{"id":12696,"date":"2018-05-20T21:28:01","date_gmt":"2018-05-20T19:28:01","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=12696"},"modified":"2025-02-09T17:36:53","modified_gmt":"2025-02-09T16:36:53","slug":"infideles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2018\/05\/infideles\/","title":{"rendered":"Infid\u00e8les"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Infid\u00e8les<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">D\u2019apr\u00e8s Ingmar Bergman \/ Par les collectifs tg STAN et de Roovers \/ Le Reflet \/ du 17 au 18 mai 2018 \/ Critiques par Sarah Juilland et Louis Vodoz. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>17 mai 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/sarah-juilland\/\">Sarah Juilland<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Mise \u00e0 nu<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"684\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/05\/Infid\u00e8les\u00a9IdaJakobs-2878-1024x684.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12691\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/05\/Infid\u00e8les\u00a9IdaJakobs-2878-1024x684.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/05\/Infid\u00e8les\u00a9IdaJakobs-2878-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/05\/Infid\u00e8les\u00a9IdaJakobs-2878-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/05\/Infid\u00e8les\u00a9IdaJakobs-2878-768x513.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/05\/Infid\u00e8les\u00a9IdaJakobs-2878-624x417.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/05\/Infid\u00e8les\u00a9IdaJakobs-2878.jpg 1796w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">@ Ida Jakobs<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Infid\u00e8les<em>&nbsp;\u2013 spectacle d\u2019inspiration bic\u00e9phale alliant le sc\u00e9nario \u00e9ponyme r\u00e9dig\u00e9 par Ingmar Bergman et son autobiographie&nbsp;<\/em>Laterna Magica<em>&nbsp;\u2013 est une histoire \u00e0 tiroirs o\u00f9 s\u2019ench\u00e2ssent deux r\u00e9cits&nbsp;: d\u2019abord le rapport de cr\u00e9ation entre le metteur en sc\u00e8ne su\u00e9dois et ses personnages, puis le triangle amoureux form\u00e9 par ceux-ci. Les collectifs tg STAN et de Roovers prom\u00e8nent leur public dans les m\u00e9andres de l\u2019\u0153uvre bergmanienne et jouent \u00e0 le confondre en oscillant continuellement entre illusion et r\u00e9alit\u00e9, candeur et cruaut\u00e9, rire et tragique. Le spectacle se donne comme reflet du geste cr\u00e9atif bergmanien et sonde la complexit\u00e9 des rapports humains. Il s\u2019agit d\u2019une v\u00e9ritable \u00ab&nbsp;mise \u00e0 nu&nbsp;\u00bb de l\u2019\u00e9crivain, de son \u0153uvre et de la relation \u00e0 l\u2019Autre. Le ton et le propos de la pi\u00e8ce font \u00e9cho \u00e0 la c\u00e9l\u00e8bre formule sartrienne&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019enfer, c\u2019est les Autres&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Quatre personnages \u2013 deux femmes et deux hommes \u2013 se dressent sur sc\u00e8ne, pareils \u00e0 des statues, bien droits, mains dans le dos. Derri\u00e8re eux, un d\u00e9cor simple et froid&nbsp;: un lit d\u00e9fait, des draps blancs, un canap\u00e9 brun, des tables et des chaises d\u00e9pareill\u00e9es. Un rideau transparent, que les acteurs peuvent tirer et arranger pour modifier le d\u00e9cor, s\u00e9pare la sc\u00e8ne en deux. L\u2019homme post\u00e9 c\u00f4t\u00e9 jardin est le premier \u00e0 prendre la parole, il dit vouloir \u00ab&nbsp;jouer \u00e0 imaginer&nbsp;\u00bb. Il endosse le r\u00f4le d\u2019un Bergman vieillissant, en plein travail cr\u00e9atif. Il d\u00e9crit et donne la vie \u00e0 l\u2019une des deux femmes, pr\u00e9nomm\u00e9e