{"id":12952,"date":"2018-10-31T19:54:59","date_gmt":"2018-10-31T18:54:59","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=12952"},"modified":"2025-02-02T17:09:16","modified_gmt":"2025-02-02T16:09:16","slug":"songe-dune-nuit-dete","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2018\/10\/songe-dune-nuit-dete\/","title":{"rendered":"Songe d&rsquo;une nuit d&rsquo;\u00e9t\u00e9"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Songe d&rsquo;une nuit d&rsquo;\u00e9t\u00e9<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">D\u2019apr\u00e8s William Shakespeare \/ Mise en sc\u00e8ne de Joan Mompart \/ La Grange de Dorigny \/ du 27 octobre au 3 novembre 2018 \/ Critiques par Sarah Juilland et Maxime Hoffmann. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>27 octobre 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/sarah-juilland\/\">Sarah Juilland<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Voilage de nuit<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"714\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-10-31-\u00e0-19.36.13-1024x714.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-12950\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-10-31-\u00e0-19.36.13-1024x714.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-10-31-\u00e0-19.36.13-244x170.png 244w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-10-31-\u00e0-19.36.13-287x200.png 287w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-10-31-\u00e0-19.36.13-768x535.png 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-10-31-\u00e0-19.36.13-624x435.png 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-10-31-\u00e0-19.36.13.png 1202w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Sofi Nadler<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>\u00c0 l\u2019image de la for\u00eat cr\u00e9pusculaire abritant l\u2019action \u2013 lieu topique de la transgression \u2013,&nbsp;<\/em>Le Songe d\u2019une nuit d\u2019\u00e9t\u00e9<em>&nbsp;participe d\u2019un esprit subversif et d\u00e9routant, entrem\u00ealant enchev\u00eatrement d\u2019intrigues amoureuses, mise en abyme de la cr\u00e9ation artistique et renversements carnavalesques. Amants fugitifs et ensorcel\u00e9s, com\u00e9diens confus et cr\u00e9atures fantasmagoriques se t\u00e9lescopent au sein d\u2019un brouillard extravagant, o\u00f9 fusionnent imaginaire et r\u00e9alit\u00e9. Revendiqu\u00e9e comme \u00ab&nbsp;f\u00eate aux conventions rompues, \u00e0 l\u2019artifice&nbsp;\u00bb, l\u2019adaptation de Joan Mompart exacerbe le trouble d\u2019une pi\u00e8ce d\u00e9j\u00e0 complexe, en m\u00e9langeant po\u00e9sie, burlesque, absurde, r\u00eave et humour. \u00c0 la mani\u00e8re d\u2019un b\u00e2ton d\u2019encens, l\u2019onirisme \u00e9manant du&nbsp;<\/em>Songe<em>&nbsp;infuse l\u2019espace, se r\u00e9pand entre les si\u00e8ges et envo\u00fbte les sens.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019espi\u00e8gle lutin Puck \u2013 interpr\u00e9t\u00e9 par Philippe Gouin \u2013, se faisant tout \u00e0 la fois conteur, marionnettiste, chor\u00e9graphe et chef d\u2019orchestre, officie devant un simple rideau transparent, laissant deviner un espace sc\u00e9nique d\u00e9pouill\u00e9. L\u2019apparente sobri\u00e9t\u00e9 du d\u00e9cor et des costumes peut d\u00e9concerter celui qui s\u2019attend \u00e0 \u00eatre transport\u00e9 dans une for\u00eat magique, peupl\u00e9e d\u2019elfes et de f\u00e9es excentriques. \u00c0 l\u2019instar du voile qui s\u2019offre aux regards, les spectateurs sont pri\u00e9s de \u00ab&nbsp;faire page blanche&nbsp;\u00bb et d\u2019estomper leurs&nbsp;<em>a priori<\/em>, de sorte \u00e0 se laisser surprendre par la repr\u00e9sentation. Le rideau s\u2019ouvre pour d\u00e9voiler un monticule de terre comme unique \u00e9l\u00e9ment de d\u00e9cor. Pourtant, la mati\u00e8re organique est essentielle&nbsp;: elle finit par recouvrir l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de la sc\u00e8ne ainsi que les com\u00e9diens, qui s\u2019y roulent et s\u2019en jettent r\u00e9guli\u00e8rement des poign\u00e9es au visage. Il s\u2019agit d\u2019un geste symboliquement