{"id":12981,"date":"2018-11-06T08:46:47","date_gmt":"2018-11-06T07:46:47","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=12981"},"modified":"2025-02-09T17:31:39","modified_gmt":"2025-02-09T16:31:39","slug":"amphitryon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2018\/11\/amphitryon\/","title":{"rendered":"Amphitryon"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Amphitryon<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Texte de Moli\u00e8re \/ Mise en sc\u00e8ne de St\u00e9phanie Tesson \/ Th\u00e9\u00e2tre du Passage \/ 1er novembre 2018 \/ Critiques par No\u00e9 Maggetti et Thibault Hugentobler. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1er novembre 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/noe-maggetti\/\">No\u00e9 Maggetti<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Voyage dans le temps<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"684\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-11-06-\u00e0-08.34.30-1024x684.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-12979\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-11-06-\u00e0-08.34.30-1024x684.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-11-06-\u00e0-08.34.30-250x167.png 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-11-06-\u00e0-08.34.30-300x200.png 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-11-06-\u00e0-08.34.30-768x513.png 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-11-06-\u00e0-08.34.30-624x417.png 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-11-06-\u00e0-08.34.30.png 1796w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Victor Tonelli<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Alors que la mode est aux actualisations des pi\u00e8ces classiques, ou \u00e0 leur transposition dans un contexte contemporain, c\u2019est un parti pris radicalement inverse qu\u2019a choisi la metteure en sc\u00e8ne St\u00e9phanie Tesson dans sa version de l\u2019<\/em>Amphitryon<em>&nbsp;de Moli\u00e8re. En adaptant cette pi\u00e8ce peu jou\u00e9e, elle souhaite rendre hommage \u00e0 l\u2019auteur, mais \u00e9galement aux pratiques langagi\u00e8res et th\u00e9\u00e2trales du Grand Si\u00e8cle. Le r\u00e9sultat manque parfois de coh\u00e9rence.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le dieu Jupiter, amoureux d\u2019Alcm\u00e8ne, l\u2019\u00e9pouse du th\u00e9bain Amphitryon, prend l\u2019aspect de celui-ci pour s\u00e9duire la femme qu\u2019il convoite le temps d\u2019une longue nuit. Mercure, fils de Jupiter, prend quant \u00e0 lui l\u2019aspect du valet d\u2019Amphitryon nomm\u00e9 Sosie, pour soutenir son p\u00e8re dans son entreprise. Cette com\u00e9die en trois actes, cr\u00e9\u00e9e en 1668, repose sur une s\u00e9rie de quiproquos cocasses, qu\u2019autorisent les figures du double. Il s\u2019agit de la premi\u00e8re pi\u00e8ce de Moli\u00e8re mise en sc\u00e8ne par St\u00e9phanie Tesson, directrice du Th\u00e9\u00e2tre de Poche Montparnasse \u00e0 Paris. Celle-ci propose un spectacle truff\u00e9 de r\u00e9f\u00e9rences et de clins d\u2019oeil aux pratiques th\u00e9\u00e2trales du si\u00e8cle classique.<\/p>\n\n\n\n<p>La metteure en sc\u00e8ne choisit de mettre avant tout en exergue le pouvoir de la langue. Ses com\u00e9dien.ne.s d\u00e9clament le texte de Moli\u00e8re sans aucune modification, et font sonner \u00e0 la perfection les vers du dramaturge. La forme de ceux-ci est particuli\u00e8re&nbsp;: il s\u2019agit d\u2019alexandrins souvent \u00ab&nbsp;cass\u00e9s&nbsp;\u00bb par l\u2019auteur, du fait qu\u2019ils alternent avec des vers \u00e0 sept, huit ou dix syllabes. Une irr\u00e9gularit\u00e9 qui permet une grande fluidit\u00e9 dans les \u00e9changes entre les protagonistes, potentialit\u00e9 du texte exploit\u00e9e \u00e0 merveille par les interpr\u00e8tes de Tesson. Dans le dossier de presse, on peut lire les enjeux politiques qui se cachent derri\u00e8re la volont\u00e9 de donner \u00e0 entendre cette langue particuli\u00e8re&nbsp;: un tel texte devrait \u00ab&nbsp; circuler abondamment pour permettre \u00e0 chacun de reprendre go\u00fbt \u00e0 ce vocabulaire, \u00e0 cette syntaxe, \u00e0 ce style, qui sont les premiers outils de la libert\u00e9 d\u2019expression.