{"id":13131,"date":"2019-01-29T19:06:00","date_gmt":"2019-01-29T18:06:00","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=13131"},"modified":"2025-02-09T17:28:44","modified_gmt":"2025-02-09T16:28:44","slug":"le-royaume","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/01\/le-royaume\/","title":{"rendered":"Le Royaume"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le Royaume<\/h2>\n\n\n<p>D\u2019apr\u00e8s Lars Von Trier \/ Mise en sc\u00e8ne d\u2019Oscar G\u00f3mez Mata \/ Com\u00e9die de Gen\u00e8ve \/ du 22 janvier au 6 f\u00e9vrier 2019 \/\u00a0 Critiques par No\u00e9 Maggetti et Thibault Hugentobler.<\/p>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Au royaume des m\u00e9decins, le th\u00e9\u00e2tre est roi<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>29 janvier 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/noe-maggetti\/\">No\u00e9 Maggetti<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/01\/149181-leroyaume_photos_mathildaolmi_assistante_noavuagniaux_001-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13129\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/01\/149181-leroyaume_photos_mathildaolmi_assistante_noavuagniaux_001-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/01\/149181-leroyaume_photos_mathildaolmi_assistante_noavuagniaux_001-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/01\/149181-leroyaume_photos_mathildaolmi_assistante_noavuagniaux_001-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/01\/149181-leroyaume_photos_mathildaolmi_assistante_noavuagniaux_001-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/01\/149181-leroyaume_photos_mathildaolmi_assistante_noavuagniaux_001-624x416.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/01\/149181-leroyaume_photos_mathildaolmi_assistante_noavuagniaux_001.jpg 1180w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Mathilda Olmi<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Le metteur en sc\u00e8ne&nbsp;<\/em><em>Oscar G\u00f3mez Mata pr\u00e9sente \u00e0 la Com\u00e9die de Gen\u00e8ve deux spectacles inspir\u00e9s de deux \u0153uvres du cin\u00e9aste danois Lars Von Trier&nbsp;;&nbsp;<\/em>Le Royaume<em>, deuxi\u00e8me volet de ce diptyque, est adapt\u00e9 de la s\u00e9rie&nbsp;<\/em>L\u2019H\u00f4pital et ses fant\u00f4mes<em>, diffus\u00e9e entre 1994 et 1997. Dans ce spectacle de plus de trois heures, mettant en sc\u00e8ne une s\u00e9rie d\u2019\u00e9v\u00e9nements paranormaux survenant dans un h\u00f4pital danois, une d\u00e9construction syst\u00e9matique de l\u2019artificialit\u00e9 de la fiction et du spectacle th\u00e9\u00e2tral se mettent au service d\u2019un humour noir qui fait mouche.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le bon fonctionnement du d\u00e9partement de chirurgie de l\u2019H\u00f4pital Royal de Copenhague se trouve compromis lorsqu\u2019une patiente, m\u00e9dium autoproclam\u00e9e, entre en communication avec le fant\u00f4me d\u2019une fillette, morte une centaine d\u2019ann\u00e9es auparavant, qui hante un ascenseur du b\u00e2timent. Le chef de service tyrannique, les internes, les infirmiers et infirmi\u00e8res et les patient.e.s voient ainsi leur quotidien \u2013 rythm\u00e9 par les s\u00e9ances de travail, les op\u00e9rations chirurgicales, mais aussi la s\u00e9duction entre coll\u00e8gues et les r\u00e9unions d\u2019une myst\u00e9rieuse loge ma\u00e7onnique \u2013 perturb\u00e9 par l\u2019irruption d\u2019\u00e9v\u00e9nements surnaturels au sein de leur milieu, fortement li\u00e9 \u00e0 la raison et \u00e0 la rigueur scientifique. L\u2019h\u00f4pital sombre ainsi progressivement dans un v\u00e9ritable chaos, port\u00e9 par le jeu de dix com\u00e9dien.ne.s interagissant avec le public et par une sc\u00e9nographie exhibant volontiers ses effets.