{"id":12543,"date":"2018-04-12T16:47:55","date_gmt":"2018-04-12T14:47:55","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=12543"},"modified":"2025-02-09T17:39:27","modified_gmt":"2025-02-09T16:39:27","slug":"cargo-congo-lausanne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2018\/04\/cargo-congo-lausanne\/","title":{"rendered":"Cargo Congo-Lausanne"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Cargo Congo-Lausanne<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Cr\u00e9ation Rimini Protokoll \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ du 1er f\u00e9vrier au 23 mars 2018 \/ Critiques par Lucien Zuchuat, Basile Nelis, Fanny Utiger, Pierre-Paul Bianchi, Julie Cela, Sarah Juilland, Amalia D\u00e9vaud et Basile Seppey. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p>Pour le spectacle <i class=\"\">Cargo Congo-Lausanne<\/i>, l\u2019Atelier critique a collabor\u00e9 avec l\u2019Atelier d\u2019\u00e9criture litt\u00e9raire anim\u00e9 par J\u00e9r\u00f4me Meizoz (UNIL) autour d&rsquo;une proposition de critique cr\u00e9ative. Nous publions ici une s\u00e9lection des textes r\u00e9dig\u00e9s dans ce cadre par des participants des deux ateliers.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1er f\u00e9vrier<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/lucien-zuchuat\/\">Lucien Zuchuat<\/a> (Atelier critique)<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Je voyageais la nuit<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4035c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12547\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4035c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4035c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4035c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4035c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4035c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-624x416.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4035c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne.jpg 1800w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Mathilda Olmi<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Je voyageais la nuit. Vatch\u00e9 et moi nous \u00e9tions quitt\u00e9s au carrefour&nbsp;<em>Ndala&nbsp;<\/em>\u00e0 l\u2019est de Goma dans un brouhaha fantastique de moteurs et de klaxons.<br>Il retrouverait des amis \u00e0 Kampala&nbsp;; j\u2019\u00e9tais d\u00e9cid\u00e9 de pousser vers la mer, visant le port de Dar es Salam. Nous avions tir\u00e9 \u00e0 la courte paille&nbsp;; il \u00e9tait parti avec la voiture. Mais, \u00e0 vrai dire, cette libert\u00e9 toute neuve me convenait \u00e0 merveille et donnait \u00e0 mon voyage un tournant romantique sans doute plus proche de ce que j\u2019avais inconsciemment fantasm\u00e9 \u00e0 mon d\u00e9part d\u2019Europe. Je regardais autour de moi. Voici mon th\u00e9\u00e2tre, me dis-je, et il contient tous les voyages&nbsp;: l\u2019Afrique, de Dakar \u00e0 Djibouti, du Caire au Cap, l\u2019Afrique \u00e0 port\u00e9e de main comme dans un livre illustr\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Quitter Goma. 10&nbsp;:15. 26<sup>&nbsp;o<\/sup>. 6 km\/h<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Dar es Salam.&nbsp;\u00bb dis-je en articulant religieusement toutes les voyelles. \u00ab&nbsp;Dar\u2019eslam&nbsp;?&nbsp;\u00bb me r\u00e9pondit-il en me tendant la main. \u00ab&nbsp;C\u2019est l\u00e0 o\u00f9 je vais. Je transporte des marchandises vers le port. Montez&nbsp;!&nbsp;\u00bb<br>J\u2019en avais vu d\u00e9j\u00e0, de ces&nbsp;molosses de fer, allant&nbsp;lents et magistraux&nbsp;sur les routes d\u00e9fonc\u00e9es, charg\u00e9s en grappes&nbsp;humaines&nbsp;sur le toit de leurs cabines ou&nbsp;\u00e0 flanc des remorques.&nbsp;Un autostoppeur blanc&nbsp;aurait droit \u00e0 une place dans l\u2019habitacle, avec si\u00e8ge molletonn\u00e9 et syst\u00e8me d\u2019amortissement.<br>\u201cAllez, montez !\u201d Le chauffeur s\u2019appelait Rogers (je l\u2019appris plus tard) ; il ne jurait que par les Mercedes (je l\u2019appris encore plus tard). Son sourire me parut suffisamment engageant pour me convaincre de monter. Je jetai un dernier regard vers le d\u00e9dale \u00e9touffant des baraques de t\u00f4le, la grandeur \u00e9teinte du Nyiragango\u2026 c\u2019\u00e9tait donc d\u00e9cid\u00e9&nbsp;: le voyage vers la mer se ferait par la route.<\/p>\n\n\n\n<p>Pas loin de Kigali. 18&nbsp;:27. 28<sup>&nbsp;o<\/sup>. 65 km\/h<\/p>\n\n\n\n<p>Nous roulions depuis six heures. Le voyage avait fini par imposer son rythme propre&nbsp;: une mani\u00e8re de ballotement lourd et indolent, cadenc\u00e9 seulement par les arr\u00eats n\u00e9cessaires \u00e0 extraire une roue d\u2019un nid de poule ou \u00e0 rattraper un virage mal n\u00e9goci\u00e9. Le front appuy\u00e9 sur la vitre, je regardais le d\u00e9fil\u00e9 inlassable des m\u00eames paysages, le carnaval de motos aux abords des villes ou le lent serpentement des routes en terre battue sombrant dans les for\u00eats d\u2019eucalyptus.<br>ROGERS&nbsp;: Ne t\u2019en fais pas\u2026 la travers\u00e9e du Rwanda se fait rapidement. Un jour maximum. Apr\u00e8s, on file vers la mer. L\u00e0, il nous faudra \u00e0 peu pr\u00e8s 4 jours.<br>Rogers avait cette capacit\u00e9 de glisser merveilleusement ses r\u00e9flexions dans ma narration int\u00e9rieure, comme s\u2019il s\u2019\u00e9tait agi d\u2019un personnage de fiction. Du reste, il s\u2019av\u00e9rait un excellent compagnon de route, gai et loquace. Nous parlions de tout, cherchant \u00e0 faire passer le temps d\u2019anecdotes en anecdotes, riions beaucoup aussi.