{"id":12857,"date":"2018-10-15T13:49:18","date_gmt":"2018-10-15T11:49:18","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=12857"},"modified":"2025-02-09T17:32:51","modified_gmt":"2025-02-09T16:32:51","slug":"flammes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2018\/10\/flammes\/","title":{"rendered":"F(l)ammes"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">F(l)ammes<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">D\u2019Ahmed Madani \/ TKM \u2013 Th\u00e9\u00e2tre Kl\u00e9ber-M\u00e9leau \/ du 25 au 29 septembre 2018 \/ Critiques par Sarah Juilland, No\u00e9 Maggetti, Thibault Hugentobler, Jade Lambelet, Brice Torriani, Natacha Gallandat et Nad\u00e8ge Parent. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 septembre 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/sarah-juilland\/\">Sarah Juilland<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">D&rsquo;une flamm\u00e8che au brasier<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"750\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/flammes-francois-louis-athenas.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12854\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/flammes-francois-louis-athenas.jpg 1000w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/flammes-francois-louis-athenas-227x170.jpg 227w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/flammes-francois-louis-athenas-267x200.jpg 267w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/flammes-francois-louis-athenas-768x576.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/flammes-francois-louis-athenas-624x468.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Fran\u00e7ois Louis Ath\u00e9nas<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>F(l)ammes&nbsp;<em>\u2013 deuxi\u00e8me partie du triptyque&nbsp;<\/em>Face \u00e0 leur destin&nbsp;<em>d\u2019Ahmed Madani \u2013 est un spectacle qui donne chaud, tant aux corps qu\u2019aux c\u0153urs. Au fil de la repr\u00e9sentation, le public est embras\u00e9 par cette cr\u00e9ation \u00e9clectique, o\u00f9 fusionnent confidences, chants, danses et m\u00eame d\u00e9monstrations de karat\u00e9. Cette chaleur humaine est offerte par dix jeunes femmes aux origines h\u00e9t\u00e9roclites, qui ouvrent les portes de leur intimit\u00e9 en partageant leurs chemins de vie, leurs fragilit\u00e9s et leurs forces. \u00c0 travers un regard anthropologique envelopp\u00e9 de po\u00e9sie, Ahmed Madani interroge l\u2019histoire de l\u2019immigration en France, la construction des identit\u00e9s et le rapport aux racines. Le spectacle est un hymne \u00e0 la diversit\u00e9, mais \u00e9galement \u00e0 ce qui nous unit les uns aux autres, peu importe notre sexe, notre couleur de peau ou encore notre texture capillaire.&nbsp;<\/em>F(l)ammes<em>&nbsp;est un brasier d\u2019\u00e9motions, que chacun attise de son \u00e9tincelle d\u2019humanit\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La tonalit\u00e9 intimiste de la pi\u00e8ce r\u00e9sonne d\u00e8s l\u2019abord, \u00e0 travers le bruissement d\u2019un feu de camp cr\u00e9pitant, annonciateur de fables, r\u00e9cits l\u00e9gendaires et confidences. L\u2019atmosph\u00e8re se pr\u00e9cise par la projection d\u2019images sylvestres sur un \u00e9cran blanc en arri\u00e8re-fond, et par des enregistrements n\u00e9buleux de voix f\u00e9minines. L\u2019am\u00e9nagement de l\u2019espace sc\u00e9nique situe les spectateurs dans une ambiance de communion et d\u2019\u00e9change. Sur le devant de la sc\u00e8ne tr\u00f4ne un micro sur pied, pr\u00eat \u00e0 accueillir les mots \u2013 mais aussi les maux \u2013 des protagonistes. Une femme, tout sourire, fait son entr\u00e9e en fredonnant un air dans une langue inconnue. Elle se pr\u00e9sente au public en s\u2019adressant directement \u00e0 lui, puis se lance dans un monologue personnalis\u00e9 \u00e9voquant sa vie en banlieue \u2013 \u00ab&nbsp;une for\u00eat tr\u00e8s sensible&nbsp;\u00bb \u2013 et son amour pour l\u2019\u00e9ducation et la culture. Peu \u00e0 peu, le feu qu\u2019elle vient d\u2019allumer de ses propos s\u2019intensifie par l\u2019arriv\u00e9e d\u2019une, de deux, puis finalement de neuf autres f(l)ammes qui livrent, chacune \u00e0 leur tour, un morceau de leur identit\u00e9. D\u2019une fa\u00e7on kal\u00e9idoscopique, anecdotes et histoires personnelles se succ\u00e8dent et s\u2019imbriquent, jusqu\u2019\u00e0 former une mosa\u00efque d\u2019humanit\u00e9, faite de souffrances et de peines mais aussi de force et de caract\u00e8re. Pendant que l\u2019une s\u2019exprime, les autres patientent et l\u2019\u00e9coutent respectueusement, assises sur des chaises \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de la sc\u00e8ne. Une lumi\u00e8re chaude caresse les visages et d\u00e9double les corps, projetant les silhouettes au sol \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un th\u00e9\u00e2tre d\u2019ombres chinoises.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien qu\u2019elles ne soient pas actrices de profession, ces femmes \u00e9blouissent par leur aura sc\u00e9nique, leur prestance et leur \u00e9loquence. Toutes issues de milieux populaires fran\u00e7ais, elles se font progressivement actrices de leur vie en se racontant sur sc\u00e8ne, devant un public. Leurs t\u00e9moignages authentiques se trouvent \u00ab&nbsp;fictionnalis\u00e9s&nbsp;\u00bb par la mise en sc\u00e8ne et le travail d\u2019\u00e9criture. Les sujets abord\u00e9s sont h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes, allant de la simple anecdote \u00e0 la l\u00e9gende et de la plaisanterie aux larmes. L\u2019une rappelle le mythe d\u2019Ulysse et l\u2019attente inlassable de P\u00e9n\u00e9lope&nbsp;; une autre parle de son attirance pour la culture japonaise et de son style hybride \u2013 \u00ab&nbsp;je suis une mosa\u00efque kal\u00e9idoscopique&nbsp;\u00bb \u2013&nbsp;; une autre se confie \u00e0 propos de violences subies dans son enfance&nbsp;; une autre rit de sa pr\u00e9tendue banalit\u00e9&nbsp;; une autre s\u2019insurge contre le patriarcat&nbsp;; une autre se r\u00e9jouit de l\u2019ind\u00e9pendance alg\u00e9rienne v\u00e9cue par ses parents. Au c\u0153ur de ces discours de prime abord d\u00e9cousus, se cachent des questionnements partag\u00e9s autour de la place des femmes dans la soci\u00e9t\u00e9 et de la difficult\u00e9 de se construire et de s\u2019affirmer en tant que personne. Toutes ces jeunes femmes semblent tiraill\u00e9es entre l\u2019envie et le besoin de se singulariser d\u2019une part, et l\u2019attachement \u00e0 leur origine et \u00e0 leur famille \u2013 cette \u00ab&nbsp;prison pleine d\u2019amour&nbsp;\u00bb \u2013 d\u2019autre part. Au fur et \u00e0 mesure de la repr\u00e9sentation, les monologues s\u2019\u00e9teignent au profit d\u2019une explosion de danses, de cris, de musiques et de chants. Cette effervescence collective gagne finalement le public, qui s\u2019enflamme \u00e0 son tour et se fait entendre par un tonnerre d\u2019applaudissements.