{"id":12662,"date":"2018-05-04T18:35:38","date_gmt":"2018-05-04T16:35:38","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=12662"},"modified":"2025-02-09T17:37:33","modified_gmt":"2025-02-09T16:37:33","slug":"lisbeths","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2018\/05\/lisbeths\/","title":{"rendered":"Lisbeths"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Lisbeths<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">De Fabrice Melquiot \/ Concept et adaptation de Valentin Rossier \/ Th\u00e9\u00e2tre du Gr\u00fctli \/ du 1er au 20 mai 2018\u00a0\/ Critiques par Pierre-Paul Bianchi et Roberta Alberico. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1er mai 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/pierre-paul-bianchi\/\">Pierre-Paul Bianchi<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Duplicit\u00e9 de la passion<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/05\/\u00a9CaroleParodi-3223-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12659\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/05\/\u00a9CaroleParodi-3223-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/05\/\u00a9CaroleParodi-3223-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/05\/\u00a9CaroleParodi-3223-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/05\/\u00a9CaroleParodi-3223-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/05\/\u00a9CaroleParodi-3223-624x416.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/05\/\u00a9CaroleParodi-3223.jpg 1800w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Carole Parodi<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Lisbeths<em>&nbsp;raconte une rencontre passionnelle, mais sur la sc\u00e8ne les corps des acteurs sont maintenus \u00e0 distance et ne se touchent pas&nbsp;; les voix, au contraire, ouvrent un espace d\u2019intimit\u00e9&nbsp;: les personnages s\u2019y r\u00e9v\u00e8lent, dans un immense mouvement de sensualit\u00e9. Une subtile \u00e9tranget\u00e9 traverse leur r\u00e9cit, comme une inqui\u00e9tude de voir l\u2019amour chuter&nbsp;: sur un texte de Fabrice Melquiot, le spectacle de Valentin Rossier inscrit dans la douceur l\u2019ombre de la tristesse. La rencontre des amants se colore d\u2019une incertitude, dans laquelle le spectateur est happ\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Dans une ambiance douce-am\u00e8re, nous assistons \u00e0 une mise \u00e0 nu. Sur le plateau, tout est noir. Il n\u2019y a rien. Seulement un dispositif&nbsp;: deux micros sur pieds face au public, que rejoignent Lisbeth (Marie Druc) \u00e0 la chevelure rousse, et Pietr (Valentin Rossier), chevelure \u00ab&nbsp;entre et entre&nbsp;\u00bb, ind\u00e9termin\u00e9e. Deux m\u00e8tres cinquante les s\u00e9parent&nbsp;: ils sont \u00e0 distance, jamais ne se rapprocheront pendant toute la dur\u00e9e du spectacle. Invariablement s\u00e9dentaires, les corps bougent mais n\u2019iront pas toucher l\u2019autre. Ils n\u2019ont que leur propre corps, et leur micro, chacun circonscrit dans sa solitude physique. Ils vivent et revivent pourtant l\u2019histoire d\u2019une passion.<\/p>\n\n\n\n<p>Le texte de Fabrice Melquiot \u2013 actuel directeur du Th\u00e9\u00e2tre Am Stram Gram \u00e0 Gen\u00e8ve \u2013 juxtapose jusqu\u2019\u00e0 la confusion le dialogue et le r\u00e9cit, le monologue int\u00e9rieur et la didascalie&nbsp;; le texte, qui raconte sans montrer, nous apprend les pr\u00e9mices de la rencontre&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00e7a n\u2019\u00e9tait pas spectaculaire&nbsp;\u00bb, deux inconnus sur une terrasse et le hasard. Et chacun se raconte \u00e0 soi, \u00e0 l\u2019autre \u2013 et au public, car tout est dit. L\u2019usage des micros, dans lesquels ils parlent de tout pr\u00e8s, participe de ce qui se ressent comme un d\u00e9voilement de l\u2019intime. Les micros rendent audibles le souffle et les mouvements du corps qui le portent&nbsp;: gr\u00e2ce au micro, nous sommes proches d\u2019eux aussi.