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans&nbsp;<em>Le Royaume<\/em>, les m\u00e9decins commettent de graves erreurs et font tout pour les dissimuler, quitte \u00e0 s\u2019introduire dans les archives de l\u2019h\u00f4pital pour y subtiliser un dossier&nbsp;; le chef de service, m\u00e9decin su\u00e9dois imbu de lui-m\u00eame, m\u00e9prise ses employ\u00e9s, ses patients, et les Danois en g\u00e9n\u00e9ral, \u00ab&nbsp;peuple de gauche&nbsp;\u00bb par excellence&nbsp;; un interne, qui a promis \u00e0 la femme qu\u2019il convoite qu\u2019il se d\u00e9capiterait pour elle, lui fait livrer la t\u00eate d\u2019un cadavre qu\u2019il a diss\u00e9qu\u00e9 en cours. Autant d\u2019exemples repr\u00e9sentatifs du ton du spectacle, qui se caract\u00e9rise par un humour particuli\u00e8rement noir, porteur d\u2019une satire grin\u00e7ante d\u2019un milieu m\u00e9dical m\u00e9prisant, ferm\u00e9 d\u2019esprit et pr\u00e9tentieux, dont le comportement se rapproche plus du Grand-Guignol que du s\u00e9rieux scientifique. Le comique du spectacle repose \u00e9galement sur une volont\u00e9 de caricaturer les lieux communs des s\u00e9ries t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es, notamment m\u00e9dicales, tant dans la forme \u2013 transitions musicales, mention \u00ab&nbsp;\u00e0 suivre&nbsp;\u00bb verbalis\u00e9e avant l\u2019entracte \u2013 que dans le contenu, avec des personnages tr\u00e8s typ\u00e9s et des rebondissements parfois invraisemblables.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce diptyque satirique autour de Von Trier marque le retour \u00e0 la narration d\u2019un metteur en sc\u00e8ne dont la d\u00e9marche a souvent consist\u00e9 \u00e0 d\u00e9construire le r\u00e9cit et les codes du th\u00e9\u00e2tre. Dans&nbsp;<em>Le Royaume<\/em>, en effet, plusieurs axes narratifs s\u2019entrem\u00ealent&nbsp;: l\u2019enqu\u00eate autour de l\u2019erreur m\u00e9dicale du chef de service, le myst\u00e8re de la fillette fant\u00f4me qui appara\u00eet dans l\u2019h\u00f4pital, ou encore la relation amoureuse entre un m\u00e9decin et sa coll\u00e8gue qui, depuis qu\u2019elle est enceinte, semble porter en elle une entit\u00e9 mal\u00e9fique. Ces diff\u00e9rents fils structurent le spectacle, et se doublent d\u2019un propos autor\u00e9flexif&nbsp;: en effet, la mise en sc\u00e8ne s\u2019autorise des d\u00e9tours, des digressions, des sayn\u00e8tes qui fonctionnent comme des sketches, ou encore des s\u00e9quences dans\u00e9es&nbsp;sur de la musique \u00e9lectronique actuelle ; autant d\u2019\u00e9l\u00e9ments qui sont le foyer de la d\u00e9construction ch\u00e8re au metteur en sc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette dimension m\u00e9tadiscursive appara\u00eet d\u00e8s l\u2019entr\u00e9e du spectateur dans la salle&nbsp;: les com\u00e9diens, d\u00e9j\u00e0 v\u00eatus de leur costumes \u2013 principalement compos\u00e9s de combinaisons moulantes et d\u2019accessoires plus ou moins extravagants, de la blouse de m\u00e9decin aux surv\u00eatements de sport \u2013 s\u2019\u00e9chauffent sur sc\u00e8ne, se d\u00e9placent dans les rangs tout en discutant avec certains membres du