{"id":12710,"date":"2018-05-29T19:09:17","date_gmt":"2018-05-29T17:09:17","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=12710"},"modified":"2025-02-09T17:36:36","modified_gmt":"2025-02-09T16:36:36","slug":"les-4-chaperons-rouges","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2018\/05\/les-4-chaperons-rouges\/","title":{"rendered":"Les 4 chaperons rouges"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Les 4 chaperons rouges<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">De\u00a0Jo\u00ebl Pommerat, Lucie Rausis, C\u00e9dric Simon, Maude Lan\u00e7on et Ludovic Chazaud \/ Th\u00e9\u00e2tre du Loup \/ du 22 mai au 2 juin 2018 \/ Critiques par Thomas Flahaut et Amalia D\u00e9vaud. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>22 mai 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/thomas-flahaut\/\">Thomas Flahaut<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Qui a peur du grand m\u00e9chant homme?<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"360\" height=\"283\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/05\/Les-4-chaperons-rouges-1-\u00a9-DR.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12711\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/05\/Les-4-chaperons-rouges-1-\u00a9-DR.jpg 360w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/05\/Les-4-chaperons-rouges-1-\u00a9-DR-216x170.jpg 216w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/05\/Les-4-chaperons-rouges-1-\u00a9-DR-254x200.jpg 254w\" sizes=\"auto, (max-width: 360px) 100vw, 360px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 DR<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Au th\u00e9\u00e2tre du Loup, sous la direction de quatre metteurs et metteuses en sc\u00e8ne (Lucie Rausis, C\u00e9dric Simon, Maude Lan\u00e7on et Ludovic Chazaud), quatre chaperons rouges bravent l\u2019obscurit\u00e9 de la for\u00eat, et affrontent des loups dont on ne sait s\u2019ils sont des b\u00eates ou des hommes.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Une petite fille, portant un panier en osier, traverse le plateau couvert de feuilles mortes. Elle se cache derri\u00e8re un arbre de planches et de papier color\u00e9. Imm\u00e9diatement, une autre petite sort de derri\u00e8re ce m\u00eame arbre, traverse le plateau pour se cacher derri\u00e8re un autre arbre. Le ph\u00e9nom\u00e8ne se r\u00e9p\u00e8te durant une courte s\u00e9quence o\u00f9 la guitare de Simon Aeschlimann accompagne les va-et-vient de ces enfants dans cette for\u00eat de carton-p\u00e2te. Il y a quatre chaperons rouges. Quatre chaperons rouges pour un spectacle mis en sc\u00e8ne par quatre metteurs.euses en sc\u00e8ne (Lucie Rausis, C\u00e9dric Simon, Maude Lan\u00e7on et Ludovic Chazaud) \u00e0 partir d\u2019une adaptation du&nbsp;<em>Petit Chaperon rouge<\/em>&nbsp;par Jo\u00ebl Pommerat. Les loups, \u00e9galement, sont plusieurs. Ils sont trois. Le premier, jou\u00e9 par C\u00e9dric Simon, est pr\u00e9sent de deux fa\u00e7ons : par la voix de l\u2019acteur, v\u00eatu de noir, \u00e0 demi cach\u00e9 derri\u00e8re un arbre, et par deux grands spots qui brillent dans l\u2019obscurit\u00e9. Ils figurent les yeux de ce loup que le chaperon observe, tentant d\u2019affronter sa peur d\u2019enfant.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est d\u2019abord par son onirisme que&nbsp;<em>Les 4 chaperons rouges<\/em>&nbsp;touche. Le texte de Pommerat utilise le conte pour donner \u00e0 voir, en saisissant quelques moments pr\u00e9cis, comment une enfant affronte, concr\u00e8tement, ses peurs. Les metteurs en sc\u00e8ne en tirent une s\u00e9rie de tableaux o\u00f9 l\u2019h\u00e9ro\u00efne brave les deux grands yeux du loup, oublie sa crainte en s\u2019attardant sur le chemin pour jouer avec son ombre dans le tapis de feuille, ou parler \u00e0 un insecte qu\u2019elle tient dans ses mains.