Marianne, \u00ab&nbsp;comme toujours&nbsp;\u00bb. Il lui demande de raconter sa vie avec son mari Markus, sa fille Isabelle et son amant David. Par ce geste, il ouvre la voie \u00e0 un r\u00e9cit enchev\u00eatr\u00e9 dont Marianne sera la narratrice. Sur le devant de la sc\u00e8ne, elle d\u00e9voile peu \u00e0 peu son amour passionn\u00e9 et terrible pour David, un metteur en sc\u00e8ne maniaque et tortur\u00e9 \u2013 jeune avatar de Bergman lui-m\u00eame. Pendant ce temps, les autres personnages, pris dans un huis clos, se d\u00e9placent nonchalamment sur la sc\u00e8ne tout en l\u2019\u00e9coutant attentivement. Dialogues discontinus et pauses narratives s\u2019encha\u00eenent sur un mode kal\u00e9idoscopique, engendrant incompr\u00e9hensions et rires confus dans la salle. Progressivement, l\u2019intrigue prend forme et les moments narratifs se font plus rares. \u00c0 mesure que le tragique s\u2019accro\u00eet, les lumi\u00e8res se ternissent et les acteurs investissent le p\u00f4le \u00e9motif de leurs personnages, pleurant et jurant&nbsp;: \u00ab&nbsp;c\u2019est l\u00e0 que commence la trag\u00e9die&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le texte, devenant de plus en plus tranchant, heurtant et cru, donne une image \u00e0 la fois cruelle et juste des relations humaines.&nbsp;<em>Infid\u00e8les<\/em>&nbsp;peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une \u00ab&nbsp;mise \u00e0 nu&nbsp;\u00bb \u00e0 plusieurs \u00e9gards. Avant tout, c\u2019est le travail d\u2019\u00e9criture et la vie de Bergman qui sont d\u00e9voil\u00e9s. La dimension autobiographique infuse dans les personnages et impr\u00e8gne l\u2019atmosph\u00e8re sc\u00e9nique. Le \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb de l\u2019\u00e9crivain c\u00f4toie les personnages et insiste sur le rapport intime qui liait Bergman et ses cr\u00e9atures. Dimension autobiographique et fictionnelle se contaminent mutuellement, au point de se confondre parfaitement. Les acteurs se livrent \u00e9galement tout entiers et sans restriction, jusqu\u2019\u00e0 nous offrir \u2013 litt\u00e9ralement \u2013 leur nudit\u00e9 lors d\u2019une sc\u00e8ne d\u2019amour. Finalement, le spectateur lui-m\u00eame est d\u00e9pouill\u00e9 et d\u00e9muni, perdu dans le brouillard \u00e9tabli \u2013 intentionnellement \u2013 entre fiction et r\u00e9alit\u00e9. \u00c0 plusieurs reprises, on peut se demander \u00ab&nbsp;qui est qui&nbsp;\u00bb ou encore \u00ab&nbsp;est-ce l\u2019acteur qui parle en son nom ou son personnage&nbsp;?&nbsp;\u00bb Entre la voix de Bergman qui se confond avec celle des personnages et les diff\u00e9rentes casquettes que peuvent prendre ces derniers, il y a de quoi s\u2019\u00e9garer. La relation paradoxale entre illusion et r\u00e9alit\u00e9 est l\u2019un des principaux moteurs de la r\u00e9flexion bergmanienne&nbsp;: \u00ab&nbsp;Faire un film, c\u2019est pour moi planifier une illusion dans le moindre d\u00e9tail, c\u2019est le reflet d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 qui, au fur et \u00e0 mesure que s\u2019\u00e9coule ma vie, me para\u00eet elle-m\u00eame de plus en plus illusoire&nbsp;\u00bb (<em>Laterna Magica<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<p>Au terme de ces deux heures de repr\u00e9sentation, le spectateur a ri. Pourtant, il ne s\u2019agit pas d\u2019un rire l\u00e9ger, innocent et salvateur. Le rire d\u00e9clench\u00e9 par&nbsp;<em>Infid\u00e8les<\/em>&nbsp;est jaune, caustique et parfois g\u00ean\u00e9. C\u2019est une v\u00e9ritable trag\u00e9die humaine qui vient de se jouer sous nos yeux, pourquoi rions-nous&nbsp;? De quoi rions-nous&nbsp;? Le comique \u2013 contractualis\u00e9 au d\u00e9but de la pi\u00e8ce par de petites plaisanteries inoffensives \u2013 se