<\/p>\n\n\n\n<p>En travaillant sur l\u2019individu et la diff\u00e9rence, Ahmed Madani forme le dessein de toucher l\u2019universel par le particulier&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il s\u2019agit de chercher \u00e0 travers la singularit\u00e9 d\u2019une personne sa dimension universelle&nbsp;\u00bb. Les t\u00e9moignages de ces femmes, toutes diff\u00e9rentes mais dou\u00e9es d\u2019une certaine force de caract\u00e8re, dressent un tableau color\u00e9 et vivant du monde dans lequel nous vivons. Elles se livrent sans filtres et font part de leurs peurs et faiblesses. Pourtant, ce n\u2019est pas de la fragilit\u00e9 qui \u00e9mane du spectacle&nbsp;: c\u2019est de&nbsp;<em>l\u2019humanit\u00e9<\/em>. Avec justesse, le dramaturge parvient \u00e0 saisir la diversit\u00e9 tout en nous unissant dans nos diff\u00e9rences, au nom du partage. Geste \u00e0 la fois po\u00e9tique et social,&nbsp;<em>F(l)amme<\/em>&nbsp;est un&nbsp;<em>melting pot<\/em>&nbsp;d\u2019humanit\u00e9 qui illustre le propos de l\u2019anthropologue Claude L\u00e9vi-Strauss&nbsp;: \u00ab&nbsp;La diversit\u00e9 des cultures humaines ne doit pas nous inviter \u00e0 une observation morcelante ou morcel\u00e9e. Elle est moins fonction de l\u2019isolement des groupes que des relations qui les unissent&nbsp;\u00bb (<em>Race et histoire<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 septembre 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/sarah-juilland\/\">Sarah Juilland<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 septembre 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/noe-maggetti\/\">No\u00e9 Maggetti<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Ten women show<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1621\" height=\"1200\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-10-18-\u00e0-15.39.06.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-12888\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-10-18-\u00e0-15.39.06.png 1621w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-10-18-\u00e0-15.39.06-230x170.png 230w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-10-18-\u00e0-15.39.06-270x200.png 270w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-10-18-\u00e0-15.39.06-768x569.png 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-10-18-\u00e0-15.39.06-1024x758.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-10-18-\u00e0-15.39.06-624x462.png 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 1621px) 100vw, 1621px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Madani Compagnie<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>T\u00e9moignages successifs de femmes issues de quartiers fran\u00e7ais \u00ab&nbsp;sensibles&nbsp;\u00bb,&nbsp;<\/em>F(l)ammes<em>, spectacle d\u2019Ahmed Madani rencontrant un succ\u00e8s important en France depuis pr\u00e8s de deux ans, fait une escale au TKM. Enflamm\u00e9, le discours des protagonistes est porteur d\u2019une soif de libert\u00e9, et met en avant par le biais d\u2019un humour sans complexes la n\u00e9cessit\u00e9 de prendre en compte l\u2019intersectionnalit\u00e9 au sein des luttes politiques.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>F(l)ammes<\/em>, ce sont dix jeunes femmes issues de l\u2019immigration qui exposent, l\u2019une apr\u00e8s l\u2019autre, leur trajectoire de vie dans des quartiers consid\u00e9r\u00e9s comme \u00ab&nbsp;difficiles&nbsp;\u00bb. Aucune d\u2019entre elles n\u2019est une actrice professionnelle&nbsp;: Ahmed Madani les a choisies pour leur personnalit\u00e9 parmi plus d\u2019une centaine de candidates issues des banlieues, qu\u2019il a rencontr\u00e9es avant m\u00eame de commencer l\u2019\u00e9criture de son spectacle. Celle-ci s\u2019est faite \u00e0 partir des r\u00e9cits de celles qu\u2019il a s\u00e9lectionn\u00e9es pour incarner le second volet de sa trilogie politique, initi\u00e9e en 2012 avec&nbsp;<em>Illumination(s)<\/em>. Devant une salle comble, ces femmes \u00e9voquent donc, avec un naturel d\u00e9contenan\u00e7ant, leurs propres exp\u00e9riences dans leur milieu d\u2019origine, retra\u00e7ant des morceaux de vie parfois tragiques, toujours touchants. Le spectacle \u00e9vite habilement l\u2019\u00e9cueil de la dramatisation&nbsp;: en effet, le sujet est trait\u00e9 avec une certaine autod\u00e9rision, au sein d\u2019un dispositif sc\u00e9nique rappelant le&nbsp;<em>one man show<\/em>, s\u2019appuyant principalement sur un micro situ\u00e9 sur le devant de la sc\u00e8ne et sur un \u00e9clairage en douche. Sous forme de monologues, Ludivine, Chirine, In\u00e8s et leurs complices \u00e9voquent avec un humour d\u00e9complex\u00e9 leurs liens avec leurs origines, leur famille, leurs traditions, tout en soulevant la question de leur place dans la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise. Le spectateur assiste au r\u00e9cit de parcours individuels, mais ressent \u00e9galement la puissance d\u2019une lutte commune \u00e0 toutes ces protagonistes, qui s\u2019expriment dans la m\u00eame perspective&nbsp;: la lib\u00e9ration des femmes et l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les genres. Une volont\u00e9 de r\u00e9volte se d\u00e9gage du spectacle, passant par le biais d\u2019un rire lib\u00e9rateur&nbsp;: d\u00e8s les premi\u00e8res phrases, l\u2019ironie des protagonistes fait mouche, et semble convaincre un public qui rit de bon c\u0153ur.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, sous le couvert de la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de ce qu\u2019on pourrait d\u00e9signer comme un&nbsp;<em>ten women show<\/em>, les personnages d\u00e9ploient des r\u00e9flexions sur des sujets de soci\u00e9t\u00e9 aussi importants que l\u2019excision, la maternit\u00e9, ou encore le racisme.&nbsp;<em>F(l)ammes<\/em>&nbsp;en devient un spectacle profond\u00e9ment politique, relevant de la lutte intersectionnelle&nbsp;: ce n\u2019est pas seulement une ode \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 des genres, mais aussi un appel au respect des diff\u00e9rences ethniques, culturelles, religieuses et sociales. En effet, les propos ne portent pas uniquement sur la situation des femmes en France et ailleurs&nbsp;: sont \u00e9galement mis en sc\u00e8ne les d\u00e9saccords entre personnes racis\u00e9es \u00e0 propos de leur propre statut dans la soci\u00e9t\u00e9, les jugements st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s \u00e9mis \u00e0 l\u2019encontre des femmes portant le voile, ou encore les difficult\u00e9s financi\u00e8res souvent associ\u00e9es aux quartiers desquels ces femmes sont issues.&nbsp;<em>F(l)ammes<\/em>&nbsp;est un projet f\u00e9ministe, mais pas seulement&nbsp;: son propos central est exprim\u00e9 d\u00e8s les premi\u00e8res phrases, prononc\u00e9es par Ludivine, qui raconte qu\u2019un professeur de fran\u00e7ais lui avait donn\u00e9 comme viatique la phrase \u00ab&nbsp;n\u2019aie jamais honte d\u2019o\u00f9 tu viens&nbsp;\u00bb. Conseil dont le spectacle est une forme de mise en pratique&nbsp;: c\u2019est une envie de libert\u00e9 qui domine dans le discours de ces femmes, la volont\u00e9 de pouvoir s\u2019exprimer sans barrages pour mettre en lumi\u00e8re la singularit\u00e9 de leur parcours et leur lutte quotidienne face \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 souvent sexiste et intol\u00e9rante.