{"id":12686,"date":"2018-05-18T09:56:10","date_gmt":"2018-05-18T07:56:10","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=12686"},"modified":"2025-02-09T17:37:06","modified_gmt":"2025-02-09T16:37:06","slug":"la-danse-des-affranchies","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2018\/05\/la-danse-des-affranchies\/","title":{"rendered":"La danse des affranchies"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">La danse des affranchies<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">De Latifa Djerbi \/ Mise en sc\u00e8ne de Julien Mages \/ Th\u00e9\u00e2tre Saint-Gervais \/ du 8 au 19 mai 2018 \/ Critiques par Aur\u00e9lien Maignant et Amalia D\u00e9vaud. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 mai 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/aurelien-maignant\/\">Aur\u00e9lien Maignant<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Dire et faire la r\u00e9volution<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"360\" height=\"270\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/05\/La-danse-des-affranchies-1-\u00a9-Anna-Pacchiani.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12681\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/05\/La-danse-des-affranchies-1-\u00a9-Anna-Pacchiani.jpg 360w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/05\/La-danse-des-affranchies-1-\u00a9-Anna-Pacchiani-227x170.jpg 227w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/05\/La-danse-des-affranchies-1-\u00a9-Anna-Pacchiani-267x200.jpg 267w\" sizes=\"auto, (max-width: 360px) 100vw, 360px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Anna Pacchiani<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>La danse des affranchies<em>, derni\u00e8re cr\u00e9ation de Latifa Djerbi, raconte le retour au pays d\u2019une immigr\u00e9e tunisienne de deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration. Dounia d\u00e9couvre un territoire \u00e0 la fois connu et \u00e9tranger et se voit confront\u00e9e \u00e0 une chorale de discours identitaires au milieu desquels elle doit trouver sa place. Une fable pleine d\u2019humanit\u00e9 mais qui s\u2019\u00e9touffe par moments dans la grandiloquence un peu surann\u00e9e d\u2019un texte qui veut trop en dire.&nbsp;&nbsp; &nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s son solo&nbsp;<em>L\u2019improbable est possible\u2026 j\u2019en suis la preuve vivante&nbsp;!<\/em>, Latifa Djerbi revient avec une pi\u00e8ce qui, de son propre aveu, fait le pari de \u00ab&nbsp;l\u2019intime pour atteindre l\u2019universel&nbsp;\u00bb. Le spectateur y d\u00e9couvre l\u2019histoire de Dounia, fille d\u2019une famille franco-tunisienne qui rentre enterrer son p\u00e8re dans un \u00ab&nbsp;bled&nbsp;\u00bb en pleine mutation, travers\u00e9 par le soul\u00e8vement populaire contre le r\u00e9gime de Ben Ali. L\u00e9s\u00e9e et bless\u00e9e par le testament du mort, Dounia cherche un espace \u00e0 occuper. Sa s\u0153ur, vivant une sexualit\u00e9 lib\u00e9r\u00e9e en France, et sa m\u00e8re, \u00e9migr\u00e9e traditionnaliste de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration, la condamnent toutes deux d\u2019avoir \u00e9pous\u00e9 un Suisse par int\u00e9r\u00eat&nbsp;; la culture patriarcale du village de ses parents lui refuse l\u2019\u00e9galit\u00e9 du droit \u00e0 l\u2019h\u00e9ritage de son p\u00e8re&nbsp;; une Tunisienne engag\u00e9e l\u2019accuse de ne s\u2019int\u00e9resser \u00e0 la r\u00e9volution politique que pour se distraire de la gangue morne et consensuelle de la vie europ\u00e9enne&nbsp;: tout cherche \u00e0 la d\u00e9finir. Aussi, la structure du drame tend vers une catastrophe int\u00e9rieure et la d\u00e9cousure des rep\u00e8res identitaires du personnage constitue le moteur principal de l\u2019action.