<br>ROGERS&nbsp;:&nbsp;C\u2019est un tr\u00e8s petit pays, le Rwanda, mais tr\u00e8s montagneux\u2026 un peu comme chez toi, non&nbsp;?<br>Il connaissait la Suisse&nbsp;; un cousin s\u2019y \u00e9tait exil\u00e9 pendant la guerre. J\u2019acquies\u00e7ai&nbsp;: dans les limites du pare-brise, un peu comme sur un \u00e9cran de cin\u00e9ma, c\u2019\u00e9taient tant\u00f4t Lausanne et les rives du L\u00e9man, tant\u00f4t les pr\u00e9alpes qui semblaient d\u00e9filer.<br>Au soir, Rogers pointa un amas de lumi\u00e8res vers la gauche.<br>ROGERS&nbsp;: C\u2019est Kigali. Une ville magnifique, tr\u00e8s dynamique\u2026 aujourd\u2019hui surtout. Kagame y a fait construire un \u00e9norme centre polyvalent. Le pays s\u2019am\u00e9ricanise, quoi. Il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9 pays le plus s\u00fbr d\u2019Afrique pour les investissements \u00e9trangers, alors les&nbsp;<em>muzungu&nbsp;<\/em>d\u00e9barquent en masse.<br>Peut-\u00eatre la nuit qui tombait&nbsp;? La fatigue du voyage&nbsp;? Une brume de tristesse enveloppait sa voix.<br>ROGERS&nbsp;: J\u2019habitais \u00e0 Kigali, avant la guerre\u2026 Apr\u00e8s, tu sais, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 enr\u00f4l\u00e9 de force dans l\u2019arm\u00e9e. J\u2019avais 14 ans\u2026 un enfant soldat comme plein d\u2019autres.<br>Nous roulions vite&nbsp;; les autoroutes en p\u00e9riph\u00e9rie de la capitale rwandaise \u00e9taient refaites \u00e0 neuf.<br>ROGERS&nbsp;: Ma m\u00e8re n\u2019a pas support\u00e9 de me voir partir \u00e0 la guerre. Elle a \u00e9t\u00e9 intern\u00e9e au Congo. Moi, je ne l\u2019ai jamais revue. C\u2019est comme \u00e7a.<br>La nuit avait fini par tout avaler. D\u00e9j\u00e0 les lumi\u00e8res de Kigali s\u2019effa\u00e7aient dans le r\u00e9troviseur. Quelque part dans la camion, l\u2019histoire de Rogers r\u00e9sonnait encore, se m\u00ealant aux tra\u00een\u00e9es liquides des lumi\u00e8res des phares. Rogers, il semble m\u2019en souvenir, se mit \u00e0 chanter une tr\u00e8s vieille comptine. Cela devait parler d\u2019un enfant qui avait trop aim\u00e9 sa m\u00e8re. Mais j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 sombr\u00e9 dans un demi-sommeil, appuyant ma t\u00eate \u00e0 la fen\u00eatre et laissant mon regard se perdre dans la nuit. C\u2019est l\u00e0, au milieu d\u2019un \u00e9norme rond-point \u00e0 trois voies, que je vis une tr\u00e8s belle femme en boubou jaune&nbsp;; sa voix se m\u00ealait-elle vraiment \u00e0 celle de Rogers&nbsp;? J\u2019eus l\u2019impression de flotter, happ\u00e9 par cette figure fant\u00f4me, comme si le camion, tournant sans h\u00e2te autour d\u2019elle, ne s\u2019en d\u00e9tacherait jamais.<br>Mais peut-\u00eatre ai-je r\u00eav\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la fronti\u00e8re tanzanienne. 23&nbsp;:48. 23<sup>&nbsp;o<\/sup>&nbsp;12 km\/h<\/p>\n\n\n\n<p>Sa main secoua mon \u00e9paule.<br>ROGERS&nbsp;: On arrive \u00e0 la fronti\u00e8re ; il faut sortir ton passeport. Les Tanzaniens sont tr\u00e8s \u00e0 cheval sur les r\u00e9glementations routi\u00e8res. Mais j\u2019ai mon truc.<br>Il glissa une liasse de billets dans ses papiers puis cligna de l\u2019\u0153il.<br>ROGERS&nbsp;: Ne t\u2019en fais pas\u2026 on en a pour 2 heures d\u2019attente quoiqu\u2019il arrive. Si tu veux sortir t\u2019a\u00e9rer, c\u2019est maintenant.<\/p>\n\n\n\n<p>Contourner Dodoma. 15&nbsp;:07. 29<sup>&nbsp;o<\/sup>. 71 km\/h<\/p>\n\n\n\n<p>La pluie battait les flancs du camion. Une pluie \u00e9paisse et chaude en rien comparable aux lames glac\u00e9es de l\u2019Europe. Les essuie-glaces s\u2019agitaient follement. Il fallait presque crier pour parler. Cela faisait trois jours que nous voyagions ensemble Rogers et moi, partageant, la nuit venue, sa cabine pour dormir. Il m\u2019avait montr\u00e9 de nombreuses photos de lui, sa famille, ses coll\u00e8gues en me pr\u00e9cisant que\u2026<br>ROGERS&nbsp;: J\u2019aime poser au milieu.<br>La phrase m\u2019avait enchant\u00e9.<br>ROGERS&nbsp;: Et toi&nbsp;? Pourquoi \u00eatre venu en Afrique&nbsp;?<br>Lui dirais-je que mon p\u00e8re aussi aimait les camions&nbsp;? Mais alors il faudrait tout raconter&nbsp;: la concurrence des chauffeurs de l\u2019Est d\u2019abord (demandant 600 euros pour trois semaines de travail), puis l\u2019automatisation grandissante de la branche qui avait rendu caduque le m\u00e9tier m\u00eame de chauffeur routier. Le ch\u00f4mage&nbsp;; les menus travaux pour rembourser les dettes&nbsp;; les tensions familiales.<br>MOI&nbsp;: J\u2019avais besoin d\u2019espace.<br>Cela \u00e9tait assez vague pour faire une bonne r\u00e9plique de film d\u2019auteur&nbsp;; Rogers en parut satisfait. Finalement, pensai-je, il y a beaucoup de mise en sc\u00e8ne dans nos t\u00e9moignages et la v\u00e9rit\u00e9 la plus vraie est parfois la plus travaill\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Vers la mer. 13&nbsp;:15. 32<sup>&nbsp;o<\/sup>. 62 km\/h<\/p>\n\n\n\n<p>Profitant des longues plages de temps inoccup\u00e9es et en d\u00e9pit du chahut, je m\u2019\u00e9tais remis \u00e0 \u00e9crire.<br>ROGERS&nbsp;: Qu\u2019est-ce que c\u2019est&nbsp;?<br>MOI&nbsp;: Je r\u00e9colte des impressions. Je pourrai peut-\u00eatre en faire un spectacle.