<\/p>\n\n\n\n<p>Le spectacle insiste par ailleurs sur la n\u00e9cessit\u00e9 de prendre la parole pour rendre visible une r\u00e9alit\u00e9 d\u2019ordinaire dissimul\u00e9e, le quotidien dans les banlieues. Prise de parole qui s\u2019av\u00e8re centrale, car c\u2019est la voix de ces femmes, pleine d\u2019\u00e9nergie, qui meuble une sc\u00e8ne au d\u00e9cor minimaliste&nbsp;: neuf chaises, dans l\u2019arri\u00e8re sc\u00e8ne, sur lesquelles celles qui ne parlent pas sont assises, comme \u00e0 l\u2019\u00e9coute de celle d\u2019entre elles qui s\u2019exprime. De plus, leur discours sort volontiers le spectateur de sa zone de confort&nbsp;: adresse \u00e0 l\u2019assistance, interactions avec elle, illumination de la salle enti\u00e8re permettant aux actrices de croiser le regard des gens, autant de strat\u00e9gies pour brouiller la distinction entre l\u2019espace sc\u00e9nique et le public. Ce dernier est ainsi int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 la pi\u00e8ce, ce qui le rend d\u2019autant plus sensible aux t\u00e9moignages qui lui sont livr\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>La puissance socio-politique du spectacle est encore renforc\u00e9e par sa dimension po\u00e9tique, port\u00e9e par des choix esth\u00e9tiques forts&nbsp;: les monologues sont entrecoup\u00e9s de performances chant\u00e9es ou dans\u00e9es, jouant avec la corporalit\u00e9 et s\u2019appuyant souvent sur des jeux d\u2019ombres, les formes des corps volontiers projet\u00e9es sur le fond blanc qui sert de d\u00e9cor global \u00e0 la pi\u00e8ce. Est \u00e9galement int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 la repr\u00e9sentation la projection d\u2019images des protagonistes seules ou en groupe, posant souvent dans un d\u00e9cor de verdure. Ce dernier s\u2019offre presque comme une m\u00e9taphore de l\u2019espace de libert\u00e9 qu\u2019offre \u00e0 ces dix femmes l\u2019entreprise th\u00e9\u00e2trale dans laquelle elles se sont engag\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p><em>F(l)ammes<\/em>&nbsp;manifeste ainsi l\u2019une des possibilit\u00e9s politiques du spectacle th\u00e9\u00e2tral&nbsp;: \u00e9vitant le ton grave souvent associ\u00e9 aux th\u00e9matiques qu\u2019il aborde, le spectacle conserve la force du t\u00e9moignage dans un texte plein d\u2019humour. Celui-ci diss\u00e9mine progressivement, par touches subtiles, un message de tol\u00e9rance, et incite celles qui sont (trop) souvent contraintes au silence \u00e0 prendre la parole.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 septembre 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/noe-maggetti\/\">No\u00e9 Maggetti<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 septembre 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/thibault-hugentobler\/\">Thibault Hugentobler<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Viens, vis et deviens<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1657\" height=\"1200\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-10-18-\u00e0-17.18.10.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-12893\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-10-18-\u00e0-17.18.10.png 1657w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-10-18-\u00e0-17.18.10-235x170.png 235w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-10-18-\u00e0-17.18.10-276x200.png 276w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-10-18-\u00e0-17.18.10-768x556.png 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-10-18-\u00e0-17.18.10-1024x742.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-10-18-\u00e0-17.18.10-624x452.png 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 1657px) 100vw, 1657px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Madani Compagnie<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>F(l)ammes&nbsp;<em>donne \u00e0 entendre les exp\u00e9riences de vie de dix femmes habitant la banlieue parisienne. \u00c0 travers leurs r\u00e9cits, isol\u00e9s ou entrem\u00eal\u00e9s, les com\u00e9diennes rendent compte de l\u2019universalit\u00e9 de ce qu\u2019elles ont v\u00e9cu, entre aspiration et confrontation. La sc\u00e8ne devient alors le r\u00e9ceptacle d\u2019une voix multiple, d\u2019une r\u00e9volte en devenir.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;I\u2019ve got life and nobody\u2019s gonna take it away&nbsp;\u00bb&nbsp;(Nina Simone)<\/p>\n\n\n\n<p>Elles sont dix. Elles s\u2019avancent tour \u00e0 tour pour livrer en une dizaine de minutes un pan de leur histoire, de leur condition, de leurs exp\u00e9riences,\u2026 Elles sourient, enragent, provoquent, accueillent, questionnent puis dansent et chantent. Elles sont une, elles sont ce cri p\u00e9riph\u00e9rique qui \u00e9branle et renverse. Elles sont une r\u00e9volte, un feu br\u00fblant de vitalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019espace d\u00e9positaire de ces r\u00e9cits adopte la forme d\u2019un cube blanc dont seules deux faces sont visibles, en arri\u00e8re-sc\u00e8ne et sur le sol&nbsp;; les autres se devinent \u00e9vitant d\u2019empi\u00e9ter physiquement sur la circulation des com\u00e9diennes. Neuf chaises sont align\u00e9es au fond et un micro sur pied est pos\u00e9 en bord de sc\u00e8ne. Le\/la spectateur\/trice d\u00e9couvre par cette installation le caract\u00e8re de t\u00e9moignage du spectacle qui d\u00e9bute sous ses yeux. Le cube devient, par l\u2019entremise d\u2019une voix&nbsp;<em>off<\/em>, diff\u00e9rents lieux, diff\u00e9rents temps accueillant un instant toutes et chacune des femmes.<\/p>\n\n\n\n<p>Si au premier abord, la pi\u00e8ce adopte la forme d\u2019un encha\u00eenement de t\u00e9moignages, le ton change rapidement vers un discours plus universel, physique et incisif. Par un proc\u00e9d\u00e9 astucieux, le d\u00e9roulement de la pi\u00e8ce est alt\u00e9r\u00e9 par la r\u00e9action de l\u2019une des com\u00e9diennes. Depuis le public, celle-ci s\u2019insurge contre la teneur personnelle des t\u00e9moignages. Avec l\u2019aide du personnel de salle, c\u2019est \u00e0 la fois l\u2019illusion th\u00e9\u00e2trale qui est bris\u00e9e mais aussi le cube, l\u2019espace d\u00e9positaire des r\u00e9cits install\u00e9 au d\u00e9but. La com\u00e9dienne se l\u00e8ve, crie, on lui demande de sortir mais elle s\u2019\u00e9lance sur la sc\u00e8ne, suivie de pr\u00e8s par une autre com\u00e9dienne et des placeurs. Interpel\u00e9es, les com\u00e9diennes d\u00e9j\u00e0 sur sc\u00e8ne se l\u00e8vent et sont vite second\u00e9es par celles qui sont encore en coulisses. Le cube devient espace de dispute, de mise en dialogue des singularit\u00e9s. On y parle d\u2019appartenance, de conditionnement, de domination, on recentre le propos et la dynamique de la pi\u00e8ce. Les dix femmes s\u2019approprient alors la sc\u00e8ne, elles font du cube leur espace de parole. Elles s\u2019allient dans l\u2019universalit\u00e9 et dans la diff\u00e9rence de leurs exp\u00e9riences.