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le public, nous sourions de la candeur de leur propos : les discussions sont timides, maladroites comme peuvent l\u2019\u00eatre celles des flirts adolescents, jusqu\u2019\u00e0 en devenir cocasses. Mais cette maladresse nous laisse suspecter quelque chose d\u2019une inqui\u00e9tude \u2013 malgr\u00e9 l\u2019humour. Pietr dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;merci pour le coup de foudre&nbsp;\u00bb, et le coup de foudre parait d\u00e9j\u00e0 condamn\u00e9, comme une sorte de coup de foudre de l\u2019apr\u00e8s, du trop tard. Le texte fait image et ouvre sous nos yeux des chambres d\u2019h\u00f4tels, des trains. Le monde offert, celui de la relation entre les deux personnages, est fait de huis-clos et de lieux de passages. La fuite se fait constitutive de leur lien et la tentation est grande de l\u2019interpr\u00e9ter comme un signe annonciateur du&nbsp;<em>fatum<\/em>&nbsp;qui parait \u00e9trangement peser. Le rythme de la pi\u00e8ce se fait pourtant rassurant : conjointement produit par le jeu des lumi\u00e8res (tour \u00e0 tour intenses et tamis\u00e9es), le volume des voix, les mouvements des corps, il s\u2019acc\u00e9l\u00e8re et grimpe vers l\u2019urgence. Cette urgence est celle de la passion et se manifeste dans le texte qui de plus en plus se vit sur sc\u00e8ne avec sensualit\u00e9, s\u2019agrippe au corps, s\u2019excite litt\u00e9ralement. Les deux personnages maintiennent la distance, aucun des deux ne s\u2019\u00e9loigne du micro fix\u00e9 au sol, mais le d\u00e9sir s\u2019exprime, irr\u00e9pressible, dans des hal\u00e8tements \u00e9rotiques par lesquels la passion est \u00e9tay\u00e9e, r\u00e9assur\u00e9e. Les corps, raides et appuy\u00e9s sur les micros, sont d\u00e9sormais pi\u00e9tinants, d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9s. Ils commencent des va-et-vient. On se persuade que le d\u00e9sir manifest\u00e9 donnera lieu \u00e0 la connaissance intime de l\u2019autre. Mais \u00e0 l\u2019explicite de ces excitations, tandis que le texte narre l\u2019accomplissement de l\u2019acte sexuel, survit, plus en sous-terrain, une l\u00e9g\u00e8re inqui\u00e9tude, un malaise diffus&nbsp;: on soup\u00e7onne qu\u2019ils se m\u00e9connaissent.<\/p>\n\n\n\n<p>La musique est constante, douce la plupart du temps, planante. Elle finit par devenir lancinante. Les quelques silences qui la ponctuent font l\u2019effet d\u2019un manque, que seuls comblent des bruits parasites. La musique se r\u00e9p\u00e8te, toujours la m\u00eame mais jamais tout \u00e0 fait, faisant \u00e9cho \u00e0 ce qui semble \u00eatre v\u00e9cu. L\u2019inqui\u00e9tude se confirme lorsque Pietr, au moment de rejoindre Lisbeth, ne la reconna\u00eet plus. Le m\u00eame n\u2019est plus v\u00e9cu comme tel, il se d\u00e9cale insensiblement, irrationnellement. Les certitudes sont \u00e9mouss\u00e9es, mises en danger. De cette&nbsp;<em>inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9<\/em>&nbsp;na\u00eet le sentiment que la connaissance de l\u2019autre ne pourra se sceller.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019opposition parfois presque trop \u00e9vidente entre les deux personnalit\u00e9s peut, ponctuellement, donner une impression de st\u00e9r\u00e9otype&nbsp;: elle sourit avec \u00e9nergie, regarde le public avec bienveillance, dans une sorte d\u2019ivresse de l\u2019amour presque surjou\u00e9e, qui tranche avec la nonchalance qu\u2019il manifeste de son c\u00f4t\u00e9. Elle est l\u00e9g\u00e8re et lui semble vivre dans la pesanteur. Mais, au-del\u00e0, le texte de Fabrice Melquiot et la mise en sc\u00e8ne de Valentin Rossier entrem\u00ealent finement l\u2019expression des manifestations sinc\u00e8res d\u2019amour et les traces d\u2019inqui\u00e9tude. L\u2019exp\u00e9rience est liminaire&nbsp;: en funambules, la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 et l\u2019\u00e9tranget\u00e9 se c\u00f4toient de pr\u00e8s sur un m\u00eame seuil. L\u2019\u00e9quilibre sonne juste.