charg\u00e9, exprimant le retour \u00e0 la nature et \u00e0 l\u2019animalit\u00e9 que pr\u00f4ne Joan Mompart&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le&nbsp;<em>Songe<\/em>&nbsp;est une ode jouissive au th\u00e9\u00e2tre et \u00e0 la nature, une loupe grossissante sur notre humanit\u00e9 et notre animalit\u00e9&nbsp;\u00bb. Des voiles de diff\u00e9rentes dimensions, sortes de filtres oniriques, habillent \u00e9galement le plateau, permettant une infinit\u00e9 de possibles&nbsp;: plusieurs zones sc\u00e9niques sont cr\u00e9\u00e9es, des ombres sont projet\u00e9es et des lueurs multicolores se succ\u00e8dent. Ces astucieux jeux d\u2019ombres et de lumi\u00e8res reproduisent l\u2019univers chim\u00e9rique du&nbsp;<em>Songe<\/em>. Un fond sonore omnipr\u00e9sent \u2013 \u00e9voquant esprits des bois et enchantements \u2013 ach\u00e8ve de transformer la Grange de Dorigny en for\u00eat, grouillante et habit\u00e9e. Comme le d\u00e9clare l\u2019un des com\u00e9diens, \u00ab&nbsp;le but n\u2019est pas de repr\u00e9senter le r\u00e9el, mais de rendre la repr\u00e9sentation r\u00e9elle&nbsp;\u00bb&nbsp;: l\u2019essence du&nbsp;<em>Songe<\/em>&nbsp;est transmise par un d\u00e9cor sobre mais authentique et subtil, rendant la for\u00eat d\u2019Ob\u00e9ron et Titania plus vraie que nature.<\/p>\n\n\n\n<p>Le jeu de brouillage entre r\u00eave et r\u00e9alit\u00e9 \u2013 caract\u00e9ristique du&nbsp;<em>Songe<\/em>&nbsp;\u2013 est pouss\u00e9 \u00e0 son paroxysme par la mise en sc\u00e8ne de Joan Mompart, qui confond personnage et com\u00e9dien et propose une r\u00e9flexion sur l\u2019art du spectacle. La mise en abyme du th\u00e9\u00e2tre \u2013 d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente dans la version shakespearienne et visant \u00e0 railler les prologues et \u00e9pilogues d\u2019antan \u2013, raconte de mani\u00e8re cocasse les difficult\u00e9s du travail de mise en sc\u00e8ne et le souci de satisfaire le public. Les acteurs quittent brusquement leurs personnages, constatant qu\u2019ils se sont m\u00e9pris sur le spectacle \u00e0 jouer&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je ne sais pas si on est en train de jouer la bonne pi\u00e8ce&nbsp;!&nbsp;\u00bb Ce soudain chaos comique est intensifi\u00e9 par un brouhaha g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 et un assemblage disparate de performances&nbsp;: chacun de leur c\u00f4t\u00e9, les com\u00e9diens chantent, dansent ou boxent. Les fronti\u00e8res et rep\u00e8res sont abolis, et le public lui-m\u00eame est invit\u00e9 \u00e0 prendre part au spectacle. \u00ab&nbsp;Et si on jouait avec eux&nbsp;?&nbsp;\u00bb, s\u2019exclame Puck.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019adaptation de Joan Mompart, rajeunissant le classique shakespearien en le pensant comme \u00ab&nbsp;un conte d\u2019ici et maintenant&nbsp;\u00bb, semble \u00e9galement d\u00e9livrer un message \u00e9cologique, \u00e0 travers un roi des elfes assailli par les quintes de toux et une reine des f\u00e9es ext\u00e9nu\u00e9e et plaintive. Implicitement, certains personnages paraissent d\u00e9noncer la crise \u00e9cologique contemporaine, \u00e9voquant la d\u00e9forestation et le d\u00e9r\u00e8glement des saisons. \u00c0 travers son interpr\u00e9tation du&nbsp;<em>Songe<\/em>, le dramaturge et com\u00e9dien souhaite mettre en exergue la condition de l\u2019\u00eatre humain et son rapport au monde qui l\u2019a fait na\u00eetre. Pi\u00e9tinant le sol de leurs pieds nus et s\u2019engouffrant dans la terre qui tapisse la sc\u00e8ne, les personnages du&nbsp;<em>Songe<\/em>&nbsp;appellent \u00e0 recouvrer le lien \u00e0 la nature et aux racines.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le Songe d\u2019une nuit d\u2019\u00e9t\u00e9<\/em>, \u00e0 travers les yeux et la plume de Joan Mompart, est une invitation au voyage dans les profondeurs du r\u00eave. Toutefois le public prend le risque de se perdre dans les abysses de l\u2019onirisme s\u2019il ne respecte pas la requ\u00eate initiale de Puck, \u00e0 savoir pardonner et accepter de prendre part \u00e0 ce \u00ab&nbsp;voilage de nuit&nbsp;\u00bb&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Si nous, les ombres que nous sommes,<br>Vous avons un peu outrag\u00e9s,<br>Dites-vous pour tout arranger<br>Que vous venez de faire un somme<br>Avec des r\u00eaves partag\u00e9s.