{"id":12900,"date":"2018-10-21T12:46:51","date_gmt":"2018-10-21T10:46:51","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=12900"},"modified":"2025-02-09T17:32:24","modified_gmt":"2025-02-09T16:32:24","slug":"la-resistance-thermale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2018\/10\/la-resistance-thermale\/","title":{"rendered":"La r\u00e9sistance thermale"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">La r\u00e9sistance thermale<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Texte de Ferdinand Schmalz \/ Traduction par Mathieu Bertholet \/ Mise en sc\u00e8ne de Jean-Daniel Piguet \/ Th\u00e9\u00e2tre Poche Gve \/ du 15 octobre au 16 d\u00e9cembre 2018 \/ Critique par Lena Rossel. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>15 octobre 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/lena-rossel\/\">Lena Rossel<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">L\u2019enfer du confort<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"684\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-10-21-\u00e0-12.45.10-1024x684.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-12903\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-10-21-\u00e0-12.45.10-1024x684.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-10-21-\u00e0-12.45.10-250x167.png 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-10-21-\u00e0-12.45.10-300x200.png 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-10-21-\u00e0-12.45.10-768x513.png 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-10-21-\u00e0-12.45.10-624x417.png 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-10-21-\u00e0-12.45.10.png 1662w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Samuel Rubio<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Six com\u00e9diens, onze personnages, un lieu&nbsp;:&nbsp;<\/em>la r\u00e9sistance thermale<em>&nbsp;nous plonge dans une fiction \u00e0 la saveur am\u00e8re, une r\u00e9flexion sur le capitalisme et l\u2019industrialisation qui cherchent \u00e0 s\u2019approprier m\u00eame les traditions les plus ancr\u00e9es. Un combat solitaire, fougueux et comique dans sa vanit\u00e9, pr\u00e9sent\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en fran\u00e7ais.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est d\u2019une mani\u00e8re \u00e9pur\u00e9e que s\u2019ouvre le spectacle. Un ma\u00eetre-nageur, qui observe le public depuis le haut de sa chaise de surveillance sur le c\u00f4t\u00e9 de la sc\u00e8ne, fait quelques moues puis descend pour parler de son m\u00e9tier et des bains dans lesquels il travaille. Tout v\u00eatu de blanc, il se fond dans le d\u00e9cor, constitu\u00e9 d\u2019une montagne de draps blancs au centre de la sc\u00e8ne et de deux lampes de chaque c\u00f4t\u00e9. Le ma\u00eetre-nageur, incarn\u00e9 par Rebecca Balestra, est joueur&nbsp;: \u00e0 l\u2019aide d\u2019un m\u00e9gaphone, force gesticulations et regards appuy\u00e9s, il entra\u00eene le public dans son discours et ses questions, comme un ma\u00eetre d\u2019\u00e9cole. Que viennent rechercher les \u00ab&nbsp;curistes&nbsp;\u00bb dans cet endroit&nbsp;? Un endroit de calme et de ressourcement&nbsp;? Oui. Un endroit o\u00f9 l\u2019on peut fuir le bruit de la vie quotidienne&nbsp;: un havre de paix et de vapeur.<\/p>\n\n\n\n<p>Les bains, en passe d\u2019\u00eatre rachet\u00e9s par une grosse soci\u00e9t\u00e9 de sodas, n\u2019en ont plus pour longtemps avant d\u2019\u00eatre transform\u00e9s en un espace&nbsp;<em>wellness<\/em>&nbsp;de luxe, r\u00e9pondant aux demandes du march\u00e9 \u2013 devenant, de ce fait, inaccessibles au tout public, et perdant leur caract\u00e8re m\u00e9dicinal. La pi\u00e8ce met en lumi\u00e8re plusieurs formes de r\u00e9sistance. R\u00e9sistance mentale, d\u2019abord&nbsp;: les corps se tendent et se plient&nbsp;; une tentative de plongeon est un combat avec son propre corps. Les curistes n\u2019y arrivent pas, ou plut\u00f4t ne veulent pas, et retournent \u00e0 leurs \u00e9ternelles complaintes et bains de vapeur. R\u00e9sistance soci\u00e9tale et environnementale, aussi&nbsp;: Hannes, le ma\u00eetre-nageur, se fait acteur et moteur d\u2019une r\u00e9volution qu\u2019il m\u00e8ne seul&nbsp;: d\u00e9mis de ses fonctions, il tente tout pour emp\u00eacher ses thermes bien-aim\u00e9s de glisser sous l\u2019emprise d\u2019un capitalisme \u00e9go\u00efste, dont la repr\u00e9sentante est une femme-sir\u00e8ne bleue aux mani\u00e8res robotiques. Un grand drapeau rouge surplombe la sc\u00e8ne, l\u2019\u00e9tat de si\u00e8ge est d\u00e9clar\u00e9. Ce sont alors les bains thermaux eux-m\u00eames qui se rebellent&nbsp;: inondant tout, l\u2019eau jaillit des sources et \u00e9touffe toute forme de r\u00e9bellion et de tentative de vente. Comme dot\u00e9s d\u2019une volont\u00e9 propre, ils rendent \u00e0 l\u2019endroit son statut originel&nbsp;: ainsi, rien ne change vraiment.