{"id":13037,"date":"2018-11-25T11:00:38","date_gmt":"2018-11-25T10:00:38","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=13037"},"modified":"2025-02-09T17:30:18","modified_gmt":"2025-02-09T16:30:18","slug":"funerailles-dhiver","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2018\/11\/funerailles-dhiver\/","title":{"rendered":"Fun\u00e9railles d\u2019hiver"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Fun\u00e9railles d\u2019hiver<\/h2>\n\n\n<p>Texte de Hanokh Levin \/ Mise en sc\u00e8ne de Michael Delaunoy \/ Th\u00e9\u00e2tre du Passage \/ du 20 au 22 novembre 2018 \/ Critiques par Brice Torriani et Lena Rossel.\u00a0<\/p>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Incontestablement nous sommes l\u00e0<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>22 novembre 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/brice-torriani\/\">Brice Torriani<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"920\" height=\"614\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/01-Funerailles-dhiver-c-Cosimo-Terlizzi_web.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13035\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/01-Funerailles-dhiver-c-Cosimo-Terlizzi_web.jpg 920w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/01-Funerailles-dhiver-c-Cosimo-Terlizzi_web-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/01-Funerailles-dhiver-c-Cosimo-Terlizzi_web-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/01-Funerailles-dhiver-c-Cosimo-Terlizzi_web-768x513.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/01-Funerailles-dhiver-c-Cosimo-Terlizzi_web-624x416.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 920px) 100vw, 920px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Cosimo Terlizzi<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Dans la plus tenace tradition du vaudeville, la Compagnie du Passage c\u00e9l\u00e8bre sous son toit et en collaboration avec Le Rideau de Bruxelles un mariage, concurrenc\u00e9 par le d\u00e9c\u00e8s impromptu de la grande tante de la mari\u00e9e, et par son enterrement qui g\u00e2che les pr\u00e9paratifs festifs des deux familles. En mariant le cabaret et le vaudeville, Michael Delaunoy tente de donner vie \u00e0 un texte qui s\u2019\u00e9gare dans des cimes de conventions et des tr\u00e9fonds de platitudes. Une n\u00e9cromancie qui r\u00e9veille des images que l\u2019on pensait enterr\u00e9es.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La salle du Passage de Neuch\u00e2tel se pr\u00e9pare \u00e0 une grande f\u00eate, \u00e0 laquelle s\u2019est invit\u00e9e une ribambelle de chalands de tout \u00e2ge. Comme lors de toute c\u00e9l\u00e9bration familiale, on se r\u00e9jouit de retrouver ces visages d\u00e9tendus, bien d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 appr\u00e9cier le spectacle \u00e0 venir. L\u2019ouverture ne d\u00e9\u00e7oit pas&nbsp;: dans un d\u00e9cor sombre s\u2019avancent en chanson les protagonistes masqu\u00e9s d\u2019un cr\u00e2ne, formant le tableau joyeusement macabre d\u2019une famille r\u00e9unie dans la mort qui les attend. L\u2019orchestre qui se pr\u00e9sente au centre de la sc\u00e8ne, avec le piano que l\u2019on devine en fond, annonce un spectacle musical et entra\u00eenant. S\u2019agit-il ici d\u2019une agr\u00e9able surprise de mise en sc\u00e8ne, d\u2019un \u00ab&nbsp;vaudouville&nbsp;\u00bb festif ? Sommes-nous sur le point d\u2019assister \u00e0 l\u2019incarnation d\u2019un texte qui \u2013 comme on nous l\u2019annonce dans le prospectus \u2013 \u00ab&nbsp;r\u00e9invente&nbsp;\u00bb la com\u00e9die burlesque&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019amateur de