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet onirisme emprunte des motifs \u00e0 la culture populaire, notamment au dessin anim\u00e9. Ainsi, les deux yeux brillants du loup rappellent ceux du chat d\u2019Alice au pays des merveilles. Les arbres, qui se mettent \u00e0 bouger d\u00e8s que le chaperon entame son chemin vers la maison de sa grand-m\u00e8re \u2013 \u00e9voquant tout autant le d\u00e9placement de la petite fille que sa peur de traverser toute seule la for\u00eat \u2013 rappellent le&nbsp;<em>Blanche neige&nbsp;<\/em>de Disney. Mais&nbsp;<em>Les 4 chaperons rouges<\/em>&nbsp;ne verse jamais dans le clich\u00e9 esth\u00e9tique, et ne reconduit pas les images d\u2019\u00c9pinal trop souvent attach\u00e9es au conte dont il est adapt\u00e9. Ainsi, les chaperons rouges ne portent pas de chaperons rouges, mais des v\u00eatements d\u2019aujourd\u2019hui, rouges parfois, au moins en partie. Le jeu des quatre petites filles est d\u2019un naturel saisissant, et les interactions entre enfants et adultes semblent, dans le ton et les attitudes, tr\u00e8s contemporaines, \u00e0 mille lieues de la d\u00e9f\u00e9rence de l\u2019enfant du conte pour les adultes. Les enfants assembl\u00e9s dans la salle se reconnaissent sans doute dans ces petits chaperons rouges habill\u00e9s comme eux, qui se comportent sur sc\u00e8ne comme eux se comportent ou voudraient se comporter dans la vie, farouchement libres et impertinents. Les rires dans la salle, \u00e0 chaque bravade du chaperon, me donnent cette intuition, et me rappellent que toute la joie d\u2019assister \u00e0 un spectacle \u00ab&nbsp;jeune public&nbsp;\u00bb pour un spectateur adulte est aussi l\u00e0, dans la rencontre avec cette euphorie des jeunes spectateurs. Le premier chaperon rouge montre son exasp\u00e9ration par de nombreux soupirs, des regards au ciel, lorsque l\u2019homme qui tient le r\u00f4le de narrateur lui rappelle une \u00e9ni\u00e8me fois qu\u2019elle ne devrait pas se risquer dans la for\u00eat. Le dernier des quatre chaperons adopte une attitude distante par rapport au loup d\u00e9guis\u00e9 en grand-m\u00e8re. Cette m\u00e9fiance interroge : est-elle dirig\u00e9e contre le loup, dont elle aurait devin\u00e9 le subterfuge, ou contre l\u2019ensemble des adultes, repr\u00e9sent\u00e9s comme un groupe mena\u00e7ant ?<\/p>\n\n\n\n<p>Le spectacle \u00e9carte les diff\u00e9rents attributs attach\u00e9s, dans le conte, aux personnages : le chaperon rouge du chaperon rouge, on l\u2019a dit, mais aussi les lunettes et le bonnet de nuit de la grand-m\u00e8re. Le loup ne fait pas exception. Les deux derniers loups ne portent que quelques poils sur leur costume (un duvet gris et pel\u00e9 accroch\u00e9 \u00e0 un sweat \u00e0 capuche noir pour l\u2019un, une queue accroch\u00e9e au jeans et une barbe poivre et sel pour l\u2019autre), ils ont abandonn\u00e9 leurs \u00ab&nbsp;grandes dents&nbsp;\u00bb, mais jouent enti\u00e8rement de leur \u00ab&nbsp;grosse voix&nbsp;\u00bb : ce qu\u2019il y a, du loup du conte, dans tous les hommes. L\u2019anthropomorphisme de ces loups cr\u00e9e un malaise profond lors de la sc\u00e8ne de la d\u00e9voration du chaperon. Il donne une force particuli\u00e8re \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation sexuelle de cette sc\u00e8ne, largement reconduite, et depuis longtemps, au point de devenir un lieu commun \u2014 lorsque le loup se cache sous des draps de lit pour d\u00e9vorer la petite fille, on pensera sans doute \u00e0 la gravure de Gustave Dor\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Les adultes ont, dans ce spectacle, un statut ambigu. D\u00e8s les premi\u00e8res minutes, un acteur assume le r\u00f4le du narrateur. Le plateau est dans une lumi\u00e8re chaude et rassurante : cet homme-l\u00e0 est un alli\u00e9 du chaperon rouge. Mais lorsque, accompagn\u00e9 d\u2019une musique inqui\u00e9tante, ce m\u00eame acteur dispara\u00eet un instant dans l\u2019obscurit\u00e9 pour r\u00e9appara\u00eetre dans une lumi\u00e8re glauque, pr\u00e8s de moi, un enfant pose une question \u00e0 sa m\u00e8re : \u00ab&nbsp;c\u2019est lui, le loup ?&nbsp;\u00bb Qu\u2019il n\u2019ait pas de poil, pas de grandes dents n\u2019y fait rien. Cet homme-l\u00e0, \u00e0 la figure rassurante, peut \u00e0 ses yeux s\u2019\u00eatre transform\u00e9 en loup. Et si la m\u00e8re de l\u2019enfant rit \u00e0 cette question, je pr\u00e9f\u00e8re ici la prendre au s\u00e9rieux. Comment diff\u00e9rencier l\u2019homme qui est un loup de l\u2019homme qui n\u2019en est pas un ? On ne peut pas. Sur sc\u00e8ne comme dans la salle, l\u2019enfant semble le savoir. Et autour des quatre petites filles qui, sur le plateau, bravent l\u2019obscurit\u00e9 d\u2019une for\u00eat inqui\u00e9tante comme la vie et le monde en jouant avec leur ombre, ou en faisant d\u2019un insecte un ami, peut-\u00eatre n\u2019y a-t-il aucun homme, que des loups potentiels, plus ou moins pr\u00eats de la m\u00e9tamorphose. Peut-\u00eatre en va-t-il dans la vie comme il en va sur la sc\u00e8ne. Qui a peur du grand m\u00e9chant homme ? Les quatre chaperons de la sc\u00e8ne, en tout cas, n\u2019en ont pas peur. Les enfants de la salle y puiseront, peut-\u00eatre, un peu de force et de courage.