{"id":13254,"date":"2019-03-16T14:49:23","date_gmt":"2019-03-16T13:49:23","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=13254"},"modified":"2025-02-09T17:27:07","modified_gmt":"2025-02-09T16:27:07","slug":"la-marquise-do","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/03\/la-marquise-do\/","title":{"rendered":"La marquise d&rsquo;O"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La marquise d&rsquo;O<\/h2>\n\n\n<p>Texte de Heinrich von Kleist \/ Mise en sc\u00e8ne de Nathalie Sandoz \/ La Grange de Dorigny \/ du 14 au 17 mars 2019 \/\u00a0 Critiques par Brice Torriani et Maxime Hoffmann.<\/p>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La marquise d&rsquo;O<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>17 mars 2019\u00a0<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/brice-torriani\/\">Brice Torriani<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"677\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/03\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-03-16-a\u0300-14.37.18-1024x677.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-13251\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/03\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-03-16-a\u0300-14.37.18-1024x677.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/03\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-03-16-a\u0300-14.37.18-250x165.png 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/03\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-03-16-a\u0300-14.37.18-300x198.png 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/03\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-03-16-a\u0300-14.37.18-768x508.png 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/03\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-03-16-a\u0300-14.37.18-624x413.png 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/03\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-03-16-a\u0300-14.37.18.png 1660w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Benjamin Visinand<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Apr\u00e8s s\u2019\u00eatre produite au Th\u00e9\u00e2tre Populaire Romand \u2013 coproducteur du spectacle \u2013 La Cie de Facto porte \u00e0 la sc\u00e8ne l\u2019un des plus grands succ\u00e8s d\u2019Heinrich von Kleist dans l\u2019envo\u00fbtante salle de Dorigny. Dans l\u2019exercice p\u00e9rilleux de traduire l\u2019univers de l\u2019un des plus fascinants dramaturges du romantisme allemand, Nathalie Sandoz maintient avec habilet\u00e9 un cap qui en aurait fait chavirer plus d\u2019un&nbsp;: celui de faire naviguer la pi\u00e8ce entre trag\u00e9die et com\u00e9die, tout en \u00e9vitant les \u00e9cueils du path\u00e9tique et du grotesque. Une ma\u00eetrise de l\u2019ambivalence, une danse \u00e9lastique o\u00f9 l\u2019horreur et le d\u00e9sespoir se diluent dans un humour subtil et une virevoltante sensualit\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Un capharna\u00fcm de m\u00e9tal&nbsp;; de solides blocs \u00e9rig\u00e9s \u00e7a et l\u00e0 sur sc\u00e8ne, massifs&nbsp;; et des corps sans vie qui s\u2019\u00e9veillent en soubresauts. La sc\u00e8ne introductive donne le tournis. On ne sait o\u00f9 diriger le regard. Des projections de textes masquent les com\u00e9diens qui se d\u00e9battent pour exister dans ce d\u00e9cor oppressant. Dans une p\u00e9nombre gla\u00e7ante, ils semblent fondre, flasques et p\u00e9trifi\u00e9s comme dans un tableau de D\u00fcrrenmatt. L\u2019ambiance est \u00e9pileptique. En un \u00e9clair, le spectacle retourne nos esprits en nous livrant les cl\u00e9s de l\u2019intrigue par une chor\u00e9graphie explosive. Le reste ne sera que r\u00e9solution. Une magistrale et angoissante r\u00e9solution.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019histoire gravite autour de Giulietta, femme de caract\u00e8re, prisonni\u00e8re des conventions, de la biens\u00e9ance, perdue dans un myst\u00e8re insoluble. Une g\u00e9ante d\u2019argile au milieu de poup\u00e9es de cire. Elle s\u2019\u00e9mancipe, se renforce, se lib\u00e8re, du moins en apparence. Kleist d\u00e9peint un&nbsp;<em>Bildungsroman<\/em>&nbsp;qui se d\u00e9gonfle. Si l\u2019on croit en premier lieu \u00e0 l\u2019\u00e9mancipation de l\u2019h\u00e9ro\u00efne, force est de constater que ce n\u2019est qu\u2019une impression de fa\u00e7ade. Le dit s\u2019oppose au montr\u00e9. La r\u00e9v\u00e9lation finale, bien qu\u2019horrifique s\u2019\u00e9nonce avec le sourire, un sourire p\u00e9trifi\u00e9 qui change la photo de mariage de la marquise, en une fresque d\u00e9chir\u00e9e par des probl\u00e8mes qui sont tus. La virtuosit\u00e9 du travail pr\u00e9sent\u00e9 r\u00e9side dans la construction de cet \u00e9cran de fum\u00e9e, dans la cynique ambivalence entre le ton, l\u00e9ger et positiviste, et une intrigue de fond grave et lugubre.