{"id":12736,"date":"2018-06-05T11:53:39","date_gmt":"2018-06-05T09:53:39","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=12736"},"modified":"2025-02-09T17:34:21","modified_gmt":"2025-02-09T16:34:21","slug":"la-reprise-histoires-du-theatre-i","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2018\/06\/la-reprise-histoires-du-theatre-i\/","title":{"rendered":"La Reprise\u00a0: Histoire(s) du th\u00e9\u00e2tre (I)"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">La Reprise\u00a0: Histoire(s) du th\u00e9\u00e2tre (I)<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">De Milo Rau \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ du 30 mai au 2 juin 2018 \/ Critiques par Lucien Zuchuat et Basile Seppey. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>30 mai 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/lucien-zuchuat\/\">Lucien Zuchuat<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Ce qu&rsquo;on ne peut pas dire, c&rsquo;est cela qu&rsquo;il faut faire<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/06\/Copyright-Hubert-Amiel_022693-nef-2-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12729\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/06\/Copyright-Hubert-Amiel_022693-nef-2-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/06\/Copyright-Hubert-Amiel_022693-nef-2-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/06\/Copyright-Hubert-Amiel_022693-nef-2-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/06\/Copyright-Hubert-Amiel_022693-nef-2-768x513.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/06\/Copyright-Hubert-Amiel_022693-nef-2-624x416.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/06\/Copyright-Hubert-Amiel_022693-nef-2.jpg 1798w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Hubert Amiel<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Dans&nbsp;<\/em>La Reprise&nbsp;: Histoire(s) du th\u00e9\u00e2tre (I)<em>, une troupe d\u2019acteurs li\u00e9geois s\u2019empare, pour le r\u00e9interpr\u00e9ter, d\u2019un fait divers sordide&nbsp;: la mort d\u2019un jeune homosexuel tabass\u00e9 par des inconnus une nuit d\u2019avril. Milo Rau en tire la mati\u00e8re d\u2019un spectacle qui multiplie avec virtuosit\u00e9 les niveaux de narration pour mieux interroger les limites de la repr\u00e9sentation de la violence sur sc\u00e8ne<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Un homme s\u2019avance dans la p\u00e9nombre. Que vient-il de faire&nbsp;? Seul \u00e0 l\u2019avant-sc\u00e8ne, les bras ballants, il se pose la question. Il est&nbsp;<em>entr\u00e9.&nbsp;<\/em>Ce sera sa r\u00e9ponse. Il nous confiera que c\u2019est le plus difficile,&nbsp;<em>entrer<\/em>. Qu\u2019apr\u00e8s, une fois sur sc\u00e8ne, les choses viennent d\u2019elles-m\u00eames, les gens se taisent, \u00e9coutent. Cela fait 50 ans, nous dit-il, qu\u2019il entre comme il l\u2019a fait. On ne peut que le croire&nbsp;: il demande qu\u2019on projette de la fum\u00e9e&nbsp;; il veut \u00eatre \u00e0 nouveau le fant\u00f4me du p\u00e8re d\u2019Hamlet qu\u2019il avait jou\u00e9 jadis. Il s\u2019ex\u00e9cute, simple, magistral, dans les vapeurs orang\u00e9es qui entourent son corps. Dans le creux s\u00e9pulcral de sa voix r\u00e9sonne un avertissement&nbsp;: ce que vous voyez n\u2019est qu\u2019illusion, \u00e9cran de fum\u00e9e. M\u00e9fiez-vous des pr\u00e9sences qui n\u2019en sont pas. Mais c\u2019est trop tard\u2026 l\u2019injonction du fant\u00f4me restera vaine&nbsp;; on s\u2019est tus, on \u00e9coute, fascin\u00e9s d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Eclairer le drame de gestes et de