&nbsp;\u00bb Ce sont les mots, leur encha\u00eenement, leur sonorit\u00e9 qui sont \u00e0 l\u2019honneur, ce qui explique que la d\u00e9clamation s\u2019accompagne d\u2019un jeu qui se veut parfois tr\u00e8s statique, pour contraindre le spectateur \u00e0 devenir auditeur avant tout. Ainsi, son travail est principalement de tendre l\u2019oreille pour savourer l\u2019audace et l\u2019humour de cette langue impr\u00e9visible.<\/p>\n\n\n\n<p>Outre la langue, c\u2019est le dix-septi\u00e8me si\u00e8cle tout entier qui impr\u00e8gne ce spectacle, et ce, malgr\u00e9 le th\u00e8me antique de la pi\u00e8ce. Bien que St\u00e9phanie Tesson n\u2019ait pas pu utiliser tous les artifices du th\u00e9\u00e2tre \u00e0 machines&nbsp;du si\u00e8cle classique, qui auraient permis de faire voler les protagonistes, ou de les faire ais\u00e9ment appara\u00eetre et dispara\u00eetre, le d\u00e9cor de la premi\u00e8re partie de son spectacle se pr\u00e9sente comme un hommage \u00e0 ce th\u00e9\u00e2tre de la magie et de l\u2019illusion. Ainsi, le premier acte a pour d\u00e9cor un immense voile noir \u00e9toil\u00e9 tombant sur toute la sc\u00e8ne, mat\u00e9rialisation du manteau de la nuit qui recouvre Th\u00e8bes pour permettre \u00e0 Jupiter d\u2019accomplir son dessein de s\u00e9duction. Les acteurs se drapent dans les plis de cette immense pi\u00e8ce de tissu pour se volatiliser, se cacher, puis surgir hors des t\u00e9n\u00e8bres. Ce jeu d\u2019illusions s\u2019estompe dans les deux actes suivants, qui ont \u00e9galement une ambiance visuelle propre, reposant sur la pr\u00e9sence de draps color\u00e9s comme toiles de fond, mais qui s\u2019\u00e9loignent de la r\u00e9f\u00e9rence initiale au th\u00e9\u00e2tre \u00e0 machines. La mise en sc\u00e8ne trouve toutefois une unit\u00e9 par l\u2019illumination progressive de l\u2019espace sc\u00e9nique, comme pour signifier la lumi\u00e8re qui se fait de sc\u00e8ne en sc\u00e8ne sur le subterfuge mis en place par les deux dieux pendant la nuit initiale.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Grand Si\u00e8cle est \u00e9galement pr\u00e9sent dans certains costumes, qui se veulent fid\u00e8les \u00e0 la mode de l\u2019\u00e9poque. C\u2019est par exemple le cas d\u2019Amphitryon et de son double Jupiter&nbsp;: avec leurs bas, leur habit rouge vif, leur perruque et leur moustache, ils semblent tout droit sortis d\u2019un salon parisien du XVII<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle ou d\u2019un tableau de Hyacinte Rigaud. Ici encore cependant, le spectacle n\u2019exploite pas l\u2019id\u00e9e de fa\u00e7on totalement coh\u00e9rente&nbsp;: certains costumes, notamment la longue robe blanche d\u2019Alcm\u00e8ne, ou les casques des g\u00e9n\u00e9raux qui rejoignent Amphitryon dans le troisi\u00e8me acte, font plut\u00f4t r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019Antiquit\u00e9 qu\u2019au si\u00e8cle de Louis XIV. Celui-ci \u00e9merge en revanche dans la musique du spectacle, qui est \u00e9galement li\u00e9e au temps de sa premi\u00e8re cr\u00e9ation, du fait que le passage d\u2019un acte \u00e0 l\u2019autre est soulign\u00e9 par des enregistrements de clavecin baroque.