<\/p>\n\n\n\n<p>Avant toute chose,&nbsp;<em>La danse des affranchies&nbsp;<\/em>est un affrontement. Dounia lutte pour s\u2019affirmer, avec elle-m\u00eame et avec les autres, et l\u2019autrice a voulu chaque protagoniste comme le porte-voix d\u2019un discours d\u00e9finitoire de l\u2019identit\u00e9 culturelle, spirituelle ou sexuelle de la jeune femme. La sc\u00e9nographie enregistre tr\u00e8s intelligemment cette pr\u00e9gnance du d\u00e9bat puisqu\u2019elle fait du c\u0153ur de sc\u00e8ne un rectangle sur\u00e9lev\u00e9 qui, repr\u00e9sentant initialement le lit de mort du p\u00e8re, devient par la suite un ring \u2013 une mutation sc\u00e9nique qui \u00e9voque autant le chaos et la confusion s\u2019emparant du pays apr\u00e8s le d\u00e9part du \u00ab&nbsp;p\u00e8re&nbsp;\u00bb de la patrie qu\u2019un terrain vague qu\u2019il incombe aux personnages de reconstruire. A l\u2019image du conflit soci\u00e9tal des id\u00e9es, ils s\u2019y confrontent, souvent face \u00e0 face, parfois face au public, assis ou debouts, violents ou tendres, pendant que les autres attendent leur tour sur des tabourets en contrebas. Le ring devient ainsi la matrice de leur \u00e9volution en accueillant leurs questionnements existentiels autant que ces vol\u00e9es d\u2019injures ou d\u2019accusations qui les renvoient parfois\u2026 dans les cordes.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9criture sonne particuli\u00e8rement juste quand elle veut faire transpara\u00eetre les vies, les choix et les prises de positions dans la chair des quatre femmes qui se racontent&nbsp;: Dounia, sa s\u0153ur fra\u00eechement divorc\u00e9e qui lutte avec ses pulsions suicidaires, sa m\u00e8re autoritaire, et dont on d\u00e9couvrira petit \u00e0 petit le drame, et enfin Nour, doctoresse pourchass\u00e9e pour son homosexualit\u00e9 avec laquelle Dounia vivra une romance. Le th\u00e9\u00e2tre moderne reste souvent trop pudique, trop empreint de tabous quand il s\u2019agit de penser ce que les corps t\u00e9moignent des structures politiques et id\u00e9ologiques. On voit rarement une fille tuer la m\u00e8re en ass\u00e9nant \u00e0 une vieille femme que le mariage et la soumission \u00ab&nbsp;l\u2019ont rendu si grasse qu\u2019on ne voit plus son sexe&nbsp;\u00bb&nbsp;; on ose trop peu souvent souligner la complexit\u00e9 psychologique du lien entre&nbsp;<em>sexual happiness&nbsp;<\/em>et ordre patriarcal&nbsp;: certaines sc\u00e8nes sont une vraie bouff\u00e9e d\u2019oxyg\u00e8ne. Dans le registre du conflit des f\u00e9minit\u00e9s,&nbsp;<em>La danse des affranchies<\/em>, faisant le choix d\u2019une galerie de portraits et de discours, laisse raisonnablement le spectateur libre de ses positions et parvient \u00e0 affecter les personnages d\u2019assez de complexit\u00e9 et d\u2019\u00e9paisseur pour ne pas basculer dans le st\u00e9r\u00e9otype.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour le reste, la pi\u00e8ce est \u00e9crite, tr\u00e8s&nbsp;<em>\u00e9crite<\/em>, sans doute trop. Le public pourra s\u2019agacer, au fil de la repr\u00e9sentation, que chaque r\u00e9plique, ou presque, cherche \u00e0&nbsp;<em>faire citation<\/em>. Et ce langage qui dit beaucoup sans vraiment montrer se marrie mal avec l\u2019ambition id\u00e9ologique du spectacle qui veut parler tout \u00e0 la fois d\u2019oppression, de lib\u00e9ration, d\u2019\u00e9galit\u00e9, de religion, de politique, de discrimination\u2026 Les dialogues font de chaque prise de parole, comique ou tragique, une d\u00e9clamation grandiloquente et rendent le travail des acteurs&nbsp;assez difficile : dire \u00ab&nbsp;mon c\u0153ur et ma sexualit\u00e9 battent au rythme de la r\u00e9volution populaire \u00bb sans fr\u00f4ler le burlesque rel\u00e8ve de l\u2019exploit. Trop souvent le spectateur ne sait pas s\u2019il doit rire car le jeu donne dans le trop peu comique ou dans un tragique en sous-r\u00e9gime.