{"id":12628,"date":"2018-04-26T17:14:56","date_gmt":"2018-04-26T15:14:56","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=12628"},"modified":"2025-02-09T17:38:32","modified_gmt":"2025-02-09T16:38:32","slug":"la-menagerie-de-verre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2018\/04\/la-menagerie-de-verre\/","title":{"rendered":"La M\u00e9nagerie de verre"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">La M\u00e9nagerie de verre<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">De Tennessee Williams \/ Mise en sc\u00e8ne de Daniel Jeanneteau \/ Th\u00e9\u00e2tre Kl\u00e9ber-M\u00e9leau \/ du 17 au 22 avril 2018 \/ Critique par Amalia D\u00e9vaud. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>17 avril 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/amalia-devaud\/\">Amalia D\u00e9vaud<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Est-ce que tout traverse le verre sans jamais y laisser de trace?<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/02-18Me047-Elisabethe-Carrechio-1049x700-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12626\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/02-18Me047-Elisabethe-Carrechio-1049x700-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/02-18Me047-Elisabethe-Carrechio-1049x700-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/02-18Me047-Elisabethe-Carrechio-1049x700-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/02-18Me047-Elisabethe-Carrechio-1049x700-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/02-18Me047-Elisabethe-Carrechio-1049x700-624x416.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/02-18Me047-Elisabethe-Carrechio-1049x700.jpg 1049w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Elisabeth Carecchio<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>M\u00e9nagerie,&nbsp;<em>nom f\u00e9minin&nbsp;: lieu o\u00f9 sont r\u00e9unis des animaux dangereux, exotiques, ou rares destin\u00e9s \u00e0 \u00eatre montr\u00e9s au public. Le huis-clos de Tennessee Williams met en sc\u00e8ne le mal de vivre d\u2019une famille modeste, dans le Missouri des ann\u00e9es 1930. Au centre de cette cage m\u00e9taphorique se trouve Amanda, une m\u00e8re acari\u00e2tre qui r\u00e8gne tel un paon flamboyant sur son fils Tom \u2013 casoar craintif ne sachant pas voler \u2013 et sur sa fille Laura, oisillon \u00e0 la patte infirme. Au TKM, Daniel Jeanneteau montre la violence d\u2019un microcosme familial o\u00f9 rien ne rentre ni ne sort&nbsp;; o\u00f9 l\u2019impuissance se cristallise, donnant aux personnages des allures de statues de verre manquant se briser \u00e0 chaque instant.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Je vous pr\u00e9sente la v\u00e9rit\u00e9 sous l\u2019apparence plaisante de l\u2019illusion&nbsp;\u00bb annonce Tom au d\u00e9but du spectacle. Son statut de narrateur montre d\u2019embl\u00e9e la double temporalit\u00e9 de la pi\u00e8ce&nbsp;: d\u2019une part celle du pr\u00e9sent de la repr\u00e9sentation, qui \u00e9voque le devoir de m\u00e9moire de Tom&nbsp;envers sa s\u0153ur, Laura, laiss\u00e9e aux griffes de leur m\u00e8re dans l\u2019appartement de Saint-Louis&nbsp;; d\u2019autre part, les analepses, le d\u00e9roulement de la fable se donnant \u00e0 voir dans un temps r\u00e9volu et \u00e0 travers le prisme du souvenir.<\/p>\n\n\n\n<p>Les souvenirs de Tom parviennent par vagues de conscience successives, dans un mouvement de flux et de reflux qui ne cesse de vider et de remplir l\u2019espace sc\u00e9nique. La sc\u00e9nographie imagin\u00e9e par Daniel Jeanneteau repose sur l\u2019id\u00e9e d\u2019une conscience flottante, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un \u00ab&nbsp;r\u00eave \u00e9veill\u00e9&nbsp;\u00bb. Cette analogie avec le r\u00eave lui avait initialement \u00e9t\u00e9 sugg\u00e9r\u00e9e par Satoshi Miyagi, directeur du&nbsp;<em>Shizuoka Performing Arts Center<\/em>&nbsp;de Tokyo, pour lequel il avait con\u00e7u ce spectacle en 2011. Travaillant depuis plusieurs ann\u00e9es au Japon, Jeanneteau livre ici une mise en sc\u00e8ne \u00e0 la crois\u00e9e des traditions orientales et occidentales&nbsp;: du Japon il emprunte certains accessoires et des jeux d\u2019ombres, et de la France \u2013 plus particuli\u00e8rement du metteur en sc\u00e8ne Claude R\u00e9gy \u2013 une esth\u00e9tique de la lenteur et du jeu d\u2019acteur \u00e9th\u00e9r\u00e9, qui \u00f4te tout r\u00e9alisme psychologique au spectacle. En effet, le geste th\u00e9\u00e2tral de Daniel Jeanneteau est plut\u00f4t celui d\u2019\u00ab&nbsp;une invitation au voyage mental&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La sc\u00e8ne est parcellis\u00e9e en trois espaces avec, au centre, une bo\u00eete compos\u00e9e de tentures transparentes et meubl\u00e9e d\u2019une table et de deux chaises : il s\u2019agit du centre n\u00e9vralgique de l\u2019activit\u00e9 m\u00e9nag\u00e8re d\u2019Amanda. Cette bo\u00eete est le lieu de la fable \u2013 celui de la m\u00e9moire \u2013 o\u00f9 s\u2019exerce librement la violence maternelle. Les d\u00e9placements d\u2019Amanda soulignent par ailleurs l\u2019excessivit\u00e9 de son temp\u00e9rament