<\/p>\n\n\n\n<p>La dispute marque un point de bascule. Les com\u00e9diennes investissent activement la sc\u00e8ne, refusant la logique impos\u00e9e par le premier mode op\u00e9ratoire. Elles se soutiennent les unes et les autres, devenant karateka, soldat au garde \u00e0 vous, ch\u0153ur ou danseuse. Il ne s\u2019agit plus d\u2019assister, mais de faire vivre le discours, de symboliser une r\u00e9volte, un cri du c(h)\u0153ur face \u00e0 la domination. La parole devient une arme.<\/p>\n\n\n\n<p>Pr\u00e9sentant son projet, Ahmed Madani met en avant une \u00e9criture bas\u00e9e sur l\u2019immersion. Les dix femmes sont \u00e0 l\u2019origine du texte, basant leur discours sur leur vie. S\u2019agissant d\u2019une cr\u00e9ation int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 la trilogie&nbsp;<em>Face \u00e0 leur destin<\/em>&nbsp;et en tourn\u00e9e depuis 2016 dont le texte a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9, il serait bon de se demander dans quelle mesure la performance&nbsp;<em>fictionnalise<\/em>&nbsp;la r\u00e9alit\u00e9 de ces femmes. En effet, s\u2019il y a discours rapport\u00e9, r\u00e9p\u00e9t\u00e9 chaque soir, il y a aussi com\u00e9diennes et personnages. Seulement, avec&nbsp;<em>F(l)ammes<\/em>&nbsp;la fronti\u00e8re est fine. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, le proc\u00e9d\u00e9 de mise en sc\u00e8ne donne \u00e0 voir une pi\u00e8ce traitant de la vie de dix femmes issues de banlieues dites \u00ab&nbsp;sensibles&nbsp;\u00bb&nbsp;; les personnages sont invit\u00e9s \u00e0 t\u00e9moigner, \u00e0 converser, \u00e0 s\u2019exprimer frontalement, \u00e0 ironiser sur leur condition. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, en brisant le quatri\u00e8me mur de l\u2019ext\u00e9rieur, et par extension le cube, les com\u00e9diennes donnent \u00e0 cette soir\u00e9e de t\u00e9moignages fictionnels une toute autre saveur. Les personnages subsistent et habitent la pi\u00e8ce sur sc\u00e8ne et sur le papier&nbsp;; dans le public, les deux com\u00e9diennes qui troublent le bon d\u00e9roulement du spectacle se confrontent \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019instant de repr\u00e9sentation.<\/p>\n\n\n\n<p><em>F(l)ammes<\/em>&nbsp;se conclut sur un message d\u2019\u00e9galit\u00e9 et de libert\u00e9. En prenant le contr\u00f4le de la sc\u00e8ne, les com\u00e9diennes permettent \u00e0 leurs personnages de se r\u00e9approprier leurs discours. Ce ne sont plus de simples t\u00e9moignages mais bien des coups de pieds dans la fourmili\u00e8re soci\u00e9tale&nbsp;; ce ne sont plus des paroles dispers\u00e9es mais un tissage d\u2019exp\u00e9riences diverses. Un magma en fusion d\u00e9jouant la logique du cube qui se vide de son micro, de ses chaises et devient espace de libert\u00e9, de joie et de danse. Renversant.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 septembre 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/thibault-hugentobler\/\">Thibault Hugentobler<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 septembre 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/jade-lambelet\/\">Jade Lambelet<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Br\u00fblante d\u2019\u00eatre femme, br\u00fblante d\u2019\u00eatre soi<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1605\" height=\"1200\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-10-23-\u00e0-09.01.51.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-12906\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-10-23-\u00e0-09.01.51.png 1605w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-10-23-\u00e0-09.01.51-227x170.png 227w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-10-23-\u00e0-09.01.51-268x200.png 268w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-10-23-\u00e0-09.01.51-768x574.png 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-10-23-\u00e0-09.01.51-1024x766.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-10-23-\u00e0-09.01.51-624x467.png 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 1605px) 100vw, 1605px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Madani Compagnie<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Le TKM ouvre sa saison avec&nbsp;<\/em>F(l)ammes<em>, deuxi\u00e8me volet de la trilogie \u00e0 caract\u00e8re sociologique&nbsp;<\/em>Face \u00e0 leur destin&nbsp;<em>d\u2019Ahmed Madani. Apr\u00e8s avoir ouvert la sc\u00e8ne \u00e0 de jeunes hommes issus de quartiers populaires fran\u00e7ais, c\u2019est au tour, cette fois, de jeunes femmes de venir fr\u00f4ler les planches et de faire r\u00e9sonner la salle de leurs t\u00e9moignages. \u00c0 l\u2019occasion de ce spectacle, le metteur en sc\u00e8ne revisite en l\u2019\u00e9clatant le c\u00e9l\u00e8bre mod\u00e8le du \u00ab&nbsp;one man show&nbsp;\u00bb&nbsp;: ce n\u2019est plus un seul homme mais dix femmes qui s\u2019emparent de la sc\u00e8ne pour raconter leurs histoires individuelles teint\u00e9es tant\u00f4t d\u2019humour, tant\u00f4t de rage, de doutes, de fragilit\u00e9, de fiert\u00e9, de force et d\u2019espoir.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La sc\u00e8ne blanche ne se laisse habiter que par l\u2019unique pr\u00e9sence d\u2019un micro plac\u00e9 en son centre et d\u2019une dizaine de chaises soigneusement align\u00e9es \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, face au public. Tour \u00e0 tour, les corps, les voix, les rires et les danses de dix femmes viennent colorer cet espace vacant, ce tableau immacul\u00e9. C\u2019est ici qu\u2019elles ont chacune la place et la libert\u00e9 de questionner leur identit\u00e9, leur f\u00e9minit\u00e9, leur pass\u00e9 et leur avenir. Elles se partagent la sc\u00e8ne pour dire l\u2019importance de ne jamais avoir honte d\u2019o\u00f9 l\u2019on vient, d\u00e9construire les st\u00e9r\u00e9otypes li\u00e9s \u00e0 leurs origines, rappeler les souffrances et les discriminations v\u00e9cues au quotidien, clamer l\u2019amour de leur corps, \u00e9voquer les souvenirs parfois douloureux de leur enfance, penser leur r\u00f4le de m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Si Ahmed Madani ne qualifie pas son th\u00e9\u00e2tre de \u00ab&nbsp;documentaire&nbsp;\u00bb, il s\u2019agit pour lui d\u2019explorer et de s\u2019enqu\u00e9rir du monde, des facettes multiples des identit\u00e9s, de la diversit\u00e9 de toutes ces f\u00e9minit\u00e9s. Aucun r\u00f4le pr\u00e9con\u00e7u pour ces dix com\u00e9diennes non professionnelles qui incarnent, le temps de la repr\u00e9sentation, leur propre histoire, leur propre int\u00e9riorit\u00e9. Celui qui se nomme lui-m\u00eame \u00ab&nbsp;\u00e9crivain de th\u00e9\u00e2tre&nbsp;\u00bb a travaill\u00e9 d\u00e8s les premiers fondements de sa pi\u00e8ce \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un v\u00e9ritable chercheur&nbsp;: il interroge, \u00e9coute et r\u00e9colte r\u00e9cits et t\u00e9moignages que ces femmes acceptent de lui livrer. Ensemble et \u00e0 partir de ce mat\u00e9riel testimonial, ils \u00e9crivent ce qui deviendra plus tard le texte chaque soir racont\u00e9 et jou\u00e9 devant le public.