<\/p>\n\n\n\n<p><em>La marquise d\u2019O<\/em>&nbsp;est une trag\u00e9die dont on rit, sans se moquer. On se laisse prendre \u00e0 l\u2019apparente l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 des personnages, dont les com\u00e9diens d\u00e9voilent la fa\u00e7ade et l\u2019envers. Ils attendrissent dans la piti\u00e9, se montrent ridicules dans le tragique. Tout comme dans&nbsp;<em>la Famille Schroffenstein<\/em>, autre \u0153uvre de Kleist pr\u00e9sent\u00e9e r\u00e9cemment sur les sc\u00e8nes romandes, la trag\u00e9die tourne \u00e0 la farce. Et si grotesques que soient les m\u00e9canismes utilis\u00e9s \u2013 grimaces clownesques, poursuites insens\u00e9es, portes qui claquent \u2013 la subtilit\u00e9 de leur incorporation dans la pi\u00e8ce les rend plus qu\u2019efficaces&nbsp;: ils provoquent dans la salle un rire g\u00e9n\u00e9reux, bien que dans un second temps embarrass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Car si le comique occulte l\u2019horreur que nous d\u00e9voile le texte, celle-ci demeure bien pr\u00e9sente. L\u2019abandon, le viol, l\u2019inceste, tout est dit, tout est jou\u00e9, tout est dans\u00e9. Seuls les personnages semblent aveugles face aux r\u00e9ponses qu\u2019ils recherchent d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment. Ils \u00e9voluent dans une temp\u00eate int\u00e9rieure, mise en relief par la bande sonore en un souffle humain, oppressant. Elle est une respiration musel\u00e9e par la paralysie, le doute et la peur. Mais \u00e0 la mani\u00e8re de l\u2019auteur qui refuse de sombrer dans une trag\u00e9die pesante, la pi\u00e8ce navigue entre gravit\u00e9 des faits et tentative de r\u00e9solution. Et cet \u00e9quilibre instable et vertigineux est orchestr\u00e9 par la danse.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, la danse est peut-\u00eatre l\u2019art le plus \u00e0 l\u2019honneur dans cette pi\u00e8ce. Magnifiquement chor\u00e9graphi\u00e9 par Florian Bilbao, le couple Paula Alonso G\u00f3mez et Paul Girard, tant\u00f4t dans le r\u00f4le d\u2019enfants, de domestiques ou de narrateurs fant\u00f4mes, apporte une touche de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, de sensualit\u00e9, de passion, d\u2019humour et d\u2019innocence \u00e0 ce pessimiste tableau. Les danseurs glissent dans une suavit\u00e9 d\u00e9concertante entre les d\u00e9cors, s\u2019y cachent, s\u2019y fondent. On ne peut leur reprocher que d\u2019\u00e9clipser la pi\u00e8ce en distrayant \u00e0 peine plus que n\u00e9cessaire le public enthousiasm\u00e9 par leur \u00e9nergie et leur gr\u00e2ce. Ils illustrent cette esth\u00e9tique ambivalente que d\u00e9voilent le texte et le jeu, tant\u00f4t ridicule et path\u00e9tique, tant\u00f4t po\u00e9tique et enfantine.<\/p>\n\n\n\n<p><em>La marquise d\u2019O<\/em>&nbsp;est une prouesse d\u2019agilit\u00e9 entre trag\u00e9die et com\u00e9die. La pi\u00e8ce funambule arpente le fil \u00e9lastique qui s\u00e9pare le s\u00e9rieux du grotesque, penchant tant\u00f4t d\u2019un c\u00f4t\u00e9 tant\u00f4t de l\u2019autre sans jamais perdre pied. Elle est une suite de lumineux tableaux de la tristesse et du d\u00e9sespoir, dont on ressort avec un sourire b\u00e9at, qui s\u2019estompe en se rem\u00e9morant l\u2019intrigue. Et l\u2019on se sent alors habilement bern\u00e9 par la po\u00e9sie d\u00e9sesp\u00e9rante du texte, son interpr\u00e9tation millim\u00e9tr\u00e9e, sa mise en sc\u00e8ne fluide et sa chor\u00e9graphie enchanteresse.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>17 mars 2019&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/brice-torriani\/\">Brice Torriani<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Un crime impardonnable<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>17 mars 2019&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/maxime-hoffmann\/\">Maxime Hoffmann<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1018\" height=\"758\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/03\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-03-27-a\u0300-16.42.12.