car elle se tient souvent au centre&nbsp;: centre des discussions, de la lumi\u00e8re. Et m\u00eame lorsqu\u2019elle sort de l\u2019espace sc\u00e9nique, elle s\u2019y inscrit de fa\u00e7on omnipr\u00e9sente en tant que voix&nbsp;<em>off<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Autour du dispositif central de la bo\u00eete se trouve un espace vide&nbsp;: lieu de calme o\u00f9 se r\u00e9fugie Tom pour \u00e9chapper au giron maternel. \u00c0 l\u2019avant-sc\u00e8ne, \u00e9galement d\u00e9limit\u00e9e par une tenture transparente, repose une sculpture de verre \u2013 symbole de la M\u00e9nagerie&nbsp;: c\u2019est l\u2019espace de Laura qui, par le prisme du verre, refl\u00e8te non seulement la fragilit\u00e9 de la cellule familiale, mais aussi l\u2019immobilisme inqui\u00e9tant de sa vie personnelle.<\/p>\n\n\n\n<p>La probl\u00e9matique principale des Wingfield est, semble-t-il, leur difficult\u00e9 \u00e0 distinguer la fronti\u00e8re entre r\u00eave et r\u00e9alit\u00e9. Peut-\u00eatre pour ne pas voir leurs solitudes respectives&nbsp;? Et ainsi s\u2019aveugler sur ce temps perdu contre la vie ? Toute la famille souffre de cette irrationnalit\u00e9&nbsp;: Amanda reste enferm\u00e9e dans ses souvenirs de jeune fille entour\u00e9e de galants et projette sa vie dans celle de sa fille. Tom parle d\u2019aventures mais passe ses soir\u00e9es au cin\u00e9ma tandis que Laura, en raison d\u2019une infirmit\u00e9 \u00e0 la jambe coupl\u00e9e d\u2019une grande timidit\u00e9, s\u2019isole sans raison. L\u2019\u00e9cart entre le r\u00eave et la r\u00e9alit\u00e9 n\u2019est jamais combl\u00e9 et explique, sans doute, le sentiment d\u2019impuissance qui traverse l\u2019ensemble de la pi\u00e8ce et refl\u00e8te l\u2019incapacit\u00e9 de la famille \u00e0 communiquer et \u00e0 survivre au monde, ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 cette premi\u00e8re distorsion du r\u00e9el s\u2019ajoute celle de l\u2019inaction&nbsp;: la M\u00e9nagerie est silencieuse comme du verre et, m\u00eame si Tom crie souvent, sa r\u00e9volte reste inaudible. Le seul personnage qui y apporte de la chaleur est son meilleur ami, Jim O\u2019Connor, qu\u2019Amanda invite un soir pour lui pr\u00e9senter Laura. Par contraste, Jim est d\u2019un temp\u00e9rament jovial : sa vitalit\u00e9 et sa spontan\u00e9it\u00e9 nous r\u00e9chauffent nous aussi, spectateurs tenus \u00e0 l\u2019immobilit\u00e9 align\u00e9e de nos si\u00e8ges.<\/p>\n\n\n\n<p>Jim et Laura. La promesse d\u2019un envol pour la jeune fille. Peut-\u00eatre y verra-t-elle le moment de d\u00e9ployer ses ailes et de quitter son animalerie inanim\u00e9e pour vivre le plaisir de la chair, de l\u2019\u00e9change avec ce jeune homme qui se dit \u00ab&nbsp;d\u00e9\u00e7u mais pas d\u00e9courag\u00e9&nbsp;\u00bb par la vie. Le r\u00e9alisme et la sensibilit\u00e9 du jeu de Sol\u00e8ne Arbel (Laura) et de Quentin Bouissou (Jim) \u00e9meuvent par leurs maladresses et leurs silences, vestiges de notre premi\u00e8re m\u00e9moire amoureuse. La chute semble toutefois certaine car a-t-on jamais vu l\u2019illusion triompher sur la r\u00e9alit\u00e9&nbsp;? C\u2019est, semble-t-il, l\u2019une des lectures propos\u00e9es par Daniel Jeanneteau qui symbolise la d\u00e9faite de cet amour naissant par le lever de la tenture transparente, juste avant l\u2019arriv\u00e9e de Jim \u00e0 la M\u00e9nagerie. Si l\u2019incursion du r\u00e9el dans l\u2019imaginaire permet de go\u00fbter \u00e0 un ailleurs inattendu, \u00e0 une illusion passag\u00e8re, il en d\u00e9voile en m\u00eame temps toutes les failles. L\u2019absence de larmes de Laura et son cadeau d\u2019adieu \u00e0 Jim ne sugg\u00e8rent-t-ils pas pourtant que ce qui traverse le verre finit par y laisser une trace&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>17 avril 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/amalia-devaud\/\">Amalia D\u00e9vaud<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.tkm.ch\/representation\/la-menagerie-de-verre\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De Tennessee Williams \/ Mise en sc\u00e8ne de Daniel Jeanneteau \/ Th\u00e9\u00e2tre Kl\u00e9ber-M\u00e9leau \/ du 17 au 22 avril 2018 \/ Critique par Amalia D\u00e9vaud.<\/p>\n","protected":false},"author":1001607,"featured_media":12629,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,170],"tags":[198],"class_list":["post-12628","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-tkm-theatre-kleber-meleau","tag-amalia-devaud"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12628","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001607"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12628"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12628\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20683,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12628\/revisions\/20683"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/12629"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12628"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12628"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12628"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}