{"id":13018,"date":"2018-11-20T22:04:06","date_gmt":"2018-11-20T21:04:06","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=13018"},"modified":"2025-02-09T17:30:32","modified_gmt":"2025-02-09T16:30:32","slug":"meet-fred","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2018\/11\/meet-fred\/","title":{"rendered":"Meet Fred"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Meet Fred<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">De et par Hijinx Theatre en collaboration avec Blind Summit \/ Mise en sc\u00e8ne de Ben Pettitt-Wade \/ Th\u00e9\u00e2tre des Marionnettes de Gen\u00e8ve \/ du 15 au 20 novembre 2018 \/ Critiques par Thubault Hugentobler et Sacha Toupance. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>15 novembre 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/thibault-hugentobler\/\">Thibault Hugentobler<\/a> \/ <em>English version below \u00a0\/ <\/em>Traduction par\u00a0Delvin\u00eb Racaj<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Please tell me who I am<\/h2>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"684\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/Meet-Fred-Credit-Holger-Rudolph-1024x684.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-13016\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/Meet-Fred-Credit-Holger-Rudolph-1024x684.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/Meet-Fred-Credit-Holger-Rudolph-250x167.png 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/Meet-Fred-Credit-Holger-Rudolph-300x200.png 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/Meet-Fred-Credit-Holger-Rudolph-768x513.png 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/Meet-Fred-Credit-Holger-Rudolph-624x417.png 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/Meet-Fred-Credit-Holger-Rudolph.png 1797w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Rudolph Holger<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>La compagnie de Cardiff, Hijinx Theatre, pr\u00e9sente jusqu\u2019au 20 novembre&nbsp;<\/em>Meet Fred<em>, une pi\u00e8ce dr\u00f4le, bouleversante et profond\u00e9ment lucide. Le spectacle, en anglais, traverse la vie de Fred, une marionnette menac\u00e9e de perdre ses subsides lui permettant de payer les marionnettistes qui le manipulent, tout en questionnant avec une \u00e9tonnante pr\u00e9cision l\u2019absurdit\u00e9 de l\u2019existence, le libre-arbitre ou encore l\u2019injustice sociale. Sans aucune fausse note, pr\u00e9f\u00e9rant l\u2019hilarit\u00e9 aux larmes, le Hijinx Theatre s\u00e9duit par la ma\u00eetrise technique des marionnettistes et la virtuosit\u00e9 de ses com\u00e9dien\u00b7ne\u00b7s.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Sur la sc\u00e8ne repose une marionnette inanim\u00e9e. Trois marionnettistes entrent, prennent une profonde inspiration, redressent la marionnette et l\u2019un d\u2019eux commence \u00e0 parler. Fred prend vie. Tr\u00e8s rapidement, il se rend compte de sa terrible condition&nbsp;: \u00eatre une marionnette l\u2019oblige \u00e0 recourir \u00e0 trois marionnettistes pour pouvoir se mouvoir et s\u2019exprimer. Sa panique laisse place \u00e0 une acceptation difficile, puis il prend conscience du lieu o\u00f9 il se trouve&nbsp;: une sc\u00e8ne de th\u00e9\u00e2tre. Le metteur en sc\u00e8ne fictionnel lui explique que s\u2019y jouera sa vie et que, m\u00eame si toute celle-ci est d\u00e9j\u00e0 \u00e9crite sur les murs en arri\u00e8re-sc\u00e8ne, admettant toutes les combinaisons possibles d\u2019\u00e9v\u00e9nements, c\u2019est \u00e0 lui de choisir par quoi il veut commencer.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est d\u2019abord dans une agence d\u2019emploi qui frise l\u2019absurde que Fred est confront\u00e9 \u00e0 l\u2019injustice. Son interlocuteur encha\u00eene les propositions insens\u00e9es qui ne tiennent pas compte de sa condition de marionnette. Le syst\u00e8me prime sur la logique ce qui oblige Fred \u00e0 trouver un emploi s\u2019il ne veut pas perdre ses subsides qui ne lui permettent pas seulement de vivre mais aussi de&nbsp;<em>prendre vie<\/em>. Plus loin, lors d\u2019un rendez-vous&nbsp;<em>meetic<\/em>&nbsp;qui tourne au d\u00e9sastre, moins par son incapacit\u00e9 \u00e0 s\u00e9duire que par son physique marginal, Fred subit une pression v\u00e9ritable l\u2019emp\u00eachant de s\u2019accomplir pleinement en soci\u00e9t\u00e9. \u00ab&nbsp;Qui ferait des sandwichs si tout le monde suivait ses r\u00eaves&nbsp;?&nbsp;\u00bb, lui dit-on, avant de lui ass\u00e9ner un&nbsp;<em>Blame the system<\/em>&nbsp;comme mantra soci\u00e9tal d\u00e9sincarn\u00e9. C\u2019est sans compter le metteur en sc\u00e8ne fictif qui l\u2019extrait constamment de ses p\u00e9rip\u00e9ties pour lui redonner l\u2019illusion d\u2019un libre-arbitre en lui proposant une prochaine aventure. Malmen\u00e9, Fred \u00e9meut autant qu\u2019il amuse. Et c\u2019est le rire du public qui devient \u00e0 son tour une forme de violence&nbsp;: les spectateurs\/spectatrices profitent du malheur d\u2019un marginal pour purger leurs propres d\u00e9sillusions soci\u00e9tales.