<\/p>\n\n\n\n<p>Prenant ses racines dans la r\u00e9alit\u00e9 la plus brute, le th\u00e9\u00e2tre de Madani s\u2019inscrit, avec&nbsp;<em>F(l)ammes<\/em>, \u00e0 la fronti\u00e8re des genres (ceux du th\u00e9\u00e2tre et du documentaire) et ne cesse de jongler entre v\u00e9rit\u00e9 et illusion. Le questionnement identitaire se tient au c\u0153ur de toutes les r\u00e9flexions que la pi\u00e8ce parvient \u00e0 soulever. Tant du point de vue discursif que sc\u00e9nographique, les blessures, l\u2019\u00e9branlement, l\u2019invisibilit\u00e9 et la qu\u00eate de l\u2019identit\u00e9 sont exprim\u00e9s. Dans un premier temps, la parole le formule explicitement, puis les images (ombres et projections) en prennent peu \u00e0 peu le relais m\u00e9taphorique. Alors, les lumi\u00e8res projet\u00e9es sur les corps progressent du dessin d\u2019une seule ombre sur le sol \u00e0 toute une foule, \u00e9voquant les possibilit\u00e9s de d\u00e9ploiement infini du \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb. D\u00e9clin\u00e9 \u00e0 dix reprises dans une mosa\u00efque de monologues qui se succ\u00e8dent, le rapport \u00e0 soi, aux autres et au monde est livr\u00e9 au public frontalement par ces com\u00e9diennes qui&nbsp;<em>jouent leur propre r\u00f4le<\/em>, parlent de leur propre v\u00e9cu sans masque ni filtre mais qui finissent par devenir des personnages. C\u2019est dire que l\u2019essence de la pi\u00e8ce, extraite d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 quasiment \u00ab&nbsp;scientifique&nbsp;\u00bb, se mue en un v\u00e9ritable art, en une po\u00e9sie.<\/p>\n\n\n\n<p>De la for\u00eat \u00e9voquant tout \u00e0 la fois ses racines ancestrales et la m\u00e9taphore de la \u00ab&nbsp;jungle urbaine&nbsp;\u00bb dans laquelle la premi\u00e8re femme \u00e0 entrer sur sc\u00e8ne a grandi, nous glissons, transport\u00e9s par les images projet\u00e9es en fond, vers le r\u00e9cit d\u2019Ulysse et de P\u00e9n\u00e9lope dont la seconde com\u00e9dienne se sert pour figurer son mariage et son r\u00f4le de m\u00e8re. Si le voile de l\u2019une ne la d\u00e9finit pas, le style extravagant de l\u2019autre cache sous ses frous-frous et ses couleurs criardes une nature bien diff\u00e9rente et lui permet, malgr\u00e9 les apparences, de demeurer invisible. Elles sont toutes fran\u00e7aises, vivent en France et pour certaines y sont n\u00e9es. Un d\u00e9tail, leurs chaussures, semble rappeler cet unique point commun parmi leurs identit\u00e9s&nbsp;multiples : la France, ce pays, leur pays, le sol et la terre sur laquelle elle avancent aujourd\u2019hui. Toutes sont chauss\u00e9es des m\u00eames baskets dont seules les couleurs varient, comme pour dire, dans un second temps, la diversit\u00e9 de leurs origines. Celles-ci, souvent, sont li\u00e9es \u00e0 de douloureux et traumatiques souvenirs&nbsp;: le viol, le mariage forc\u00e9, le racisme, le sexisme ou encore l\u2019excision.<\/p>\n\n\n\n<p>Si rien ni personne ne leur avait permis de prendre la parole jusqu\u2019alors, leurs voix s\u2019\u00e9l\u00e8vent d\u00e9sormais et font jaillir ce feu, ces flammes qu\u2019elles pr\u00e9servaient cach\u00e9es en elles. Du discours, le spectacle s\u2019\u00e9tend au chant et \u00e0 la danse. Progressivement, les lumi\u00e8res projettent sur le sol et le mur blancs les ombres des corps statiques puis dansants qui se d\u00e9multiplient et se diss\u00e9minent \u00e0 l\u2019image d\u2019un grand brasier. Les discours \u00e9galement montent en puissance au fil du spectacle et dans un geste de grande solidarit\u00e9, les corps se rassemblent pour s\u2019unir une derni\u00e8re fois avant de reprendre, sous les applaudissements du public, la musique d\u2019Aretha Franklin. Percutant, dr\u00f4le, \u00e9mouvant et regorgeant d\u2019une \u00e9nergie folle,&nbsp;<em>F(l)ammes<\/em>&nbsp;ne s\u2019adresse plus seulement \u00e0 celles qui sont issues des quartiers d\u00e9sign\u00e9s comme populaires mais \u00e0 toutes les femmes et m\u00eame, \u00e0 tout public&nbsp;: l\u2019individuel de ces intimit\u00e9s devenant r\u00e9alit\u00e9 collective, universelle. Loin du discours froid des m\u00e9dias, sous une ultime banni\u00e8re symbolique qu\u2019elles brandissent, les dix protagonistes se font, chacune \u00e0 leur mani\u00e8re, porte-paroles de la lutte pour l\u2019\u00e9galit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 septembre 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/jade-lambelet\/\">Jade Lambelet<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 septembre 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/brice-torriani\/\">Brice Torriani<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Les \u00e9chos singuliers d\u2019une humaine for\u00eat<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1600\" height=\"1200\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/PB040370.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12910\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/PB040370.jpg 1600w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/PB040370-227x170.jpg 227w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/PB040370-267x200.jpg 267w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/PB040370-768x576.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/PB040370-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/PB040370-624x468.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 1600px) 100vw, 1600px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Madani Compagnie<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Le TKM ouvre sa saison avec\u00a0<\/em>F(l)ammes<em>, deuxi\u00e8me volet de la trilogie \u00e0 caract\u00e8re sociologique\u00a0<\/em>Face \u00e0 leur destin\u00a0<em>d\u2019Ahmed Madani. Apr\u00e8s avoir ouvert la sc\u00e8ne \u00e0 de jeunes hommes issus de quartiers populaires fran\u00e7ais, c\u2019est au tour, cette fois, de jeunes femmes de venir fr\u00f4ler les planches et de faire r\u00e9sonner la salle de leurs t\u00e9moignages. \u00c0 l\u2019occasion de ce spectacle, le metteur en sc\u00e8ne revisite en l\u2019\u00e9clatant le c\u00e9l\u00e8bre mod\u00e8le du \u00ab\u00a0one man show\u00a0\u00bb\u00a0: ce n\u2019est plus un seul homme mais dix femmes qui s\u2019emparent de la sc\u00e8ne pour raconter leurs histoires individuelles teint\u00e9es tant\u00f4t d\u2019humour, tant\u00f4t de rage, de doutes, de fragilit\u00e9, de fiert\u00e9, de force et d\u2019espoir.