<\/p>\n\n\n\n<p>Toutefois, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la crise du personnage de fiction, le m\u00e9lange fonctionne, justement parce que Dounia est un fourre-tout qui cherche dans toutes les directions un sens \u00e0 sa vie quitte \u00e0 risquer la schizophr\u00e9nie des causes et des engagements (il n\u2019est d\u2019ailleurs pas innocent que la doctoresse qui s\u2019occupe de son corps prenne des allures de psychologue pendant une partie du spectacle). Faut-il voir dans cet itin\u00e9raire initiatique plut\u00f4t comique une forme de d\u00e9rision (voire d\u2019auto-d\u00e9rision puisque Latifa Djerbi joue elle-m\u00eame Dounia)&nbsp;? L\u2019autrice cherche-t-elle au contraire \u00e0 susciter la tendresse du public pour cette femme rendue neurast\u00e9nique par la torpeur id\u00e9ologique de l\u2019Occident moderne&nbsp;? Concluant la repr\u00e9sentation sur une sc\u00e8ne de s\u00e9duction h\u00e9t\u00e9rosexuelle dans une bo\u00eete de Gen\u00e8ve, l\u2019autrice para\u00eet vouloir avant tout mettre en lumi\u00e8re une forme d\u2019infantilisme tragique du personnage qui n\u2019aurait v\u00e9cu cette parenth\u00e8se \u00ab&nbsp;au bled&nbsp;\u00bb que comme l\u2019occasion d\u2019une r\u00e9volte sans enjeu, th\u00e9rapeutique et ind\u00e9niablement bourgeoise&nbsp;: il n\u2019est pas innocent que le retour \u00e0 la tranquillit\u00e9 occidentale s\u2019accompagne d\u2019un retour \u00e0 l\u2019h\u00e9t\u00e9ronormativit\u00e9. C\u2019\u00e9tait toute la pertinence de cette simple accusation de Nour&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pour toi, c\u2019est facile.&nbsp;\u00bb. Ce paradoxe int\u00e9rieur que le texte travaille sans d\u00e9tours rend justement la catastrophe int\u00e9rieure touchante et r\u00e9ussit \u00e0 mettre en chair la pression immense que peuvent exercer les discours sur un individu isol\u00e9. Quelques sc\u00e8nes avant la fin, Dounia, debout sur le ring mais cette fois-ci seule, se contente de hurler&nbsp;: on la comprend, on vit avec elle quelque chose qui pourrait bien relever d\u2019une catharsis \u00e0 l\u2019antique.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, en d\u00e9pit de cela, on sort de la salle avec la sensation, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du spectacle, d\u2019une accusation rest\u00e9e superficielle et qui, voulant trop dire, n\u2019a fait qu\u2019effleurer les crises et les mutations du temps pr\u00e9sent. Dire que l\u2019on peut penser ensemble une r\u00e9volution politique et une r\u00e9volution des m\u0153urs n\u2019am\u00e8ne pas grand-chose de neuf si on se contente de le formuler. Attaquer sans distinction les autorit\u00e9s religieuse, patriarcale, familiale et politique souligne la n\u00e9cessit\u00e9 des luttes mais oblit\u00e8re quelque peu leur complexit\u00e9, presque leur s\u00e9rieux. Le risque est grand&nbsp;: d\u00e9noncer le convenu n\u2019am\u00e8ne souvent qu\u2019un convenu de d\u00e9nonciation.<\/p>\n\n\n\n<p>Finalementon regrettera peut-\u00eatre une tension irr\u00e9solue entre deux intentions qui, sans \u00eatre contradictoires, demandent un \u00e9quilibre quasi impossible. Le dispositif veut d\u2019une part des personnages r\u00e9alistes, biens vivants dans leur fiction, \u00e0 la subtilit\u00e9 et \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience desquels nous pourrions nous attacher&nbsp;; de l\u2019autre, la sur\u00e9criture du texte rappelle sans cesse leur fonction d\u2019acteurs porte-voix qui d\u00e9clament les lignes d\u2019un pamphlet politique comme \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e. On se sait plus bien s\u2019il faut contempler le surgissement de la parole individuelle ou entendre r\u00e9sonner une voix collective \u2013 et sans doute cette pond\u00e9ration est-elle l\u2019enjeu d\u2019un spectacle comme&nbsp;<em>La danse des affranchies<\/em>&nbsp;\u2013 mais la trop grande h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des situations et du jeu n\u2019am\u00e8ne souvent qu\u2019un flou dommageable pour l\u2019exp\u00e9rience du spectateur.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour r\u00e9soudre ce conflit \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du dispositif fictionnel, pour \u00e9viter que ce qu\u2019on donne \u00e0 entendre ne neutralise ce qu\u2019on donne \u00e0&nbsp;<em>vivre<\/em>, une autre pi\u00e8ce aurait peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 possible, une pi\u00e8ce o\u00f9 Dounia et Nour se seraient content\u00e9es de faire l\u2019amour en \u00e9coutant par la fen\u00eatre la clameur de la r\u00e9volution populaire, sans&nbsp;<em>dire&nbsp;<\/em>qu\u2019elles le faisaient&nbsp;: leur silence aurait \u00e9t\u00e9 bien plus \u00e9loquent.