<\/p>\n\n\n\n<p>Autant d\u2019indices du fait que l\u2019<em>Amphitryon<\/em>&nbsp;de Tesson repose sur une envie de rendre hommage \u00e0 Moli\u00e8re, en jouant l\u2019une de ses com\u00e9dies peu connues aujourd\u2019hui, mais \u00e9galement de faire r\u00e9f\u00e9rence au si\u00e8cle qui a vu na\u00eetre le texte et \u00e0 ses pratiques th\u00e9\u00e2trales. Le spectacle se situe ainsi aux antipodes d\u2019une volont\u00e9 d\u2019actualiser Moli\u00e8re pour l\u2019adapter aux pr\u00e9occupations du public contemporain : c\u2019est au contraire \u00e0 celui-ci de faire l\u2019effort de se plonger dans une langue et une ambiance pr\u00e9sent\u00e9es comme sorties d\u2019un autre temps. L\u2019id\u00e9e d\u2019un hommage au XVII<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle n\u2019est pas d\u00e9nu\u00e9e d\u2019int\u00e9r\u00eat&nbsp;; on regrette cependant la confusion qui \u00e9mane du fait que certains partis-pris ne soient pas exploit\u00e9s jusqu\u2019au bout, comme les costumes, \u00e0 cheval entre le si\u00e8cle de Moli\u00e8re et l\u2019Antiquit\u00e9, ou la r\u00e9f\u00e9rence au th\u00e9\u00e2tre \u00e0 machines qui dispara\u00eet au terme du premier acte. En r\u00e9sulte un spectacle qui met habilement la langue au premier plan, peut-\u00eatre pour dissimuler le manque de coh\u00e9rence de certains de ses choix de mise en sc\u00e8ne&nbsp;: l\u2019hommage r\u00e9fl\u00e9chi au Grand Si\u00e8cle que laissait esp\u00e9rer l\u2019acte d\u2019exposition se mue rapidement en une accumulation de clins d\u2019\u0153il. De ce fait, la mise en sc\u00e8ne de Tesson semble reposer sur des allusions \u00e0 bon nombre d\u2019id\u00e9es re\u00e7ues sur les pratiques sc\u00e9niques du XVII<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle. Cette logique d\u2019enchev\u00eatrement peu coh\u00e9rent de r\u00e9f\u00e9rences h\u00e9t\u00e9roclites a pour r\u00e9sultat de maintenir le public dans sa zone de confort plut\u00f4t que de lui proposer une exp\u00e9rience th\u00e9\u00e2trale r\u00e9ellement d\u00e9stabilisante issue d\u2019une autre \u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1er novembre 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/noe-maggetti\/\">No\u00e9 Maggetti<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1er novembre 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/thibault-hugentobler\/\">Thibault Hugentobler<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">De l&rsquo;imposture positive<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"808\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/Pascal-Gely_Amphitryon_Th\u00e9\u00e2tre-Poche-Montparnasse-1024x808.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12991\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/Pascal-Gely_Amphitryon_Th\u00e9\u00e2tre-Poche-Montparnasse-1024x808.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/Pascal-Gely_Amphitryon_Th\u00e9\u00e2tre-Poche-Montparnasse-216x170.jpg 216w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/Pascal-Gely_Amphitryon_Th\u00e9\u00e2tre-Poche-Montparnasse-254x200.jpg 254w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/Pascal-Gely_Amphitryon_Th\u00e9\u00e2tre-Poche-Montparnasse-768x606.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/Pascal-Gely_Amphitryon_Th\u00e9\u00e2tre-Poche-Montparnasse-624x492.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/Pascal-Gely_Amphitryon_Th\u00e9\u00e2tre-Poche-Montparnasse.jpg 1217w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Pascal Gely<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Le Th\u00e9\u00e2tre du Passage de Neuch\u00e2tel accueillait, ce 1<sup>er<\/sup>&nbsp;novembre, St\u00e9phanie Tesson et son&nbsp;<\/em>Amphitryon<em>, pi\u00e8ce peu jou\u00e9e de Moli\u00e8re. Cette com\u00e9die donne \u00e0 voir les stratag\u00e8mes de Jupiter pour gagner le c\u0153ur d\u2019Alcm\u00e8ne, une mortelle, dont il s\u2019est \u00e9pris. Aid\u00e9 de Mercure et travesti en Amphitryon, \u00e9poux de la jeune femme, le roi des dieux est vite confront\u00e9 au v\u00e9ritable Amphitryon et \u00e0 Sosie, le valet de ce dernier, qui perturbent ses amours. St\u00e9phanie Tesson et sa troupe optent pour une mise en sc\u00e8ne ax\u00e9e sur le respect du texte et du vers, tout en soulignant la magie de la fable par un d\u00e9cor et des costumes m\u00e9ticuleusement recherch\u00e9s.