{"id":13120,"date":"2019-01-24T13:03:33","date_gmt":"2019-01-24T12:03:33","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=13120"},"modified":"2025-02-09T17:28:59","modified_gmt":"2025-02-09T16:28:59","slug":"un-instant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2019\/01\/un-instant\/","title":{"rendered":"Un Instant"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un Instant<\/h2>\n\n\n<p>D\u2019apr\u00e8s Marcel Proust \/ Mise en sc\u00e8ne de Jean Bellorini \/ TKM \u2013 Th\u00e9\u00e2tre Kl\u00e9ber-M\u00e9leau \/ du 8 au 27 janvier 2019 \/ Critiques par Maxime Hoffmann et Amina Gudzevic.<\/p>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Aupr\u00e8s d\u2019un mort<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>24 janvier 2019\u00a0<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/maxime-hoffmann\/\">Maxime Hoffmann<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"662\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/01\/Un-Instant-Jean-Bellorini-photo-Pascal-Victor-1024x662.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13117\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/01\/Un-Instant-Jean-Bellorini-photo-Pascal-Victor-1024x662.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/01\/Un-Instant-Jean-Bellorini-photo-Pascal-Victor-250x162.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/01\/Un-Instant-Jean-Bellorini-photo-Pascal-Victor-300x194.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/01\/Un-Instant-Jean-Bellorini-photo-Pascal-Victor-768x497.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/01\/Un-Instant-Jean-Bellorini-photo-Pascal-Victor-624x404.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/01\/Un-Instant-Jean-Bellorini-photo-Pascal-Victor.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Pascal Victor<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Au milieu d\u2019une grande quantit\u00e9 de si\u00e8ges, un homme et une femme conversent amicalement en \u00e9voquant leurs souvenirs. Ils cherchent les temps pass\u00e9s. Cette pi\u00e8ce s\u2019inspire des \u00e9crits de Marcel Proust et donne \u00e0 entendre des extraits \u00e9mouvants, dont la puissance r\u00e9veille chez les personnages, comme chez le public, les souvenirs de fragrances oubli\u00e9es.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Pour certains, Marcel Proust est une figure connue de loin&nbsp;; pour d\u2019autres, une pr\u00e9sence longuement c\u00f4toy\u00e9e durant des journ\u00e9es de lecture. Sa vie fut une recherche, celle des temps perdus, qu\u2019il inscrivit dans l\u2019\u00e9criture. Jean Bellorini s\u2019en inspire pour produire sa pi\u00e8ce&nbsp;<em>Un instant&nbsp;<\/em>qui entrem\u00eale des extraits de Marcel Proust et les souvenirs d\u2019une dame \u00e2g\u00e9e venue en France d\u2019Indochine lorsqu\u2019elle \u00e9tait enfant. Assise dans sa chaise c\u00f4t\u00e9 jardin, adoss\u00e9e \u00e0 un radiateur rouill\u00e9, elle pense, int\u00e9rieurement repli\u00e9e sur elle-m\u00eame. Autour d\u2019elle se trouvent quantit\u00e9 de chaises anciennes, faites de paille et de bois, toutes rang\u00e9es par paires, l\u2019une sur l\u2019autre, dans un vaste espace \u00e9voquant un bistrot depuis longtemps ferm\u00e9 et maintenant poussi\u00e9reux. C\u00f4t\u00e9 cour, dans un cube suspendu \u00e0 plusieurs m\u00e8tres du sol, un jeune homme se tient debout. Son apparence trahit une volont\u00e9 de se distinguer&nbsp;: il porte des habits d\u00e9pareill\u00e9s, un veston bleu d\u2019une teinte argent\u00e9e, ray\u00e9 de blanc, dont le col laisse appara\u00eetre une cravate rouge, un pantalon beige l\u00e9g\u00e8rement retrouss\u00e9 et une paire de bottines \u00e0 boutons. Son allure presque d\u00e9su\u00e8te ressemble \u00e0 celle d\u2019un artiste du d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p>Le jeune homme prend le premier la parole. La dame \u00e2g\u00e9e entreprend imm\u00e9diatement apr\u00e8s de raconter son histoire personnelle. Au cours du dialogue, le jeune homme semble sensiblement en d\u00e9calage&nbsp;; int\u00e9ress\u00e9, il interroge la dame, au point d\u2019\u00e9voquer des d\u00e9tails personnels qu\u2019elle-m\u00eame a depuis longtemps