<br>C\u2019est que depuis la fen\u00eatre de mon promontoire, j\u2019avais le sentiment de voir le visage vrai de la vie des gens, d\u2019\u00eatre au c\u0153ur de leur quotidien, comme pris dans une sorte de safari humain. J\u2019avais pens\u00e9 que le th\u00e9\u00e2tre serait \u00e0 m\u00eame de rendre cette \u00e9motion. Encore fallait-il trouver une forme.<br>ROGERS&nbsp;: Un spectacle&nbsp;? Du th\u00e9\u00e2tre, c\u2019est \u00e7a&nbsp;?<br>MOI&nbsp;: Oui. Un spectacle sur ce voyage. Ou, non, sur le quotidien des chauffeurs routiers.<br>ROGERS&nbsp;: Le th\u00e9\u00e2tre, c\u2019est pas \u00e7a. Le th\u00e9\u00e2tre \u00e7a doit montrer le fantastique, les r\u00eaves. Par exemple, des contes. \u00c7a ne sert \u00e0 rien de montrer le r\u00e9el. Le r\u00e9el existe sans le th\u00e9\u00e2tre.<br>Rogers faisait montre d\u2019un go\u00fbt tr\u00e8s s\u00fbr.<br>MOI&nbsp;: Mais ce ne serait pas r\u00e9el\u2026 ce serait des personnes qui joueraient leur propre r\u00f4le, comme des sortes de t\u00e9moignages travaill\u00e9s. Ou alors comme une loupe, tu vois. Ca permettrait de comprendre une vie qui n\u2019est pas la n\u00f4tre mais dont on d\u00e9pend \u00e9norm\u00e9ment.<br>J\u2019essayai machiav\u00e9liquement un dernier argument.<br>MOI&nbsp;: \u00c7a ne te plairait pas que les gens s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 ton m\u00e9tier&nbsp;?<br>ROGERS&nbsp;: S\u2019ils vont voir ton spectacle c\u2019est qu\u2019ils s\u2019int\u00e9ressent au th\u00e9\u00e2tre bizarre pas \u00e0 mon m\u00e9tier. S\u2019ils s\u2019int\u00e9ressaient \u00e0 mon m\u00e9tier, ils viendraient me voir moi.<br>Nous nous quitterions l\u00e0-dessus. Le port de Dar es Salam n\u2019\u00e9tait plus qu\u2019\u00e0 une heure de route et je sentais qu\u2019on ne parviendrait pas \u00e0 un accord sur cette question. Nos vues \u00e9taient trop diff\u00e9rentes&nbsp;; trop diff\u00e9rents nos besoins et nos exp\u00e9riences. Nous apprenions \u00e9norm\u00e9ment au contact de l\u2019autre (moi en tout cas)&nbsp;; mais comme un vitrage est \u00e0 la fois devanture et fronti\u00e8re, c\u2019est le propre de tout voyage de cacher autant qu\u2019il r\u00e9v\u00e8le.<\/p>\n\n\n\n<p>Un r\u00eave \u00e0 Lausanne. 00:37. 4<sup>o<\/sup>. 0 km\/h.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous voyagions la nuit. J\u2019\u00e9cris cela en sachant que les r\u00e9glementations en vigueur dans l\u2019Est africain prohibent le travail nocturne pour les transporteurs. Je l\u2019ai lu dans un livre tr\u00e8s s\u00e9rieux. Il semble donc hautement improbable qu\u2019un voyage ait eu lieu dans ces conditions. Aujourd\u2019hui, j\u2019\u00e9cris et je sais que je mens. Me reviennent aussi des images de pal\u00e9tuviers et de bougainvilliers gorg\u00e9s de sucre. Pourquoi&nbsp;? Ces arbres ne poussent pas dans ces r\u00e9gions de montagne et de terre ocre. D\u00e8s lors je doute. Suis-je jamais all\u00e9 au Congo&nbsp;? ou de quel r\u00eave de demi-lune pein\u00e9-je \u00e0 me r\u00e9veiller&nbsp;? Je me souviens de Rogers pourtant, de Vatch\u00e9 aussi. Ceux-l\u00e0 ont exist\u00e9. Je me souviens de mon p\u00e8re trimant pour rembourser ses dettes et de mon envie de fuite\u2026 Mais quoi alors&nbsp;? Peut-\u00eatre n\u2019est-ce pas enti\u00e8rement de ma faute. Peut-\u00eatre est-ce le monde qui se r\u00eave. Peut-\u00eatre m\u00eame n\u2019est-il fait que de r\u00eaves. Toute illumination alors vaudrait bien une r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1er f\u00e9vrier<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/lucien-zuchuat\/\">Lucien Zuchuat<\/a> (Atelier critique)<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1er f\u00e9vrier<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <strong>Basil Nelis<\/strong> (Atelier d&rsquo;\u00e9criture)<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Suppl\u00e9ment au Cargo Congo-Lausanne<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4176c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12579\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4176c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4176c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4176c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4176c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-768x513.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4176c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-624x416.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4176c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne.jpg 1798w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Mathilda Olmi<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Quid rides&nbsp;? mutato nomine de te<br><\/em><em>fabula narratur<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Horace,&nbsp;<em>Satires<\/em>, I, 69-70.<\/p>\n\n\n\n<p>Les deux hommes s\u2019installent au centre de la caf\u00e9t\u00e9ria, \u00e0 leur table habituelle, en face de la grande baie vitr\u00e9e qui donne sur le campus. Les rayons \u00e9blouissants qui percent la glace les emp\u00eachent d\u2019admirer toute la splendeur \u00e9clatante du panorama. De petits diamants dansent sur le lac&nbsp;; une poign\u00e9e d\u2019\u00e9tudiants courageux \u2013 on n\u2019est apr\u00e8s tout qu\u2019\u00e0 la mi-mars \u2013 ont profit\u00e9 du beau temps pour sortir leurs planches de&nbsp;<em>paddle<\/em>. Dehors, des \u00e9tudiants amass\u00e9s sur la terrasse rient en fumant des cigarettes. Les deux hommes sont seuls dans la caf\u00e9t\u00e9ria. D\u2019un geste identique et simultan\u00e9, ils l\u00e8vent puis posent h\u00e2tivement leurs tasses de caf\u00e9 sur la soucoupe apr\u00e8s s\u2019\u00eatre l\u00e9g\u00e8rement br\u00fbl\u00e9s la langue. Apr\u00e8s un \u00e9change de regards furtif, ils sont pr\u00eats \u00e0 commencer leur critique.