cabaret s\u2019en trouve en tout cas ravi. L\u2019accord\u00e9on r\u00e9sonne dans la salle et met en joie un public qui \u2013 tels les convives d\u2019un mariage \u2013 n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 applaudir de bon c\u0153ur, brisant d\u2019embl\u00e9e le c\u00e9r\u00e9monial religieux que l\u2019on pourrait attendre d\u2019une salle de th\u00e9\u00e2tre. Le ton est donn\u00e9, l\u2019ambiance est \u00e0 la f\u00eate. Les chansons sont interpr\u00e9t\u00e9es avec justesse et entrain, par des voix percutantes dont l\u2019accoutrement pataud des pyjamas gris\u00e2tres ne nous laisserait pas soup\u00e7onner l\u2019\u00e9nergie. La farandole d\u00e9ride le spectateur et appara\u00eet comme une dose d\u2019oxyg\u00e8ne qui r\u00e9anime son attention, du moins au d\u00e9but du spectacle, lorsque la longueur des discours le plonge dans les limbes de l\u2019ennui. En effet, si la salle suit de ses applaudissements rythm\u00e9s les premi\u00e8res chansons, ceux-ci s\u2019affaiblissent et s\u2019amenuisent au fur et \u00e0 mesure de la soir\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec force, vaillance et d\u00e9votion, les com\u00e9diennes Muriel Legrand et Catherine Sal\u00e9e portent \u00e0 bout de bras et supportent \u00e0 bout de souffle le texte jusque dans ses plus lointaines errances, ses plus p\u00e9nibles longueurs et ses plus grotesques lieux communs. On recherche alors des personnages m\u00e9prisables ou attachants, auxquels le vaudeville nous habitue. Mais l\u2019\u00e9criture l\u00e9vinienne emp\u00eache que l\u2019on s\u2019attache \u00e0 ces personnages, car sa satire du microcosme familial isra\u00e9lien moque chacun d\u2019entre eux et expose leurs plus grands d\u00e9fauts, ne laissant que peu de place \u00e0 l\u2019empathie. Aussi, malgr\u00e9 la performance de Robert Bouvier qui durant toute la pi\u00e8ce incarne la na\u00efvet\u00e9 exacerb\u00e9e de l\u2019orphelin qui insiste d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment pour enterrer sa m\u00e8re le jour m\u00eame du mariage, on peine \u00e0 s\u2019apitoyer sur ce personnage tant sa qu\u00eate semble vaine et absurde.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans une parodie de cette absurdit\u00e9, on rencontre un couple de joggeurs clownesques, sorte de Tweedle-Dee\/Tweedle-Dum en shorts fluos, dont les r\u00e9pliques faussement alambiqu\u00e9es et scand\u00e9es dans une diction parfois difficile \u00e0 saisir, nous proposent une m\u00e9taphore de la course effr\u00e9n\u00e9e au prolongement de la vie. Pierre Aucaigne, quant \u00e0 lui, soigne son r\u00f4le d\u2019amuseur des foules, dans la peau d\u2019un voisin tristement esseul\u00e9, mais envahissant. Quant aux mari\u00e9s, constamment noy\u00e9s dans le ch\u0153ur familial, le peu de place que leur laisse le texte interroge sur la pertinence de leur r\u00f4le, r\u00e9duit \u00e0 d\u00e9peindre un amour sous sa forme la plus path\u00e9tique, moqu\u00e9 de mani\u00e8re r\u00e9p\u00e9t\u00e9e par une sc\u00e8ne parodiant les com\u00e9dies musicales.<\/p>\n\n\n\n<p>Le ma\u00eetre de c\u00e9r\u00e9monie, repr\u00e9sentation terrestre de l\u2019ange de la mort, demeure le seul relief dans cette triste palette de personnages. &nbsp;Lorsqu\u2019il se prom\u00e8ne au milieu d\u2019eux qui ne le voient pas, jouant de son accord\u00e9on et entonnant diff\u00e9rents chants, il apporte une profondeur \u00e0 la trame et offre un miroir au spectateur qui assiste, moqueur, \u00e0 cette course-poursuite insens\u00e9e. Mais ce rapprochement avec le public retombe bien vite lorsque, par un discours tristement explicatif, il annonce sa fonction \u2013 pour qui n\u2019aurait pas saisi la subtilit\u00e9 du costume lubrique et du maquillage faustien \u2013 et d\u00e9robe l\u2019\u00e2me de ces personnages (ou plut\u00f4t leur ultime flatulence), creusant ainsi le grotesque vers des couches rabelaisiennes, sans en atteindre la moelle.