oubli\u00e9s. Un peu comme le serait un narrateur d\u00e9miurge dans un roman, il la pousse \u00e0 rechercher ce qu\u2019elle a perdu. Petit \u00e0 petit, elle se d\u00e9voile et manifeste une certaine joie de vivre. L\u2019\u00e9motion grandit, la langue s\u2019affine pour atteindre une finesse particuli\u00e8re, les dialogues \u00e9crits pour la pi\u00e8ce c\u00e8dent leur place \u00e0 des passages de l\u2019\u0153uvre monumentale de Proust. Jean Bellorini construit une architecture singuli\u00e8re en faisant se r\u00e9pondre des extraits \u00e9pars de la&nbsp;<em>Recherche<\/em>&nbsp;tels que l\u2019\u00e9pisode du \u00ab&nbsp;baiser&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;des gouttes de cognac&nbsp;\u00bb situ\u00e9s dans&nbsp;<em>Du C\u00f4t\u00e9 de chez Swann.<\/em>&nbsp;Il souligne, de fa\u00e7on plus manifeste que ne le fait le texte de Proust, le paradoxe, qui consiste \u00e0 transcrire la terreur d\u2019un enfant avec des paroles teint\u00e9es de pens\u00e9es adultes.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9motion est d\u2019autant plus grande qu\u2019elle est soutenue par de la musique. Bien que des enceintes laissent aussi entendre des enregistrements, un guitariste, J\u00e9r\u00e9mie P\u00e9ret, accompagne la pi\u00e8ce en direct avec sa&nbsp;<em>Telecaster<\/em>&nbsp;et sa guitare classique comme le pianiste de ballet qui s\u2019accorde avec les pieds des danseuses pour agir en synergie. Les harmonies suivent les paroles des com\u00e9diens, l\u2019intention donn\u00e9e aux sons accentue le mouvement des phrases, le tragique des dialogues s\u2019affirme gr\u00e2ce aux accords de Beethoven, r\u00e9f\u00e9rences discr\u00e8tes, cach\u00e9es sous une m\u00e9lodie l\u00e9g\u00e8rement modifi\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Si le jeune homme \u00e9voque une image de Marcel Proust que la dame cr\u00e9erait pour l\u2019accompagner dans ses derniers instants \u2013 comme le sugg\u00e8rent l\u2019allure artiste de ce personnage masculin, son l\u00e9ger d\u00e9calage et ses connaissances d\u00e9miurgiques \u2013 alors la sc\u00e8ne pourrait se donner comme l\u2019espace de la m\u00e9moire o\u00f9 la dame \u00e2g\u00e9e se reclut. Les chaises maintenant abandonn\u00e9es symboliseraient les places laiss\u00e9es par les personnes aim\u00e9es, les traces de ceux qui ont compt\u00e9. Le jeune homme incite la femme \u00e0 rechercher les temps perdus tandis qu\u2019\u00e0 un autre niveau la pi\u00e8ce r\u00e9veille pour le public les souvenirs des journ\u00e9es de lectures. Le cube suspendu serait-il d\u00e8s lors la \u00ab petite pi\u00e8ce&nbsp;sentant l\u2019iris&nbsp;\u00bb o\u00f9 Marcel Proust \u00ab&nbsp;montai[t] sangloter&nbsp;\u00bb&nbsp;? La pi\u00e8ce tout enti\u00e8re montre l\u2019ampleur qu\u2019un auteur peut prendre dans une vie humaine. Tapi dans un coin de son imaginaire, Proust aide cette femme \u00e0 revivre les fragrances oubli\u00e9es et \u00e0 \u00ab&nbsp;mourir meilleure et aim\u00e9e&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>24 janvier 2019&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/maxime-hoffmann\/\">Maxime Hoffmann<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">\u0152illet &amp; Myosotis<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>24 janvier 2019&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/amina-gudzevic\/\">Amina Gudzevic<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/07\/UNINSTANT-0019-1140x760-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13688\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/07\/UNINSTANT-0019-1140x760-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/07\/UNINSTANT-0019-1140x760-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/07\/UNINSTANT-0019-1140x760-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/07\/UNINSTANT-0019-1140x760-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/07\/UNINSTANT-0019-1140x760-624x416.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2019\/07\/UNINSTANT-0019-1140x760.jpg 1140w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Pascal Victor<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Le souvenir vient sans \u00eatre convoqu\u00e9. Il suffit d\u2019un geste, d\u2019une odeur, d\u2019une saveur pour qu\u2019il fasse ressurgir un fragment de vie qui, semble-t-il, avait disparu.