referme doucement sur le spectateur pour le pi\u00e9ger dans un rire qu\u2019il ne d\u00e9sire pas vraiment. Dans les moments les plus sombres et dramatiques de l\u2019histoire, les r\u00e9actions du public sont d\u00e9cal\u00e9es. C\u2019est peut-\u00eatre l\u00e0 que l\u2019on touche \u00e0 l\u2019essence du projet bergmanien&nbsp;: la possibilit\u00e9 d\u2019un regard \u00e0 la fois lucide et humoristique sur le terrible. Les collectifs tg STAN et de Roovers ont su tr\u00e8s justement restituer l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 de l\u2019atmosph\u00e8re bergmanienne. Le spectateur quitte le th\u00e9\u00e2tre avec une sensation semblable \u00e0 celle qui succ\u00e8de le visionnage d\u2019un film du cin\u00e9aste&nbsp;: l\u2019\u00e9tranget\u00e9. On ne saurait dire si l\u2019on a aim\u00e9, et encore moins si l\u2019on a d\u00e9test\u00e9. Ce qui est s\u00fbr, c\u2019est qu\u2019<em>Infid\u00e8les&nbsp;<\/em>nous a marqu\u00e9s et que l\u2019on n\u2019est pas pr\u00e8s de l\u2019oublier.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>17 mai 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/sarah-juilland\/\">Sarah Juilland<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>17 mai 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/louis-vodoz\/\">Louis Vodoz<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Mise \u00e0 nu<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"684\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/05\/Infid\u00e8les\u00a9IdaJakobs-2954-1024x684.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12701\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/05\/Infid\u00e8les\u00a9IdaJakobs-2954-1024x684.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/05\/Infid\u00e8les\u00a9IdaJakobs-2954-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/05\/Infid\u00e8les\u00a9IdaJakobs-2954-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/05\/Infid\u00e8les\u00a9IdaJakobs-2954-768x513.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/05\/Infid\u00e8les\u00a9IdaJakobs-2954-624x417.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/05\/Infid\u00e8les\u00a9IdaJakobs-2954.jpg 1797w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Ida Jakobs<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Au milieu de meubles dont le design simpliste \u00e9voque une vitrine Ikea, le collectif flamand tg STAN interpr\u00e8te l\u2019un des derniers textes du Su\u00e9dois Ingmar Bergman,&nbsp;<\/em>Infid\u00e8les<em>, texte hybride entre sc\u00e9nario et pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre, qui date de 1997. Si le texte est grave et d\u00e9chirant, la troupe le transforme en un mat\u00e9riau qui exhibe le plaisir du jeu, provoquant un effet de comique \u00e9trange.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Mentir&nbsp;: sur un ton badin, celui de l\u2019anecdote racont\u00e9e entre un blini au saumon et une coupe de mousseux pour amuser les convives, on d\u00e9couvre la vie de Marianne, une actrice, de son mari Markus, un chef-d\u2019orchestre, de la fantasque Isabelle, leur fille, ainsi que celle de David, un metteur en sc\u00e8ne proche du couple. Une nuit arros\u00e9e&nbsp;: Markus est absent, David et Marianne finissent dans le m\u00eame lit. Pas d\u2019adult\u00e8re, bien pire&nbsp;: il dort, elle le regarde, elle le regarde m\u00eame peu trop et elle&nbsp;<em>tombe,&nbsp;<\/em>enfin vous voyez quoi. Rien ne se passe mais ce rien est d\u00e9j\u00e0 de trop. C\u2019est d\u00e9j\u00e0 trop tard. Par une co\u00efncidence \u00e0 demi-maniganc\u00e9e, les deux futurs amants se retrouvent \u00e0 Paris. Paris, c\u2019est un peu trop joli\u2026 paf&nbsp;! &nbsp;Les adresses au public, les mimiques un peu clownesques, les plaisanteries r\u00e9currentes s\u2019inscrivent toujours dans la franche rigolade&nbsp;: le public est complice de la mascarade.