<\/p>\n\n\n\n<p>Si la performance des marionnettistes et des com\u00e9dien\u00b7ne\u00b7s \u00e9blouit le public c\u2019est surtout parce qu\u2019elle repose sur une structure narrative complexe et habilement ex\u00e9cut\u00e9e. Effectivement, le personnage de Fred \u00e9volue dans sa vie tout en ayant conscience du contexte de la repr\u00e9sentation qui le met en sc\u00e8ne et aspire \u00e0 s\u2019en extraire pour d\u00e9couvrir le vrai monde. Le personnage du metteur en sc\u00e8ne fictif incarn\u00e9 par le metteur en sc\u00e8ne r\u00e9el du spectacle brouille encore plus la perception du contexte de la repr\u00e9sentation&nbsp;: il int\u00e8gre ponctuellement le public et il va et vient r\u00e9guli\u00e8rement entre la salle et la sc\u00e8ne. Les marionnettistes adoptent eux aussi une posture ambigu\u00eb&nbsp;: ils sont artistes r\u00e9els et fictifs tout en \u00e9tant employ\u00e9s de et par Fred pour qu\u2019il se meuve et s\u2019exprime. Tout comme la com\u00e9dienne Lindsey Foster qui r\u00e9v\u00e8le \u00e0 la marionnette l\u2019illusion th\u00e9\u00e2trale en incarnant \u00e0 la fois Lucille, rendez-vous&nbsp;<em>meetic<\/em>&nbsp;de Fred, et &nbsp;sa propre personne. M\u00eame dans sa note d\u2019intention, la porosit\u00e9 entre r\u00e9alit\u00e9 et fiction est admise, puisque le metteur en sc\u00e8ne est \u00e0 la fois fictif et r\u00e9el, sc\u00e9niquement et&nbsp;<em>extrasc\u00e9niquement&nbsp;<\/em>impliqu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Meet Fred<\/em>&nbsp;s\u00e9duit aussi par son \u00e9trange complicit\u00e9 avec le&nbsp;<em>Manifeste de Gand<\/em>&nbsp;de Milo Rau, publi\u00e9 en mai dernier, qui sous la forme d\u2019un court texte en dix points proposait un cadre de principe \u00e0 la cr\u00e9ation contemporaine. Si tout n\u2019est pas respect\u00e9, la similarit\u00e9 est frappante. La pi\u00e8ce tend ainsi \u00e0 \u00ab&nbsp;rendre la repr\u00e9sentation elle-m\u00eame r\u00e9elle&nbsp;\u00bb, tout en proposant un processus de cr\u00e9ation collectif pr\u00e9sent\u00e9 et comment\u00e9 dans une note d\u2019intention accessible \u00e0 tout le public.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p><strong><em>Hijinx Theatre, a company from Cardiff, presents until the 20th of November&nbsp;<\/em>Meet Fred<em>,&nbsp;a funny, deeply touching and lucid play. The show goes through Fred\u2019s life, a puppet threatened to lose the allowances which enable him to pay the puppeteers who handle him. It also interrogates with an astonishing exactitude the absurdity of existence, free will or social injustices. Preferring laughter to tears, the Hijinx Theatre seduces by its puppeteers\u2019 and comedians\u2019 skills.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>On the stage lies an unconscious puppet. Three puppeteers come in, take a deep breath. Together, they hold a puppet up straight. One of them starts to talk: Fred is coming alive. Quickly, he discovers his terrible condition: being a puppet requires him to be handled by three puppeteers in order to move and to talk. His panic gives way to a hard acceptance. Then he realizes that he stands on a stage. The fictional director explains to him that his life will take place on this stage and shows him the future steps of his existence as they are already mapped out at the back of the stage. It\u2019s the puppet\u2019s choice to decide where he wants to start.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>To begin with, Fred attends an absurd interview at a job centre and faces injustice. The adviser makes him nonsense suggestions that don\u2019t take into account his puppet condition. Since the system takes precedence over logic, Fred is forced to find a job in order to keep his allowances that not only enable him to live but also to&nbsp;come alive. Later, during a&nbsp;meetic&nbsp;date that takes a disastrous turn, less because of his incapacity to seduce than his marginal physique, Fred is under a real pressure preventing him to be fulfilled in his life. \u00ab Who would make sandwiches if everybody followed its dreams? \u00bb, the job center adviser tells him, before hitting him with a disincarnated societal mantra \u2013 \u00ab Blame the system \u00bb. On top of that, the fictional director endlessly draws him out of his tribulations to give him a semblance of free will and propose him new life\u2019s adventures. Mistreated, Fred moves us as much as he entertains. The public\u2019s laughter almost becomes a form of violence: the audience takes profit from a marginal person\u2019s misfortune in order to purge its societal disenchantment.