<\/p>\n\n\n\n<p>La dramaturgie se moque tant\u00f4t des codes du genre, tant\u00f4t les utilise avec application, si bien que l\u2019on peine \u00e0 prendre la moindre sc\u00e8ne au s\u00e9rieux ou \u00e0 la pleine d\u00e9rision. Lorsqu\u2019une jeune femme insulte fr\u00e9n\u00e9tiquement sa tante morte, l\u2019interpr\u00e9tation grotesque nous prive d\u2019un rire qu\u2019aurait pu susciter le cynisme d\u2019une telle sc\u00e8ne. On baigne dans les plaisanteries de mauvais go\u00fbt et dans le racisme ordinaire, notamment lorsque Aucaigne interpr\u00e8te un moine tib\u00e9tain \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un sketch de Michel Leeb, tout droit sorti du r\u00e9frig\u00e9rateur \u00e0 blagues sinophobes des ann\u00e9es 80. Certes, ces plaisanteries \u00e9voquent l\u2019ambiance de certaines c\u00e9r\u00e9monies de mariage, mais le texte et la mise en sc\u00e8ne semblent se complaire dans cette esth\u00e9tique du vulgaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Incontestablement nous sommes l\u00e0, foule nombreuse quittant les gradins que parsemaient les \u00e9clatements hilares. Incontestablement le vaudeville, m\u00eame balafr\u00e9 par l\u2019absence d\u2019id\u00e9e, demeure un incontournable appr\u00e9ci\u00e9 du grand public. On pense alors \u00e0 cette salle comble, gr\u00e2ce \u00e0 laquelle il est permis de se r\u00e9jouir d\u2019une prochaine affiche plus audacieuse. Car ce soir la subtilit\u00e9, la po\u00e9sie et l\u2019\u00e9moi ont frapp\u00e9 \u00e0 la porte du th\u00e9\u00e2tre, mais personne ne s\u2019est donn\u00e9 la peine de leur ouvrir.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>22 novembre 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/brice-torriani\/\">Brice Torriani<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La farce de la farce<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>22 novembre 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/lena-rossel\/\">Lena Rossel<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"960\" height=\"770\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/06-Funerailles-dhiver-c-Cosimo-Terlizzi_web.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13038\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/06-Funerailles-dhiver-c-Cosimo-Terlizzi_web.jpg 960w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/06-Funerailles-dhiver-c-Cosimo-Terlizzi_web-212x170.jpg 212w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/06-Funerailles-dhiver-c-Cosimo-Terlizzi_web-249x200.jpg 249w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/06-Funerailles-dhiver-c-Cosimo-Terlizzi_web-768x616.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/06-Funerailles-dhiver-c-Cosimo-Terlizzi_web-624x501.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 960px) 100vw, 960px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Cosimo Terlizzi<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Fun\u00e9railles d\u2019hiver<em>&nbsp;est un projet n\u00e9 de la collaboration entre la Cie du Passage et le Rideau de Bruxelles. Reprenant une pi\u00e8ce de l\u2019auteur isra\u00e9lien Hanokh Levin, les deux troupes pr\u00e9sentent un vaudeville surexcit\u00e9, \u00e0 l\u2019humour \u00e9cul\u00e9 et r\u00e9p\u00e9titif, qui s\u2019enfonce dans le st\u00e9r\u00e9otype du genre en voulant le d\u00e9tourner.