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-13299\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/03\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-03-27-a\u0300-16.42.12.png 1018w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/03\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-03-27-a\u0300-16.42.12-228x170.png 228w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/03\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-03-27-a\u0300-16.42.12-269x200.png 269w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/03\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-03-27-a\u0300-16.42.12-768x572.png 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/03\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-03-27-a\u0300-16.42.12-624x465.png 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 1018px) 100vw, 1018px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Benjamin Visinand<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>La Marquise d\u2019O\u2026<em>&nbsp;est l\u2019histoire d\u2019une jeune bourgeoise violent\u00e9e durant la guerre et qui, pour sauver son honneur apr\u00e8s avoir appris qu\u2019elle \u00e9tait enceinte, souhaite retrouver son agresseur pour lui offrir sa main. Nathalie Sandoz adapte pour la sc\u00e8ne la nouvelle de Heinrich von Kleist sur un ton comique entach\u00e9 de tragique. Le choix de ne pas prendre parti sur le message contestable que v\u00e9hicule la nouvelle laisse songeur.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Des flashs rythm\u00e9s par une musique \u00e9nergique et dissonante d\u00e9voilent, dans la p\u00e9nombre, sept com\u00e9diens qui rampent sur le sol. Leurs mouvements tortur\u00e9s, parfois m\u00eame d\u00e9sarticul\u00e9s, produisent une danse qui incarne les souffrances des temps belliqueux. Le calme r\u00e9instaur\u00e9 laisse appara\u00eetre le tableau d\u2019une famille d\u00e9truite. Le d\u00e9cor est ravag\u00e9 par les affres de la guerre. Les sept com\u00e9diens sont dispers\u00e9s sur la sc\u00e8ne, effondr\u00e9s sur des \u00e9l\u00e9ments de d\u00e9cor ou sur le sol,&nbsp;comme sur un champ de bataille tapiss\u00e9 de charognes. Un passage de la nouvelle de Kleist est projet\u00e9 sur une palissade. Apr\u00e8s un temps, ils entreprennent de r\u00e9tablir l\u2019ordre du foyer. Ils se l\u00e8vent et rangent en donnant l\u2019impression que rien ne s\u2019est pass\u00e9. Parmi les objets du d\u00e9cor se trouve un tableau br\u00fbl\u00e9 et d\u00e9chir\u00e9. Certains personnages refusent de le consid\u00e9rer comme tel et pr\u00e9tendent qu\u2019ils lui trouveront une utilit\u00e9. Leur famille est \u00e0 l\u2019image de ce tableau&nbsp;: br\u00fbl\u00e9e et d\u00e9chir\u00e9e, mais ils ne daignent pas s\u2019en rendre compte.<\/p>\n\n\n\n<p>La mise en sc\u00e8ne choisit de suivre la nouvelle de Kleist en projetant l\u2019<em>incipit<\/em>&nbsp;du texte. Celui-ci r\u00e9sume l\u2019intrigue, qui&nbsp;<em>a priori<\/em>&nbsp;devrait se d\u00e9voiler d\u2019elle-m\u00eame au long de la pi\u00e8ce. La Marquise d\u2019O\u2026 attend un heureux \u00e9v\u00e9nement, sans pour autant le savoir. Une fois que le m\u00e9decin lui annonce que \u00ab&nbsp;la nature est en marche&nbsp;\u00bb, elle s\u2019\u00e9tonne, elle n\u2019a aucun souvenir du rapport. Elle d\u00e9cide alors de rechercher le p\u00e8re de son enfant en publiant une annonce dans les journaux. Lorsque le Comte F\u2026 se pr\u00e9sente pour demander la main de la Marquise, une culpabilit\u00e9 transpara\u00eet dans son empressement, il \u00e9veille des soup\u00e7ons chez le spectateur qui entrevoie en lui le p\u00e8re venu corriger son erreur. Ainsi commence la relation entre la Marquise et le Comte. Fille d\u2019un patriarche riche et respect\u00e9, elle est un parangon de vertu, et elle semble incapable de transgresser les r\u00e8gles de biens\u00e9ance que lui imposent son rang et la r\u00e9putation de sa famille. Elle ignore que le Comte est celui qui a abus\u00e9 d\u2019elle. Les gestes de la com\u00e9dienne trahissent les \u00e9motions du personnage, la Marquise tombe amoureuse de lui, sans pour autant c\u00e9der \u00e0 ses passions. Lui ne d\u00e9voile rien, il joue de son charme, de sa notori\u00e9t\u00e9 et de son argent, mais demeure emprunt\u00e9 devant elle \u00e0 chacune de ses paroles. La mine basse comme un enfant effray\u00e9 par l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00eatre grond\u00e9, il lorgne cette femme lorsqu\u2019elle ne le regarde pas.