{"id":12959,"date":"2018-11-05T11:30:16","date_gmt":"2018-11-05T10:30:16","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=12959"},"modified":"2025-02-02T17:08:16","modified_gmt":"2025-02-02T16:08:16","slug":"automne-hiver","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2018\/11\/automne-hiver\/","title":{"rendered":"Automne-Hiver"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Automne-Hiver<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">D\u2019apr\u00e8s les textes de Charles Baudelaire et de Jean Racine \/ Mise en sc\u00e8ne et de Yves-No\u00ebl Genod \/ L\u2019Arsenic \/ du 1 au 4 novembre 2018 \/ Critiques par Brice Torriani et Maxime Hoffmann. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1er novembre 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/brice-torriani\/\">Brice Torriani<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Que l&rsquo;amour de l&rsquo;art vous soit un calmant<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"936\" height=\"546\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/yves-noel-genod-une-voix-dans-la-nuit-936x546.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12956\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/yves-noel-genod-une-voix-dans-la-nuit-936x546.jpg 936w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/yves-noel-genod-une-voix-dans-la-nuit-936x546-250x146.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/yves-noel-genod-une-voix-dans-la-nuit-936x546-300x175.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/yves-noel-genod-une-voix-dans-la-nuit-936x546-768x448.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/yves-noel-genod-une-voix-dans-la-nuit-936x546-624x364.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 936px) 100vw, 936px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Daniel Aires<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Apr\u00e8s&nbsp;<\/em>La Recherche<em>, spectacle inspir\u00e9 des \u00e9crits de Proust, le com\u00e9dien et metteur en sc\u00e8ne Yves-No\u00ebl Genod donne voix \u00e0 ces deux piliers de la litt\u00e9rature que sont Baudelaire et Racine. Bien que parties ind\u00e9pendantes d\u2019un diptyque vorace d\u2019attention, ces deux spectacles se font \u00e9cho par la sacralisation qu\u2019ils inspirent&nbsp;: celle des textes, mais aussi celle du com\u00e9dien.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Evolution d\u2019une cr\u00e9ation qui a vu le jour \u00e0 Avignon en 2014,&nbsp;<em>Automne<\/em>&nbsp;invite le spectateur \u00e0 une \u00e9coute des&nbsp;<em>Fleurs du Mal<\/em>, dans le noir complet. Les multiples sources sonores inondent le public plac\u00e9 au centre de la haute salle de l\u2019Arsenic de la voix profonde de Genod, r\u00e9citant cette sombre po\u00e9sie dans l\u2019obscurit\u00e9 la plus totale. On ne red\u00e9couvre pas Baudelaire. On l\u2019entend simplement. On le vit \u00e0 travers cette voix qui nous para\u00eet \u00eatre celle qui a toujours \u00e9t\u00e9 la sienne. Enregistr\u00e9 durant la convalescence du metteur en sc\u00e8ne, le timbre rocailleux et profond colle comme une peau de pierre \u00e0 la noirceur des mots. Elle berce de sa virilit\u00e9 f\u00e9brile et agonisante, comme si l\u2019outre-tombe s\u2019\u00e9chappait des pages invisibles. Le bruit de ces pages, les quintes de toux, la respiration lente du lecteur instaurent une atmosph\u00e8re m\u00eal\u00e9e d\u2019angoisse et de volupt\u00e9. Il faut toutefois un temps pour s\u2019adapter, pour s\u2019abandonner \u00e0 cette voix promise \u00e0 nous guider deux heures durant.