public. Ainsi, d\u2019entr\u00e9e de jeu, le spectacle joue sur une ambivalence entre les com\u00e9diens et leurs personnages&nbsp;; d\u00e8s les premi\u00e8res phrases, cette impression est confirm\u00e9e&nbsp;: les protagonistes \u00e9noncent volontiers des r\u00e9flexions sur le nombre de r\u00e9pliques de \u00ab&nbsp;leur personnage&nbsp;\u00bb dans la pi\u00e8ce, ou sur la potentielle dimension sexiste d\u2019un spectacle \u00ab&nbsp;pens\u00e9 par un homme, pour des hommes&nbsp;\u00bb. De la m\u00eame mani\u00e8re, l\u2019espace de l\u2019h\u00f4pital \u2013 caract\u00e9ris\u00e9 par un d\u00e9cor sobre&nbsp;: un sol dall\u00e9 de blanc, quelques panneaux amovibles, un \u00e9cran en fond \u2013 et celui de la salle sont pr\u00e9sent\u00e9s comme communicants&nbsp;: les com\u00e9diens\/personnages interpellent les spectateurs, attendent leurs r\u00e9actions pour continuer \u00e0 jouer, et int\u00e8grent ais\u00e9ment les commentaires de la salle \u00e0 leurs dialogues. Les com\u00e9diens sont toujours \u00e0 la fois observateurs et acteurs de la sc\u00e8ne qui se joue&nbsp;: un protagoniste qui semble de prime abord n\u2019\u00eatre qu\u2019un t\u00e9moin peut soudain y prendre part, et m\u00eame en devenir le moteur principal. Ces diff\u00e9rentes formes de circulation entre le public et les personnages contribuent \u00e0 amplifier l\u2019impression de chaos qui r\u00e8gne dans ce \u00ab&nbsp;royaume&nbsp;\u00bb d\u00e9jant\u00e9, un chaos organis\u00e9, o\u00f9 tout semble \u00e0 la fois improvis\u00e9 et m\u00e9ticuleusement calcul\u00e9. Le spectacle invite \u00e9galement \u00e0 questionner l\u2019importance des \u00e9changes verbaux au sein du spectacle th\u00e9\u00e2tral&nbsp;: plusieurs actions simultan\u00e9es se d\u00e9roulent sur sc\u00e8ne, et le regard du spectateur n\u2019est pas toujours attir\u00e9 vers les personnages qui parlent&nbsp;; le public doit \u00eatre actif et chercher ses rep\u00e8res pour s\u00e9lectionner ce qu\u2019il souhaite voir.<\/p>\n\n\n\n<p>Le propos autor\u00e9flexif se manifeste \u00e9galement par la volont\u00e9 d\u2019exhiber le dispositif th\u00e9\u00e2tral dans toute son artificialit\u00e9&nbsp;: les coulisses font partie de la sc\u00e8ne, et le public peut assister aux changements de costumes des com\u00e9dien.ne.s ; les d\u00e9cors sont point\u00e9s en tant que tels, parfois raill\u00e9s pour leur mauvaise qualit\u00e9&nbsp;; les effets sp\u00e9ciaux, passant souvent par le biais de projections sur l\u2019\u00e9cran, sont \u00e9galement l\u00e9gion, dans une forme d\u2019exc\u00e8s joyeux d\u2019artifices qui sont point\u00e9s en tant qu\u2019effets et mobilis\u00e9s sans aucune volont\u00e9 de \u00ab&nbsp;r\u00e9alisme&nbsp;\u00bb&nbsp;: une cam\u00e9ra pr\u00e9sente sur sc\u00e8ne filme des images diffus\u00e9es en direct sur l\u2019\u00e9cran, le texte de certaines r\u00e9pliques est projet\u00e9 juste avant que les personnages ne le disent, les fant\u00f4mes de l\u2019h\u00f4pital apparaissent parfois sur la toile, semant la confusion parmi les personnages. Ces \u00e9l\u00e9ments, qui pourraient sembler banals dans le paysage du th\u00e9\u00e2tre contemporain, sont trait\u00e9s avec une d\u00e9sinvolture travaill\u00e9e, qui met \u00e0 distance les clich\u00e9s d\u2019une certaine tendance actuelle \u00e0 consid\u00e9rer la monstration du spectacle en train de se faire comme une fin en soi. Ici, le trop-plein d\u2019effets qui s\u2019entrecroisent, se concurrencent et