<\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp; &nbsp;A. Dr\u00f4le de spectacle&nbsp;! Par o\u00f9 commencer&nbsp;? Un v\u00e9ritable voyage dans tous les sens du terme \u2013 litt\u00e9ral, m\u00e9taphorique, spirituel, oserais-je dire anagogique&nbsp;? \u2013 qui, d\u2019une part, pose des questions essentielles sur les relations g\u00e9opolitiques nord-sud et, d\u2019autre part, formule ces questions de mani\u00e8re ludique \u2013 enjou\u00e9e ? \u2013, modeste et pour ainsi dire oblique de telle sorte que le v\u00e9ritable enjeu, le v\u00e9ritable sens, si vous voulez, de la pi\u00e8ce \u2013 si du moins on peut qualifier la chose ainsi \u2013 reste finalement tout \u00e0 fait insaisissable.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp; &nbsp;B. Vous avez tout \u00e0 fait raison, et vous touchez l\u00e0, selon moi, plusieurs points critiques qu\u2019il faudrait traiter individuellement mais dont le plus br\u00fblant est sans doute celui du genre de la pi\u00e8ce. Pouvons-nous vraiment encore dire que nous sommes dans le genre th\u00e9\u00e2tral quand univers r\u00e9el et fictionnel sont si singuli\u00e8rement brouill\u00e9s&nbsp;? L\u2019univers fictionnel est en quelque sorte calqu\u00e9 sur le monde r\u00e9el de la ville qui d\u00e9file sous nos yeux jusqu\u2019\u00e0 ce que la r\u00e9alit\u00e9 finit par devenir \u2013 incarner, si l\u2019on veut \u2013 la fiction. On se situe au-del\u00e0 de la m\u00e9talepse, c\u2019est quelque chose de tr\u00e8s fort.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp; &nbsp;A. Aucun exemple ne me vient en t\u00eate. Peut-on \u00e0 moment-l\u00e0 encore parler en termes aristot\u00e9liciens&nbsp;? Pour clarifier&nbsp;: s\u2019agit-il encore de mim\u00easis&nbsp;? Ne pourrait-on pas dire que la notion d\u2019enargeia est icipouss\u00e9e \u00e0 sa limite&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il y a un instant silence. Un pigeon atterrit sur une table de la terrasse, s\u2019approche avec pr\u00e9caution d\u2019un reste de croissant abandonn\u00e9 sur une assiette et, apr\u00e8s une seconde d\u2019h\u00e9sitation, plonge rapidement son bec au c\u0153ur de la p\u00e2tisserie avant de s\u2019envoler.<\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp; &nbsp;B. Potentiellement, potentiellement.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Encore un silence.&nbsp;<em>A<\/em>&nbsp;boit lentement son caf\u00e9,&nbsp;<em>B&nbsp;<\/em>fixe le croissant abandonn\u00e9 dans l\u2019assiette sur la terrasse et semble perdu dans ses pens\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp; &nbsp;A. En tous cas, on peut dire que la pi\u00e8ce donne une nouvelle dimension \u00e0 l\u2019expression theatrum mundi&nbsp;!<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Avec ce&nbsp;<em>bon mot<\/em>, le silence est rompu. Satisfait de sa boutade,&nbsp;<em>A<\/em>&nbsp;se f\u00e9licite en reprenant une gorg\u00e9e de caf\u00e9. Quelques nuages commencent \u00e0 se glisser insensiblement dans le panorama. La critique reprend.<\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp; &nbsp;A. Et que dire donc de l\u2019espace th\u00e9\u00e2tral&nbsp;? On se situe \u00e0 la fronti\u00e8re des genres, c\u2019est quelque chose de tout \u00e0 fait original. J\u2019ai l\u2019impression que c\u2019est la motion du camion, que l\u2019on pourrait presque dire m\u00e9tamorphos\u00e9 en salle de th\u00e9\u00e2tre, qui est le vecteur, si vous me pardonnez le mauvais jeu de mot, de l\u2019\u00e9motion du spectacle. La m\u00e9tamorphose du camping de Vidy en camp de r\u00e9fugi\u00e9s, par exemple, ou de l\u2019entrep\u00f4t de Crissier en port de Dar es Salam&nbsp;: cela avait quelque chose de curieusement r\u00e9aliste. Et la projection sporadique sur le canevas \u2013 mobile, lui aussi&nbsp;! \u2013 des rues congolaises en plein mouvement&nbsp;! Cela facilitait autant l\u2019adh\u00e9sion au projet que l\u2019immersion dans celui-ci.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp; &nbsp;B. Tout \u00e0 fait, tout \u00e0 fait. Une balance assez juste a \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9e, je pense, entre d\u00e9paysement et r\u00e9cognition, entre alt\u00e9rit\u00e9 et identit\u00e9. J\u2019aimerais revenir sur ce que vous disiez tout \u00e0 l\u2019heure \u00e0 propos de la tension nord-sud&nbsp;: je me demande s\u2019il est vraiment b\u00e9n\u00e9fique d\u2019interpr\u00e9ter le spectacle selon un paradigme postcolonial\u2026 C\u2019est une question complexe. Peut-\u00eatre faudrait-il relire C\u00e9saire, ou Sa\u00efd.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>A&nbsp;<\/em>sort un petit carnet de la poche int\u00e9rieure de sa veste et prend soigneusement note de l\u2019orientation bibliographique propos\u00e9e par son coll\u00e8gue.&nbsp;<em>B&nbsp;<\/em>contemple distraitement le pigeon qui est maintenant en train de se servir d\u2019une seconde portion de croissant.<\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp; &nbsp;A. Le paysage sonore m\u00e9riterait \u00e9galement commentaire. J\u2019ai not\u00e9 un \u00e9clectisme tout \u00e0 fait int\u00e9ressant dans le choix de la musique qui accompagnait chaque arriv\u00e9e dans un nouveau pays&nbsp;: on oscillait entre musique classique, populaire, traditionnelle. Un alliage piquant entre high et low culture.