&nbsp;<\/em>Un Instant<em>&nbsp;s\u2019apparente \u00e0 un mirage berc\u00e9 par les mots de Proust dans lequel les voix de Camille de La Guillonni\u00e8re et d\u2019H\u00e9l\u00e8ne Patarot s\u2019enlacent jusqu\u2019\u00e0 se confondre. Sur la sc\u00e8ne,&nbsp;<\/em>deux personnages dialoguent en m\u00ealant le r\u00e9cit de leurs souvenirs \u00e0 des extraits de Proust<\/p>\n\n\n\n<p>Jean Bellorini, directeur du Th\u00e9\u00e2tre G\u00e9rard Philipe, centre dramatique national de Saint-Denis, \u00e9rige, dans&nbsp;<em>Un Instant<\/em>, une ode \u00e0 la m\u00e9moire. Il y a ceux qui se souviennent et ceux dont on se souvient. Au centre se trouve l\u2019\u0153uvre de Proust&nbsp;:&nbsp;<em>Du c\u00f4t\u00e9 de chez Swann, \u00c0 l\u2019ombre des jeunes filles en fleurs, Le C\u00f4t\u00e9 de Guermantes, Sodome et Gomorrhe&nbsp;<\/em>et<em>&nbsp;Le Temps retrouv\u00e9&nbsp;<\/em>qui composent cinq des sept tomes<em>&nbsp;d\u2019\u00c0 la recherche du temps perdu<\/em>. Avec l\u2019\u0153uvre de Proust, le metteur en sc\u00e8ne tisse des liens entre les deux protagonistes. Jean Bellorini m\u00e9lange les mots de Proust \u00e0 ceux des personnages, ces mots trouvent un ancrage dans leur m\u00e9moire personnelle. Cette adaptation navigue entre la m\u00e9moire individuelle et la m\u00e9moire collective, c\u2019est-\u00e0-dire entre les souvenirs des com\u00e9diens dans lesquels s\u2019ins\u00e8re le r\u00e9cit de Proust et qui peuvent faire \u00e9cho \u00e0 notre propre exp\u00e9rience du souvenir, et il est \u00e9tonnant de constater que plus d\u2019un si\u00e8cle apr\u00e8s sa publication, la r\u00e9flexion de Proust sur la litt\u00e9rature, la m\u00e9moire et le temps ne perd pas en intensit\u00e9. Dans une sc\u00e9nographie presque fig\u00e9e, les com\u00e9diens se rem\u00e9morent un pass\u00e9 qui surgit dans certains lieux ou sous certaines impulsions. C\u2019est dans la petite chambre suspendue, isol\u00e9e, que Camille est pris par le sentiment de deuil. En faisant le tour du plateau, en sc\u00e8ne et hors-sc\u00e8ne, il se rappelle des promenades dans le jardin. Tandis qu\u2019H\u00e9l\u00e8ne, la com\u00e9dienne, \u00e9voque des souvenirs d\u2019enfance avec ses propres mots, qui se confondent avec ceux de son personnage, Camille r\u00e9cite et donne vie \u00e0 des passages de&nbsp;<em>La Recherche du temps perdu<\/em>&nbsp;tels que des souvenirs d\u2019enfance au sein du cadre familial ou la perte d\u2019un \u00eatre cher. H\u00e9l\u00e8ne, qui quitta l\u2019Indochine alors qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait qu\u2019une enfant, oublia tout de ses origines \u00e0 son arriv\u00e9e dans le Berry. Elle se rem\u00e9more son pass\u00e9 en nous racontant une anecdote d\u2019enfance&nbsp;: la cuisine vietnamienne que sa m\u00e8re et sa grand-m\u00e8re lui avaient pr\u00e9par\u00e9e, apr\u00e8s dix ans d\u2019absence. La narration de ce souvenir est un moment cl\u00e9 du spectacle car il met en lumi\u00e8re le travail du metteur en sc\u00e8ne sur le texte de Proust. En transposant la logique de la m\u00e9moire proustienne, ce souvenir s\u2019\u00e9tablit en effet sur deux niveaux. Il fait \u00e0 la fois \u00e9cho \u00e0 la madeleine, symbole de ce pass\u00e9 qui ressurgit de mani\u00e8re involontaire, et dans son extension, il \u00e9voque un souvenir plus ancien encore. Ce sont les uns sur les autres, les uns dans les autres ou encore les uns avec les autres que les souvenirs d\u2019H\u00e9l\u00e8ne et de Camille et l\u2019\u0153uvre de Proust sont amen\u00e9s \u00e0 co-exister.<\/p>\n\n\n\n<p>\u201c(Q)uand d\u2019un pass\u00e9 ancien rien ne subsiste, apr\u00e8s la mort des \u00eatres, apr\u00e8s la destruction des choses, seules, plus fr\u00eales mais plus vivaces, plus immat\u00e9rielles, plus persistantes, plus fid\u00e8les, l\u2019odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des \u00e2mes, \u00e0 se rappeler, \u00e0 attendre, \u00e0 esp\u00e9rer, sur la ruine de tout le reste, \u00e0 porter sans fl\u00e9chir, sous leur gouttelette presque impalpable, l\u2019\u00e9difice immense du souvenir.