{"id":13280,"date":"2019-03-22T21:21:52","date_gmt":"2019-03-22T20:21:52","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=13280"},"modified":"2025-02-09T17:26:39","modified_gmt":"2025-02-09T16:26:39","slug":"le-cabaret-des-realites","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/03\/le-cabaret-des-realites\/","title":{"rendered":"Le Cabaret des r\u00e9alit\u00e9s"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le Cabaret des r\u00e9alit\u00e9s<\/h2>\n\n\n<p>D\u2019apr\u00e8s l\u2019\u0153uvre d\u2019Alejandro Jodorowsky \/ Texte et mise en sc\u00e8ne de Sandra Gaudin \/ Th\u00e9\u00e2tre du Reflet \/ 14 mars 2019 \/ Critiques par Sarah Juilland et Jade Lambelet.<\/p>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Au palais des glaces<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>14 mars 2019\u00a0<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/sarah-juilland\/\">Sarah Juilland<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/03\/LeCabaretDesRealites_Gaudin_\u00a9Samuel_Rubio-15-HR-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13277\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/03\/LeCabaretDesRealites_Gaudin_\u00a9Samuel_Rubio-15-HR-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/03\/LeCabaretDesRealites_Gaudin_\u00a9Samuel_Rubio-15-HR-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/03\/LeCabaretDesRealites_Gaudin_\u00a9Samuel_Rubio-15-HR-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/03\/LeCabaretDesRealites_Gaudin_\u00a9Samuel_Rubio-15-HR-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/03\/LeCabaretDesRealites_Gaudin_\u00a9Samuel_Rubio-15-HR-624x416.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/03\/LeCabaretDesRealites_Gaudin_\u00a9Samuel_Rubio-15-HR.jpg 1800w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Samuel Rubio<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>\u00ab\u00a0Pourquoi les pieds touchent-ils terre<br>Quand ils peuvent faire autrement\u00a0\u00bb<br><\/em>(<em>Louis Aragon<\/em>,\u00a0<em>Chagall XI<\/em>)<\/p>\n\n\n\n<p><em>M\u00ealant univers forain, circassien et&nbsp;<\/em>freak show<em>&nbsp;dans une atmosph\u00e8re burlesque et magique,&nbsp;<\/em>Le Cabaret des r\u00e9alit\u00e9s<em>&nbsp;propose un num\u00e9ro d\u2019effeuillage du rapport complexe qui se noue entre r\u00e9alit\u00e9 et illusion. S\u2019inspirant de l\u2019esprit \u00e9clectique, fantaisiste et mutin d\u2019Alejandro Jodorowsky, la cr\u00e9ation de Sandra Gaudin fait valser les certitudes en pr\u00e9f\u00e9rant l\u2019onirisme au pragmatisme&nbsp;: \u00ab&nbsp;Si tout est illusion, il faut voir les illusions les plus belles&nbsp;\u00bb (Alejandro Jodorowsky). \u00c0 la fa\u00e7on d\u2019un palais des glaces, la pi\u00e8ce d\u00e9forme les perceptions, brouille les rep\u00e8res et met en cause \u00ab&nbsp;La R\u00e9alit\u00e9&nbsp;\u00bb en insistant sur la pluralit\u00e9 de ses formes.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Brisant la d\u00e9limitation traditionnelle entre la sc\u00e8ne et le public, une voix s\u2019\u00e9l\u00e8ve p\u00e9niblement du tumulte des spectateurs, chahutant la convention tacite selon laquelle l\u2019extinction des lumi\u00e8res marquerait le d\u00e9but de la repr\u00e9sentation. Victor Poltier, jeune com\u00e9dien \u00e0 la recherche d\u2019un premier r\u00f4le, \u00e9tablit un pont entre l\u2019assembl\u00e9e des spectateurs et les personnages de la pi\u00e8ce qui se joue. Invit\u00e9 \u00e0 monter sur les planches par un myst\u00e9rieux personnage affubl\u00e9 d\u2019un masque \u00e0 l\u2019effigie de Jodorowsky, il est rapidement projet\u00e9 dans l\u2019effervescence kitch et bariol\u00e9e d\u2019un cabaret.