mots<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ind\u00e9niablement sous le signe d\u2019une r\u00e9flexion sur le th\u00e9\u00e2tre et ses possibles que Milo Rau place sa nouvelle cr\u00e9ation&nbsp;<em>La Reprise&nbsp;: Histoire(s) du th\u00e9\u00e2tre (I)<\/em>, un spectacle se situant volontairement au seuil, \u00e0 la fronti\u00e8re de deux mondes&nbsp;qu\u2019il m\u00eale dans un lent chass\u00e9-crois\u00e9 : d\u2019un c\u00f4t\u00e9, celui de notre r\u00e9alit\u00e9, dont un fragment sous forme de triste fait divers donne son corps \u00e0 l\u2019intrigue, de l\u2019autre, celui de la sc\u00e8ne et de ses illusions, jouissives autant qu\u2019elles peuvent \u00eatre perturbantes quand la mat\u00e9rialit\u00e9 du corps des acteurs s\u2019impose, \u00e0 la limite de l\u2019art performatif, dans la nudit\u00e9, la sexualit\u00e9 crue, la violence physique. Rau nous convie \u00e0 une r\u00e9flexion qu\u2019il m\u00e8ne devant nous, presque \u00e0 voix haute&nbsp;: qu\u2019est-ce que le th\u00e9\u00e2tre peut montrer ? Que doit-il, au contraire, garder pour soi&nbsp;? Sous quelle forme la violence trouve-t-elle ses droits de sc\u00e8ne&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Sur sc\u00e8ne, justement, le fant\u00f4me a disparu. Une cam\u00e9ra s\u2019est mise \u00e0 tourner&nbsp;; elle capte le visage d\u2019un homme projet\u00e9 en gros plan sur un \u00e9cran. La raison de sa pr\u00e9sence remonte \u00e0 une triste histoire&nbsp;: un soir d\u2019avril 2012, Ihsane Jarfi, un jeune homoseuxuel li\u00e9geois, est mont\u00e9 dans une polo grise \u00e0 la sortie d\u2019un bar. La voiture est partie&nbsp;; la discussion aura mal tourn\u00e9. On retrouvera son corps deux jours plus tard, nu et d\u00e9fonc\u00e9 en lisi\u00e8re de for\u00eat. Depuis, c\u2019est l\u2019incompr\u00e9hension&nbsp;; \u00e0 l\u2019absurdit\u00e9 implacable de cette mort, les proches opposent le silence de leur h\u00e9b\u00e9tude ou de vains questionnements.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9cid\u00e9s \u00e0 d\u00e9faire les fils du drame, \u00e0 le rejouer pour tenter de le comprendre, l\u2019\u00e9clairer de gestes et de mots, les membres d\u2019une troupe locale s\u2019emparent du fait divers&nbsp;: ils organisent, sur sc\u00e8ne, un casting, cherchant les acteurs pour incarner le jeune homme, sa m\u00e8re, son meurtrier. Ils les trouveront en la personne d\u2019un jeune fran\u00e7ais d\u2019origine b\u00e9ninoise \u00e0 qui, du fait de son teint m\u00e9tiss\u00e9, on fait syst\u00e9matiquement jouer les Arabes, d\u2019une retrait\u00e9e qui peine \u00e0 vivre de sa pension et qui a figur\u00e9, une fois, dans un film des fr\u00e8res Dardenne, enfants prodiges du plat pays, et enfin un jeune ch\u00f4meur passionn\u00e9 de musique \u00e9lectrique et DJ \u00e0 ses heures.<\/p>\n\n\n\n<p>Le drame de ces trois individus frappe par sa quotidiennet\u00e9. Leurs parcours respectifs dessinent la triste constellation d\u2019une ville en d\u00e9clin&nbsp;: les exploitations mini\u00e8res ont ferm\u00e9 et le ch\u00f4mage r\u00e8gne en ma\u00eetre, charriant son lot de frustrations. On devine sans peine quelle atmosph\u00e8re visqueuse de d\u00e9possession ondoie sous la bruine de la cit\u00e9 wallone.