{"id":12654,"date":"2018-05-02T14:17:47","date_gmt":"2018-05-02T12:17:47","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=12654"},"modified":"2025-02-09T17:37:47","modified_gmt":"2025-02-09T16:37:47","slug":"eloge-du-mauvais-geste","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2018\/05\/eloge-du-mauvais-geste\/","title":{"rendered":"\u00c9loge du mauvais geste"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">\u00c9loge du mauvais geste<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">D\u2019apr\u00e8s Olivier Pourriol \/ Mise en sc\u00e8ne de Val\u00e9ry Cordy \/ Nuithonie (Fribourg) \/ du 26 au 28 avril 2018 \/ Critique par Maxime Hoffmann. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>26 avril 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/maxime-hoffmann\/\">Maxime Hoffmann<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Les buts de la vie<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"630\" height=\"347\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/05\/eloge-du-mauvais-geste-marie-aurore-dawans-1.jpg__630x347_q90_crop-1_subsampling-2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12651\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/05\/eloge-du-mauvais-geste-marie-aurore-dawans-1.jpg__630x347_q90_crop-1_subsampling-2.jpg 630w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/05\/eloge-du-mauvais-geste-marie-aurore-dawans-1.jpg__630x347_q90_crop-1_subsampling-2-250x138.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/05\/eloge-du-mauvais-geste-marie-aurore-dawans-1.jpg__630x347_q90_crop-1_subsampling-2-300x165.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/05\/eloge-du-mauvais-geste-marie-aurore-dawans-1.jpg__630x347_q90_crop-1_subsampling-2-624x344.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 630px) 100vw, 630px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Marie-Aurore Dawans<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Par le commentaire de trois grands moments historiques du football, le spectacle&nbsp;<\/em><em>analyse et utilise les mauvais gestes sportifs pour soulever des questions philosophiques primordiales. Au-del\u00e0 du foot, c\u2019est un regard sur la vie.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Au centre de la sc\u00e8ne tr\u00f4ne une balle orn\u00e9e d\u2019une aur\u00e9ole de lumi\u00e8re. L\u00e9g\u00e8rement en avant, c\u00f4t\u00e9 jardin le com\u00e9dien assis \u00e0 une table d\u2019\u00e9colier parcourt un journal, indiff\u00e9rent au public qui s\u2019installe. C\u2019est ce moment symboliquement fort o\u00f9 ballon et joueur attendent, immobiles, au centre, le coup d\u2019envoi. En fond, un grand \u00e9cran donne \u00e0 lire une citation de Camus&nbsp;: \u00ab&nbsp;le peu de morale que je sais, je l\u2019ai appris sur les terrains de football et les sc\u00e8nes de th\u00e9\u00e2tre qui resteront mes vraies universit\u00e9s&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le com\u00e9dien Denis Laujol entreprend de commenter des sc\u00e8nes projet\u00e9es sur l\u2019\u00e9cran g\u00e9ant. Les choses se donnent \u00e0 voir, il n\u2019y a plus qu\u2019\u00e0 constater et \u00e9couter. Avec humour et esprit, son propos d\u00e9passe et surpasse le commentaire sportif et le rend philosophique. C\u2019est donc sur deux terrains de jeu tr\u00e8s contrast\u00e9s que se construit la pi\u00e8ce. L\u2019action physique du premier et le commentaire intellectuel du second forment une opposition, pr\u00e9texte ici pour r\u00e9fl\u00e9chir et tenter de concilier le corps et l\u2019esprit.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette adaptation du livre&nbsp;d\u2019Olivier Pourriol r\u00e9veille des questionnements philosophiques majeurs gr\u00e2ce \u00e0 des \u00ab&nbsp;gestes&nbsp;\u00bb marquants tir\u00e9s de l\u2019histoire du football, r\u00e9v\u00e9lant les enjeux qu\u2019il peut y avoir \u00ab \u00e0&nbsp;courir apr\u00e8s un ballon&nbsp;\u00bb. Seuls trois des six gestes analys\u00e9s dans le texte original sont mis en sc\u00e8ne. La pi\u00e8ce assume d\u00e8s lors une structure tragique en trois actes \u2013 ou en trois gestes&nbsp;\u2013 : la victorieuse faute de main de Maradona en 1989&nbsp;; la puissante t\u00eate de Zidane en 2006&nbsp;; et, en 1985, la joie honteuse de Platini malgr\u00e9 la mort de supporters adverses dans les tribunes. Bien plus qu\u2019une simple mat\u00e9rialisation du texte \u00e0 la sc\u00e8ne, le dispositif permet d\u2019incarner le commentaire et d\u2019orienter son interpr\u00e9tation vers une lecture sensible. Les trois \u00e9pisodes structurent la pi\u00e8ce dans un lent mouvement de basculement, d\u2019un ton heureux et taquin au d\u00e9but \u00e0 la d\u00e9nonciation de l\u2019inacceptable en fin de parcours. D\u2019abord du dr\u00f4le et du grotesque, puis ce coup cr\u00e2ne et impulsionnel et, finalement, une inhumaine et r\u00e9voltante indiff\u00e9rence. Ainsi se tisse le fil rouge qui s\u2019\u00e9tire jusqu\u2019\u00e0 un d\u00e9nouement affreux o\u00f9 le jeu c\u00f4toie la mort.