<\/p>\n\n\n\n<p>Une fois les sens apais\u00e9s, une fois que l\u2019on comprend la symbolique de la noirceur et de l\u2019obscur, une fois que l\u2019on sourit de ce son qui serpente entre les chaises, l\u2019utilisation de l\u2019obscurit\u00e9 totale perd de son int\u00e9r\u00eat sc\u00e9nographique. Elle appara\u00eet plut\u00f4t comme un pr\u00e9texte \u00e0 l\u2019envie du metteur en sc\u00e8ne de s\u2019amuser de son public, jouant un peu facilement de son attention. Il le transporte dans des sph\u00e8res lointaines, par une diction lancinante et tra\u00eenante, dont le pathos mesur\u00e9 est subtilement moqu\u00e9 par ses propres r\u00e9flexions, ins\u00e9r\u00e9es \u00e7\u00e0 et l\u00e0 entre deux po\u00e8mes. Celles-ci rel\u00e2chent notre attention, que Genod tente tr\u00e8s vite de replonger dans cette inqui\u00e9tante tension, par des moyens parfois grossiers, tels que bruits violents et cris hyst\u00e9riques dignes des plus communs films d\u2019horreur. Une fois ce sch\u00e9ma compris, on se lasse de cette obscurit\u00e9, qui enserre le public et le force \u00e0 l\u2019\u00e9coute de son ravisseur. Cette privation de sens limite le spectateur dans ses possibilit\u00e9s de lecture du spectacle. Bien que l\u2019absence d\u2019images pousse \u00e0 la r\u00eaverie, il est difficile de d\u00e9barrasser sa conscience de ses voisins de chaises, de leurs toussotements et leurs exclamations \u00e0 l\u2019\u00e9coute d\u2019un po\u00e8me qu\u2019ils connaissent. Le partage de l\u2019exp\u00e9rience devient alors une contrainte et le noir un manque, une frustration.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette voix para\u00eet comme impos\u00e9e dans un exhibitionnisme sonore. Celui-ci confine au narcissisme de mani\u00e8re encore plus marqu\u00e9e dans la deuxi\u00e8me pi\u00e8ce. Interpr\u00e9tant une Ph\u00e8dre par\u00e9e d\u2019une robe d\u2019or scintillante, en pleine lumi\u00e8re cette fois-ci, Genod d\u00e9ambule au milieu du public qui l\u2019encadre, voyeur, un verre de mousseux \u00e0 la main, distribu\u00e9 \u00e0 l\u2019entr\u00e9e. Le com\u00e9dien n\u2019incarne ici pas Ph\u00e8dre elle-m\u00eame, mais une com\u00e9dienne l\u2019interpr\u00e9tant, comme le sugg\u00e8re la pr\u00e9sence d\u2019un com\u00e9dien-souffleur ainsi que plusieurs apart\u00e9s souvent empreints d\u2019humour, qui de plus servent \u00e0 contrebalancer le rythme pesant de la trag\u00e9die. Un rappel \u00e0 la performance qu\u2019il livre sous nos yeux qui ne peuvent s\u2019en d\u00e9tourner, faute d\u2019autres sources de mouvement.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais on aurait tort de s\u2019arr\u00eater \u00e0 cette surench\u00e8re exhibitionniste, tant l\u2019ex\u00e9cution rend honneur au texte. Dans chacun des deux spectacles, Genod flotte entre une r\u00e9alisation parfaite du geste et de la diction et la moquerie du pathos qu\u2019ils engendrent. Par ses commentaires ins\u00e9r\u00e9s, par la connivence de son discours avec le public, par les jeux de lumi\u00e8res qui doucement plongent Ph\u00e8dre dans l\u2019obscurit\u00e9 et exposent les spectateurs, il transforme un moment solennel en un instant de partage. Ce qui dans le premier spectacle entravait l\u2019immersion devient dans le deuxi\u00e8me salvateur, comme si chacun s\u2019entr\u2019aidait \u00e0 maintenir son attention.<\/p>\n\n\n\n<p>Les deux spectacles invitent \u00e0 savourer les mots de deux g\u00e9nies. Ils c\u00e9l\u00e8brent une f\u00e9condit\u00e9 litt\u00e9raire qui, dans le noir, fait appara\u00eetre, comme sortis de nos r\u00eaves, des \u00eatres nus, primitifs, comme naissant de l\u2019explosion des vers de Baudelaire. Des \u00eatres qui, mimant ainsi les th\u00e8mes chers au cueilleur de ces fleurs mauvaises, s\u2019aiment d\u2019une froide douceur ou prom\u00e8nent la carcasse de leur solitude muette. Peu \u00e0 peu, ils se meuvent en squelettes et anges de mort, faisant s\u2019\u00e9pouser Thanatos et Eros. Le corps s\u2019oppose \u00e0 l\u2019invisible et l\u2019esth\u00e9tique exhibitionniste prend alors son sens&nbsp;: face au n\u00e9ant de la mort s\u2019impose la beaut\u00e9 crue de la chair et de la versification.