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp; &nbsp;B. C\u2019est juste, c\u2019est juste. On peut sans doute mettre sur le m\u00eame plan la vari\u00e9t\u00e9 de la s\u00e9lection musicale et la diversit\u00e9 des anecdotes que se racontent ind\u00e9finiment nos deux camioneurs. C\u2019est une question de franche camaraderie, me direz-vous, mais j\u2019ignorais que nous allions assister \u00e0 la mise en sc\u00e8ne d\u2019une conversation entre Tallemant et Sainte-Beuve&nbsp;!<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Gloussements de rire.<\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp; &nbsp;A. Et que diriez-vous du traitement de la temporalit\u00e9&nbsp;? Faire vivre \u2013 car c\u2019est v\u00e9ritablement de quoi il s\u2019agit (pace Brecht, sur ce point) \u2013 un trajet de plus de cent cinquante heures en un peu plus de deux heures, c\u2019est un v\u00e9ritable tour de force.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp; &nbsp;B.&nbsp;Certes, certes\u2026 Mais qu\u2019en dirait d\u2019Aubignac&nbsp;!<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ce dernier trait d\u2019esprit s\u2019accompagne de nouvelles bouff\u00e9es de rires. Les planches de&nbsp;<em>paddle&nbsp;<\/em>ont disparu du lac. Un stratus plus consistant commence \u00e0 se former et la terrasse se vide petit \u00e0 petit.<\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp; &nbsp;A. Ne soyons quand m\u00eame&nbsp;pas trop normatifs ! Une question que nous n\u2019avons pas encore abord\u00e9e concerne la dimension autobiographique, ou non, de la pi\u00e8ce, qui est parsem\u00e9e, rappelez-vous bien, de bribes narratifs, de fragments m\u00e9moriels des deux hommes. Quel statut accorder \u00e0 ces r\u00e9cits intimes&nbsp;? J\u2019opterais pour ma part pour une herm\u00e9neutique de nature plut\u00f4t doubrovskienne, mais c\u2019est si difficile de trancher\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp; &nbsp;B. En effet, en effet, surtout que la r\u00e9v\u00e9lation finale, l\u2019acumen&nbsp;\u00e9motionnel du spectacle, \u00e0 savoir la culpabilit\u00e9 de Rodgers vis-\u00e0-vis du d\u00e9c\u00e8s m\u00e8re avait une teinte ind\u00e9niablement rousseauiste. Vous savez, dans les&nbsp;Confessions, \u00ab&nbsp;je co\u00fbtai la vie \u00e0 ma m\u00e8re\u2026&nbsp;\u00bb. Ajoutez encore \u00e0 cela la dynamique photofictionnelle et vous ne vous en sortez plus\u2026 C\u2019est vraiment une question tr\u00e8s complexe\u2026 Maintenant que j\u2019y pense, il faudrait s\u00fbrement relire Freud, aussi.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le long silence qui suit cette derni\u00e8re perle de perspicacit\u00e9 critique est bris\u00e9 par un \u00e9clat de verre sur le sol de la caf\u00e9t\u00e9ria. Un employ\u00e9 vient de faire tomber de son chariot deux tasses de caf\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait en train de ramener depuis la terrasse.&nbsp;<em>A&nbsp;<\/em>sursaute, surpris de cette infraction intempestive du monde ext\u00e9rieur sur l\u2019espace personnel de sa r\u00e9flexion. Imperturbable,&nbsp;<em>B&nbsp;<\/em>est profond\u00e9ment perdu dans ses pens\u00e9es, le sourcil fronc\u00e9, une expression faciale devenue quasiment permanente depuis quelques ann\u00e9es. L\u2019azur du ciel a maintenant d\u00e9finitivement disparu et les premi\u00e8res gouttes de pluie chassent les derniers occupants de la terrasse. Un dense brouillard tombe comme un rideau sur le campus, obscurcissant la vue des deux hommes depuis la baie vitr\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp; &nbsp;B. Tout compte fait, quelles conclusions peut-on en tirer, de cette pi\u00e8ce&nbsp;? En termes \u00e9pist\u00e9mologiques&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp; &nbsp;A. Bonne question. Je ne suis pas tout \u00e0 fait s\u00fbr, \u00e0 vrai dire. Il faudrait peut-\u00eatre la revoir.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp; &nbsp;B. Peut-\u00eatre, peut-\u00eatre.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Un temps.<\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp; &nbsp;A. On remonte au bureau&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Avec un l\u00e9ger soupir, les deux hommes se l\u00e8vent et vont poser leurs tasses de caf\u00e9 sur le chariot avant de se diriger c\u00e9r\u00e9monieusement vers l\u2019ascenseur. Derri\u00e8re eux, un \u00e9clair traverse le ciel qui commence imm\u00e9diatement \u00e0 gronder.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1er f\u00e9vrier<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <strong>Basil Nelis<\/strong> (Atelier d&rsquo;\u00e9criture)<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1er f\u00e9vrier<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/fanny-utiger\/\">Fanny Utiger<\/a>\u00a0(Atelier d\u2019\u00e9criture &amp; Atelier critique)<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Pardonnez ma surinterpr\u00e9tation, car elle est grande<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4050c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12551\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4050c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4050c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4050c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4050c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-768x513.