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Si la pi\u00e8ce de Moli\u00e8re explore les stratag\u00e8mes de Jupiter et de Mercure pour permettre au premier de conqu\u00e9rir Alcm\u00e8ne, c\u2019est surtout la confusion ressentie par les v\u00e9ritables Amphitryon et Sosie qui fait tout l\u2019int\u00e9r\u00eat de la pi\u00e8ce. Se travestissant, les dieux d\u00e9robent l\u2019identit\u00e9 des humains pour arriver \u00e0 leurs fins, ce qui laisse le g\u00e9n\u00e9ral th\u00e9bain et son valet en proie au doute sur eux-m\u00eames. Les \u00e9pouses d\u2019Amphitryon et de Sosie, Alcm\u00e8ne et Cl\u00e9anthis, se retrouvent quant \u00e0 elles tromp\u00e9es par des imposteurs. S\u2019ensuivent des sc\u00e8nes comiques o\u00f9 les \u00e9poux se disputent \u00e0 cause d\u2019\u00e9v\u00e9nements engendr\u00e9s en r\u00e9alit\u00e9 par la perversion divine. Victimes d\u2019imposture et priv\u00e9s d\u2019identit\u00e9, les deux personnages se r\u00e9voltent finalement et r\u00e9v\u00e8lent la tromperie, r\u00e9solvant les malentendus.<\/p>\n\n\n\n<p>On sort de la repr\u00e9sentation avec un doute quant au genre de la pi\u00e8ce. M\u00eame si l\u2019on rit de la confusion d\u2019Amphitryon et de Sosie, des disputes des couples ou de la confrontation des doubles, le pendant tragique subsiste. Les dieux se jouent des humains, les trompent, les malm\u00e8nent et, pire, les privent d\u2019identit\u00e9, au profit de leur bon plaisir. Mercure prend d\u2019ailleurs des allures de&nbsp;<em>trickster<\/em>&nbsp;face \u00e0 Sosie qui, litt\u00e9ralement embourb\u00e9 dans une nuit qui ne finit pas, se fait battre et ne peut m\u00eame pas s\u2019en remettre \u00e0 Amphitryon. \u00c9voluant sur une sc\u00e8ne d\u2019abord recouverte d\u2019une nuit \u00e9toil\u00e9e puis illumin\u00e9e d\u2019un ciel rappelant fortement le plafond de la galerie Riccardi du palais M\u00e9dicis de Florence, les com\u00e9dien\u00b7ne\u00b7s nous invitent pourtant \u00e0 autre chose. \u00c0 plus de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, \u00e0 ne pas forc\u00e9ment questionner les actions des personnages comme nous pourrions le faire \u00e0 la lecture de la pi\u00e8ce.<\/p>\n\n\n\n<p>St\u00e9phanie Tesson parle de la sc\u00e8ne comme d\u2019une \u00ab&nbsp;lanterne magique&nbsp;[o\u00f9 se d\u00e9roule] la fable d\u2019un dieu qui se fait homme par amour pour une mortelle&nbsp;\u00bb. C\u2019est ainsi que nous sommes invit\u00e9\u00b7e\u00b7s \u00e0 consid\u00e9rer ce spectacle. Comme un lieu magique d\u2019exp\u00e9rimentation th\u00e9\u00e2trale. La mise en sc\u00e8ne d\u00e9passe les lectures possibles de l\u2019histoire, pr\u00e9f\u00e9rant une ode au texte, un hommage au th\u00e9\u00e2tre de Moli\u00e8re. Alternant sc\u00e8nes mouvement\u00e9es et statiques, celles-ci plus fr\u00e9quentes dans le dernier acte, le spectacle ne tente pas d\u2019amoindrir les longueurs imputables au texte et perceptibles par le public. Il s\u2019agit de magnifier un th\u00e9\u00e2tre en cherchant \u00e0 correspondre \u00e0 une id\u00e9e que le\/la spectateur\/trice pourrait se faire de Moli\u00e8re. D\u00e8s lors, St\u00e9phanie Tesson refuse une mise en sc\u00e8ne purement arch\u00e9ologique du th\u00e9\u00e2tre des ann\u00e9es 1660. La metteuse en sc\u00e8ne exploite l\u2019imaginaire collectif li\u00e9 \u00e0 Moli\u00e8re sans remettre en question son fondement parfois fauss\u00e9. Il en est ainsi du costume d\u2019Amphitryon\/Jupiter&nbsp;: d\u2019aucuns pourraient affirmer qu\u2019il est d\u2019\u00e9poque par son h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 