<br>Le grotesque Maradona donne \u00e0 voir la tricherie et ses cons\u00e9quences, \u00e9tonnamment innocentes. Il marque de la main. C\u2019est une faute. Le but est pourtant accept\u00e9 et son \u00e9quipe gagne&nbsp;: tous les moyens sont-ils bons pour vaincre&nbsp;? Que faire des lois&nbsp;? Comment se positionner face \u00e0 cette tricherie&nbsp;?<br>Tol\u00e9rer ou r\u00e9pondre, voil\u00e0 le dilemme face auquel s\u2019est quant \u00e0 lui trouv\u00e9 Zidane en 2006. A quel instant des provocations deviennent-elles inacceptables&nbsp;? Faut-il r\u00e9pondre ou tol\u00e9rer sans fin&nbsp;? Zin\u00e9dine choisit de r\u00e9pondre, il frappe condamnant ainsi sa carri\u00e8re et son \u00e9quipe. Peut-\u00eatre n\u00e9cessaire, ce geste couronne un choix : celui d\u2019\u00eatre ma\u00eetre de son destin \u00ab&nbsp;\u00e0 dix minute d\u2019une sorte de mort&nbsp;\u00bb.<br>Avoir honte d\u2019\u00eatre Homme&nbsp;: Platini&nbsp;se noie dans l\u2019ivresse du jeu. Avant ce match de 1985, trente-neuf supporters meurent pi\u00e9tin\u00e9s ou \u00e9cras\u00e9s par l\u2019effondrement d\u2019une tribune. Quatre cents autres personnes seront bless\u00e9es, le corps meurtri et l\u2019esprit troubl\u00e9. Malgr\u00e9 cette innommable catastrophe, la partie se joue. La joie du jeu surpasse tr\u00e8s vite le souvenir des morts. Apr\u00e8s cinquante-six minutes, Platini marque sur p\u00e9nalit\u00e9 et court, fou de bonheur. Comme si de rien n\u2019\u00e9tait, tous sont frapp\u00e9s d\u2019une amn\u00e9sie malsaine. Paradoxe incroyable entre une joie et un malheur qui r\u00e9v\u00e8le l\u2019absurde de la vie. A ce stade, Denis Laujol use avec justesse du pathos et amplifie l\u2019insupportable de l\u2019\u00e9v\u00e9nement. Blaise Pascal \u00e9crivait&nbsp;: \u00ab&nbsp;les hommes n\u2019ayant pu gu\u00e9rir la mort, la mis\u00e8re, l\u2019ignorance, ils se sont avis\u00e9s pour se rendre heureux de n\u2019y point penser&nbsp;\u00bb. Se divertir pour oublier, ce jour-l\u00e0, tout le monde l\u2019a fait. Pourquoi avoir jou\u00e9, diffus\u00e9 et regard\u00e9 ce match&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Que l\u2019on soit ou non amateur de foot importe peu ici. C\u2019est de la nature humaine qu\u2019il est question&nbsp;: comment faut-il agir dans la vie&nbsp;? O\u00f9 se trouvent les bornes de la tol\u00e9rance&nbsp;? Comme se positionner face \u00e0 la mort&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>26 avril 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/maxime-hoffmann\/\">Maxime Hoffmann<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.equilibre-nuithonie.ch\/fr\/saison\/spectacles\/750\/eloge-du-mauvais-geste\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u2019apr\u00e8s Olivier Pourriol \/ Mise en sc\u00e8ne de Val\u00e9ry Cordy \/ Nuithonie (Fribourg) \/ du 26 au 28 avril 2018 \/ Critique par Maxime Hoffmann.<\/p>\n","protected":false},"author":1001607,"featured_media":12655,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,131,34,38],"tags":[199],"class_list":["post-12654","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-equilibre-nuithonie","category-expired","category-spectacle","tag-maxime-hoffmann"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12654","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001607"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12654"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12654\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20677,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12654\/revisions\/20677"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/12655"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12654"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12654"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12654"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}