<\/p>\n\n\n\n<p>Baiser&nbsp;: Marianne veut sa routine bien r\u00e9gl\u00e9e, intacte. Elle restera avec son mari, elle ira voir David de temps en temps. Markus \u2013 pas folle la gu\u00eape&nbsp;! \u2013&nbsp; a tout compris et interrompt une partie de jambes en l\u2019air. Il ne dit rien de pr\u00e9cis mais \u00ab&nbsp;\u00e7a va faire mal&nbsp;\u00bb. Si les lumi\u00e8res sont de plus en plus feutr\u00e9es, si les voix deviennent plus profondes, si les silences entre les r\u00e9pliques deviennent plus pesants, le registre est toujours comique. Mais c\u2019est \u00e0 pr\u00e9sent un comique boiteux qui domine le jeu des com\u00e9diens. Marianne s\u2019installe avec David&nbsp;: s\u2019ensuit une bataille pour la garde d\u2019Isabelle. Markus exige la garde totale. Services sociaux et compagnie, guerre froide. Un jour Markus appelle&nbsp;: il a une solution, mais il veut que Marianne vienne seule. Faut-il y aller&nbsp;? Mais oui, elle conna\u00eet Markus, dix ans de mariage, il ne ferait pas de mal \u00e0 une mouche. Lors du rendez-vous, il s\u2019av\u00e8re que si Marianne veut revoir sa fille, elle doit le baiser, comme il dit. Le public s\u2019esclaffe lors d\u2019une sc\u00e8ne de viol \u2013 sacr\u00e9 tour de force.<\/p>\n\n\n\n<p>Mourir&nbsp;: la mort, qui conf\u00e8re au texte original de Bergman une port\u00e9e tragique, est \u00e9vacu\u00e9e par la mise en sc\u00e8ne, innocemment, comme si tout cela, ce n\u2019\u00e9tait pas tr\u00e8s grave, en fin de compte. Markus se suicide et laisse une lettre o\u00f9 le public apprend qu\u2019il avait pr\u00e9vu d\u2019emmener Isabelle au pays du silence. David et Marianne, apr\u00e8s un avortement, se s\u00e9parent dans la haine et dans la douleur. Et pourtant, on baigne encore dans le m\u00eame comique, mais un comique g\u00eanant, qui tra\u00eene la patte et qui ne sait pas vraiment ce qu\u2019il vient faire ici, comme s\u2019il n\u2019avait vraiment plus sa place&nbsp;; il&nbsp;<em>persiste<\/em>. Mentir, baiser, (mourir).<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019il faut avoir un sac poubelle autour du c\u0153ur pour ne pas avoir les yeux mouill\u00e9s lors de la lecture du texte de Bergman, l\u2019interpr\u00e9tation de la troupe tg STAN s\u2019est attach\u00e9e \u00e0 \u00e9vacuer tout le pathos du texte. En cons\u00e9quence, les personnages perdent de l\u2019\u00e9paisseur&nbsp;: on ne sent pas la torture n\u00e9vros\u00e9e de David, ni la profonde d\u00e9pression de Markus ou encore les tressaillements d\u2019angoisse de Marianne. Dans cette mise en sc\u00e8ne, on n\u2019entrevoit que difficilement le rapport au monde des trois personnages, qui chez Bergman change de mani\u00e8re presque m\u00e9taphysique depuis cet adult\u00e8re. Quelle est la vis\u00e9e de ce glissement de registre ? Il me semble qu\u2019il incarne la victoire du jeu sur le r\u00e9cit.&nbsp; Dans le texte, \u00e0 l\u2019ouverture, Bergman est lui-m\u00eame un personnage. Il est dans son bureau, il y a une voix derri\u00e8re lui, comme pour incarner son processus cr\u00e9atif&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>LA VOIX&nbsp;: Tu voudrais que nous \u00ab&nbsp;jouions \u00e0 imaginer&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>BERGMAN&nbsp;: Nous pouvons toujours essayer.<\/p>\n\n\n\n<p>LA VOIX&nbsp;: C\u2019est ce que tu as dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;jouer \u00e0 imaginer&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>BERGMAN&nbsp;: C\u2019est bien cela. Tu n\u2019existes pas, et pourtant tu existes.