<\/p>\n\n\n\n<p>De part et d\u2019autre du plateau, sur un fond sonore psych\u00e9d\u00e9lique, entour\u00e9s de fum\u00e9es artificielles et de lumi\u00e8res color\u00e9es et stroboscopiques, surgissent des personnages masqu\u00e9s aux costumes extravagants. Perruques, maquillage, robes de tulle ou de velours, strass et paillettes donnent le ton et installent l\u2019ambiance d\u00e9lirante et festive de la pi\u00e8ce. Au fond de la sc\u00e8ne, un rideau de cha\u00eenes \u2013 sur lequel sont projet\u00e9es images et vid\u00e9os \u2013 permet aux personnages d\u2019appara\u00eetre et de dispara\u00eetre. Liant le sol au plafond, des cordages \u00e9voquent le monde du cirque mais peut-\u00eatre aussi la relation entre terre et ciel, rationalisme et id\u00e9alisme. Le spectacle forme un dr\u00f4le d\u2019assemblage, m\u00e9langeant projection d\u2019images, tours de magie, danses, chants, musique, humour et po\u00e9sie. Les personnages, h\u00e9t\u00e9roclites quoiqu\u2019alli\u00e9s dans leur folie, poss\u00e8dent de fa\u00e7on plus ou moins prononc\u00e9e leur propre perception du monde et apportent un \u00e9clairage particulier sur la question de la r\u00e9alit\u00e9. Se c\u00f4toient en effet un hermaphrodite h\u00e9mipl\u00e9gique, une strip-teaseuse complotiste, une papesse libidineuse, deux naines blanches \u00e0 l\u2019apparence de poup\u00e9es, un homme en robe de chambre dont le c\u0153ur hypertrophique s\u2019\u00e9chappe de la poitrine \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un coucou suisse, un \u00eatre anonyme recouvert d\u2019une combinaison noire et moulante ne laissant \u00e9chapper que le visage, et une sorte de \u00ab&nbsp;fakir&nbsp;\u00bb allophone et torse nu. L\u2019absence de coh\u00e9rence entre ces personnages, qui sous-tend le projet artistique, vise \u00e0 concentrer sur sc\u00e8ne un maximum de diff\u00e9rences. Cela cr\u00e9e par moments un m\u00e9lange maladroit et r\u00e9ducteur, mettant sur le m\u00eame plan diversit\u00e9 culturelle, sociale et de genre. Malgr\u00e9 ces confusions, les personnages incarnent, par leur h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9, une id\u00e9e inh\u00e9rente au spectacle&nbsp;: il existe autant de r\u00e9alit\u00e9s \u00e0 observer que de paires d\u2019yeux pour les voir.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019instar d\u2019un miroir qui renvoie in\u00e9vitablement une image fauss\u00e9e de ce que l\u2019on est,&nbsp;<em>Le Cabaret des r\u00e9alit\u00e9s<\/em>&nbsp;vise \u00e0 \u00e9branler les convictions, \u00e0 mettre en exergue les apories et les contradiction incessantes de ce que l\u2019on a appel\u00e9 \u00ab&nbsp;r\u00e9alit\u00e9&nbsp;\u00bb \u00e0 travers l\u2019histoire, et \u00e0 sugg\u00e9rer \u2013 \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019un Socrate \u2013 que l\u2019on ne sait rien. Dans leurs num\u00e9ros, les personnages exposent des r\u00e9flexions et renvoient des images aux spectateurs, leur permettant d\u2019interroger la r\u00e9alit\u00e9 et d\u2019en examiner les diff\u00e9rentes facettes. Encadrant les num\u00e9ros, un portique en bois agr\u00e9ment\u00e9 de cordes et de n\u00e9ons porte une \u00e9nigmatique inscription&nbsp;: 99,99999999999. Il s\u2019agit d\u2019un pourcentage, cens\u00e9 rappeler la vacuit\u00e9 du concept de r\u00e9alit\u00e9&nbsp;: les atomes dont nous sommes compos\u00e9s sont presque enti\u00e8rement constitu\u00e9s de vide. La mise en cause obsessionnelle de la r\u00e9alit\u00e9 et l\u2019univers surr\u00e9aliste du cabaret d\u00e9clenchent des vagues de rires dans le public. Quelle est la nature de ce rire&nbsp;? Il semble principalement d\u00e9couler de la cocasserie des situations et, par moments, para\u00eet aussi relever d\u2019une certaine incompr\u00e9hension ou d\u2019un d\u00e9calage entre les spectateurs, relativement aux r\u00e9alit\u00e9s de chacun.