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;<\/em>Douze com\u00e9diens s\u2019agitent sur la sc\u00e8ne entour\u00e9e de rideaux roses. L\u2019impression d\u2019\u00eatre \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un cercueil amuse, au premier abord. Tous sont align\u00e9s et neuf d\u2019entre eux portent un masque de squelette, pr\u00e9disant les \u00e9v\u00e8nements \u00e0 venir. La pi\u00e8ce s\u2019ouvre en musique, au son de l\u2019accord\u00e9on et de la voix de \u00ab&nbsp;l\u2019ange de la mort&nbsp;\u00bb, Angel Samuelov, incarn\u00e9 par le com\u00e9dien Frank Michaux. Ce dernier assurera la couverture musicale du spectacle, aid\u00e9 d\u2019agents costum\u00e9s en noir semblant sortir de&nbsp;<em>Men in Black<\/em>&nbsp;et des personnages qui le rejoindront un par un dans la mort.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est l\u2019histoire d\u2019une course-poursuite entre Latchek Bobitchek (Robert Bouvier), un vieux gar\u00e7on gentil dont la m\u00e8re vient de d\u00e9c\u00e9der, et la famille de sa cousine Shratzia (Muriel Legrand), \u00e0 qui il souhaite annoncer la nouvelle afin de les inviter \u00e0 l\u2019enterrement qui aura lieu le lendemain. Manque de chance, c\u2019est \u00e9galement le jour o\u00f9 Shratzia et son mari Rash\u00e8ss (Frank Arnaudon) pr\u00e9voient de marier leur fille V\u00e9lv\u00e9tsia (Jeanne Dailler) \u00e0 Popotshenko (Fabian Dorsimont), dont les parents sont pr\u00e9sents pour l\u2019occasion. S\u2019ensuit une escapade tout au long de la nuit pendant laquelle les deux familles tenteront de fuir la mauvaise nouvelle afin de pr\u00e9server le mariage de leurs enfants, les 400 convives et les 800 poulets r\u00f4tis pr\u00e9vus pour l\u2019occasion. De la plage de Tel-Aviv \u00e0 l\u2019Himalaya, rien n\u2019arr\u00eatera Latchek Bobitchek, qui a promis \u00e0 sa m\u00e8re sur son lit de mort qu\u2019il ne serait pas le seul \u00e0 son enterrement.<\/p>\n\n\n\n<p>La pi\u00e8ce est essentiellement port\u00e9e par Muriel Legrand (Shratzia) et Catherine Sal\u00e9e (Tsitsk\u00e9va), les m\u00e8res des deux futurs \u00e9poux. Dans un surjeu propre aux codes du vaudeville, elles passent leur temps \u00e0 invectiver leur famille et n\u2019ont qu\u2019un seul objectif en t\u00eate&nbsp;: le mariage. On ne peut qu\u2019admirer la performance des deux com\u00e9diennes, dont les personnages \u00e9clipsent tous les autres \u2013 \u00e9galement par l\u2019importance qui leur est accord\u00e9e&nbsp; dans le texte, au sein duquel V\u00e9lv\u00e9tsia et Popotshenko, principaux int\u00e9ress\u00e9s par le mariage, n\u2019ont pas leur mot \u00e0 dire dans son d\u00e9roulement. L\u2019auteur montre ainsi \u00e0 quel point l\u2019amour, ironiquement, n\u2019a pas de place aux yeux des m\u00e8res dans ce mariage, qui est&nbsp;<em>leur<\/em>&nbsp;projet de vie. Il en est de m\u00eame pour les maris, qui meurent rapidement. Ils rejoignent ainsi Angel Samuelov \u00e0 la musique, sans que leurs femmes semblent se soucier de leur disparition, trop pr\u00e9occup\u00e9es par la r\u00e9ussite du mariage.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce dernier personnage semblait \u00eatre le plus myst\u00e9rieux par son absence de texte \u2013 contrastant avec le flot de paroles dans lequel nous noient Shratzia et Tsitsk\u00e9va \u2013 et par sa mani\u00e8re de communiquer uniquement par la musique et le chant. Il perd toutefois brusquement de son int\u00e9r\u00eat au moment de la mort du premier mari, Baragonts\u00e9l\u00e9 (Thierry Romanens), \u00e9v\u00e8nement qui se transforme en une farce grotesque. Samuelov lui explique que la mort n\u2019est, en fin de compte, rien de plus qu\u2019une simple expiration par les fesses. Cette