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>The puppeteers\u2019 and comedians\u2019 performance awed the public particularly because it rests on a skillfully executed and complex narrative structure. Indeed, Fred\u2019s character evolves in life with awareness of the dramatic framework that stages him. Furthermore, he aspires to escape from his life in order to discover the&nbsp;real&nbsp;world. The fictional director character played by the actual director interferes even more with the framework: he periodically interacts with the public and goes back and forth between the audience and the stage. The puppeteers also adopt an ambiguous stance: they are both real and fictional artists, and at the same time they become Fred\u2019s employees. The same is true for Lindsey Foster who reveals dramatic illusion while playing Lucille, Fred\u2019s&nbsp;meetic&nbsp;date, and her true self. Even in the director\u2019s note, the porosity between reality and fiction is admitted because the director himself is wandering between his fictional and true self, at once theatrically and&nbsp;extratheatrically&nbsp;involved.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Meet Fred<em>&nbsp;also seduces by its surprising affinity with Milo Rau\u2019s&nbsp;<\/em>Manifeste de Gand<em>. This short text published in May 2018 offers a ten-point framework of principles for contemporary dramatic creation.&nbsp;<\/em>Meet Fred&nbsp;<em>doesn\u2019t obey to all propositions but the similarity is gripping. The show tends towards a performance that is itself real, namely by proposing a collective creative process as introduced and commented in the director\u2019s notes.<\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>15 novembre 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/thibault-hugentobler\/\">Thibault Hugentobler<\/a> \/ <em>Version fran\u00e7aise au-dessus \u00a0\/ <\/em>Traduction par\u00a0Delvin\u00eb Racaj<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>15 novembre 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/sacha-toupance\/\">Sacha Toupance<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u201cDon\u2019t blame me Fred, blame the system\u201d<\/h2>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/hijinx-meet-fred-nolimits-festival-berlin-610_5008-c-holger-rudolph-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13052\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/hijinx-meet-fred-nolimits-festival-berlin-610_5008-c-holger-rudolph-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/hijinx-meet-fred-nolimits-festival-berlin-610_5008-c-holger-rudolph-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/hijinx-meet-fred-nolimits-festival-berlin-610_5008-c-holger-rudolph-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/hijinx-meet-fred-nolimits-festival-berlin-610_5008-c-holger-rudolph-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/hijinx-meet-fred-nolimits-festival-berlin-610_5008-c-holger-rudolph-624x416.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/hijinx-meet-fred-nolimits-festival-berlin-610_5008-c-holger-rudolph.jpg 1800w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Rudolph Holger<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Avec&nbsp;<\/em>Meet Fred<em>, la compagnie Hijinx Theatre offre un spectacle de marionnettes \u00e9lectrique. Par l\u2019entrain d\u2019une \u00e9criture folle, la repr\u00e9sentation donne \u00e0 voir la vie de Fred, un simple pantin aux aspirations banales. Soumis aux contraintes du bunraku, une pratique de th\u00e9\u00e2tre japonaise o\u00f9 la marionnette est ostensiblement manipul\u00e9e par six mains, Fred verra des obstacles se creuser \u00e0 chaque \u00e9tape d\u2019une existence marqu\u00e9e par cette infirmit\u00e9 marionnettique.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Fred sort de sa bo\u00eete&nbsp;: ainsi d\u00e9bute pour lui une v\u00e9ritable qu\u00eate identitaire, \u00e0 laquelle viendront se greffer les probl\u00e8mes d\u2019une vie au sein d\u2019un syst\u00e8me social qui, une fois d\u00e9pouill\u00e9 de tout ce qui lui attribue son \u00e9vidence imparable, para\u00eet d\u00e9nu\u00e9 de sens. Pourtant, Fred n\u2019exprime qu\u2019un souhait, celui d\u2019\u00eatre un \u00ab&nbsp;regular guy&nbsp;\u00bb. Difficile d\u2019y parvenir, lorsque, pour d\u00e9placer le moindre de ses muscles, pour prendre parole, trois manipulateurs doivent op\u00e9rer.