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est dans ce dialogue que l\u2019intrigue prendra forme, c\u2019est dans cette conversation que le r\u00e9cit de l\u2019adult\u00e8re s\u2019ench\u00e2ssera. La voix deviendra celle de Marianne&nbsp;; Bergman s\u2019\u00e9vaporera, \u00e0 quelques incises pr\u00e8s. Au fil de la lecture du texte, les ench\u00e2ssements fusionnent, un puissant effet de flottement en r\u00e9sulte&nbsp;: on ne sait plus vraiment si on est dans le bureau de Bergman ou dans sa t\u00eate, dans l\u2019appartement de Marianne ou dans sa t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la mise en sc\u00e8ne, ce dispositif est mis \u00e0 plat\u00a0: les interventions de Bergman sont distribu\u00e9es entre les com\u00e9diens. C\u2019est d\u2019abord David qui le joue. On peut se demander s\u2019il s\u2019agit de souligner la filiation entre l\u2019un et l\u2019autre, le personnage de David \u00e9tant, lui aussi, metteur en sc\u00e8ne. Quelques passages de\u00a0<em>Lanterna Magica<\/em>, autobiographie de Bergman, se fondent d\u2019ailleurs dans la repr\u00e9sentation.\u00a0 Plusieurs proc\u00e9d\u00e9s sont mis en place pour que le spectateur se d\u00e9tache de la fiction\u00a0: les acteurs jouent plusieurs personnages, les changements \u00e9tant signal\u00e9s par le simple fait qu\u2019ils endossent ou retirent un veston, sur sc\u00e8ne. Les com\u00e9diens font des signes \u00e0 la r\u00e9gie pour r\u00e9gler les lumi\u00e8res\u00a0; ils h\u00e9sitent, tr\u00e9buchent souvent sur certains mots comme pour insister sur la dimension exp\u00e9rimentale de la pi\u00e8ce. Les com\u00e9diens, m\u00eame lorsqu\u2019ils ne sont pas concern\u00e9s par la sc\u00e8ne, restent en arri\u00e8re-plan\u00a0; Markus-le-suicid\u00e9 est toujours sur les planches. Renversement carnavalesque\u00a0: peu importent les d\u00e9chirements, peu importe la douleur, tout cela n\u2019est qu\u2019un jeu et on va s\u2019amuser, comme des pitres, comme des guignols. Marianne n\u2019est pas la seule infid\u00e8le\u00a0: la troupe s\u2019octroie elle aussi une marge de man\u0153uvre par rapport au texte, quitte \u00e0 le modifier, comme cette conclusion ajout\u00e9e qui confirme la d\u00e9valorisation de la fiction face au jeu, et qui, finalement, trace une ligne de d\u00e9marcation un peu trop nette\u00a0: \u00ab\u00a0De toute fa\u00e7on, cette histoire n\u2019a pas exist\u00e9 \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>17 mai 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/louis-vodoz\/\">Louis Vodoz<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.lereflet.ch\/spectacle\/infideles\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u2019apr\u00e8s Ingmar Bergman \/ Par les collectifs tg STAN et de Roovers \/ Le Reflet \/ du 17 au 18 mai 2018 \/ Critiques par Sarah Juilland et Louis Vodoz.<\/p>\n","protected":false},"author":1001607,"featured_media":12697,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,145,38],"tags":[201,200],"class_list":["post-12696","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-le-reflet","category-spectacle","tag-louis-vodoz","tag-sarah-juilland"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12696","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001607"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12696"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12696\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20668,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12696\/revisions\/20668"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/12697"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12696"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12696"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12696"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}