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Au seuil de l\u2019illusion<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La fronti\u00e8re, d\u00e9j\u00e0, est troubl\u00e9e entre le jeu et la v\u00e9rit\u00e9 : dans un proc\u00e9d\u00e9 qui est cher au th\u00e9\u00e2tre documentaire de Rau, personnages et acteurs se confondent dans un ballet de vrai-fausses confidences. Ici la confusion est pouss\u00e9e \u00e0 l\u2019extr\u00eame&nbsp;: un acteur marche seul sur sc\u00e8ne, la cam\u00e9ra le suit. Mais voil\u00e0 que sur l\u2019image projet\u00e9e, l\u2019acteur prom\u00e8ne un chien. On regarde une fois encore la sc\u00e8ne tant les mouvements sont calibr\u00e9s \u00e0 la perfection&nbsp;: non, vraiment, aucun chien. Le cin\u00e9ma tend aux com\u00e9diens un faux miroir qui donne lieu \u00e0 des sc\u00e8nes d\u2019une grande finesse&nbsp;: sur l\u2019\u00e9cran, les acteurs jouant les parents d\u2019Ihsane sont nus dans un lit. Sur sc\u00e8ne, le lit en question est vide. Les deux acteurs s\u2019assoient sur des chaises au milieu du plateau et se d\u00e9shabillent lentement pour rejouer, au mouvement pr\u00e8s, le langoureux baiser qu\u2019ils se donnent \u00e0 l\u2019\u00e9cran. Fait d\u2019autant plus marquant que la femme, lors du casting qu\u2019elle rejouait en d\u00e9but de pi\u00e8ce, avouait qu\u2019elle n\u2019oserait peut-\u00eatre pas se montrer nue devant un public.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est que le spectacle fonctionne beaucoup sur l\u2019autor\u00e9f\u00e9rence, l\u2019annonce (comme ces claques qu\u2019on apprend \u00e0 donner \u00ab&nbsp;pour de faux&nbsp;\u00bb et qui deviendront de lourds coups de pieds port\u00e9s \u00e0 l\u2019abdomen d\u2019Ihsane ou ces sons&nbsp;<em>sampl\u00e9s,<\/em>&nbsp;pr\u00e9sent\u00e9s lors du casting par le jeune DJ, et qu\u2019on reprendra plus tard pour cr\u00e9er l\u2019atmosph\u00e8re lourde et r\u00e9aliste du trajet en voiture la nuit du meurtre).<\/p>\n\n\n\n<p>Le th\u00e9\u00e2tre vient toujours au secours d\u2019un drame qui pourrait s\u2019enliser dans la violence pure&nbsp;: les sc\u00e8nes se closent sur un \u00ab&nbsp;Coupez&nbsp;!&nbsp;\u00bb sonore et les acteurs reprennent leur droit sur les personnages qu\u2019ils viennent d\u2019incarner. Plus qu\u2019une simple r\u00e9flexion sur le th\u00e9\u00e2tre, cet effet distanciant dirige l\u2019\u00e9motion vers ce qui, au regard du drame d\u2019Ihsane Jarfi, aurait pu \u00eatre une succession de d\u00e9tails&nbsp;: la d\u00e9tresse in\u00e9gale de ces individus, acteurs comme personnages, dans une ville \u00e0 l\u2019abandon, le t\u00e9moignage de la m\u00e8re qui esp\u00e8re \u00ab&nbsp;que tout cela est faux, que \u00e7a a d\u00fb arriver \u00e0 d\u2019autres, comme dans un film&nbsp;\u00bb, ou le r\u00e9cit du petit ami qui consulte une voyante et se raccroche aux signes les plus absurdes pour faire son deuil. Il donne lieu, en outre, \u00e0 des moments extr\u00eamement dr\u00f4les (lors de l\u2019entretien du d\u00e9but, on demandera \u00e0 l\u2019actrice qui interpr\u00e9tera la m\u00e8re si elle est croyante. \u2013&nbsp;<em>Non<\/em>, dira-t-elle. \u2013&nbsp;<em>Vous \u00eates italienne pourtant<\/em>\u2026 \u2013&nbsp;<em>Oui, mais communiste<\/em>). Le retour au th\u00e9\u00e2tre et \u00e0 l\u2019humour apr\u00e8s une sc\u00e8ne de violence agit comme une soupape lib\u00e9ratrice, quelque chose qui permet de retrouver un souffle dans le drame.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien s\u00fbr, cette interrogation m\u00e9tath\u00e9\u00e2trale ne r\u00e9sout en rien le drame qui se joue, le vrai, celui de ce jeune homosexuel tabass\u00e9 \u00e0 mort. Mais l\u00e0 n\u2019est pas le but du spectacle de Milo Rau. L\u2019histoire du jeune homme d\u00e9c\u00e9d\u00e9 est intouch\u00e9e, demeur\u00e9e lointaine, froide comme un dossier juridique. Jamais le myst\u00e8re n\u2019en est perc\u00e9, comme si le th\u00e9\u00e2tre, malgr\u00e9 tout ce qu\u2019il en peut montrer, se faisait un devoir de r\u00e9serve par rapport au v\u00e9cu. Ce qu\u2019on nous dit