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>22 mai 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/thomas-flahaut\/\">Thomas Flahaut<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>22 mai 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/amalia-devaud\/\">Amalia D\u00e9vaud<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Variations autour d&rsquo;un m\u00eame conte<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"360\" height=\"283\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/06\/Les-4-chaperons-rouges-2-\u00a9-DR.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12718\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/06\/Les-4-chaperons-rouges-2-\u00a9-DR.jpg 360w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/06\/Les-4-chaperons-rouges-2-\u00a9-DR-216x170.jpg 216w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/06\/Les-4-chaperons-rouges-2-\u00a9-DR-254x200.jpg 254w\" sizes=\"auto, (max-width: 360px) 100vw, 360px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 DR<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>La figure du loup est plus que jamais d\u2019actualit\u00e9 \u00e0 l\u2019occasion des quarante ans du th\u00e9\u00e2tre du m\u00eame nom. Le dramaturge Jo\u00ebl Pommerat, signe ici une adaptation du&nbsp;<\/em>Petit chaperon rouge&nbsp;:&nbsp;<em>un hommage rendu au premier spectacle de la Compagnie, mont\u00e9 en 1978, autour des contes de Grimm.<\/em>&nbsp;<em>C\u2019est avec la particularit\u00e9 d\u2019une mise en sc\u00e8ne \u00e0 quatre voix que la troupe ouvre les portes du conte de notre enfance.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019atmosph\u00e8re est chaleureuse dans ce th\u00e9\u00e2tre du bord de l\u2019eau, les familles y affluant par grappes sous les \u00e9clats de rire de leur prog\u00e9niture. Dans la salle, la sc\u00e9nographie semble calqu\u00e9e sur celle d\u2019un dessin d\u2019enfant : quelques arbres et un parterre de feuilles rousses pour repr\u00e9senter la for\u00eat, un cube pour la maison du petit Chaperon rouge. Le dispositif sc\u00e9nique est simple et efficace, donnant \u00e0 voir les invariants du conte de Perrault et des Fr\u00e8res Grimm. Ici, l\u2019auteur a choisi de travailler sur la seconde version du conte, celle des \u00e9crivains du XIXe si\u00e8cle, qui laisse la vie sauve au petit Chaperon rouge et \u00e0 sa grand-m\u00e8re, gr\u00e2ce \u00e0 la curiosit\u00e9 d\u2019un chasseur. C\u00e9dric Simon, l\u2019un des metteurs en sc\u00e8ne, d\u00e9fend le choix de cette simplicit\u00e9 esth\u00e9tique \u00e0 l\u2019aune du d\u00e9fi que s\u2019est lanc\u00e9 la Compagnie&nbsp;: monter un spectacle \u00e0 quatre voix, \u00e0 partir d\u2019un m\u00eame concept sc\u00e9nographique. Il pr\u00e9cise que chaque metteur en sc\u00e8ne a, suivant le mod\u00e8le du cadavre exquis, \u00ab&nbsp;commenc\u00e9 par d\u00e9velopper des univers singuliers pour chaque \u00e9quipe, sans se consulter les unes les autres, et ce aussi longtemps qu\u2019il \u00e9tait possible&nbsp;\u00bb, la r\u00e9unification de leur travail se concentrant \u2013 en fin de processus \u2013 autour des transitions.<\/p>\n\n\n\n<p>Quatre variations autour d\u2019un m\u00eame conte&nbsp;: sur le papier, le projet promet d\u2019apporter de l\u2019originalit\u00e9 \u00e0 cette histoire mille fois (trop) connue. La promesse d\u2019originalit\u00e9, qu\u2019elle soit textuelle ou sc\u00e9nique, se retrouve dans le titre m\u00eame du spectacle,&nbsp;<em>Les 4 chaperons rouges<\/em>. Pourtant, il appara\u00eet que le texte suit (trop) fid\u00e8lement l\u2019action du conte, annulant, de ce point de vue, tout effet de surprise chez le spectateur. L\u2019originalit\u00e9 du texte r\u00e9side moins dans son intrigue que dans sa tonalit\u00e9, Pommerat ayant utilis\u00e9 le ressort de l\u2019humour : rappelons-le, l\u2019histoire du&nbsp;<em>Petit Chaperon rouge&nbsp;<\/em>n\u2019est initialement pas destin\u00e9e \u00e0 faire