<\/p>\n\n\n\n<p>Le mart\u00e8lement constant de la question \u00ab&nbsp;qu\u2019est-ce que la r\u00e9alit\u00e9&nbsp;\u00bb peut sembler fastidieux \u00e0 certains moments du spectacle, mais est contrebalanc\u00e9 par des passages d\u2019une grande force po\u00e9tique, comme par exemple le monologue de Tristan et son \u00ab&nbsp;<em>coraz\u00f3n&nbsp;<\/em>\u00bb lumineux, la danse de la goutte d\u2019eau ou les incursions de l\u2019homme anonyme sur le devant de la sc\u00e8ne. Paradoxalement, c\u2019est peut-\u00eatre ce personnage&nbsp;<em>a priori<\/em>&nbsp;tr\u00e8s simple et d\u00e9pouill\u00e9 qui marque le plus les esprits, suscitant le rire par la reprise comique et r\u00e9p\u00e9titive de l\u2019expression topique du conte \u00ab&nbsp;il \u00e9tait une fois&nbsp;\u00bb, qu\u2019il tourne en d\u00e9rision&nbsp;: \u00ab&nbsp;S\u2019il \u00e9tait une fois, ce n\u2019est plus. C\u2019est bien triste \u00bb. Perdu au milieu des personnages fantasques et loufoques, cet homme \u00ab&nbsp;invisible dans le visible et visible dans l\u2019invisible&nbsp;\u00bb (expression extraite du spectacle) rappelle la puissance de la simplicit\u00e9 et apporte une touche de profondeur \u00e0 la frivolit\u00e9 du cabaret.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>14 mars 2019&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/sarah-juilland\/\">Sarah Juilland<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">\u201cLes oiseaux n\u00e9s en cage pensent que voler est une maladie.\u201d<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>14 mars 2019&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/jade-lambelet\/\">Jade Lambelet<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/03\/LeCabaretDesRealites_Gaudin_\u00a9Samuel_Rubio-65-HR-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13304\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/03\/LeCabaretDesRealites_Gaudin_\u00a9Samuel_Rubio-65-HR-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/03\/LeCabaretDesRealites_Gaudin_\u00a9Samuel_Rubio-65-HR-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/03\/LeCabaretDesRealites_Gaudin_\u00a9Samuel_Rubio-65-HR-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/03\/LeCabaretDesRealites_Gaudin_\u00a9Samuel_Rubio-65-HR-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/03\/LeCabaretDesRealites_Gaudin_\u00a9Samuel_Rubio-65-HR-624x416.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/03\/LeCabaretDesRealites_Gaudin_\u00a9Samuel_Rubio-65-HR.jpg 1800w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Samuel Rubio<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Ne nous prenons pas trop au s\u00e9rieux car nous ne savons rien. Voil\u00e0 l\u2019imp\u00e9ratif qui s\u2019impose \u00e0 qui voudra s\u2019aventurer dans&nbsp;<\/em>Le Cabaret des r\u00e9alit\u00e9s<em>. Dans cette derni\u00e8re cr\u00e9ation inspir\u00e9e de l\u2019\u0153uvre du cin\u00e9aste Alejandro Jodorowsky, Sandra Gaudin d\u00e9ploie un univers rocambolesque qui explore les potentiels de la sc\u00e8ne&nbsp;dans les num\u00e9ros successifs de dix com\u00e9diens. Chaque sayn\u00e8te fonctionne comme un prisme au travers duquel la r\u00e9alit\u00e9 est per\u00e7ue, questionn\u00e9e et d\u00e9mystifi\u00e9e. Si le burlesque et l\u2019extravagance piqu\u00e9e des performances pr\u00eatent \u00e0 rire, les personnages cachent des sentiments plus sensibles, faits de doutes, de peurs et d\u2019espoir. En se calquant sur les pratiques \u00ab&nbsp;psychomagiques&nbsp;\u00bb d\u00e9velopp\u00e9es par Jodorowksy,&nbsp;<\/em>Le Cabaret des r\u00e9alit\u00e9s<em>&nbsp;a pour volont\u00e9 de faire du th\u00e9\u00e2tre le lieu d\u2019un exercice th\u00e9rapeutique qui vise \u00e0 ouvrir le monde (et s\u2019y ouvrir) sans lui faire de mal.