s\u2019encha\u00eenent \u00e0 un rythme effr\u00e9n\u00e9 semble nourrir une d\u00e9marche parodique vis-\u00e0-vis du th\u00e9\u00e2tre lui-m\u00eame. Cette d\u00e9marche est \u00e0 mettre en regard du mat\u00e9riau duquel Oscar G\u00f3mez Mata s\u2019inspire&nbsp;: en effet, la s\u00e9rie de Von Trier jouait \u00e9galement avec une dimension m\u00e9tadiscursive, en multipliant les marques d\u2019\u00e9nonciation exhibant le m\u00e9dium filmique, comme les images en cam\u00e9ra \u00e0 l\u2019\u00e9paule rappelant en permanence la pr\u00e9sence d\u2019un appareil de prises de vue, les regards-cam\u00e9ra ou l\u2019accumulation de ruptures dans la transparence du montage. Ainsi, le metteur en sc\u00e8ne adapte non seulement l\u2019intrigue de la s\u00e9rie, mais applique aussi cette pratique autor\u00e9flexive au m\u00e9dium th\u00e9\u00e2tral&nbsp;: pendant plus de trois heures, les com\u00e9diens livrent une performance survolt\u00e9e, jouissive, qui invite \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir tant aux failles du syst\u00e8me m\u00e9dical et \u00e0 l\u2019irruption du paranormal dans un cadre du quotidien qu\u2019au spectacle th\u00e9\u00e2tral et \u00e0 ses artifices.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>29 janvier 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/noe-maggetti\/\">No\u00e9 Maggetti<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Freak show<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>29 janvier 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/thibault-hugentobler\/\">Thibault Hugentobler<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/01\/149181-leroyaume_hd_photos_mathildaolmi_assistante_noavuagniaux_26-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13156\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/01\/149181-leroyaume_hd_photos_mathildaolmi_assistante_noavuagniaux_26-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/01\/149181-leroyaume_hd_photos_mathildaolmi_assistante_noavuagniaux_26-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/01\/149181-leroyaume_hd_photos_mathildaolmi_assistante_noavuagniaux_26-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/01\/149181-leroyaume_hd_photos_mathildaolmi_assistante_noavuagniaux_26-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/01\/149181-leroyaume_hd_photos_mathildaolmi_assistante_noavuagniaux_26-624x416.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/01\/149181-leroyaume_hd_photos_mathildaolmi_assistante_noavuagniaux_26.jpg 1180w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Mathilda Olmi<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Oscar G\u00f3mez Mata et sa troupe proposent, durant cet hiver \u00e0 la Com\u00e9die de Gen\u00e8ve, un diptyque adapt\u00e9 de l\u2019\u0153uvre cin\u00e9matographique et t\u00e9l\u00e9visuelle du r\u00e9alisateur Lars von Trier,&nbsp;<\/em>Le Direkt\u00f8r,&nbsp;<em>mont\u00e9 en 2017, et&nbsp;<\/em>Le Royaume<em>, une cr\u00e9ation<\/em>&nbsp;<em>dont la premi\u00e8re avait lieu ce mardi 22 janvier. Plong\u00e9 dans un univers (in)hospitalier, o\u00f9 des m\u00e9decins obstin\u00e9ment rationnels c\u00f4toient des forces surnaturelles, le public assiste \u00e0 une performance brillante qui reprend l\u2019intrigue principale et les proc\u00e9d\u00e9s narratifs de la s\u00e9rie&nbsp;<\/em>Riget<em>&nbsp;tout en proposant une r\u00e9flexion profonde sur la fiction et le th\u00e9\u00e2tre comme moyens f\u00e9roces d\u2019ali\u00e9nation.