en substance, c\u2019est qu\u2019il serait futile d\u2019esp\u00e9rer percer une br\u00e8che dans la r\u00e9alit\u00e9, r\u00e9soudre quoi que ce soit de l\u2019innommable par la sc\u00e8ne\u2026 Que la force du th\u00e9\u00e2tre semble se situer ailleurs&nbsp;: dans le recours affich\u00e9 \u00e0 des proc\u00e9d\u00e9s qui lui sont propres, en se r\u00e9v\u00e9lant comme l\u2019artifice qu\u2019il est, il instaure en effet une distance avec la chose montr\u00e9e&nbsp;: la r\u00e9alit\u00e9 la plus crue y trouve un r\u00e9ceptacle o\u00f9 se manifester dans toute sa v\u00e9rit\u00e9, toute sa banalit\u00e9. Peut-\u00eatre est-ce bien l\u00e0 l\u2019ultime pouvoir de la sc\u00e8ne&nbsp;: montrer, sans n\u00e9cessairement tenter de le r\u00e9soudre ou d\u2019en creuser le drame, ce qui ne peut \u00eatre dit.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>30 mai 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/lucien-zuchuat\/\">Lucien Zuchuat<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>30 mai 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/basile-seppey\/\">Basile Seppey<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Lisi\u00e8res<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/06\/IMG_9721_HdT_cMichiel-Devijver-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12733\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/06\/IMG_9721_HdT_cMichiel-Devijver-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/06\/IMG_9721_HdT_cMichiel-Devijver-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/06\/IMG_9721_HdT_cMichiel-Devijver-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/06\/IMG_9721_HdT_cMichiel-Devijver-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/06\/IMG_9721_HdT_cMichiel-Devijver-624x416.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/06\/IMG_9721_HdT_cMichiel-Devijver.jpg 1800w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Michiel Devijver<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Apr\u00e8s<\/em>&nbsp;The Dark Ages, Empire&nbsp;<em>ou plus r\u00e9cemment&nbsp;<\/em>Les 120 journ\u00e9es de Sodome<em>, Milo Rau revient \u00e0 Vidy pour pr\u00e9senter&nbsp;<\/em>La Reprise&nbsp;: Histoire(s) du th\u00e9\u00e2tre (I),&nbsp;<em>une pi\u00e8ce composite qui traite d\u2019un fait divers autant que d\u2019elle-m\u00eame. Cette mise en regard d\u2019un geste th\u00e9\u00e2tral et d\u2019un \u00e9v\u00e8nement r\u00e9el invite \u00e0 penser ce que l\u2019on garde du th\u00e9\u00e2tre, ce que l\u2019on ram\u00e8ne avec soi en sortant de la sc\u00e8ne ou de la salle.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Les com\u00e9diens attendent le public. Ils sont assis sur des chaises, de chaque c\u00f4t\u00e9 de la sc\u00e8ne devant des tables sur lesquelles tra\u00eenent des feuilles, des verres d\u2019eau et des stabilos. On a l\u2019impression d\u2019interrompre le travail. Ils nous regardent faire silence, devenir le public. Au-dessus de la sc\u00e8ne flotte un \u00e9cran comme un \u00e9tendard, inexorable, et un peu de mobilier cr\u00e9e l\u2019espace&nbsp;: une table de mixage, un bar, un lit, un canap\u00e9. Johan Leysen entre en sc\u00e8ne et prof\u00e8re le prologue. Le propos est r\u00e9flexif&nbsp;: que se passe-t-il lorsque quelqu\u2019un monte sur sc\u00e8ne et, devant un public, cesse d\u2019\u00eatre un com\u00e9dien pour devenir un personnage&nbsp;? Il se transforme en livreur de pizza, dit-il, un bon acteur ne s\u2019interpose pas entre le public et la repr\u00e9sentation, il s\u2019efface pour mieux les rapprocher.