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4050c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-624x416.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4050c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne.jpg 1798w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Mathilda Olmi<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Des heures, des jours, des ann\u00e9es pass\u00e9es dans un camion. En tout, dans ma vie, j\u2019ai fait l\u2019\u00e9quivalent de trois tours du monde. En solitaire. On ne m\u2019a jamais donn\u00e9 de m\u00e9dailles, bien s\u00fbr, mais j\u2019en prends moi-m\u00eame de part et d\u2019autre&nbsp;: les d\u00e9cors du Bolcho\u00ef, les voiles de Tabarly, je ne suis pas peu fier de les avoir transport\u00e9s. J\u2019y repense et \u00e7a me fait plaisir. Enfin, je ne sais pas si \u00e7a t\u2019int\u00e9resse, et c\u2019est certainement peu \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ton parcours \u00e0 toi. \u00c7a me pla\u00eet de t\u2019\u00e9couter, \u00e7a me change&nbsp;; rends-toi compte, qu\u2019est-ce qu\u2019elle vaut mon adolescence \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la tienne, par exemple. Un camion derri\u00e8re La Chaux-de-Fonds ou des armes automatiques, nos quatorze ans n\u2019ont pas connu les m\u00eames risques. Je me demande m\u00eame si \u00e7a m\u00e9rite comparaison. Tu en as s\u00fbrement entendu assez, de toute fa\u00e7on, des discours comme celui-l\u00e0, mais quand m\u00eame, si tu savais comme tu m\u2019impressionnes\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne voudrais vraiment pas que sentes de la piti\u00e9 dans mes yeux quand tu racontes \u00e7a, d\u2019o\u00f9 tu viens, ton existence, ta famille, la situation des pays dans lesquels tu as v\u00e9cu avant de venir ici, parce ce n\u2019est vraiment pas ce que je ressens. Enfin, mes yeux, tu ne les vois pas vraiment&nbsp;; je regarde droit devant, \u00e7a vaut mieux. Ce serait quand m\u00eame dommage de ne pas faire attention et d\u2019avoir un accident ici, maintenant. Alors ce n\u2019est pas si mal que j\u2019aie \u00e0 conduire pendant que je t\u2019\u00e9coute, pas besoin de trop r\u00e9agir. Ou en surface seulement, et on discute un peu dans le vide, on converse. Parfois aussi je ne t\u2019\u00e9coute pas mais, tu comprends, je ne suis pas habitu\u00e9. La plupart du temps, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 seul dans cette cabine, ce n\u2019est pas courant les compagnons. Enfin il y a eu cet \u00e9t\u00e9 o\u00f9 j\u2019avais emmen\u00e9 ma fille avec moi. Je t\u2019expliquerai tout \u00e0 l\u2019heure. La route est longue, on a tout le temps. Pour l\u2019instant je pr\u00e9f\u00e8re ne pas t\u2019interrompre.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne sais pas bien o\u00f9 l\u2019on est. A force de rouler, tout finit par se ressembler, les lacs comme les banlieues, les routes n\u2019en parlons pas. Il semble qu\u2019il a fait nuit si vite. \u00c7a n\u2019aide pas \u00e0 s\u2019orienter. Je me perds parfois \u2013 pas dans mon parcours, parce que de toute fa\u00e7on, aujourd\u2019hui, il suffit de suivre ce que m\u2019indique un GPS \u2013 non je me perds dans les lignes blanches. Mes phares r\u00e9fl\u00e9chissent leur p\u00e2leur. Continues, elles me donnent une id\u00e9e de l\u2019infini&nbsp;; interrompues, elles clignotent et m\u2019\u00e9blouissent mais je les sens presque s\u2019accorder \u00e0 mon pouls. Je me fonds dans mon voyage.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est un dr\u00f4le d\u2019endroit, \u00e0 Lausanne, qui,&nbsp;<em>a priori&nbsp;<\/em>\u00e0 des lieues de toute possibilit\u00e9 de po\u00e9sie, engonc\u00e9 dans des couches de bitume, se r\u00e9v\u00e8le enivrant dans le noir&nbsp;: au bord du lac, qu\u2019on ne voit pas, un immense rond-point, cercl\u00e9 de lumi\u00e8res jaunes et blanches. Lorsqu\u2019on l\u2019emprunte, on ressent le risque de s\u2019y voir aspir\u00e9, on est pris dans son mouvement perp\u00e9tuel, et l\u2019on se surprend \u00e0 ne pas vouloir en sortir. Ce soir, j\u2019en suis \u00e0 mon troisi\u00e8me tour. J\u2019en avais toujours r\u00eav\u00e9, jamais je ne l\u2019avais fait. Je suis actuellement en train de faire des tours du giratoire de la Maladi\u00e8re. Un quatri\u00e8me, un cinqui\u00e8me. Puisque tout passage ici n\u2019est ordinairement qu\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re, il y a peu de chances pour que l\u2019on remarque ce petit camion blanc pris dans une force centrip\u00e8te, ou une obstination \u00e0 ne jamais sortir de son axe, comme une attraction de f\u00eate foraine sur ses rails. Je me laisse emporter par ce mouvement. C\u2019est beau. Au loin une voix me berce, c\u2019est celle de mon compagnon de route. Ce sont des chants. Je ne sais plus. Il ne faudra pas que je m\u2019assoupisse, mais je me laisse aller \u00e0 cette pl\u00e9nitude routi\u00e8re, conjugu\u00e9e au plaisir enfantin de faire d\u2019un lieu morne un jeu\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u2026 mais qu\u2019est-ce que je m\u2019imagine encore. Un parcours nocturne inhabituel et il n\u2019en va pas long pour que je m\u2019embarque dans une analyse des plus \u00e9gocentr\u00e9es. Que pourrais-je en savoir, de ce qu\u2019a dans la t\u00eate un des chauffeurs du camion dans lequel je suis depuis deux heures&nbsp;? Plus cela avance, et plus je projette sur ce qui se passe mes yeux, mes mots, ma personne. Qu\u2019est-ce qui m\u2019en emp\u00eache&nbsp;apr\u00e8s tout ? Ou qu\u2019est-ce qui m\u2019y enjoint&nbsp;? Rien ne justifie ma lecture, et pourtant rien n\u2019obstrue ma pens\u00e9e. Dois-je alors m\u2019en vouloir&nbsp;? Puisque tout ici appelle l\u2019interpr\u00e9tation, je m\u2019y laisserai aller. Ne me satisfaisant sans doute pas d\u2019un seul passage, je surinterpr\u00e9terai. En somme, je ne suis m\u00eame pas d\u00e9sol\u00e9e.