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>27 octobre 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/sarah-juilland\/\">Sarah Juilland<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>27 octobre 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/maxime-hoffmann\/\">Maxime Hoffmann<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Une invitation au r\u00eave<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"591\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-11-09-\u00e0-11.08.25-1024x591.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-12986\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-11-09-\u00e0-11.08.25-1024x591.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-11-09-\u00e0-11.08.25-250x144.png 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-11-09-\u00e0-11.08.25-300x173.png 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-11-09-\u00e0-11.08.25-768x444.png 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-11-09-\u00e0-11.08.25-624x360.png 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/11\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-11-09-\u00e0-11.08.25.png 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Sofi Nadler<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Joan Mompart s\u2019est appropri\u00e9 le Songe d\u2019une nuit d\u2019\u00e9t\u00e9 de Shakespeare dans une mise en sc\u00e8ne po\u00e9tique et onirique, qui modifie en partie l\u2019histoire originale. C\u2019est bien autour du mot \u00ab&nbsp;songe&nbsp;\u00bb que se construit cette r\u00eaverie th\u00e9\u00e2trale. Gr\u00e2ce \u00e0 un d\u00e9cor qui se d\u00e9veloppe avec lenteur, Mompart et ses com\u00e9diens font entrer avec facilit\u00e9 les spectateurs dans un monde rendu complexe et parfois m\u00eame absurde, avant de les laisser s\u2019\u00e9veiller.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ce soir-l\u00e0, au centre de la Grange de Dorigny, des gens dansent. Ce n\u2019est que le \u00ab&nbsp;foyer&nbsp;\u00bb et pourtant, une petite troupe enflamm\u00e9e se d\u00e9hanche au son d\u2019une musique rythm\u00e9e. Au milieu de mouvements effr\u00e9n\u00e9s, un couple s\u2019embrasse amoureusement. On annonce un mariage. Et, sans livrer plus d\u2019informations, tous se ruent au galop \u00e0 l\u2019\u00e9tage sup\u00e9rieur, l\u00e0 o\u00f9 se trouve la sc\u00e8ne. Une fois mont\u00e9s derri\u00e8re eux, les spectateurs sont plac\u00e9s, avec soin, par deux membres de cette troupe tournant le dos \u00e0 un grand voile blanc et opaque en avant-sc\u00e8ne. Les si\u00e8ges sont attribu\u00e9s avec l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, chaque geste s\u2019accompagne d\u2019un rire. Puis les spectateurs accordent de plus en plus d\u2019attention aux dires qui s\u2019\u00e9l\u00e8vent peu \u00e0 peu de la sc\u00e8ne, on y entend&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>O What a pleasant surprise.&nbsp;<\/em><em>I set my trap for a peasant and I catch a prince!<\/em>&nbsp;\u00bb. La phrase cajole l\u2019envie des spectateurs venus voir une pi\u00e8ce du grand dramaturge anglais, et l\u2019un des membres de la troupe demande&nbsp;: \u00ab&nbsp;est-ce Shakespeare ou Walt Disney ?&nbsp;\u00bb. Les attentes sont rompues, des rires r\u00e9sonnent. On conseille au public d\u2019abandonner les id\u00e9es pr\u00e9con\u00e7ues et on le prie de pardonner. Certes, mais qu\u2019est-ce qui devrait \u00eatre excus\u00e9&nbsp;? \u00c0 quoi jouent-ils&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Justement, ils jouent&nbsp;: voil\u00e0 dix minutes que la pi\u00e8ce a commenc\u00e9. Le&nbsp;<em>Songe&nbsp;<\/em>de cette pluvieuse nuit d\u2019automne s\u2019octroie une licence sc\u00e9naristique. La sc\u00e8ne d\u2019exposition a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9e par les r\u00e9jouissances du foyer et, pour ne pas nous faire perdre le fil, l\u2019intrigue est