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1er mai 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/pierre-paul-bianchi\/\">Pierre-Paul Bianchi<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1er mai 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/roberta-alberico\/\">Roberta Alberico<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Mots durs<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/05\/\u00a9CaroleParodi-3098-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12668\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/05\/\u00a9CaroleParodi-3098-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/05\/\u00a9CaroleParodi-3098-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/05\/\u00a9CaroleParodi-3098-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/05\/\u00a9CaroleParodi-3098-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/05\/\u00a9CaroleParodi-3098-624x416.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/05\/\u00a9CaroleParodi-3098.jpg 1800w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Carole Parodi<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Lisbeth et Pietr, deux esprits, deux corps, deux micros, deux voix racontant dans une cr\u00e9ation aussi subtile qu\u2019\u00e9l\u00e9gante les affres de la relation amoureuse et de son langage. Tir\u00e9e d\u2019un texte de Fabrice Melquiot, la pi\u00e8ce emporte le public dans une fable verbale qui esquisse du couple moderne un portrait dr\u00f4le et m\u00e9lancolique.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Comment saisir l\u2019insaisissable&nbsp;? C\u2019est l\u2019une des questions auxquelles s\u2019attelle la derni\u00e8re cr\u00e9ation de Valentin Rossier, adapt\u00e9e d\u2019un texte de Fabrice Melquiot&nbsp;:&nbsp;<em>Lisbeths.&nbsp;<\/em>Cet insaisissable, c\u2019est la relation amoureuse. Le texte cherche \u00e0 poser les mots sur les \u00e9lans, les compr\u00e9hensions tacites ou les peurs irrationnelles que connaissent bien tous ceux qui ont aim\u00e9 un jour et pour lesquels, rapidement, se pose la question du langage. Ce qui fait une passion amoureuse, particuli\u00e8rement dans&nbsp;<em>Lisbeths<\/em>, ce sont bien plus les non-dits et les silences que les d\u00e9clarations. Comment dire l\u2019indicible&nbsp;?&nbsp; Les personnages se r\u00e9p\u00e8tent, cherchent leurs mots, essaient sans cesse de trouver le terme ou l\u2019expression qui sonne pour dire la bienveillance, la complicit\u00e9 ou le d\u00e9sir des corps.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est que Lisbeth et Pietr ont du v\u00e9cu. Ils n\u2019en sont pas \u00e0 leur coup d\u2019essai. Ils se rencontrent dans un caf\u00e9 tourangeau, alors qu\u2019elle vient d\u2019abandonner son mari et son travail. Lui, repr\u00e9sentant commercial dans l\u2019\u00e9dition, m\u00e8ne une vie de marchand&nbsp;: toujours de passage dans les villes, toujours en mouvement. Imm\u00e9diatement, c\u2019est le coup de foudre. Ils se revoient, font l\u2019amour, se racontent leurs pass\u00e9s. Tr\u00e8s vite, leurs anciennes vies se changent en fantasmes et, cherchant \u00e0 se conna\u00eetre, ils d\u00e9couvrent \u00e0 quel point la m\u00e9moire peut \u00eatre fragmentaire, le r\u00e9el multiple. Pietr est incertain, toujours perdu face \u00e0 une Lisbeth qui d\u00e9voile des&nbsp;<em>Lisbeths<\/em>&nbsp;\u00e0 travers plusieurs signes qui font surgir une dimension fantastique dans la pi\u00e8ce. Elle lui pr\u00e9sente son enfant et nie, quelques jours plus tard, avoir jamais \u00e9t\u00e9 m\u00e8re&nbsp;; il croit remarquer la cicatrice d\u2019une c\u00e9sarienne sur son ventre, puis se rend compte, lors d\u2019un s\u00e9jour \u00e0 la mer, qu\u2019elle n\u2019y est plus. Ces s\u00e9quences irr\u00e9elles sont autant d\u2019\u00e9nigmes laiss\u00e9es ouvertes au spectateur, une mani\u00e8re po\u00e9tique de signifier que, en d\u00e9pit de tout, l\u2019autre que l\u2019on aime reste toujours un espace que l\u2019on ne peut qu\u2019essayer de conna\u00eetre, un effort. Lisbeth et Pietr finiront comme ils ont commenc\u00e9, sur un coup de t\u00eate, un beau jour dans un h\u00f4tel au bord de la mer o\u00f9, soudain, ils ne se reconnaissent plus, redeviennent les \u00e9trangers qu\u2019ils \u00e9taient. Noir.