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Confront\u00e9 au cas de Madame Drusse, qui pr\u00e9tend avoir une paralysie du bras, l\u2019interne Hook opte pour un scanner du cerveau, ce que conteste avec virulence son sup\u00e9rieur, le Professeur Helmer. Ce dernier, \u00e0 l\u2019image du Royaume, cet h\u00f4pital danois construit sur un marais o\u00f9 les blanchisseurs venaient nettoyer leurs draps, refuse toute fabulation et superstition, la raison et les sciences dures devant primer co\u00fbte que co\u00fbte. Seulement, Madame Drusse cache sous son pr\u00e9tendu mal une volont\u00e9 ferme de percer les myst\u00e8res surnaturels de l\u2019h\u00f4pital, en sauvant, entre autres, le fant\u00f4me de la pauvre Marie, assassin\u00e9e en 1919. Si l\u2019horreur trouve sa source dans l\u2019imaginaire entourant la symbolique du marais, elle est constamment nourrie par les protagonistes et leurs travers les plus vils, entre exp\u00e9rimentations m\u00e9dicales fr\u00f4lant le sadisme et harc\u00e8lement \u00e0 l\u2019aide de t\u00eates coup\u00e9es. Pire, l\u2019h\u00f4pital devient un labyrinthe dont les murs bougent et dont le c\u0153ur est une salle d\u2019archives renfermant les pires secrets. Seul l\u2019ascenseur offre un semblant d\u2019\u00e9chappatoire \u00e0 cet enfer hospitalier en reliant l\u2019\u00e9difice avec le monde du dehors&nbsp;; sauf que tout le monde entre, sans jamais sortir\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Si le public peut \u00eatre d\u00e9boussol\u00e9 au d\u00e9but de la pi\u00e8ce par la multiplication de pistes instables qu\u2019ouvrent les plaisanteries st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es, les phrases toutes faites ou encore les consid\u00e9rations m\u00e9tath\u00e9\u00e2trales, il comprend par la suite que cette effusion fait \u00e9cho \u00e0 la fois au malaise latent des personnages et aux codes de la s\u00e9rie originale, dont le spectacle s\u2019amuse. En effet,&nbsp;<em>Le Royaume<\/em>&nbsp;glisse tout du long, \u00e0 coups de sc\u00e8nes absurdes, de c\u00e9r\u00e9monies occultes, de danses loufoques et de m\u00e9chancet\u00e9 gratuite, vers un \u00e9tat de violence extr\u00eame, o\u00f9 l\u2019on rit diff\u00e9remment, de mani\u00e8re r\u00e9gl\u00e9e ou proche de la d\u00e9mence. Cette derni\u00e8re renvoie d\u2019ailleurs \u00e0 une certaine dynamique de la fiction que les com\u00e9dien\u00b7ne\u00b7s exposent ici&nbsp;: le contr\u00f4le de l\u2019imaginaire et de l\u2019esprit par le&nbsp;<em>mensonge<\/em>. Tou\u00b7te\u00b7s s\u2019appliquent effectivement \u00e0 \u00ab&nbsp;raconter des salades devant tout le monde&nbsp;\u00bb. Telle une machine monstrueuse et vorace,&nbsp;<em>Le Royaume<\/em>&nbsp;gagne la sc\u00e8ne de la Com\u00e9die de Gen\u00e8ve, r\u00e9duit en esclavage les com\u00e9dien\u00b7ne\u00b7s, pousse aux pires travers et emp\u00eache tout \u00e9chappatoire m\u00eame dans l\u2019entracte. Tou\u00b7te\u00b7s sont condamn\u00e9\u00b7e\u00b7s \u00e0 rejouer \u00e9ternellement cette pi\u00e8ce, ici ou ailleurs. Tout le monde entre, sans jamais sortir\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Mais rions, car \u00ab&nbsp;rire c\u2019est bon pour la sant\u00e9&nbsp;\u00bb. Sauf que ce rire n\u2019est plus si franc au fil de la repr\u00e9sentation, il est symptomatique d\u2019un malaise voulu par Oscar G\u00f3mez Mata et peut-\u00eatre par Lars von Trier avant lui. La transposition de la s\u00e9rie