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;You\u2019re just a puppet&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Hijinx est une compagnie th\u00e9\u00e2trale anglophone qui appelle \u00e0 la pratique d\u2019un th\u00e9\u00e2tre inclusif, offrant une sc\u00e8ne \u00e0 des acteurs atteints d\u2019infirmit\u00e9s. Si le spectacle donne \u00e0 voir un parall\u00e8le brillant avec la situation de handicap, on lui trouve aussi une r\u00e9sonnance universelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Fred est en fait l\u2019acteur d\u2019une pi\u00e8ce, celle de sa vie. Le metteur en sc\u00e8ne ne cesse d\u2019intervenir sur sc\u00e8ne, lui donne l\u2019imp\u00e9ratif de vivre, de suivre son parcours. Car tout autour, sur de grands murs noirs, c\u2019est sa vie qui se trouve inscrite \u00e0 la craie, en un brouillon confus de fl\u00e8ches et de cercles. Le spectacle se d\u00e9roule, et petit \u00e0 petit, les \u00e9v\u00e9nements du grand tableau sont valid\u00e9s d\u2019un trait. La vie de Fred, une check-list, se trouve r\u00e9sum\u00e9e dans des griffonnages qui donnent \u00e0 lire ce qui s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 et ce qui reste \u00e0 venir. Malgr\u00e9 l\u2019inscription de son destin, Fred ne sait pas ce qu\u2019il doit faire, ce qu\u2019il va faire. \u00c0 ses r\u00eaves s\u2019opposent des interdits pratiques&nbsp;; la n\u00e9cessit\u00e9 de se battre pour conserver ses trois marionnettistes, sous peine d\u2019en perdre un et, in\u00e9vitablement, de perdre l\u2019une de ses facult\u00e9s motrices.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que la pi\u00e8ce prenne un malin plaisir \u00e0 se jouer du dispositif th\u00e9\u00e2tral \u2013 \u00e0 confondre&nbsp;<em>personnages&nbsp;<\/em>et&nbsp;<em>acteurs<\/em>, \u00e0 faire des&nbsp;<em>marrionnettistes<\/em>&nbsp;des&nbsp;<em>personnages<\/em>, \u00e0 s\u2019adresser au public \u2013 l\u2019immersion reste compl\u00e8te. On se surprend \u00e0 s\u2019\u00e9mouvoir des malheurs d\u2019un bonhomme de coton. C\u2019est que le parcours du pantin est touchant\u2026 mais aussi risible. On regrette toutefois certains moments o\u00f9 la repr\u00e9sentation semble \u00eatre bloqu\u00e9e dans un registre du path\u00e9tique et use de clich\u00e9s dans les phases m\u00e9lancoliques de Fred dont on d\u00e9plore la facilit\u00e9. Cela fonctionne tout de m\u00eame aupr\u00e8s d\u2019un public qui ne peut retenir son rire&nbsp;; car tout au long de la repr\u00e9sentation, par les hauts comme les bas de la vie de Fred, l\u2019hilarit\u00e9 est assur\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Fred s\u2019accroche, tombe, vole et court&nbsp;: le rythme est fou, le geste des marionnettistes audacieusement bien men\u00e9, quand on sait qu\u2019il faut plus d\u2019une d\u00e9cennie \u00e0 un professionnel du bunraku pour ma\u00eetriser son art. La technique ne manque pas de fasciner. Il est alors si beau de voir trois hommes insuffler la vie \u00e0 une si simple marionnette. Car Fred n\u2019est qu\u2019une&nbsp;<em>regular puppet<\/em>, sans ornement, sans rien que des morceaux de tissus blancs mis ensemble. Pourtant, les trois couples de mains, par une combinaison de gestes harmonieux, donnent \u00e0 voir un souffle vif et color\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019une rapidit\u00e9 folle, en une petite heure et demie,&nbsp;<em>Meet Fred<\/em>&nbsp;aborde une pluralit\u00e9 de th\u00e9matiques existentielles. Hijinx r\u00e9v\u00e8le et exploite brillamment les potentialit\u00e9s de l\u2019art des marionnettes. Le spectacle appara\u00eet comme une critique sociale, rendue saillante par le dispositif th\u00e9\u00e2tral m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>15 novembre 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/sacha-toupance\/\">Sacha Toupance<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.marionnettes.ch\/spectacle.php?action=details&amp;id=215\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De et par Hijinx Theatre en collaboration avec Blind Summit \/ Mise en sc\u00e8ne de Ben Pettitt-Wade \/ Th\u00e9\u00e2tre des Marionnettes de Gen\u00e8ve \/ du 15 au 20 novembre 2018 \/ Critiques par Thubault Hugentobler et Sacha Toupance.<\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":13020,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","_seopress_analysis_target_kw":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,182],"tags":[206,203],"class_list":["post-13018","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-des-marionnettes","tag-sacha-toupance","tag-thibault-hugentobler"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13018","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13018"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13018\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20627,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13018\/revisions\/20627"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/13020"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13018"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13018"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13018"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}