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La sc\u00e8ne blanche ne se laisse habiter que par l\u2019unique pr\u00e9sence d\u2019un micro plac\u00e9 en son centre et d\u2019une dizaine de chaises soigneusement align\u00e9es \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, face au public. Tour \u00e0 tour, les corps, les voix, les rires et les danses de dix femmes viennent colorer cet espace vacant, ce tableau immacul\u00e9. C\u2019est ici qu\u2019elles ont chacune la place et la libert\u00e9 de questionner leur identit\u00e9, leur f\u00e9minit\u00e9, leur pass\u00e9 et leur avenir. Elles se partagent la sc\u00e8ne pour dire l\u2019importance de ne jamais avoir honte d\u2019o\u00f9 l\u2019on vient, d\u00e9construire les st\u00e9r\u00e9otypes li\u00e9s \u00e0 leurs origines, rappeler les souffrances et les discriminations v\u00e9cues au quotidien, clamer l\u2019amour de leur corps, \u00e9voquer les souvenirs parfois douloureux de leur enfance, penser leur r\u00f4le de m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Si Ahmed Madani ne qualifie pas son th\u00e9\u00e2tre de \u00ab&nbsp;documentaire&nbsp;\u00bb, il s\u2019agit pour lui d\u2019explorer et de s\u2019enqu\u00e9rir du monde, des facettes multiples des identit\u00e9s, de la diversit\u00e9 de toutes ces f\u00e9minit\u00e9s. Aucun r\u00f4le pr\u00e9con\u00e7u pour ces dix com\u00e9diennes non professionnelles qui incarnent, le temps de la repr\u00e9sentation, leur propre histoire, leur propre int\u00e9riorit\u00e9. Celui qui se nomme lui-m\u00eame \u00ab&nbsp;\u00e9crivain de th\u00e9\u00e2tre&nbsp;\u00bb a travaill\u00e9 d\u00e8s les premiers fondements de sa pi\u00e8ce \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un v\u00e9ritable chercheur&nbsp;: il interroge, \u00e9coute et r\u00e9colte r\u00e9cits et t\u00e9moignages que ces femmes acceptent de lui livrer. Ensemble et \u00e0 partir de ce mat\u00e9riel testimonial, ils \u00e9crivent ce qui deviendra plus tard le texte chaque soir racont\u00e9 et jou\u00e9 devant le public.<\/p>\n\n\n\n<p>Prenant ses racines dans la r\u00e9alit\u00e9 la plus brute, le th\u00e9\u00e2tre de Madani s\u2019inscrit, avec&nbsp;<em>F(l)ammes<\/em>, \u00e0 la fronti\u00e8re des genres (ceux du th\u00e9\u00e2tre et du documentaire) et ne cesse de jongler entre v\u00e9rit\u00e9 et illusion. Le questionnement identitaire se tient au c\u0153ur de toutes les r\u00e9flexions que la pi\u00e8ce parvient \u00e0 soulever. Tant du point de vue discursif que sc\u00e9nographique, les blessures, l\u2019\u00e9branlement, l\u2019invisibilit\u00e9 et la qu\u00eate de l\u2019identit\u00e9 sont exprim\u00e9s. Dans un premier temps, la parole le formule explicitement, puis les images (ombres et projections) en prennent peu \u00e0 peu le relais m\u00e9taphorique. Alors, les lumi\u00e8res projet\u00e9es sur les corps progressent du dessin d\u2019une seule ombre sur le sol \u00e0 toute une foule, \u00e9voquant les possibilit\u00e9s de d\u00e9ploiement infini du \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb. D\u00e9clin\u00e9 \u00e0 dix reprises dans une mosa\u00efque de monologues qui se succ\u00e8dent, le rapport \u00e0 soi, aux autres et au monde est livr\u00e9 au public frontalement par ces com\u00e9diennes qui&nbsp;<em>jouent leur propre r\u00f4le<\/em>, parlent de leur propre v\u00e9cu sans masque ni filtre mais qui finissent par devenir des personnages. C\u2019est dire que l\u2019essence de la pi\u00e8ce, extraite d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 quasiment \u00ab&nbsp;scientifique&nbsp;\u00bb, se mue en un v\u00e9ritable art, en une po\u00e9sie.<\/p>\n\n\n\n<p>De la for\u00eat \u00e9voquant tout \u00e0 la fois ses racines ancestrales et la m\u00e9taphore de la \u00ab&nbsp;jungle urbaine&nbsp;\u00bb dans laquelle la premi\u00e8re femme \u00e0 entrer sur sc\u00e8ne a grandi, nous glissons, transport\u00e9s par les images projet\u00e9es en fond, vers le r\u00e9cit d\u2019Ulysse et de P\u00e9n\u00e9lope dont la seconde com\u00e9dienne se sert pour figurer son mariage et son r\u00f4le de m\u00e8re. Si le voile de l\u2019une ne la d\u00e9finit pas, le style extravagant de l\u2019autre cache sous ses frous-frous et ses couleurs criardes une nature bien diff\u00e9rente et lui permet, malgr\u00e9 les apparences, de demeurer invisible. Elles sont toutes fran\u00e7aises, vivent en France et pour certaines y sont n\u00e9es. Un d\u00e9tail, leurs chaussures, semble rappeler cet unique point commun parmi leurs identit\u00e9s&nbsp;multiples : la France, ce pays, leur pays, le sol et la terre sur laquelle elle avancent aujourd\u2019hui. Toutes sont chauss\u00e9es des m\u00eames baskets dont seules les couleurs varient, comme pour dire, dans un second temps, la diversit\u00e9 de leurs origines. Celles-ci, souvent, sont li\u00e9es \u00e0 de douloureux et traumatiques souvenirs&nbsp;: le viol, le mariage forc\u00e9, le racisme, le sexisme ou encore l\u2019excision.<\/p>\n\n\n\n<p>Si rien ni personne ne leur avait permis de prendre la parole jusqu\u2019alors, leurs voix s\u2019\u00e9l\u00e8vent d\u00e9sormais et font jaillir ce feu, ces flammes qu\u2019elles pr\u00e9servaient cach\u00e9es en elles. Du discours, le spectacle s\u2019\u00e9tend au chant et \u00e0 la danse. Progressivement, les lumi\u00e8res projettent sur le sol et le mur blancs les ombres des corps statiques puis dansants qui se d\u00e9multiplient et se diss\u00e9minent \u00e0 l\u2019image d\u2019un grand brasier. Les discours \u00e9galement montent en puissance au fil du spectacle et dans un geste de grande solidarit\u00e9, les corps se rassemblent pour s\u2019unir une derni\u00e8re fois avant de reprendre, sous les applaudissements du public, la musique d\u2019Aretha Franklin. Percutant, dr\u00f4le, \u00e9mouvant et regorgeant d\u2019une \u00e9nergie folle,\u00a0<em>F(l)ammes<\/em>\u00a0ne s\u2019adresse plus seulement \u00e0 celles qui sont issues des quartiers d\u00e9sign\u00e9s comme populaires mais \u00e0 toutes les femmes et m\u00eame, \u00e0 tout public\u00a0: l\u2019individuel de ces intimit\u00e9s devenant r\u00e9alit\u00e9 collective, universelle. Loin du discours froid des m\u00e9dias, sous une ultime banni\u00e8re symbolique qu\u2019elles brandissent, les dix protagonistes se font, chacune \u00e0 leur mani\u00e8re, porte-paroles de la lutte pour l\u2019\u00e9galit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 septembre 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/brice-torriani\/\">Brice Torriani<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 septembre 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/natacha-gallandat\/\">Natacha Gallandat<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Ainsi soient-elles !<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1599\" height=\"1200\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-10-23-\u00e0-09.29.37.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-12915\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-10-23-\u00e0-09.29.37.png 1599w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-10-23-\u00e0-09.29.37-227x170.png 227w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-10-23-\u00e0-09.29.37-267x200.png 267w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-10-23-\u00e0-09.29.37-768x576.png 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-10-23-\u00e0-09.29.37-1024x768.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2018-10-23-\u00e0-09.29.37-624x468.png 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 1599px) 100vw, 1599px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Madani Compagnie<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Donner la parole, entendre ce que dix femmes issues de l\u2019immigration ont \u00e0 dire de leurs vies, en montrer la r\u00e9alit\u00e9 complexe et riche, voici l\u2019objectif que s\u2019\u00e9tait fix\u00e9 Ahmed Madani au d\u00e9but de son projet.&nbsp;<\/em>F(l)ammes<em>&nbsp;s\u2019emploie \u00e0 \u201cmontrer la face cach\u00e9e\u201d, \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler ces portraits.