\u201d<\/p>\n\n\n\n<p>Marcel Proust,&nbsp;<em>A la Recherche du temps perdu<\/em>&nbsp;(1913)<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9miniscence du pass\u00e9 lie H\u00e9l\u00e8ne et Camille au point de les affranchir du temps et de l\u2019espace, selon les intermittences de la m\u00e9moire. Leur histoire n\u2019est pas lin\u00e9aire, elle nous est offerte par morceaux qui, petit \u00e0 petit, dessinent les contours de l\u2019ensemble auquel ils appartiennent, c\u2019est-\u00e0-dire la substance d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 enfouie dans l\u2019inconscient. Ils se racontent leur enfance, leurs grand-m\u00e8res, les promenades dans le jardin. S\u2019ensuit un dialogue dont la forme bascule peu \u00e0 peu vers de longs monologues: la parole ne s\u2019alterne plus syst\u00e9matiquement, ce qui amplifie la puissance de leurs mots. Le souvenir n\u2019est plus un fragment, il devient entier. La sc\u00e8ne, elle-m\u00eame, semble prendre vie sous le poids de ceux qui l\u2019ont travers\u00e9e. Les chaises empil\u00e9es de part et d\u2019autre offrent au spectateur un nombre infini d\u2019interpr\u00e9tations : nous sommes dans un lieu abandonn\u00e9 ; ou, peut-\u00eatre, repr\u00e9sentent-elles la somme des souvenirs qui s\u2019empilent dans notre m\u00e9moire. Une chambre suspendue \u00e9l\u00e8ve les mots de Proust et leur donne une r\u00e9sonance toute particuli\u00e8re l\u2019impression de p\u00e9n\u00e9trer une intimit\u00e9 lointaine. \u00c0 certains moments, les objets sont en mouvement mais la puissance des mots et de leurs silences reste intacte. On finit par ne plus distinguer le souvenir individuel du r\u00e9cit de Proust. A la fois un hommage et du th\u00e9\u00e2tre, le metteur en sc\u00e8ne nous propose une nouvelle lecture de l\u2019\u0153uvre comme seul le th\u00e9\u00e2tre est capable de le faire. En donnant corps au texte de Proust, il est permis \u00e0 chacun de se familiariser avec son \u0153uvre et d\u2019entrer dans l\u2019univers de l\u2019auteur sans connaissances pr\u00e9alables. Le tout, berc\u00e9 par les notes \u00e9pur\u00e9es du musicien qui, d\u00e8s la premi\u00e8re minute du spectacle, donne de la vibration aux mots par des morceaux de Vivaldi, Chopin et bien d\u2019autres. Ainsi, l\u2019on retrouve dans le spectacle de Bellorini la maladie de la grand-m\u00e8re issue du premier chapitre du&nbsp;<em>C\u00f4t\u00e9 de Guermantes<\/em>&nbsp;ou encore les myst\u00e8res d\u2019Albertine apparaissant dans le deuxi\u00e8me chapitre de&nbsp;<em>Sodome et Gomorrhe<\/em><em>.&nbsp;<\/em>Un regard nouveau est propos\u00e9 sur cette \u0153uvre majeure de Proust qui attise la curiosit\u00e9 de certains spectateurs et offre \u00e0 d\u2019autres un angle de vue original sur cette prose si c\u00e9l\u00e8bre.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>24 janvier 2019&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/amina-gudzevic\/\">Amina Gudzevic<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.tkm.ch\/representation\/un-instant\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u2019apr\u00e8s Marcel Proust \/ Mise en sc\u00e8ne de Jean Bellorini \/ TKM \u2013 Th\u00e9\u00e2tre Kl\u00e9ber-M\u00e9leau \/ du 8 au 27 janvier 2019 \/ Critiques par Maxime Hoffmann et Amina Gudzevic.<\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":13121,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,170],"tags":[209,199],"class_list":["post-13120","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-tkm-theatre-kleber-meleau","tag-amina-gudzevic","tag-maxime-hoffmann"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13120","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13120"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13120\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20588,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13120\/revisions\/20588"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/13121"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13120"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13120"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13120"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}