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Automne<\/em>&nbsp;et&nbsp;<em>Hiver<\/em>&nbsp;rendent un hommage recherch\u00e9, travaill\u00e9 et intense aux ma\u00eetres de la m\u00e9lancolie po\u00e9tique et de la trag\u00e9die glaciale. L\u2019exp\u00e9rience est \u00e9prouvante \u2013 en particulier si l\u2019on encha\u00eene les spectacles \u2013 mais elle pla\u00eet \u00e0 l\u2019amoureux du beau verbe, gr\u00e2ce notamment \u00e0 la ma\u00eetrise technique de l\u2019espace sonore, de l\u2019adresse et de l\u2019habilet\u00e9 \u00e0 jouer des codes de genres. Et m\u00eame si l\u2019effet immersif de l\u2019obscurit\u00e9 s\u2019essouffle trop vite, et malgr\u00e9 le caract\u00e8re tr\u00e8s exhibitionniste de la mise en sc\u00e8ne, on ne peut qu\u2019admirer la performance d\u2019acteur titanesque de Genod qui propose ces deux classiques dans une ode \u00e0 la litt\u00e9rature et \u00e0 son incarnation.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1er novembre 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/brice-torriani\/\">Brice Torriani<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1er novembre 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/maxime-hoffmann\/\">Maxime Hoffmann<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Une po\u00e9tique de l\u2019oxymore<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"960\" height=\"720\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/44742076_10217157704517898_4176417028875223040_n.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12997\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/44742076_10217157704517898_4176417028875223040_n.jpg 960w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/44742076_10217157704517898_4176417028875223040_n-227x170.jpg 227w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/44742076_10217157704517898_4176417028875223040_n-267x200.jpg 267w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/44742076_10217157704517898_4176417028875223040_n-768x576.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/44742076_10217157704517898_4176417028875223040_n-624x468.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 960px) 100vw, 960px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Philippe Gladieux<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Cette douce saison o\u00f9 chaque jour d\u00e9cline offre une occasion d\u2019invoquer Baudelaire. C\u2019est le noir&nbsp;<\/em>Automne<em>&nbsp;qui pr\u00e9c\u00e8de l\u2019<\/em>Hiver<em>, temps o\u00f9 la s\u00e8ve redescend jusqu\u2019au Racine. La po\u00e9sie \u00e9tait \u00e0 l\u2019honneur \u00e0 l\u2019Arsenic ce soir jeudi 1er novembre. Yves-No\u00ebl Genod y pr\u00e9sentait son diptyque&nbsp;<\/em>Automne-Hiver<em>, dont chacune des parties est respectivement inspir\u00e9e de l\u2019\u0153uvre de Charles Baudelaire et de Jean Racine.