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Deuxi\u00e8me volet d\u2019une trilogie intitul\u00e9e&nbsp;<em>Face&nbsp;<\/em><em>\u00e0<\/em><em>&nbsp;leur destin,<\/em>&nbsp;cette pi\u00e8ce o\u00f9 dix femmes viennent s\u2019exprimer tour \u00e0 tour est un grand moment de partage et de transmission.<\/p>\n\n\n\n<p>Ahmed Madani, auteur et metteur en sc\u00e8ne a cherch\u00e9 \u00e0 interroger la mati\u00e8re vivante, \u00e0 \u00e9couter vraiment. Pour cela il lance en 2016 des stages-auditions pour des ateliers. Il annonce rechercher des \u00ab&nbsp;femme[s] entre 18 et 25 ans, n\u00e9e[s]&nbsp; de parents immigr\u00e9s et vivants [\u2026] dans un quartier dit sensible \u00bb. Il pr\u00e9cise vouloir faire \u00ab&nbsp;une description appliqu\u00e9e et minutieuse de ce que recouvre la r\u00e9alit\u00e9&nbsp;\u00bb. Le metteur en sc\u00e8ne a souhait\u00e9 ne pas \u00e9crire une seule ligne avant d\u2019avoir trouv\u00e9 celles qui accepteraient de le suivre dans cette aventure et qui lui livreraient alors leurs vies comme autant de mati\u00e8res \u00e0 l\u2019\u00e9criture. Deux ans et demi plus tard, le TKM-Th\u00e9\u00e2tre Kl\u00e9ber-M\u00e9leau, sur l\u2019invitation d\u2019Omar Porras re\u00e7oit cette pi\u00e8ce qui oscille entre auto-fiction et t\u00e9moignage.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re trace de ces t\u00e9moignages s\u2019\u00e9l\u00e8ve d\u00e8s le d\u00e9but de la pi\u00e8ce. Voix de femmes, bribes de phrases saisies se m\u00ealent au son des gouttes d\u2019eau, des embruns, d\u2019une rivi\u00e8re. Une premi\u00e8re vid\u00e9o en noir et blanc projet\u00e9e sur le fond de la sc\u00e8ne, r\u00e9alis\u00e9e par le plasticien vid\u00e9aste Nicolas Clauss, accompagne ces extraits sonores. Le travail de ce dernier s\u2019ins\u00e8rera, comme autant de tableaux oniriques, tout au long des r\u00e9cits, alternant portraits et nature.<br>Dans le fond de la sc\u00e8ne, quelques ombres alignent dix chaises. L\u2019une d\u2019entre elles s\u2019avance devant un micro, la parole se d\u00e9lie. Ludivine se raconte, elle qui circule entre une \u00e9cole de riche et son monde des quartiers, elle cite Claude L\u00e9vi-Strauss, se mue en cam\u00e9l\u00e9on, s\u2019amuse des id\u00e9es re\u00e7ues, elle qui est \u201csensible venant d\u2019un quartier sensible\u201d. Voil\u00e0 le public mis en situation, car ces fameuses id\u00e9es re\u00e7ues, ces clich\u00e9s que nous avons sur les banlieues fran\u00e7aises, elles vont, tout au long de leurs r\u00e9cits, les faire voler en \u00e9clats.<\/p>\n\n\n\n<p>Toutes issues de l\u2019immigration, venant toutes de quartiers dits d\u00e9favoris\u00e9s, les dix com\u00e9diennes qui n\u2019en \u00e9taient pas avant cette aventure, sont avant tout des femmes qui refusent de rentrer dans un moule, quel qu\u2019il soit. Originaires du Maghreb, d\u2019Afrique noire, de la Guadeloupe, d\u2019Ha\u00efti, elles sont autant de fran\u00e7aises. Pluralit\u00e9 des origines mais convergeant toutes vers un point commun : \u00eatre soi, choisir sa route. Elles se racontent, composant entre les h\u00e9ritages familiaux, la vie d\u2019une femme en France, la volont\u00e9 de se choisir un avenir, et le regard que l\u2019on pose sur elles de toutes parts. Ruptures, blessures, fractures, il y en a, beaucoup. Qu\u2019en ont-elles fait ? L\u2019une pr\u00e9vient : \u00ab&nbsp;Je ne veux pas de piti\u00e9&nbsp;\u00bb. Elles n\u2019en attirent pas. Ahmed Madani a su retranscrire dans ses textes, leur force, leur volont\u00e9, leur d\u00e9sir d\u2019\u00eatre elles, quel que soit le chemin qu\u2019elles avaient envie de prendre. Il a \u00e9galement r\u00e9ussi l\u2019\u00e9quilibre d\u00e9licat, tout au long de son \u00e9criture, d\u2019alterner entre \u00e9motion et humour.<\/p>\n\n\n\n<p>Chirine est ceinture noire de karat\u00e9, elle ne s\u2019en laisse conter par personne et c\u2019est bien l\u00e0 que r\u00e9side sa fragilit\u00e9. Concilier le protectionnisme paternel, la place attendue de la femme au sein de sa famille et son \u00e9mancipation naturelle. Anissa Kaki, elle aussi aime son p\u00e8re, m\u00eame s\u2019ils ne se comprennent plus. C\u2019est en retrouvant les gestes accomplis par sa grand-m\u00e8re autour du plat familial qu\u2019elle trouvera son \u00e9quilibre en alliant culture des anciens et vie de femme ind\u00e9pendante.&nbsp;Laur\u00e8ne vient de la Guadeloupe, mais elle est autre, une que personne ne conna\u00eet, qui est pleinement elle dans le monde des Harajuku. Elle chante merveilleusement en alternant japonais et cor\u00e9ens avec un accent impeccable. Oui, Laur\u00e8ne n\u2019est pas celle que nous pensons voir.&nbsp;Enfant, Dana croyait venir de la m\u00eame plan\u00e8te que E.T. car elle ne comprenait pas lorsque ses parents lui disaient venir d\u2019Ha\u00efti. Dana avec sa voix magnifique reprend&nbsp;<em>Ain<\/em><em>\u2019t got No, I got life<\/em>&nbsp;de Nina Simone. Toutes la reprendront plus tard, en entonnant&nbsp;<em>I<\/em><em>\u2019ve got my hair<\/em>&nbsp; et en y m\u00ealant&nbsp;<em>Respect<\/em>&nbsp;d\u2019Aretha Franklin. Haby se raconte au travers d\u2019un conte de sorci\u00e8re, elle est la seule \u00e0 parler \u00e0 la troisi\u00e8me personne, prenant un peu de distance salutaire avec son exp\u00e9rience.<\/p>\n\n\n\n<p>Se pose aussi la question des points de vue communs. Encore un pr\u00e9jug\u00e9 qui vole en \u00e9clat&nbsp;: leurs opinions divergent sur de nombreux points. Entre \u00e9clats de voix et tentative de conciliation, on aper\u00e7oit ce qui a \u00e9tay\u00e9 les longues heures de discussions entre ces femmes et l\u2019auteur, et ce qui a cr\u00e9\u00e9 cette pluralit\u00e9 de portraits.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne s\u2019agit pas juste de s\u2019asseoir et d\u2019\u00e9couter&nbsp;; la mise en sc\u00e8ne m\u00eale les t\u00e9moignages individuels et les moments collectifs : chants, danse lib\u00e9ratoire et jubilatoire, guerri\u00e8res avan\u00e7ant en un seul rang ou encore filles dessinant dans l\u2019air, simultan\u00e9ment, une repr\u00e9sentation de leurs m\u00e8res, diff\u00e9rents rythmes s\u2019alternent comme autant de couleurs vives. Couleurs que l\u2019on retrouve dans le choix des costumes, chacune \u00e9tant identifi\u00e9e par une pi\u00e8ce de v\u00eatement color\u00e9e qui la rend visuellement unique.<\/p>\n\n\n\n<p>Ahmed Madani le dit&nbsp;: il a trouv\u00e9 des perles, avec lesquelles il a compos\u00e9 un collier. Ces dix femmes sont autant de pierres pr\u00e9cieuses, taill\u00e9es par leurs propres soins, leurs histoires, leurs volont\u00e9s, qu\u2019un orf\u00e8vre a su mettre en avant, en faisant briller leurs \u00e9clats, leurs feux. Ainsi sont-elles.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 septembre 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/natacha-gallandat\/\">Natacha Gallandat<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 septembre 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/nadege-parent\/\">Nad\u00e8ge Parent<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Symbiose engag\u00e9e<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1600\" height=\"1200\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/PB020312.