<\/p>\n\n\n\n<p>Si le romantisme des exp\u00e9riment\u00e9s d\u00e9sabus\u00e9s et le th\u00e8me de l\u2019homme viril avide mais d\u00e9sar\u00e7onn\u00e9 face \u00e0 la femme myst\u00e9rieuse ont quelque chose d\u2019un peu d\u00e9j\u00e0 vu, on ne peut qu\u2019\u00eatre emport\u00e9 par la puissance \u00e9vocatrice des voix et la pr\u00e9sence des acteurs qui portent avec beaucoup de richesse un texte puissant. Alternant rire, angoisse, sexualit\u00e9 et \u00e9motions avec une alchimie qui fonctionne \u00e0 merveille, l\u2019\u00e9criture de Fabrice Melquiot ravira sans doute le public par certaines fulgurances. \u00ab Quand tu regardes mes fesses, j\u2019ai l\u2019impression qu\u2019elles sont expos\u00e9es au Louvres&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00e0 l\u2019image de cette r\u00e9plique aussi touchante que dr\u00f4le, le th\u00e8me de l\u2019amour est trait\u00e9 avec beaucoup de pudeur, le tragique des personnages r\u00e9sidant bien davantage dans leur retenue que dans de grandes d\u00e9clarations path\u00e9tiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 de la seule situation amoureuse, la mise en sc\u00e8ne fait r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 l\u2019ensemble de ce qui peut unir et d\u00e9sunir deux \u00eatres. Valentin Rossier fait le choix d\u2019une sc\u00e9nographie minimaliste&nbsp;: deux pieds de micros et un carr\u00e9 parfait de spots lumineux encerclant les acteurs (Marie Druc en Lisbeth et lui-m\u00eame dans le r\u00f4le de Pietr). Tous deux, face au public, laissent \u00e0 leurs voix la charge du jeu et de la repr\u00e9sentation des personnages. Leurs corps suivent leurs \u00e9motions mais ne jouent pas l\u2019histoire&nbsp;: Marie Druc n\u2019imite pas le rire quand il est dit qu\u2019elle rit, Valentin Rossier ne mime pas la jouissance quand il est dit qu\u2019il jouit. D\u2019ailleurs, alors que les deux personnages se contemplent en permanence, les acteurs ne se regardent qu\u2019\u00e0 peine. L\u2019attention est r\u00e9solument port\u00e9e sur la performance vocale et le mouvement d\u2019amplification qu\u2019elle porte, tout comme les variations subtiles de la musique et des lumi\u00e8res cherchent le transport des sens et laissent \u00e0 notre imagination la totalit\u00e9 de la repr\u00e9sentation&nbsp;: on cherche bien davantage \u00e0 nous faire vivre une fiction qu\u2019\u00e0 nous la montrer.<\/p>\n\n\n\n<p>On en ressort comme d\u2019un r\u00eave d\u2019une heure, une histoire courte qui semble directement extraite du quotidien et qui assume son parti pris&nbsp;: confronter le spectateur au seul spectacle du langage. Un parti pris doublement pertinent puisqu\u2019il attire notre attention sur ce que l\u2019amour peut avoir de verbal tout en rappelant que l\u2019essentiel reste peut-\u00eatre cet indicible autour du lequel les couples se font, et \u2013 c\u2019est tout le drame \u2013 &nbsp;se d\u00e9font.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1er mai 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/roberta-alberico\/\">Roberta Alberico<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.grutli.ch\/spectacles\/view\/159\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De Fabrice Melquiot \/ Concept et adaptation de Valentin Rossier \/ Th\u00e9\u00e2tre du Gr\u00fctli \/ du 1er au 20 mai 2018\u00a0\/ Critiques par Pierre-Paul Bianchi et Roberta Alberico.<\/p>\n","protected":false},"author":1001607,"featured_media":12663,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,125],"tags":[191,190],"class_list":["post-12662","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-teatre-du-grutli","tag-pierre-paul-bianchi","tag-roberta-alberico"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12662","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001607"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12662"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12662\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20675,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12662\/revisions\/20675"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/12663"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12662"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12662"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12662"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}