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;<\/em>\u00c0 l\u2019origine de ce projet se trouvent trois impulsions majeures. La premi\u00e8re tient dans la volont\u00e9 de se pencher tout particuli\u00e8rement sur le statut, le regard et le pouvoir du spectateur, accueilli par les com\u00e9diens en v\u00e9ritable \u00ab&nbsp;h\u00e9ros&nbsp;\u00bb capable de devenir lui-m\u00eame \u00ab&nbsp;co-cr\u00e9ateur&nbsp;\u00bb du spectacle en ce qu\u2019il en cr\u00e9e sa propre version \u00e0 partir de ses perceptions. Le seconde se traduit par des postulats de l\u2019ordre de la m\u00e9taphysique accompagn\u00e9s de recherches men\u00e9es en physique quantique sur les notions d\u2019illusion et de r\u00e9alit\u00e9. Dans son projet, la metteure en sc\u00e8ne a l\u2019intention de bousculer notre entendement, de transgresser et de d\u00e9jouer notre confiance simple en notre seule perception afin de nous faire saisir que ce en quoi nous croyons et avons toujours cru n\u2019est qu\u2019un infime fragment de ce qui&nbsp;<em>est<\/em>&nbsp;r\u00e9ellement. Finalement, le ton du spectacle se veut repris \u00e0 la magie et au g\u00e9nie de Jodorowsky en qui Sandra Gaudin affirme trouver la sagesse n\u00e9cessaire pour amener sur sc\u00e8ne des th\u00e9matiques qu\u2019elle juge taboues, voire redout\u00e9es par le th\u00e9\u00e2tre (spiritualit\u00e9, mysticisme, \u00e9sot\u00e9risme\u2026).<\/p>\n\n\n\n<p>Anim\u00e9e par le d\u00e9sir d\u2019aider son public \u00e0 d\u00e9ployer au centuple sa connaissance du monde et de la r\u00e9alit\u00e9, la metteure en sc\u00e8ne s\u2019associe \u00e0 l\u2019artiste plasticienne Sandrine Pelletier et au r\u00e9alisateur Francesco Cesalli pour sa sc\u00e9nographie. Sur l\u2019arri\u00e8re-sc\u00e8ne, un rideau de fines cordes blanches \u2013 faisant \u00e0 plusieurs reprises office de toile de projection \u2013 est r\u00e9guli\u00e8rement travers\u00e9 par les com\u00e9diens et permet d\u2019\u00e9voquer la porosit\u00e9 et la fluidit\u00e9 de cet univers sans permanence (car toujours d\u00e9multipli\u00e9 et red\u00e9fini par les individus qui le composent). La sc\u00e8ne m\u00eame devient l\u2019objet d\u2019une satire&nbsp;: r\u00e9pliqu\u00e9e dans une avant-sc\u00e8ne tapie de rouge sur laquelle se dresse un portique en bois qui encadre chaque num\u00e9ro de saltimbanque, de chant ou de danse. Cette mise en abyme vient souligner le caract\u00e8re infinit\u00e9simal et artificiel de ces moments de spectacle face \u00e0 l\u2019\u00e9tendue insaisissable de la r\u00e9alit\u00e9. L\u2019esth\u00e9tique de l\u2019illusion dont se revendique le spectacle manque parfois de coh\u00e9rence. Si les mati\u00e8res composites des d\u00e9cors stimulent et attisent sens et perceptions (fum\u00e9e, miroirs, projections) l\u2019ensemble de la sc\u00e9nographie peine parfois \u00e0 trouver son \u00e9quilibre dans ces m\u00e9langes fantasques. S\u2019agit-il l\u00e0 d\u2019un kitsch assum\u00e9 ? Malgr\u00e9 ces quelques lourdeurs dans les d\u00e9cors, les costumes qui caract\u00e9risent des personnages issus de temporalit\u00e9s et d\u2019\u00e9poques multiples sont travaill\u00e9s avec soin et manifestent habilement l\u2019univers po\u00e9tique et explosif du cin\u00e9aste. La formule du cabaret autorise l\u2019imp\u00e9tuosit\u00e9, les contrastes et les discordances, rouages d\u2019une mani\u00e8re de man\u00e8ge infernal dont le but serait de transporter le spectateur