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12920\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/PB020312.jpg 1600w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/PB020312-227x170.jpg 227w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/PB020312-267x200.jpg 267w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/PB020312-768x576.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/PB020312-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/10\/PB020312-624x468.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 1600px) 100vw, 1600px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Madani Compagnie<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Monter un spectacle avec des jeunes femmes non com\u00e9diennes issues des quartiers populaires et po\u00e9tiser les probl\u00e9matiques actuelles de l\u2019immigration et de la place des femmes dans la soci\u00e9t\u00e9, au sein d\u2019univers culturels traditionnels parfois contraignants&nbsp;: tel est le projet ambitieux entrepris par le metteur en sc\u00e8ne Ahmed Madani pour le deuxi\u00e8me volet de sa trilogie&nbsp;<\/em>Face \u00e0 leur destin.<\/p>\n\n\n\n<p><em>F(l)ammes<\/em>, ce sont dix Fran\u00e7aises originaires d\u2019Afrique subsaharienne, d\u2019Afrique du Nord et des Antilles qui partagent la sc\u00e8ne et d\u00e9voilent sur le ton de la confidence des \u00e9pisodes de leur histoire. L\u2019exercice suppose une fronti\u00e8re trouble entre t\u00e9moignage et fiction, puisque le travail d\u2019\u00e9criture et de mise en sc\u00e8ne d\u2019Ahmed Madani \u00e9loigne ind\u00e9niablement le texte dramatique de l\u2019\u00e9v\u00e9nement v\u00e9cu. Mais sa remarquable r\u00e9alisation s\u00e9duit et le public se laisse porter par le partage tant\u00f4t \u00e9mouvant, d\u00e9sopilant ou r\u00e9voltant de Ludivine, Anissa A., Laur\u00e8ne, Maurine, In\u00e8s, Dana, Anissa K., Chirine, Yasmina et Haby.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019agencement des t\u00e9moignages prend la forme d\u2019une succession po\u00e9tique de tableaux statiques ou dynamiques alternant monologues, danses, chants, voix&nbsp;<em>off<\/em>&nbsp;ou encore extraits vid\u00e9o. La mise en sc\u00e8ne para\u00eet par ailleurs progresser vers une collectivisation&nbsp;: si les premiers tableaux sont individuels, ils prennent une dimension collective toujours plus forte au fur et \u00e0 mesure que la pi\u00e8ce progresse. Le spectacle s\u2019ouvre ainsi sur le t\u00e9moignage de Ludivine, qui se tient seule derri\u00e8re un micro \u00e0 l\u2019avant-centre de la sc\u00e8ne et partage tant\u00f4t avec sensibilit\u00e9, tant\u00f4t avec humour son rapport \u00e0 ses racines, \u00e0 sa famille et \u00e0 la France. Cette mise en sc\u00e8ne se r\u00e9p\u00e8te avec les confessions successives d\u2019Anissa A., Laur\u00e8ne et Maurine, sans aucune interaction entre les protagonistes, qui s\u2019asseyent sur les chaises dispos\u00e9es en arc-de-cercle au fond de la sc\u00e8ne \u00e0 la fin de leur intervention.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette dynamique lin\u00e9aire et it\u00e9rative instaur\u00e9e au d\u00e9but de la pi\u00e8ce subit cependant une rupture \u00e0 l\u2019entr\u00e9e en sc\u00e8ne d\u2019In\u00e8s, qui cr\u00e9e un moment de connivence avec le public pour le moins d\u00e9routant. \u00c0 partir de l\u00e0, les interactions entre les diff\u00e9rentes protagonistes se font de plus en plus fr\u00e9quentes, \u00e0 l\u2019image de l\u2019altercation impliquant la plupart des jeunes femmes autour de la question de la l\u00e9gitimit\u00e9 de se sentir fran\u00e7aise. On assiste d\u00e8s lors \u00e0 une succession de tableaux collectifs&nbsp;: la pr\u00e9paration mim\u00e9e de la mahdjouba par Anissa K. dont les gestes sont repris par toutes les protagonistes en arri\u00e8re-plan&nbsp;; la d\u00e9monstration g\u00e9n\u00e9rale de karat\u00e9 lorsque Chirine fait part de la violence de son p\u00e8re&nbsp;; la danse festive et d\u00e9jant\u00e9e qui vient cl\u00f4turer le t\u00e9moignage de Yasmina. Ces tableaux prennent une dimension toujours plus engag\u00e9e&nbsp;: la question de la maternit\u00e9 les r\u00e9unit toutes au centre de la sc\u00e8ne et leurs voix se superposent&nbsp;; elles entourent Haby qui t\u00e9moignent de l\u2019excision qu\u2019elle a subi \u00e0 son insu, marquant une prise de position collective face \u00e0 cette coutume. Enfin, l\u2019un des tableaux de groupe finaux aborde la question capillaire, symboliquement tr\u00e8s forte, puisque les cheveux repr\u00e9sentent l\u2019intimit\u00e9, mais aussi la diff\u00e9rence, dont on peut \u00eatre fier&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Le renversement par rapport \u00e0 la lin\u00e9arit\u00e9 des tableaux individuels d\u2019ouverture, la collectivisation progressive de la mise en sc\u00e8ne et la distance que le texte dramatique instaure vis-\u00e0-vis de l\u2019\u00e9v\u00e9nement v\u00e9cu conf\u00e8rent \u00e0 ces t\u00e9moignages singuliers une dimension universelle. Bien qu\u2019Ahmed Madani se d\u00e9fende de chercher \u00e0 v\u00e9hiculer un message politique \u00e0 travers&nbsp;<em>F(l)ammes<\/em>, les tableaux de groupe manifestent un certain engagement id\u00e9ologique au regard des th\u00e9matiques du genre, des origines et des traditions, embrayant ainsi une r\u00e9flexion chez les spectateurs et ouvrant des perspectives r\u00e9flexives plus globales.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 septembre 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/nadege-parent\/\">Nad\u00e8ge Parent<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.tkm.ch\/representation\/cbr\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u2019Ahmed Madani \/ TKM \u2013 Th\u00e9\u00e2tre Kl\u00e9ber-M\u00e9leau \/ du 25 au 29 septembre 2018 \/ Critiques par Sarah Juilland, No\u00e9 Maggetti, Thibault Hugentobler, Jade Lambelet, Brice Torriani, Natacha Gallandat et Nad\u00e8ge Parent.<\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":12858,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,170],"tags":[211,202,213,212,205,200,203],"class_list":["post-12857","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-tkm-theatre-kleber-meleau","tag-brice-torriani","tag-jade-lambelet","tag-nadege-parent","tag-natacha-gallandat","tag-noe-maggetti","tag-sarah-juilland","tag-thibault-hugentobler"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12857","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12857"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12857\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20648,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12857\/revisions\/20648"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/12858"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12857"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12857"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12857"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}