{"id":12647,"date":"2018-04-29T21:55:01","date_gmt":"2018-04-29T19:55:01","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=12647"},"modified":"2025-02-09T17:38:05","modified_gmt":"2025-02-09T16:38:05","slug":"change-letat-dagregation-de-ton-chagrin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2018\/04\/change-letat-dagregation-de-ton-chagrin\/","title":{"rendered":"Change l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;agr\u00e9gation de ton chagrin"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Change l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;agr\u00e9gation de ton chagrin<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">De\u00a0Katja Brunner \/ Mise en sc\u00e8ne de\u00a0Anna Van Br\u00e9e \/ Le Poche (Gen\u00e8ve) \/ du 23 avril au 13 mai 2018 \/ Critique par Coralie Gil. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>23 avril 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/coralie-gil\/\">Coralie Gil<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Couloir de la mort<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-thumbnail is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"226\" height=\"170\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/401705_5\u00a9-Samuel-Rubio-226x170.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12645\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/401705_5\u00a9-Samuel-Rubio-226x170.jpg 226w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/401705_5\u00a9-Samuel-Rubio-266x200.jpg 266w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/401705_5\u00a9-Samuel-Rubio.jpg 522w\" sizes=\"auto, (max-width: 226px) 100vw, 226px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Samuel Rubio<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Un adolescent rebelle se suicide. Alors la parole se d\u00e9clenche&nbsp;: plusieurs personnages (jou\u00e9s par trois com\u00e9diennes) expriment \u00e0 la fois leur incompr\u00e9hension du geste et celle de la vie en g\u00e9n\u00e9ral&nbsp;: de l\u2019\u00e9tranget\u00e9 de ces cellules qui s\u2019assemblent pour former notre corps jusqu\u2019\u00e0 l\u2019absurdit\u00e9 du rituel mortuaire. La sc\u00e9nographie cloisonne les personnages derri\u00e8re des parois vitr\u00e9es, jamais bris\u00e9es. Comme pour exprimer une impossibilit\u00e9 \u00e0 se comprendre, les humains sont toujours s\u00e9par\u00e9s par des fen\u00eatres ferm\u00e9es. M\u00eame quand elle semble transmise de mani\u00e8re transparente, la communication se heurte ici, concr\u00e8tement, \u00e0 des murs de verre.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Sous la sc\u00e8ne, un couloir vitr\u00e9 et \u00e9clair\u00e9. C\u00f4t\u00e9 cour, dans ce corridor bleu, on aper\u00e7oit un jeune homme assis. Il regarde devant lui avec assurance et m\u00e9lancolie. Comme enterr\u00e9, \u00e0 l\u2019\u00e9troit dans ce sous-terrain sc\u00e9nique. Il s\u2019agit, on le comprendra, du suicid\u00e9. Il observe le public qui s\u2019installe et qui \u00e9coute attentivement le mot d\u2019introduction prononc\u00e9 par Mathieu Bertholet. Enfin, les lumi\u00e8res s\u2019allument, sur les planches au-dessus de lui.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur sc\u00e8ne, une porte entrouverte se dessine derri\u00e8re un grand carr\u00e9 de vitre. Elle laisse voir le coin d\u2019une table, comme une salle \u00e0 manger. La porte est referm\u00e9e \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des personnages. Oubli\u00e9 quelque temps, l\u2019environnement familial. L\u2019attention se focalise alors sur ce sol, juste devant cette vitre&nbsp;: un carr\u00e9 de la m\u00eame taille fait de terre et de graviers, dans lequel vient se glisser l\u2019une des femmes, au comportement maternel : elle dit avoir d\u00e9pos\u00e9 un Kinder Pingui sur la tombe. Depuis \u00ab&nbsp;quelque chose a pouss\u00e9&nbsp;\u00bb, un arbre fruitier, elle ne sait pas lequel. Sous le choc, elle tr\u00e9buche, s\u2019effondre puis s\u2019enterre parmi les vers, elle se confond avec eux, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e et emplie d\u2019incompr\u00e9hension. Un sentiment d\u2019injustice&nbsp;persiste contre son fils : alors qu\u2019elle s\u2019est tu\u00e9e \u00e0 le mettre au monde, pourquoi a-t-il d\u00e9cid\u00e9 d\u2019en sortir? L\u2019image de la tombe devient encore plus poignante quand, \u00e0 la craie, un autre personnage f\u00e9minin vient \u00e9crire sur la vitre&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ici reste un enfant, [\u2026] oubliez-le, le plus souvent possible. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le texte aborde la mort et la question du suicide de mani\u00e8re originale, presque avec l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, au d\u00e9but du spectacle notamment, o\u00f9 l\u2019on ne comprend pas pourquoi les personnages f\u00e9minins sourient, m\u00eame si l\u2019on devine qu\u2019il s\u2019agit certainement d\u2019une feinte, d\u2019une sorte de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 crue pour relever l\u2019absurdit\u00e9 de certaines phrases toutes faites quand il faut rendre les honneurs, ou de certains discours de pasteurs. Quelle t\u00eate faire pendant les fun\u00e9railles, quand la douleur ronge mais qu\u2019il faut faire bonne figure ou que les larmes se sont tellement r\u00e9pandues qu\u2019on n\u2019en a plus en stock&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Le programme proclame : \u00ab&nbsp;Suivant l\u2019exemple de son hamster las d\u2019user ses pattes sur la roue de sa cage, un adolescent rend son dernier soupir et se donne la mort. Cet abandon en plein parcours d\u00e9lie les langues de personnages [\u2026] toutes ali\u00e9n\u00e9es par un syst\u00e8me de comp\u00e9tition, de la conception \u00e0 la cr\u00e9mation.&nbsp;\u00bb Le suicide selon Katja Brunner serait donc un acte de r\u00e9volte contre une soci\u00e9t\u00e9 de consommation qui ne va nulle part. Pourtant, sur (ou sous la) sc\u00e8ne, le r\u00e9volt\u00e9, avec son air d\u2019adolescent blas\u00e9, semble \u00e0 son aise dans son tombeau, \u00e0 \u00e9couter de la musique. Quand il prend la parole, accompagn\u00e9 de basses \u00e9lectroniques profondes qui font trembler le sol, c\u2019est \u00e0 l\u2019aide d\u2019un micro et pour affirmer sa vie de solitaire, ses envies de quitter un monde. Parole d\u2019adolescent d\u00e9sillusionn\u00e9. Un poil clich\u00e9, peut-\u00eatre. De mani\u00e8re plus globale, le texte peine parfois \u00e0 se faire entendre. Une fa\u00e7on d\u2019appuyer sur les mots importants fait parfois perdre le sens global de certaines phrases. Difficile aussi de se rep\u00e9rer parmi les nombreux personnages malgr\u00e9 la volont\u00e9 manifeste de les distinguer par des costumes diff\u00e9rents&nbsp;: reste qu\u2019on ne sait pas toujours lequel d\u2019entre eux est cens\u00e9 prendre la parole.<\/p>\n\n\n\n<p>On retient pourtant la subtilit\u00e9 des images&nbsp;sc\u00e9niques. Les parois vitr\u00e9es montrent au public ce qui est cach\u00e9 pour les personnages, la tombe de l\u2019adolescent et l\u2019espace priv\u00e9 de la salle \u00e0 manger, refuge des larmes. Elles r\u00e9v\u00e8lent aussi le rapport des humains entre eux. M\u00eame quand la mort pointe son nez et d\u00e9clenche des \u00e9motions impossibles \u00e0 cacher, il faut faire bonne figure devant le monde. M\u00eame quand le besoin des autres se fait ressentir, il y a toujours ces parois sociales transparentes mais incassables. Katja Brunner \u00e9voque le non-sens en m\u00ealant po\u00e9sie et sarcasme. Certains moments sont particuli\u00e8rement marquants, comme ce monologue brillant sur les milliers de photographies prises sur nos t\u00e9l\u00e9phones, conserv\u00e9es, gard\u00e9es mais jamais vraiment regard\u00e9es. Tous ces souvenirs d\u2019instants pr\u00e9sents non v\u00e9cus, trop occup\u00e9s que nous sommes \u00e0 faire croire au reste du monde des r\u00e9cits d\u2019exp\u00e9riences que l\u2019on ne vit pas.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>23 avril 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/coralie-gil\/\">Coralie Gil<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/poche---gve.ch\/spectacle\/change-letat-dagregation-de-chagrin-nettoie-traces-de-tristesse\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De\u00a0Katja Brunner \/ Mise en sc\u00e8ne de\u00a0Anna Van Br\u00e9e \/ Le Poche (Gen\u00e8ve) \/ du 23 avril au 13 mai 2018 \/ Critique par Coralie Gil.<\/p>\n","protected":false},"author":1001607,"featured_media":12648,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,171,38],"tags":[193],"class_list":["post-12647","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-le-poche","category-spectacle","tag-coralie-gil"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12647","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001607"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12647"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12647\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20679,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12647\/revisions\/20679"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/12648"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12647"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12647"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12647"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}