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019image des productions pr\u00e9c\u00e9dentes de Rau, le jeu sur sc\u00e8ne est augment\u00e9 d\u2019une projection. Si la majorit\u00e9 des plans sont retransmis directement, quelques-uns ont \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9s au pr\u00e9alable. Ainsi appara\u00eet \u00e0 l\u2019\u00e9cran un chien absent du plateau sur lequel d\u00e9ambule un com\u00e9dien tenant une laisse imaginaire. Cette disjonction malicieuse invite \u00e0 passer et repasser de la sc\u00e8ne \u00e0 l\u2019\u00e9cran, \u00e0 remettre en cause l\u2019un et l\u2019autre pour les consid\u00e9rer comme un tout. Il s\u2019agit moins en effet de les faire se redoubler que de les opposer ou de les mettre en mouvement l\u2019un vers l\u2019autre pour que quelque chose surgisse dans l\u2019intervalle. Par extension c\u2019est l\u2019opposition entre les notions de fiction et de documentaire qui est questionn\u00e9e. Le statut de preuve ou d\u2019archive de l\u2019image filmique est d\u00e9jou\u00e9, cette derni\u00e8re n\u2019est plus transparente, elle dialogue avec ce qui se joue sur sc\u00e8ne. Dans&nbsp;<em>La Reprise,<\/em>&nbsp;les deux media sont aussi \u00ab&nbsp;vrais&nbsp;\u00bb qu\u2019ils sont \u00ab&nbsp;artificiels&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019instar des volets de la trilogie europ\u00e9enne, la pi\u00e8ce s\u2019articule \u00e0 nouveau sur le mod\u00e8le tragique d\u2019une structure en cinq actes ou chapitres :&nbsp;<em>la solitude des vivants, la douleur de l\u2019autre, la banalit\u00e9 du mal, l\u2019anatomie du crime<\/em>&nbsp;et<em>&nbsp;le lapin<\/em>. De prime abord, cette composition rend compte, pour parler grossi\u00e8rement, de la moiti\u00e9 de la pi\u00e8ce&nbsp;: celle qui repr\u00e9sente l\u2019assassinat d\u2019Ishane Jarfi, un jeune homosexuel li\u00e9geois. L\u2019autre pan du spectacle semble traiter tant du th\u00e9\u00e2tre en lui-m\u00eame que de la gen\u00e8se de&nbsp;<em>La Reprise<\/em>. Ainsi s\u2019entrelacent la repr\u00e9sentation du fait divers et la narration ou la reconstitution d\u2019\u00e9tapes pr\u00e9liminaires telles que les castings ou des rencontres avec l\u2019un des meurtriers, les parents du d\u00e9funt, son ex-petit ami, etc. Ainsi, le mode fictionnel ou le jeu est plut\u00f4t mobilis\u00e9 pour traiter l\u2019assassinat, le mat\u00e9riau \u00ab&nbsp;r\u00e9el&nbsp;\u00bb. A contrario, ce sont les passages r\u00e9flexifs et g\u00e9n\u00e9tiques qui sont rendu sur un ton \u00ab&nbsp;documentarisant&nbsp;\u00bb, notamment avec des regards-cam\u00e9ra et une adresse au public. Le \u00ab&nbsp;vrai&nbsp;\u00bb est construit et la construction r\u00e9v\u00e9l\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>La circulation entre un discours r\u00e9flexif, un th\u00e9\u00e2tre qui se donne \u00e0 voir et l\u2019histoire repr\u00e9sent\u00e9e met \u00e9galement en exergue les moments de transitions entre ces diff\u00e9rents niveaux. Si l\u2019humour rompt l\u2019illusion relativement rapidement, c\u2019est la gravit\u00e9 de la situation ou la charge \u00e9motionnelle qui forcent la main pour que l\u2019on croie \u00e0 ce qui est montr\u00e9. On a vite fait d\u2019oublier qui est la com\u00e9dienne Suzy Cocco et qu\u2019elle est nue sur sc\u00e8ne lorsqu\u2019elle livre des paroles qui pourraient \u00eatre celles de la m\u00e8re d\u2019Ihsane. La pi\u00e8ce cherche peut-\u00eatre \u00e0 montrer que le mouvement et la distinction entre ces plans, si distinction il doit y avoir, se produisent finalement dans la r\u00e9ception, dans le regard du spectateur.