<\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1er f\u00e9vrier<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/fanny-utiger\/\">Fanny Utiger<\/a>\u00a0(Atelier d\u2019\u00e9criture &amp; Atelier critique)<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1er f\u00e9vrier<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/pierre-paul-bianchi\/\">Pierre-Paul Bianchi<\/a> (Atelier critique)<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Vidy l\u00e0-bas<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4210c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12554\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4210c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4210c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4210c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4210c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-768x513.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4210c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-624x416.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4210c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne.jpg 1798w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Mathilda Olmi<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Il conduit.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Une goutte fraie son chemin le long de mon front, le long de mes art\u00e8res&nbsp;; le long de mon bras, mes veines sont saillantes, mon pouls, sur le seuil de la cacophonie, guid\u00e9 par un rythme incontr\u00f4lable. Mon regard est riv\u00e9, sans temps, sur le compteur d\u2019essence, rempli \u00e0 un tiers, j\u2019arrive \u00e0 peine \u00e0 le d\u00e9tacher pour me concentrer sur la route&nbsp;; \u00e7a me rassure, il n\u2019y aura pas de panne. Je tente de pratiquer la respiration que je connais, celle que j\u2019emploie avant d\u2019entrer en sc\u00e8ne, pour prendre conscience de mon corps. Je pratique tout \u00e7a, le focus de mon attention sur autre chose pour balayer ce qui affole mon c\u0153ur d\u2019amateur. La roue gonfle anormalement, je ne suis pas s\u00fbr de savoir la changer si un accident arrivait. Nous sommes loin de tout. J\u2019ai baiss\u00e9 les r\u00e9troviseurs pour mimer une gouverne sur la situation \u2013 j\u2019y aper\u00e7ois la roue suspect\u00e9e&nbsp;; au-dedans, ils n\u2019en savent rien, de ma novicit\u00e9. J\u2019ai \u00e0 peine eu le temps de terminer la pr\u00e9paration de mon permis poids lourd avant de prendre l\u2019avion pour le Congo et de m\u2019engager pour le passage de plusieurs fronti\u00e8res d\u00e9licates, de mille routes aux mille nids-de-poule. Par le micro j\u2019explique aux passagers-marchandises que la conscience et la ma\u00eetrise de son propre corps sont imp\u00e9ratives \u00e0 toute entreprise th\u00e9\u00e2trale&nbsp;; ils ignorent mon pouls en cabrioles, la transparence de ma voix fait foi d\u2019une situation calme, silencieusement ordonn\u00e9e. Moi, \u00e9bloui par ce soleil qui refl\u00e8te les jours&nbsp;; \u00e0 l\u2019aurore nous aurons rejoint la for\u00eat, disent-ils, l\u2019ombre et la nuit seront la descente de cette extase nerveuse, adr\u00e9naline insoup\u00e7onn\u00e9e, m\u00e9fi\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Il regarde passer.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ils sont contents de se r\u00e9chauffer le regard, au centre du froid de leur quotidien, l\u00e0-bas, Lausanne sous la bise. Ils sont attir\u00e9s par la chaleur contenue dans le projet, la chaleur qui manque \u00e0 leur hiver.<br>On a fini par se renseigner, sur le pourquoi de ces lumi\u00e8res vives chaque soir \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du campement depuis une semaine. Une s\u00e9rie d\u2019acteurs de chez eux et d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9, en RDC, assume le d\u00e9placement de ces foules. Une cinquantaine d\u2019hommes, de femmes et d\u2019enfants franchissent la fronti\u00e8re \u00e0 intervalles r\u00e9guliers. Il est difficile d\u2019\u00e9tablir la raison de leur droit au d\u00e9placement. Abris pour abris, ceux-l\u00e0 vivent dans un camion, jusqu\u2019o\u00f9, on ne sait pas. On aurait aim\u00e9 pouvoir se demander pourquoi cette marchandise \u2013 cinquante anonymes \u2013 ne songe pas \u00e0 sortir prendre l\u2019air cinq minutes, vers nous. J\u2019y pense\u2026 referme les yeux, somnole.<\/p>\n\n\n\n<p><em>On le conduit, il passe.