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 mai 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/aurelien-maignant\/\">Aur\u00e9lien Maignant<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 mai 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/amalia-devaud\/\">Amalia D\u00e9vaud<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Une danse en enfer<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"360\" height=\"270\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/05\/La-danse-des-affranchies-2-\u00a9-DR.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12684\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/05\/La-danse-des-affranchies-2-\u00a9-DR.jpg 360w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/05\/La-danse-des-affranchies-2-\u00a9-DR-227x170.jpg 227w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/05\/La-danse-des-affranchies-2-\u00a9-DR-267x200.jpg 267w\" sizes=\"auto, (max-width: 360px) 100vw, 360px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">@ DR<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Laur\u00e9at du concours Textes-en-Sc\u00e8nes 2017,<\/em>&nbsp;La danse des affranchies&nbsp;<em>raconte<\/em>&nbsp;<em>la qu\u00eate \u00e9mancipatrice de Dounia, une femme tunisienne qui ne supporte plus les interdits de sa culture, de son pays. S\u2019inspirant du po\u00e8me de Rimbaud \u00ab&nbsp;Mauvais Sang&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;<em>Latifa Djerbi d\u00e9crit les affres d\u2019un combat pour la libert\u00e9 individuelle, entre amour et r\u00e9volte. La col\u00e8re soudain \u00e9clat\u00e9e d\u2019une femme qui devient une v\u00e9ritable r\u00e9volution, en marche.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Connais-je encore la nature&nbsp;? me connais-je&nbsp;? \u2013 Plus de mots. J\u2019ensevelis les morts dans mon ventre. Cris, tambour, danse, danse, danse, danse&nbsp;! Je ne vois m\u00eame pas l\u2019heure o\u00f9, les blancs d\u00e9barquant, je tomberai au n\u00e9ant. Faim, soif, cris, danse, danse, danse, danse&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le po\u00e8me de Rimbaud, r\u00e9cit\u00e9 \u00e0 la fin du spectacle par Dounia et son partenaire d\u2019un soir, cigarettes aux l\u00e8vres \u00e0 l\u2019\u00e9cart de la f\u00eate, \u00e9claire dans sa fulgurance la destin\u00e9e de la jeune femme. La force de vie qui anime Dounia ressemble \u00e0 celle du hors-la-loi rimbaldien&nbsp;: une \u00e9nergie brute qui ne saurait se plier aux conventions sociales ni \u00e0 l\u2019ordre \u00e9tabli&nbsp;; une turbulence nomade, n\u00e9cessaire \u00e0 la libert\u00e9 individuelle. \u00c9cartel\u00e9e entre deux cultures, celle de sa Tunisie natale et de sa France adoptive, Dounia cherche \u00e0 s\u2019affranchir des injonctions de sa famille rest\u00e9e au bled&nbsp;: oui, elle peut disposer librement de son corps. Non, elle ne deviendra pas, comme sa m\u00e8re, malheureuse en amour et soumise \u00e0 la dictature du qu\u2019en-dira-t-on. Le spectacle donne \u00e0 voir l\u2019\u00e9veil d\u2019un double printemps&nbsp;: d\u2019une part celui de la condition des femmes tunisiennes, avec leur d\u00e9sir d\u2019\u00e9mancipation, et, d\u2019autre part, celui d\u2019une Tunisie r\u00e9volt\u00e9e contre la violence du r\u00e9gime de Ben Ali.<\/p>\n\n\n\n<p>Latifa Djerbi livre ici une autofiction tragi-comique, troublant la fronti\u00e8re entre r\u00e9alit\u00e9 et fiction : tout comme son personnage Dounia, l\u2019auteure est d\u2019origine tunisienne, \u00e9crit du th\u00e9\u00e2tre et vit \u00e0 Gen\u00e8ve. Selon ses propres mots, elle \u00ab&nbsp;utilise la langue comme une arme de construction massive et fait en sorte d\u2019oser l\u2019intime pour mieux rejoindre l\u2019universel&nbsp;\u00bb. Ce jeu de l\u2019intime \u00e0 l\u2019extime rappelle le th\u00e9\u00e2tre d\u2019Ahmed Madani (<em>F(l)ammes<\/em>), qui l\u2019a d\u2019ailleurs \u00e9paul\u00e9e dans l\u2019\u00e9criture de cette pi\u00e8ce. Les th\u00e9matiques qu\u2019ils abordent dans leurs \u0153uvres se ressemblent&nbsp;: elles tournent autour de la m\u00e9moire, du brassage des cultures et de la transmission familiale.