<\/p>\n\n\n\n<p><em>La Reprise&nbsp;<\/em>ne satisfait aucun penchant pour le voyeurisme ou le sensationnalisme. Bien qu\u2019une partie de la pi\u00e8ce soit le lieu de repr\u00e9sentation d\u2019une certaine violence ou d\u2019un certain \u00ab&nbsp;mal&nbsp;\u00bb, l\u2019accent est mis, au d\u00e9triment de l\u2019immersion, et peut-\u00eatre de l\u2019efficacit\u00e9 de l\u2019ensemble, sur ces points de friction, sur ces passages de l\u2019\u00e9motionnel au rationnel. La pi\u00e8ce repousse et attire tout autant, elle invite \u00e0 l\u2019analyse et \u00e0 l\u2019investissement \u00e9motionnel. Mais ces deux axes ne s\u2019opposent pas de mani\u00e8re statique. Les fronti\u00e8res s\u2019estompent progressivement et le spectateur est maintenu dans une sorte d\u2019entre-deux, actif, comme en mouvement. Ces r\u00e9flexions pourraient s\u2019\u00e9tendre au th\u00e9\u00e2tre d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale. Il s\u2019agit d\u2019une&nbsp;<em>Histoire du th\u00e9\u00e2tre<\/em>&nbsp;qui donne \u00e0 voir son \u00ab&nbsp;pacte de lecture&nbsp;\u00bb. La conscience d\u2019\u00eatre au th\u00e9\u00e2tre ne s\u2019\u00e9vanouit jamais totalement. Mais la violence repr\u00e9sent\u00e9e, toute artificielle, toute construite qu\u2019elle soit, provoque certaines \u00e9motions&nbsp;; elle op\u00e8re au sein du spectateur. Paradoxalement, Milo Rau greffe cette r\u00e9flexion sur un mat\u00e9riau \u00ab&nbsp;r\u00e9el&nbsp;\u00bb, sur un fait divers av\u00e9r\u00e9. Il boucle ainsi son geste. \u00c0 l\u2019image de l\u2019acteur de Johan Leysen, le th\u00e9\u00e2tre exhib\u00e9, tant au niveau du jeu que de la composition, s\u2019efface pour rapprocher le spectateur d\u2019une certaine r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Un \u00e9pilogue cl\u00f4t la combinaison de ce faits divers \u2013 qui rappelle \u00e9trangement la mort de Pasolini \u2013 et de la mise en th\u00e9\u00e2tre de ce mat\u00e9riau. Sarah De Bosschere y r\u00e9pond \u00e0 Johan Leysen en d\u00e9clament un po\u00e8me de Wislawa Szymborska intitul\u00e9&nbsp;<em>Impressions apr\u00e8s le spectacle<\/em>. Il y est question du sixi\u00e8me acte celui o\u00f9, dans les coulisses, on se nettoie du faux sang et l\u2019on retire costumes et perruques, celui lors duquel le public quitte le th\u00e9\u00e2tre et retourne, chang\u00e9 peut-\u00eatre, dans la for\u00eat.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>30 mai 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/basile-seppey\/\">Basile Seppey<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/vidy.ch\/la-reprise-histoire-s-du-theatre-i\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De Milo Rau \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ du 30 mai au 2 juin 2018  \/ Critiques par Lucien Zuchuat et Basile Seppey.<\/p>\n","protected":false},"author":1001607,"featured_media":12737,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,2],"tags":[177,197],"class_list":["post-12736","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-de-vidy","tag-basile-seppey","tag-lucien-zuchuat"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12736","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001607"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12736"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12736\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20662,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12736\/revisions\/20662"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/12737"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12736"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12736"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12736"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}