes sur roulettes cachant des personnages, et avec lequel Dan Jemmett avait collabor\u00e9, l\u2019an dernier, sur&nbsp;<em>La Derni\u00e8re Bande<\/em>&nbsp;de Samuel Beckett.<\/p>\n\n\n\n<p>On trouve \u00e9galement des \u00e9l\u00e9ments tir\u00e9s de l\u2019univers du cirque tels que la sc\u00e8ne du petit Fakir ou du&nbsp;<em>show&nbsp;<\/em>de dressage de Bottom, transform\u00e9 en \u00e2ne, par Titania, et qui inscrivent ainsi la pi\u00e8ce dans le registre du burlesque. L\u2019adaptation joue sur une certaine excentricit\u00e9 dans un d\u00e9cor qui alterne entre des couleurs vives , notamment ce rouge \u00e9carlate, et des costumes qui rappelent la mode victorienne. L\u2019accoutrement des com\u00e9diens rel\u00e8ve aussi d\u2019une certaine hybridit\u00e9&nbsp;; en effet, les personnages sont v\u00eatus dans un style \u00e9voquant l\u2019esth\u00e9tique du film&nbsp;<em>Alice au pays des merveilles&nbsp;<\/em>de Tim Burton. Ob\u00e9ron est en queue de pie et Puck en chapeau haut-de-forme. Quant aux costumes contemporains des n\u00f4tres que portent Lysandre, v\u00eatu d\u2019un anorak bleu et d\u2019un jeans, et D\u00e9m\u00e9trius, avec une chemise et un pantalon, ils provoquent un contraste entre le monde des f\u00e9es et le monde des humains, le monde de l\u2019extraordinaire et celui de l\u2019ordinaire. Cependant, les personnages les plus curieux, potentiellement entre les deux mondes, restent la troupe de com\u00e9diens amateurs. Dans la transposition effectu\u00e9e par Dan Jemmett, ceux-ci sont des m\u00e9caniciens et viennent sur le plateau avec leur salopette bleu et leur casquette de m\u00e9canicien. Une connexion sympathique se cr\u00e9e entre le public et cette troupe improvis\u00e9e, puisque ces personnages, issus du milieu populaire et venant donc contraster avec les autres, se livrent volontiers \u00e0 des tirades comiques ou \u00e0 des actions plus quotidiennes telles qu\u2019un pique-nique avant l\u2019une de leurs r\u00e9p\u00e9titions ou encore une sorte de&nbsp;<em>brainstorming<\/em>, afin de concevoir les r\u00f4les convenant \u00e0 leurs incarnations dans leur future pi\u00e8ce.<\/p>\n\n\n\n<p>Le metteur en sc\u00e8ne joue avec brio sur l\u2019id\u00e9e de brouiller les fronti\u00e8res entre la fiction et la r\u00e9alit\u00e9&nbsp;; en effet, \u00e0 plusieurs reprises, il fait co\u00efncider l\u2019univers de la pi\u00e8ce et le monde r\u00e9el o\u00f9 se d\u00e9roule le spectacle. A ce stade, les spectateurs confondent personnages et com\u00e9diens&nbsp;; l\u2019illusion magique de la repr\u00e9sentation \u2013 conciliant les deux mondes \u2013 op\u00e8re. Ainsi le public applaudit-il le personnage de Bottom apr\u00e8s que celui-ci a fait une belle prestation au sein de la pi\u00e8ce dans la pi\u00e8ce et Puck, descendu au sein du public, happe l\u2019un des spectateurs dans l\u2019univers fictif en l\u2019enla\u00e7ant. Pour (re)mettre Shakespeare au go\u00fbt du jour, Dan Jemmett fait le choix de sortir d\u2019un registre exclusivement cantonn\u00e9 \u00e0 un seul genre (la trag\u00e9die ou la com\u00e9die) et \u00e9labore une hybridit\u00e9 qui combine les diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments des deux genres. Le metteur en sc\u00e8ne fait aussi le choix de substituer \u00e0 certains passages textuels des performances physiques (pantomime) ou de la musique, ce qui n\u2019atteint en rien l\u2019intelligibilit\u00e9 des actions ; et cela est \u2013 visiblement \u2013 tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9 par le public qui \u2013 pour la grande majorit\u00e9 \u2013 conna\u00eet d\u00e9j\u00e0 la fable et peut ainsi se d\u00e9lecter de ces variations. S\u2019il y a bien un \u00e9l\u00e9ment qui contribue aussi \u00e0 cr\u00e9er l\u2019effet \u00abpasse-muraille\u00bb de la fiction, c\u2019est bien la musique, notamment celle qui semble, lorsque le volume est bas, \u00eatre diffus\u00e9e depuis la radio du van&nbsp;: puis se diffuser en volume moyen lorsqu\u2019un personnage ouvre la vitre de la voiture, elle sort de l\u2019habitacle du v\u00e9hicule et se propage sur sc\u00e8ne, puis au-del\u00e0, en volume fort, dans l\u2019univers non-fictionnel en venant int\u00e9grer des m\u00e9lodies contemporaines en anglais \u2013 comme une chanson de&nbsp;<em>Grandmaster Flash<\/em>&nbsp;\u2013 \u00e0 la com\u00e9die shakespearienne.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec&nbsp;<em>Je suis invisible&nbsp;!&nbsp;<\/em>Dan Jemmett livre une mise en sc\u00e8ne qui a tout pour plaire en injectant \u00e0 la source son propre univers fantaisiste, et en faisant \u00e9merger du texte de l\u2019invisible Shakespeare un fourmillement color\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>6 avril 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/ivan-garcia\/\">Ivan Garcia<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/theatredecarouge.ch\/saison\/piece\/je-suis-invisible-dapres-le-songe-dune-nuit-dete\/59\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u2019apr\u00e8s\u00a0Le Songe d\u2019une nuit d\u2019\u00e9t\u00e9 de William Shakespeare \/ Mise en sc\u00e8ne de Dan Jemmett \/ Th\u00e9\u00e2tre de Carouge \/ du 26 mars au 14 avril 2019 \/ Critiques par Lucas Lauth et Ivan Garcia. <\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":13316,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,7],"tags":[176,220],"class_list":["post-13315","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-de-carouge","tag-ivan-garcia","tag-lucas-lauth"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13315","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13315"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13315\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20544,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13315\/revisions\/20544"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/13316"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13315"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13315"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13315"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}