cont\u00e9e par un com\u00e9dien seul sur sc\u00e8ne. S\u2019adressant directement au public, il l\u2019introduit dans un univers shakespearien d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment \u00e9vanescent. Le cadre de la repr\u00e9sentation devient flou. Lentement, tout sombre dans un songe, on se laisse r\u00eaver derri\u00e8re notre guide. L\u2019imp\u00e9n\u00e9trable rideau qui pr\u00e9servait le plateau des regards indiscrets laisse entrevoir quelques points brillants, des ampoules faisant office d\u2019\u00e9toiles. Peu apr\u00e8s, il se change, gr\u00e2ce \u00e0 une lumi\u00e8re projet\u00e9e depuis l\u2019arri\u00e8re-sc\u00e8ne, en un filtre au travers duquel transpara\u00eet l\u2019ombre d\u2019un monticule de terre. Et, finalement, ce mur qui s\u00e9pare les spectateurs des com\u00e9diens s\u2019ouvre et se d\u00e9tache en deux pans, bordant la sc\u00e8ne. L\u2019entr\u00e9e dans le r\u00eave est douce et le spectacle mime l\u2019arriv\u00e9e du sommeil. La terre entass\u00e9e au centre ancre l\u2019action en pleine for\u00eat. Pendant la repr\u00e9sentation, les com\u00e9diens la travaillent incessamment, diffusant de sylvestres senteurs dans la Grange. L\u2019odorat s\u2019\u00e9veille et participe, lui aussi, de la force d\u2019immersion de cette mise en sc\u00e8ne.&nbsp;Une musique vaporeuse enveloppe les intrigues d\u2019un certain myst\u00e8re. Ces sonorit\u00e9s sont une orchestration de Laurent Bruttin incarn\u00e9e durant la pi\u00e8ce par une clarinette, un saxophone ou une cithare, tous \u00e9lectroniquement modifi\u00e9s. La mise en sc\u00e8ne accentue par l\u00e0 aussi la part de po\u00e9sie et d\u2019onirisme propre aux songes.<\/p>\n\n\n\n<p>Une fois les spectateurs entr\u00e9s dans le r\u00eave, ils s\u2019avisent que le conteur n\u2019est autre que \u00adle lutin Puck, interpr\u00e9t\u00e9 par Philippe Gouin, dont l\u2019\u00e9nergie semble soutenir une part importante de la f\u00e9\u00e9rie. Plein d\u2019humour, il cr\u00e9e le lien entre le r\u00e9el des spectateurs et la fiction de l\u2019action&nbsp;: la mise en sc\u00e8ne le pr\u00e9sente comme le trouble-f\u00eate. En effet, l\u2019intrigue, simplifi\u00e9e puisqu\u2019une partie de la pi\u00e8ce originale n\u2019est pas jou\u00e9e, se complique par suite de sa malice. Les sentiments amoureux s\u2019alt\u00e8rent, puis se r\u00e9solvent, suite \u00e0 une erreur de sa part. Des fils d\u2019intrigue s\u2019entrem\u00ealent et font habilement douter&nbsp;de la logique de l\u2019intrigue, comme si celle-ci mimait le sommeil et l\u2019incoh\u00e9rence du r\u00eave. Le travail po\u00e9tique va chercher le spectateur dans son r\u00e9el et l\u2019emm\u00e8ne tranquillement jusqu\u2019\u00e0 un r\u00eave.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>27 octobre 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/maxime-hoffmann\/\">Maxime Hoffmann<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/grangededorigny\/evenement\/lesongedunenuitdete\/?instance_id=152\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u2019apr\u00e8s William Shakespeare \/ Mise en sc\u00e8ne de Joan Mompart \/ La Grange de Dorigny \/ du 27 octobre au 3 novembre 2018 \/ Critiques par Sarah Juilland et Maxime Hoffmann.<\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":12953,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,5,38],"tags":[199,200],"class_list":["post-12952","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-la-grange","category-spectacle","tag-maxime-hoffmann","tag-sarah-juilland"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12952","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12952"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12952\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20639,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12952\/revisions\/20639"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/12953"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12952"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12952"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12952"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}