t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e sur la sc\u00e8ne th\u00e9\u00e2trale permet au metteur en sc\u00e8ne de menacer plus directement son public&nbsp;: l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9 de la repr\u00e9sentation rend palpable la m\u00e9canique ali\u00e9nante de la fiction qui s\u2019extirpe peu \u00e0 peu de son enveloppe physique \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire de la sc\u00e8ne \u2013 pour se jeter sur le public, \u00e0 l\u2019image de la force d\u00e9moniaque litt\u00e9ralement avort\u00e9e qui horrifie les m\u00e9decins. De justesse, le public est sauv\u00e9 de l\u2019emprise fictionnelle par Madame Drusse, qui suspend le spectacle au moment m\u00eame o\u00f9 la violence culmine et y enferme par l\u00e0 m\u00eame les seul\u00b7e\u00b7s com\u00e9dien\u00b7ne\u00b7s. Le public entre mais peut miraculeusement sortir.<\/p>\n\n\n\n<p>En somme,&nbsp;<em>Le Royaume&nbsp;<\/em>est une machine m\u00e9tath\u00e9\u00e2trale avant d\u2019\u00eatre un conte m\u00e9dical et surnaturel. Le ch\u0153ur de plongeurs trisomiques de l\u2019h\u00f4pital (repris ici \u2013 malheureusement \u2013 par des com\u00e9dien\u00b7ne\u00b7s non-handicap\u00e9\u00b7e\u00b7s qui imitent les mani\u00e8res de parler de personnes r\u00e9ellement atteintes de ce handicap, ce qui frise parfois avec un humour oppressif et malvenu) accompagne le public dans cette exp\u00e9rience horrifique. Il critique la rationalit\u00e9 abusive des m\u00e9decins qui permet paradoxalement aux forces mal\u00e9fiques d\u2019\u00e9merger, tout comme la d\u00e9sinvolture des com\u00e9dien\u00b7ne\u00b7s accueille la m\u00e9canique fictionnelle comme un mat\u00e9riau inoffensif, mais pourtant dangereux dans sa manipulation.&nbsp;<em>Le Royaume<\/em>&nbsp;constitue ainsi un avertissement au public&nbsp;sur la nature de la fiction, sur sa dimension&nbsp;<em>mensong\u00e8re<\/em>, mais \u00e9galement une invitation \u00e0 enrayer cette m\u00e9canique ali\u00e9nante afin d\u2019affronter, au-del\u00e0, toute machine oppressive.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>29 janvier 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/thibault-hugentobler\/\">Thibault Hugentobler<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.comedie.ch\/fr\/le-royaume\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u2019apr\u00e8s Lars Von Trier \/ Mise en sc\u00e8ne d\u2019Oscar G\u00f3mez Mata \/ Com\u00e9die de Gen\u00e8ve \/ du 22 janvier au 6 f\u00e9vrier 2019 \/\u00a0 Critiques par No\u00e9 Maggetti et Thibault Hugentobler.<\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":13132,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,10,38],"tags":[205,203],"class_list":["post-13131","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-theatre-comedie","category-spectacle","tag-noe-maggetti","tag-thibault-hugentobler"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13131","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13131"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13131\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20584,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13131\/revisions\/20584"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/13132"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13131"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13131"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13131"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}