<\/p>\n\n\n\n<p>La mise en sc\u00e8ne r\u00e9ussit \u00e0 monter l\u2019amour inavou\u00e9 qui s\u2019est si rapidement tiss\u00e9 entre les deux personnages. Ils se parlent peu, mais des corps parlent pour eux, deux autres com\u00e9diens se mettent \u00e0 danser et symbolisent par leur gestuel des \u00e9bats amoureux. La mise en sc\u00e8ne chor\u00e9graphique explore une part des relations humaines, en montrant ce que souvent le texte ne dit pas. La danse porte le signifi\u00e9 que les mots ne communiquent pas. Elle ajoute un r\u00e9el signifiant \u00e0 la pi\u00e8ce. Elle marque des pauses dans le d\u00e9roulement de l\u2019histoire&nbsp;: une sc\u00e8ne de lettre \u00e0 transmettre prend la forme d\u2019une danse souple perform\u00e9e par les deux com\u00e9diens-danseurs. L\u2019univers bourgeois dans lequel progresse la famille n\u2019est pas le lieu des paroles l\u00e9g\u00e8res, toutes sont soupes\u00e9es avant d\u2019\u00eatre prof\u00e9r\u00e9es. Les conversations ponctu\u00e9es de \u00ab&nbsp;vous&nbsp;\u00bb polis et la froideur qui s\u00e9pare les membres de la famille, malgr\u00e9 la situation difficile dans laquelle ils vivent, t\u00e9moignent de la rigueur en vigueur chez les familles du XIX<sup>e&nbsp;<\/sup>si\u00e8cle. &nbsp;Alors que la nouvelle de Kleist organisait des moments de coh\u00e9sion \u00e0 table autour d\u2019un repas, la mise en sc\u00e8ne remplace ces instants par une danse rigide et plus expressive&nbsp;: ils marchent au pas et dessinent un carr\u00e9 sur les planches, d\u00e9non\u00e7ant ainsi leur droiture maniaque. Le d\u00e9cor massif et mobile accompagne l\u2019\u00e9tat psychologique de la famille. D\u2019abord sens dessus dessous, il se r\u00e9organise petit \u00e0 petit au long du spectacle. C\u2019est souvent le personnage de La Marquise qui d\u00e9place elle-m\u00eame le d\u00e9cor. Forte et convaincue, elle est la seule \u00e0 redresser le tort qui lui a \u00e9t\u00e9 fait.<\/p>\n\n\n\n<p>Chaque \u00e9motion ressentie, chaque rire vol\u00e9 durant la pi\u00e8ce sont entach\u00e9s par le crime : le viol qui est ce sur quoi repose toute l\u2019intrigue. La symbolique v\u00e9hicul\u00e9e par la nouvelle de Kleist, et par cons\u00e9quent l\u2019adaptation de Nathalie Sandoz qui ne s\u2019en \u00e9loigne pas, d\u00e9range : cette r\u00e9solution heureuse sous-estime l\u2019importance du viol. La fin baign\u00e9e dans la joie et la bonne humeur parach\u00e8ve les sentiments contradictoires : la danse macabre, jou\u00e9e mineure, color\u00e9e de tragique, se r\u00e9sout par un artificiel accord majeur, feignant le comique, le final sonne faux. La Marquise d\u2019O\u2026, qui a entre temps appris qui \u00e9tait le p\u00e8re, \u00e9pouse le Comte. Apr\u00e8s un an, elle accepte de lui accorder son amour. La faute du Comte n\u2019en serait donc plus une, il a rachet\u00e9 son \u00e9cart. Certes, quelque chose \u00e0 bien d\u00fb le pousser \u00e0 s\u2019abaisser jusqu\u2019\u00e0 agir de la sorte : tout chez lui montre un homme droit, soucieux de corriger son unique erreur. La mise en sc\u00e8ne laisse entrevoir l\u2019ambivalence de ce sombre personnage qui brille de son caract\u00e8re oxymorique. En contradiction avec lui-m\u00eame, il se trahit par instants, notamment \u00e0 la fin quand retentit une musique ali\u00e9nante : le regard d\u2019Attilio Sandro Palese t\u00e9moigne d\u2019une part obscure \u00e9touff\u00e9e en lui. Mais le choix d\u2019adapter la nouvelle de Kleist sans mettre en cause la morale du pardon face au viol questionne.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>17 mars 2019&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/maxime-hoffmann\/\">Maxime Hoffmann<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/grangededorigny\/evenement\/la-marquise-do\/?instance_id=165\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte de Heinrich von Kleist \/ Mise en sc\u00e8ne de Nathalie Sandoz \/ La Grange de Dorigny \/ du 14 au 17 mars 2019 \/\u00a0 Critiques par Brice Torriani et Maxime Hoffmann.<\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":13255,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,5,38],"tags":[211,199],"class_list":["post-13254","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-la-grange","category-spectacle","tag-brice-torriani","tag-maxime-hoffmann"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13254","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13254"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13254\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20553,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13254\/revisions\/20553"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/13255"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13254"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13254"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13254"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}