avec notre mode actuelle. Seulement, il fonctionne surtout comme r\u00e9f\u00e9rent d\u2019une situation temporelle&nbsp;<em>r\u00e9volue<\/em>, \u00e0 savoir le r\u00e8gne de Louis XIV. Les com\u00e9diens interpr\u00e9tant Amphitryon et Jupiter arborent une tunique rouge orn\u00e9e d\u2019un soleil dor\u00e9 ; ils portent une perruque boucl\u00e9e. Le costume a une valeur g\u00e9n\u00e9rale d\u2019<em>historicisation<\/em>, sans pour autant t\u00e9moigner d\u2019une recherche sc\u00e9nographique&nbsp;<em>historique<\/em>. Le d\u00e9cor fonctionne de la m\u00eame mani\u00e8re&nbsp;; il ne s\u2019agit pas de correspondre v\u00e9ritablement aux pratiques du th\u00e9\u00e2tre du XVII<sup>e&nbsp;<\/sup>si\u00e8cle mais de rattacher le spectacle \u00e0 l\u2019imaginaire d\u2019un contexte id\u00e9alis\u00e9 par le public. Le parall\u00e8le que nous faisions entre le ciel dont se drape Jupiter et la vo\u00fbte du palais M\u00e9dicis-Riccardi de Florence en t\u00e9moigne&nbsp;: la fresque date de la seconde moiti\u00e9 du XVII<sup>e<\/sup>. Notons \u00e9galement la prosodie parfaite des com\u00e9dien\u00b7ne\u00b7s qui reste tout \u00e0 fait id\u00e9ale au regard des pratiques r\u00e9elles de la diction d\u2019\u00e9poque. De m\u00eame pour les interm\u00e8des musicaux au clavecin entre les actes&nbsp;: la restitution&nbsp;<em>historique<\/em>&nbsp;aurait voulu la pr\u00e9sence de musiciens sur sc\u00e8ne et non une diffusion \u00e0 l\u2019aide de haut-parleurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019agissait donc bien ce 1<sup>er<\/sup>&nbsp;novembre de pr\u00e9senter un hommage sans (tentative de) restitution v\u00e9ritable ni de recontextualisation ou de r\u00e9interpr\u00e9tation. Le classique y est une mati\u00e8re r\u00e9v\u00e9latrice de l\u2019imaginaire collectif&nbsp;sur le th\u00e9\u00e2tre du XVII<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle : le spectacle comble le public sans s\u2019\u00e9riger en porteur d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 historique sur la repr\u00e9sentation \u00e0 l\u2019\u00e9poque de Moli\u00e8re. Nous pourrions ajouter qu\u2019\u00e0 l\u2019image des dieux qui se jouent des humains, St\u00e9phanie Tesson et ses com\u00e9dien\u00b7ne\u00b7s se jouent du public, mais en usant d\u2019une imposture cette fois-ci positive, invitant \u00e0 l\u2019\u00e9merveillement.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1er novembre 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/thibault-hugentobler\/\">Thibault Hugentobler<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.theatredupassage.ch\/spectacles\/amphitryon\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte de Moli\u00e8re \/ Mise en sc\u00e8ne de St\u00e9phanie Tesson \/ Th\u00e9\u00e2tre du Passage \/ 1er novembre 2018 \/ Critiques par No\u00e9 Maggetti et Thibault Hugentobler.<\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":12982,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","_seopress_analysis_target_kw":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,12],"tags":[205,203],"class_list":["post-12981","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-du-passage","tag-noe-maggetti","tag-thibault-hugentobler"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12981","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12981"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12981\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20631,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12981\/revisions\/20631"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/12982"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12981"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12981"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12981"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}