rire mais \u00e0 faire peur, dans une vis\u00e9e moralisatrice. Le second degr\u00e9 du texte permet au spectateur de faire un pas de c\u00f4t\u00e9, d\u2019observer le conte avec une distance aussi salutaire qu\u2019une bouff\u00e9e d\u2019oxyg\u00e8ne. Ses effets comiques r\u00e9sultent notamment de la cr\u00e9ation de narrateurs omniscients qui, au sein d\u2019un espace th\u00e9\u00e2tral unifi\u00e9, m\u00ealent plusieurs registres de langue, et s\u2019adressent \u00e0 la fois aux spectateurs et aux personnages de la fable. Tout comme les spectateurs, les narrateurs connaissent les principaux fils dramatiques du conte et la destin\u00e9e des personnages. &nbsp;\u00c0 ce m\u00e9lange des registres et des espaces s\u2019ajoute le jeu des com\u00e9diens, volontairement complices avec la salle et r\u00e9pondant au second degr\u00e9 textuel. Les mises en sc\u00e8ne participent \u00e0 cette monstration des ressorts comiques du spectacle en d\u00e9construisant les personnages (le loup de la seconde variation est symbolis\u00e9 par deux spots jaunes, pouss\u00e9s par un com\u00e9dien, et interpr\u00e9t\u00e9 par la voix d\u2019un second com\u00e9dien, apparaissant sur sc\u00e8ne avec un micro).<\/p>\n\n\n\n<p>Plus subtil, en filigrane du spectacle, est le traitement r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 la musique. Cette derni\u00e8re se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre pens\u00e9e sur le mod\u00e8le de la variation musicale&nbsp;: chaque mise en sc\u00e8ne \u2013 ou variation sc\u00e9nique \u2013 repose sur un th\u00e8me diff\u00e9rent, jou\u00e9&nbsp;<em>en live&nbsp;<\/em>par le musicien Simon Aeschlimann. Install\u00e9 dans un coin de la sc\u00e8ne, il soutient l\u2019ensemble du dispositif sonore de la pi\u00e8ce, jouant aussi bien de la guitare que du synth\u00e9tiseur, avant de se tourner vers son ordinateur pour oser des sons plus \u00e9lectroniques.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 cette multiplicit\u00e9 des genres et des instruments r\u00e9pond, en dernier lieu, la distribution des com\u00e9diens. Pour chaque nouvelle mise en sc\u00e8ne, le spectacle se dote de nouveaux com\u00e9diens, incarnant \u00e0 leur tour les personnages de la fable. Ces changements fonctionnent par la fluidit\u00e9 de leurs transitions&nbsp;et ne perdent jamais le spectateur dans sa lecture cartographique de la sc\u00e8ne et de l\u2019action. L\u2019apport de cette diversit\u00e9 refl\u00e8te, par ailleurs, la particularit\u00e9 de la Compagnie du Loup&nbsp;: celle d\u2019\u00eatre transg\u00e9n\u00e9rationnelle. C\u2019est avec le souvenir de cette alchimie entre enfants et adultes que les spectateurs quittent le th\u00e9\u00e2tre, pr\u00e9f\u00e9rant retenir la qualit\u00e9 du jeu des com\u00e9diens que les diff\u00e9rentes mises en sc\u00e8ne, fr\u00f4lant, par moments, l\u2019exercice th\u00e9\u00e2tral.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>22 mai 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/amalia-devaud\/\">Amalia D\u00e9vaud<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.theatreduloup.ch\/portfolio-item\/les-quatre-chaperons-rouges\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De\u00a0Jo\u00ebl Pommerat, Lucie Rausis, C\u00e9dric Simon, Maude Lan\u00e7on et Ludovic Chazaud \/ Th\u00e9\u00e2tre du Loup \/ du 22 mai au 2 juin 2018 \/ Critiques par Thomas Flahaut et Amalia D\u00e9vaud.<\/p>\n","protected":false},"author":1001607,"featured_media":12707,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,6],"tags":[198,192],"class_list":["post-12710","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-du-loup","tag-amalia-devaud","tag-thomas-flahaut"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12710","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001607"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12710"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12710\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20666,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12710\/revisions\/20666"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/12707"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12710"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12710"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12710"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}