<\/p>\n\n\n\n<p>Chaque com\u00e9dien, hormis Rebecca Balestra, incarne deux personnages&nbsp;: un curiste-choriste et un employ\u00e9 des bains thermaux. Les com\u00e9diens vont et viennent sur le plateau&nbsp;: tant\u00f4t ils \u00e9mergent de passages creus\u00e9s sous la montagne de draps (donnant un aspect \u00ab&nbsp;boulevard&nbsp;\u00bb \u00e0 certaines sc\u00e8nes), tant\u00f4t ils l\u2019escaladent et se prom\u00e8nent dans les hauteurs, sous les projecteurs&nbsp;; ils se v\u00eatent et se d\u00e9v\u00eatent pour d\u00e9voiler les diff\u00e9rentes tensions qui animent leurs personnages, les r\u00e9sonances de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre. Le ch\u0153ur des curistes, d\u2019abord \u00e9clat\u00e9, s\u2019unifie peu \u00e0 peu pour par ne parler que d\u2019une seule et m\u00eame voix, ses multiples personnages ne devenant qu\u2019un&nbsp;: une mani\u00e8re, pour l\u2019auteur, d\u2019\u00e9voquer la culture de masse qui prend de plus en plus d\u2019ampleur aujourd\u2019hui. La pi\u00e8ce \u00e9volue dans une ambiance moite, chaude, le public occupant physiquement la place des baigneurs dans le grand bassin. T\u00e9moin non dissimul\u00e9 de l\u2019action, il rit de bon c\u0153ur aux mouvements extravagants du second ma\u00eetre nageur, \u00e0 la timidit\u00e9 du masseur, aux exc\u00e8s de l\u2019administratrice, \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat un peu trop marqu\u00e9 pour le soufre qui anime le g\u00e9ologue\u2026 Le rythme des r\u00e9pliques fait de chaque sc\u00e8ne une joute verbale, et le jeu sur plusieurs registres (familier, formel, po\u00e9tique, \u2026) et plusieurs types de d\u00e9bits (monotone, lent, rapide\u2026) cr\u00e9e un humour unique et subtil, qui rend aussi les personnages r\u00e9alistes. Des moments de po\u00e9sie immergent \u00e9galement le public dans la douceur des eaux thermales, et ce, y compris lors du dernier retournement de situation, dans lequel le personnage le moins touchant jusque l\u00e0 trouve une part d\u2019humanit\u00e9. La lumi\u00e8re bleue et blanche qui nimbe la sc\u00e8ne \u00e9voque tour \u00e0 tour une ambiance st\u00e9rilis\u00e9e de bains thermaux et une atmosph\u00e8re sous-marine. La cure y appara\u00eet comme un lieu de r\u00e9volution naissante&nbsp;: \u00ab&nbsp;Cette cure pourrait \u00eatre aussi une possibilit\u00e9, \u00eatre une fente, pour dedans se ressaisir, cr\u00e9er un nouveau commencement dehors&nbsp;\u00bb affirme Hannes.<\/p>\n\n\n\n<p>La cure comme endroit calme et raisonnable, mais coup\u00e9 du monde ext\u00e9rieur&nbsp;: une parfaite m\u00e9taphore de la Suisse, et peut-\u00eatre m\u00eame de l\u2019Europe qui se \u00ab&nbsp;suissise&nbsp;\u00bb peu \u00e0 peu, selon Ferdinand Schmalz. A travers cette pi\u00e8ce, il nous pr\u00e9sente une image du monde tel qu\u2019il est aujourd\u2019hui, ou en passe de devenir. La forme du ch\u0153ur, qui rappelle la trag\u00e9die grecque, montre la \u00ab&nbsp;masse&nbsp;\u00bb monter au front et exprimer son d\u00e9saccord \u2013 une image du monde actuel, o\u00f9 les populations se rassemblent de plus en plus souvent pour manifester. Cette r\u00e9surgence du ch\u0153ur est caract\u00e9ristique de certaines mises en sc\u00e8ne contemporaines, dont celles de Mathieu Bertholet lui-m\u00eame qui, dans&nbsp;<em>Luxe, calme<\/em>, cr\u00e9\u00e9 au printemps 2018, avait notamment cr\u00e9\u00e9 un ch\u0153ur de pensionnaires d\u2019un h\u00f4tel de luxe dans les Alpes suisses, dans un contexte d\u2019ailleurs en partie similaire aux bains de&nbsp;<em>la r\u00e9sistance thermale<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Le fil narratif simple de la pi\u00e8ce m\u00e8ne droit au but sans \u00e9garement. C\u2019est une mise en garde, \u00e9galement&nbsp;: apr\u00e8s l\u2019industrialisation des thermes, au tour des th\u00e9\u00e2tres, affirme Hannes (ainsi que Schmalz). Un jeu subtil, un humour grin\u00e7ant, une mise en sc\u00e8ne habile&nbsp;:&nbsp;<em>la r\u00e9sistance thermale<\/em>&nbsp;s\u2019impose comme une pi\u00e8ce contemporaine et accessible, qui fait r\u00e9fl\u00e9chir avec humour aux maux de notre soci\u00e9t\u00e9. Et si vous y venez en tenue de bain dimanche, l\u2019entr\u00e9e sera gratuite.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>15 octobre 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/lena-rossel\/\">Lena Rossel<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/poche---gve.ch\/spectacle\/la-resistance-thermale\/\">Voir la pager du spectacle<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte de Ferdinand Schmalz \/ Traduction par Mathieu Bertholet \/ Mise en sc\u00e8ne de Jean-Daniel Piguet \/ Th\u00e9\u00e2tre Poche Gve \/ du 15 octobre au 16 d\u00e9cembre 2018 \/ Critique par Lena Rossel.<\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":12901,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,171,38],"tags":[210],"class_list":["post-12900","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-le-poche","category-spectacle","tag-lena-rossel"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12900","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12900"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12900\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20643,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12900\/revisions\/20643"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/12901"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12900"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12900"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12900"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}