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est logiquement par&nbsp;<em>Automne&nbsp;<\/em>que d\u00e9bute la soir\u00e9e. Au centre de la salle sont militairement align\u00e9es un peu moins d\u2019une centaine de chaises. Deux rang\u00e9es faisant face \u00e0 l\u2019ouest et deux autres vers l\u2019est, elles se tournent le dos. Faisant front aux spectateurs, quatre haut-parleurs de chaque c\u00f4t\u00e9 tr\u00f4nent sur des pieds solides qui les situent \u00e0 la hauteur du visage. Mais est-il possible de parler de spectateurs alors que l\u2019exp\u00e9rience d\u2019<em>Automne<\/em>&nbsp;se vit plong\u00e9 dans l\u2019obscurit\u00e9 totale&nbsp;? Le po\u00e8me l\u2019avait pr\u00e9dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Bient\u00f4t nous plongerons dans les froides t\u00e9n\u00e8bres&nbsp;\u00bb (<em>Chant d\u2019automne<\/em>). La salle se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre un sarcophage dans lequel aucune lumi\u00e8re n\u2019entre. Une fois les projecteurs \u00e9teints, une voix se fait entendre et, comme promis, elle lit des po\u00e8mes de Baudelaire.<\/p>\n\n\n\n<p>La voix est celle d\u2019Yves-No\u00ebl Genod. D\u2019un timbre changeant et rauque, elle r\u00e9sonne avec emphase et ampleur. La totale obscurit\u00e9, cette pleine ombre, d\u00e9poss\u00e8de les yeux de leur fonction&nbsp;; bien qu\u2019ouverts, ils semblent ferm\u00e9s, ils ne distinguent rien. Les sons deviennent la seule perception des sens. Les po\u00e8mes se parent d\u2019une nouvelle signification, ils s\u2019incarnent sans l\u2019interm\u00e9diaire de la lecture, uniquement \u00ab&nbsp;focalis\u00e9s&nbsp;\u00bb sur l\u2019oralit\u00e9, sur l\u2019arrangement des consonnes et des voyelles. Les images se manifestent plus clairement, ce sont des repr\u00e9sentations enti\u00e8rement imaginaires. Ce r\u00e9gime dure environ deux heures. C\u2019est long, deux heures. On pourrait croire qu\u2019il y a le temps de s\u2019ennuyer. Bien qu\u2019emplies d\u2019art et de finesse, les&nbsp;<em>Fleurs du Mal<\/em>&nbsp;pourraient se faner \u00e0 force d\u2019\u00eatre assen\u00e9es aux oreilles du public. Cette appr\u00e9hension s\u2019accro\u00eet d\u2019autant plus lorsque&nbsp;<em>L\u2019Horloge&nbsp;<\/em>sonne&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><em>Remember&nbsp;! Souviens-toi<\/em>, prodigue&nbsp;!&nbsp;<em>Esto memor&nbsp;!<br><\/em>(Mon gosier de m\u00e9tal parle toutes les langues.)<br>Les minutes, mortel fol\u00e2tre, sont des gangues<br>Qu\u2019il ne faut pas l\u00e2cher sans en extraire l\u2019or&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Deux heures, c\u2019est long, et ce po\u00e8me nous rappelle la valeur de chaque seconde. Pourtant,&nbsp;<em>Automne&nbsp;<\/em>n\u2019ennuie pas. Cela est d\u00fb \u00e0 un travail sur la variation. En effet, la voix laisse entendre des rat\u00e9s&nbsp;: le mot juste \u00e9tait \u00ab&nbsp;bosquet&nbsp;\u00bb et c\u2019est \u00ab&nbsp;bouquet&nbsp;\u00bb qui est venu, alors elle recommence le vers. Ce naturel de la lecture entretient l\u2019attention&nbsp;: parfois la surprise engendr\u00e9e par l\u2019erreur r\u00e9veille aussi bien les spectateurs plong\u00e9s dans la po\u00e9sie que ceux qui ont sombr\u00e9 dans le sommeil. De plus, le dispositif audio projette la voix \u00e0 de multiples endroits de la salle, renfor\u00e7ant l\u2019impression de hasard. L\u2019artifice apporte, lui aussi, une part d\u2019inattendu qui participe beaucoup au plaisir. Des bruits, des \u00e9chos, des violons et un piano, servent d\u2019interm\u00e8de entre les po\u00e8mes. Plus surprenant, des silhouettes \u00e0 l\u2019allure de spectres apparaissent. Elles errent. Ce sont des corps nus enduits de phosphorescence qui vagabondent autour du public. La sensualit\u00e9 du po\u00e8me semble \u00eatre incarn\u00e9e par ces ombres.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis, les deux heures sont pass\u00e9es. Pour certains, l\u2019aventure est finie et pour d\u2019autres, elle reprendra apr\u00e8s trente minutes.