d\u00e9dramatisation de la mort aurait pu \u00eatre dr\u00f4le si elle avait \u00e9t\u00e9 abord\u00e9e avec plus de subtilit\u00e9. Quand Shratzia insulte gratuitement la m\u00e8re d\u00e9funte, le malaise ne fait pas rire non plus\u2026 Ces moments de g\u00eane, diss\u00e9min\u00e9s tout au long du spectacle, font certes prendre conscience de l\u2019importance que nous attachons aux rituels qui entourent la mort. Cependant, ils auraient gagn\u00e9 \u00e0 \u00eatre \u00e9court\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>La mise en sc\u00e8ne, quant \u00e0 elle, est finement pens\u00e9e. Les d\u00e9cors se font et se d\u00e9font, \u00e9voquant facilement un appartement, une salle de bal, un enterrement. Les costumes sont r\u00e9ussis, r\u00e9pondant par leur teinte gris\u00e2tre \u00e0 l\u2019uniformit\u00e9 et la platitude des personnages. \u00c9l\u00e9ment salvateur, outre la performance \u00e9nergique des com\u00e9dien.ne.s&nbsp;: la musique offre quelques oasis o\u00f9 l\u2019on peut respirer entre deux tirades. Les com\u00e9dien.ne.s, excellents chanteurs et chanteuses, rendent un peu plus digestes les dialogues qui n\u2019en finissent pas et les musiciens entra\u00eenent facilement le public dans leur&nbsp;<em>groove<\/em>. Accord\u00e9on, guitare, basse, piano, tous sont de la partie \u00e0 notre plus grand plaisir m\u00eame si, au fil de la pi\u00e8ce, ils peinent de plus en plus \u00e0 ramener l\u2019attention du public \u00e0 la sc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>P\u00e9trie de dichotomies (hommes-femmes, enterrement-mariage, eux-nous), l\u2019auteur monte les personnages les uns contre les autres sans aucune chance de r\u00e9conciliation et peine \u00e0 les rendre attachants. La critique esquiss\u00e9e de la surconsommation et le tabou de la mort n\u2019est, effectivement, qu\u2019esquiss\u00e9e&nbsp;: on n\u2019y trouve pas de r\u00e9elle profondeur, pas de mati\u00e8re \u00e0 r\u00e9flexion. Elle est occult\u00e9e par les farces lourdes, le burlesque trop grossier. Le penchant pour la provocation d\u2019Hanokh Levin est net ici mais peine \u00e0 \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9. Se voulant un moment de divertissement agr\u00e9able et dr\u00f4le, la pi\u00e8ce met en sc\u00e8ne ses propres fun\u00e9railles, et devient finalement sa propre farce.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>22 novembre 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/lena-rossel\/\">Lena Rossel<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.theatredupassage.ch\/spectacles\/funerailles-dhiver\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte de Hanokh Levin \/ Mise en sc\u00e8ne de Michael Delaunoy \/ Th\u00e9\u00e2tre du Passage \/ du 20 au 22 novembre 2018 \/ Critiques par Brice Torriani et Lena Rossel.\u00a0<\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":13048,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,12],"tags":[211,210],"class_list":["post-13037","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-du-passage","tag-brice-torriani","tag-lena-rossel"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13037","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13037"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13037\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20614,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13037\/revisions\/20614"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/13048"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13037"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13037"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13037"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}