d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 une autre. Comme dans un film de Jodorowsky, on risque quelquefois de se sentir d\u00e9boussol\u00e9 ou submerg\u00e9 par une telle intensit\u00e9 et une telle charge symbolique. N\u00e9anmoins, cela semble participer d\u2019une volont\u00e9 de faire vivre au spectateur une exp\u00e9rience totale (de sensations, de magie) et de rappeler le caract\u00e8re illusoire et fictif (en l\u2019exhibant) de la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Explicitement caricatural (nous sommes au cabaret&nbsp;!), le casting h\u00e9t\u00e9roclite des personnages s\u2019adresse \u00e0 toutes les sensibilit\u00e9s&nbsp;: des r\u00e9flexions de genre aux th\u00e9ories du complot en passant par la passion (charnelle et amoureuse) et le mysticisme. On regrette cependant que tous ne soient pas trait\u00e9s avec la m\u00eame profondeur dans les r\u00e9flexions qu\u2019ils proposent et dans le temps qui leur est imparti. Si un net avantage est accord\u00e9 \u00e0 une poign\u00e9e d\u2019entre eux (Victor, Fake et La Maya), d\u2019autres basculent parfois dans l\u2019ombre et au d\u00e9triment des premiers (Blanco, Pablo Martin et les s\u0153urs naines). Le personnage qui se hisse loin de ces disproportions et qui appara\u00eet comme l\u2019apport po\u00e9tique le plus abouti du spectacle est sans conteste l\u2019homme sans nom. La r\u00e9currence et l\u2019implicite de ses r\u00e9pliques (d\u00e9tournements comiques de l\u2019expression d\u00e9signant la fiction par excellence \u00ab&nbsp;Il \u00e9tait une fois&nbsp;\u00bb) traduit avec brio la promesse d\u2019exhiber les m\u00e9canismes de narration, de fable et d\u2019illusion intrins\u00e8ques \u00e0 notre r\u00e9alit\u00e9 humaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour le spectateur du&nbsp;<em>Cabaret des r\u00e9alit\u00e9s<\/em>, il s\u2019agit de piocher parmi les moments qui \u00e9voquent po\u00e9sie, magie et philosophie relativement et au gr\u00e9 de sa propre sensibilit\u00e9. Par sa dimension burlesque et m\u00e9taphysique, le spectacle semble livrer une le\u00e7on l\u00e9g\u00e8re, mais \u00e0 fines lueurs d\u2019espoir&nbsp;: si la vie est un th\u00e9\u00e2tre, apprenons \u00e0 nous amuser sans cesse, \u00e0 jouir de tous les possibles de la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>14 mars 2019&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/jade-lambelet\/\">Jade Lambelet<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.lereflet.ch\/spectacle\/le-cabaret-des-realites\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u2019apr\u00e8s l\u2019\u0153uvre d\u2019Alejandro Jodorowsky \/ Texte et mise en sc\u00e8ne de Sandra Gaudin \/ Th\u00e9\u00e2tre du Reflet \/ 14 mars 2019 \/ Critiques par Sarah Juilland et Jade Lambelet.<\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":13281,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,145,38],"tags":[202,200],"class_list":["post-13280","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-le-reflet","category-spectacle","tag-jade-lambelet","tag-sarah-juilland"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13280","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13280"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13280\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20546,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13280\/revisions\/20546"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/13281"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13280"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13280"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13280"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}