<\/p>\n\n\n\n<p>La mise en sc\u00e8ne, sign\u00e9e Julien Mages, contrebalance la volubilit\u00e9 acerbe de Dounia par son minimalisme. La violence des r\u00e9pliques et leur charge de v\u00e9rit\u00e9 prennent en effet toute la place. Port\u00e9e par l\u2019\u00e9motion des mots, la sc\u00e8ne se d\u00e9leste de tout artifice superflu&nbsp;: il n\u2019y reste qu\u2019une estrade centrale et deux rang\u00e9es de chaises, sur lesquelles les personnages attendent leur tour, comme dans des coulisses. La musique se fait rare, elle aussi, except\u00e9 dans les quelques sc\u00e8nes de danse. Le texte dramatique se r\u00e9v\u00e8le roi et la mise en sc\u00e8ne de Julien Mages ne cherche pas \u00e0 lui faire dire autre chose&nbsp;: peut-\u00eatre parce qu\u2019il est lui-m\u00eame auteur et qu\u2019il reconna\u00eet la puissance des mots, leur universalit\u00e9 hors du dispositif sc\u00e9nique. Ou parce que le poids des mots ne se donne \u00e0 entendre sans le silence visuel d\u2019une sc\u00e8ne noire et \u00e9pur\u00e9e. Toutefois, bien que sa mise en sc\u00e8ne restitue \u00e0 la fois les dimensions intime et universelle du texte \u2013 par l\u2019espace accord\u00e9 \u00e0 la parole et par l\u2019intemporalit\u00e9 du d\u00e9cor \u2013, il nous semble que le texte gagnerait en profondeur s\u2019il \u00e9tait plus ancr\u00e9 historiquement.<\/p>\n\n\n\n<p>Si le destin de Dounia ne suit pas exactement celui \u2013 d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 \u2013 du narrateur de&nbsp;<em>Mauvais sang<\/em>, il n\u2019en demeure pas moins tragique : sa qu\u00eate de libert\u00e9 exclut paradoxalement les \u00eatres aim\u00e9s car Dounia ne fait que crier son besoin d\u2019amour. Elle ne sait ni le donner ni le recevoir. Lorsqu\u2019il appara\u00eet, sous la forme des bras ouverts de sa m\u00e8re s\u2019essayant \u00e0 la tendresse, elle le repousse. La complexit\u00e9 de sa personnalit\u00e9, contradictoire, emp\u00eache d\u2019une certaine fa\u00e7on sa qu\u00eate en l\u2019immobilisant dans la complainte. Pourtant, en filigrane du spectacle, le comique survit toujours au path\u00e9tique de la vie, aux illogismes de l\u2019\u00e2me humaine. Emmen\u00e9 par l\u2019humour corrosif de Latifa Djerbi et la gestuelle grandiloquente des acteurs, le comique sauve la pi\u00e8ce de tout nihilisme, dans une grande fra\u00eecheur.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 mai 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/amalia-devaud\/\">Amalia D\u00e9vaud<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.saintgervais.ch\/programme\/detail\/la-danse-des-affranchies\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De Latifa Djerbi \/ Mise en sc\u00e8ne de Julien Mages \/ Th\u00e9\u00e2tre Saint-Gervais \/ du 8 au 19 mai 2018 \/ Critiques par Aur\u00e9lien Maignant et Amalia D\u00e9vaud.<\/p>\n","protected":false},"author":1001607,"featured_media":12687,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,8,38],"tags":[198,194],"class_list":["post-12686","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-maison-saint-gervais","category-spectacle","tag-amalia-devaud","tag-aurelien-maignant"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12686","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001607"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12686"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12686\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20670,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12686\/revisions\/20670"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/12687"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12686"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12686"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12686"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}