<\/p>\n\n\n\n<p>Le temps est venu de c\u00f4toyer l\u2019<em>Hiver<\/em>. De retour dans la salle, le public voit la disposition des nombreuses chaises chang\u00e9e. Elles longent maintenant les murs et lib\u00e8rent tout l\u2019espace. Assis sur le sol, un homme attend dans un grand manteau qui le calfeutre et un autre sert du vin mousseux \u00e0 qui en veut. Ce contraste entre pr\u00e9carit\u00e9 et prodigalit\u00e9 restera un moment la seule action. Soudain, une silhouette f\u00e9minine entre en sc\u00e8ne et les deux hommes se d\u00e9portent \u00e0 deux angles oppos\u00e9s de la salle. Elle est v\u00eatue d\u2019une longue robe dor\u00e9e qui refl\u00e8te par \u00e9clats des rayons de lumi\u00e8re. Apr\u00e8s la nuit d\u2019<em>Automne<\/em>, on songe \u00e0 ce vers m\u00eame de Racine : \u00ab&nbsp;Mes yeux sont \u00e9blouis du jour que je revois&nbsp;\u00bb (<em>Ph\u00e8dre,&nbsp;<\/em>v.155). Cette silhouette est en r\u00e9alit\u00e9 celle d\u2019Yves-No\u00ebl Genod. Il s\u2019appr\u00eate \u00e0 jouer&nbsp;<em>Ph\u00e8dre<\/em>&nbsp;comme un monologue.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, aid\u00e9 d\u2019un souffleur, il monopolise la parole pour donner vie aux vers de Racine. Comme lors d\u2019<em>Automne<\/em>, le hasard de l\u2019erreur tient en haleine et parfois, le com\u00e9dien s\u2019arr\u00eate. Il en profite m\u00eame pour partager des anecdotes. L\u00e0 encore, ce sont deux heures de po\u00e9sie, ressenties comme plus longues que celles d\u2019<em>Automne<\/em>, car moins immersives. L\u2019art est ici dans la performance, ainsi que dans la relation entre le com\u00e9dien et le public, alors qu\u2019<em>Automne<\/em>&nbsp;valorisait un repli sur soi et l\u2019imaginaire. Le d\u00e9fi est n\u00e9anmoins beau.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces deux exp\u00e9riences invoquent avec naturel deux des plus grands po\u00e8tes de la langue fran\u00e7aise. Malgr\u00e9 le fait que ces deux spectres hantent le panth\u00e9on litt\u00e9raire d\u2019une aura de majest\u00e9, Yves-No\u00ebl Genod nous rappelle le plus essentiel de leurs po\u00e9sies, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019\u00e9motion. Le premier est m\u00e9lancolique, parfois froid, souvent touchant et le second clair et brillant. Ils \u00e9voquent la nuit puis le jour, valorisent les oreilles puis les yeux. Un diptyque oxymorique pour l\u2019amour de la po\u00e9sie.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1er novembre 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/maxime-hoffmann\/\">Maxime Hoffmann<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/arsenic.ch\/spectacle\/automne\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u2019apr\u00e8s les textes de Charles Baudelaire et de Jean Racine \/ Mise en sc\u00e8ne et de Yves-No\u00ebl Genod \/ L\u2019Arsenic \/ du 1 au 4 novembre 2018 \/ Critiques par Brice Torriani et Maxime Hoffmann.<\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":12960,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,3,38],"tags":[211,199],"class_list":["post-12959","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-theatre-de-larsenic","category-spectacle","tag-brice-torriani","tag-maxime-hoffmann"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12959","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12959"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12959\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":22120,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12959\/revisions\/22120"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/12960"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12959"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12959"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12959"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}