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le repas \u00e9tait correct, assez finement pr\u00e9par\u00e9 avec quelques \u00e9pices dont je n\u2019ai pas l\u2019habitude. J\u2019ai le c\u0153ur l\u00e9ger, les paysages, aujourd\u2019hui, sont baign\u00e9s de lumi\u00e8re, la route bringuebale mais sans exc\u00e8s. Je me sens serein, je commence \u00e0 entrer dans le voyage, baisser la garde qui s\u2019\u00e9tait instinctivement install\u00e9e\u2026 Congo, pays lointain sous d\u2019autres lunes. Je n\u2019\u00e9tais que rarement sorti d\u2019Europe avant ce voyage, ce projet fantasque. \u00c7a m\u2019int\u00e9resse, cette d\u00e9couverte, j\u2019ai de la compassion pour tout, pour ces moments l\u00e9gers, pour ces moments plus lourds. J\u2019endure la rudesse de certaines sc\u00e8nes avec la conviction qu\u2019il est n\u00e9cessaire de les voir, que c\u2019est l\u00e0 leur donner une voix, \u00e0 ces populations d\u00e9plac\u00e9es, que c\u2019est leur faire un hommage. J\u2019ai regard\u00e9 des documentaires&nbsp;<em>Arte&nbsp;<\/em>sur les pays qu\u2019on traverse, mais ce n\u2019est pas pareil,&nbsp;<em>in situ.&nbsp;<\/em>Et je somnole \u00e0 l\u2019\u00e9coute des musiques de mon adolescence, que les acteurs passent. Les po\u00e8mes qu\u2019ils r\u00e9citent, les lectures musicales. J\u2019entre dans de douces, duveteuses r\u00eaveries o\u00f9 les pens\u00e9es se constellent, passent de l\u2019admiration que m\u2019inspire le courage de ces jeunes acteurs qui soudain quittent leurs planches strasbourgeoises, brazzavilloises, lausannoises, pour s\u2019embarquer ici, sur un autre continent, sous le danger des distances \u00e0 parcourir, pour nous transporter, nous faire voguer. Je les sais, l\u00e0, tenir dur le volant sur mille kilom\u00e8tres par jour&nbsp;; je n\u2019ai jamais conduit plus d\u2019une travers\u00e9e des Alpes par le Grand Saint-Bernard. Passe de l\u2019admiration au questionnement sur ma situation dans tout \u00e7a. Peine \u00e0 l\u2019avouer, \u00e7a me rassure de me savoir invisible aux regards de ceux qui nous voient passer. Une vitre opaque, une \u00e9criture,&nbsp;<em>Vidy<\/em>, tout au plus, lisent-ils&nbsp;; que pourraient-ils d\u00e9duire de ce mot abstrait,&nbsp;<em>Vidy<\/em>, sur un camion&nbsp;?&nbsp;<em>Vidy<\/em>, cela pourrait \u00eatre une marque de fabrication de caf\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Il est douanier.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Mes coll\u00e8gues s\u2019interrogent et je me pose peu de questions.&nbsp;<em>Vidy<\/em>, on me l\u2019a dit, une cargaison d\u2019\u00eatres humains, d\u2019europ\u00e9ens en situation de tourisme. Je tamponne machinalement les papiers n\u00e9cessaires \u00e0 leur embarcation sur l\u2019Oc\u00e9an indien, je contr\u00f4le d\u2019un \u0153il d\u00e9concentr\u00e9 ces tas de passeports qui sont seuls signes de l\u2019inhabituelle cargaison. Je p\u00e8se le camion, dont le poids est l\u00e9ger. Cinquante personnes, ce n\u2019est pas les tas de tonnes que je vois passer tous les jours. Le port est agit\u00e9 aujourd\u2019hui, la pluie bat la terre rouge, l\u2019oc\u00e9an, une mer col\u00e9rique. Une mer col\u00e9rique, rien d\u2019hors du commun, une parente d\u00e9\u00e7ue de ses enfants, tout au plus, une gifle et cela passe. Que sais-je, de qui sont ces touristes, de leur habitude de la haute mer. Certains maudiront, vomiront, leur choix de s\u2019\u00eatre embarqu\u00e9 dans ce vaste th\u00e9\u00e2tre qu\u2019est le monde. L\u2019oc\u00e9an, une sc\u00e8ne m\u00e9lodieuse, am\u00e8re, affectueuse, \u00e9c\u0153urante. A chacun son th\u00e9\u00e2tre, ce public saura sans doute y trouver son go\u00fbt ou son d\u00e9go\u00fbt. Je ne cherche pas plus \u00e0 savoir ce qu\u2019ils font l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Il conduit, parle \u00e0 ses passagers.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Je leur \u00e9voque Ramuz, Derborence. Non pas seulement pour les illusionner, pour caresser la familiarit\u00e9 de leurs c\u0153urs d\u00e9boussol\u00e9s. Ils n\u2019ont pas besoin d\u2019\u00eatre cajol\u00e9s, je leur fais confiance. Ramuz. Mes souvenirs sur ma formation \u00e0 la Manufacture, les moments de joie, les doutes, les critiques de ma famille. Roud. Mon enfance \u00e0 Villeneuve. Les probl\u00e8mes de subventions. La jouissance des applaudissements. Dehors, l\u2019Oc\u00e9an, la plan\u00e9it\u00e9, la b\u00e9atitude des grands espaces, le souffle et le silence du vent. Dehors, l\u2019Oc\u00e9an, le bruit, la violence des vagues. Dedans, Chappaz, la po\u00e9sie. Nous, on ne cherche pas \u00e0 juxtaposer, \u00e0 contraster deux univers. On cherche \u00e0 \u00e9crire pour eux une exp\u00e9rience du palimpseste dont ils seront les seuls ma\u00eetres de toute hi\u00e9rarchie. Du r\u00e9el ou de la fiction. De la Suisse, du L\u00e9man qu\u2019on d\u00e9crit, de Hodler qu\u2019on miroite, ici, au large de l\u2019\u00c9rythr\u00e9e. De la mer rouge, une mer corailleuse ou le lac de leur enfance, de mon enfance&nbsp;; la litt\u00e9rature, l\u2019\u00e9blouissement physique face au soleil, la fiction, le r\u00e9el de la peur, du plaisir, le r\u00e9el des c\u00f4tes ass\u00e9ch\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Ils sont plusieurs.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019arrive en Suisse, \u00e0 Lausanne, par le gros-de-Vaud&nbsp;: en face de moi s\u2019\u00e9tend la mer rouge, rafra\u00eechie, \u00e9toil\u00e9e. Mon pied tremble d\u2019arriver, je suis heureux de ce voyage, heureux d\u2019avoir su poursuivre au-del\u00e0 de toute inqui\u00e9tude. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 averti du d\u00e9barquement, ce soir, d\u2019une s\u00e9rie de camions de&nbsp;<em>Vidy<\/em>, du th\u00e9\u00e2tre, parfaitement, et d\u2019o\u00f9 viennent-ils&nbsp;? D\u2019Anvers, de l\u2019Afrique&nbsp;; j\u2019admire le courage de tous ces passagers et de tous ces chauffeurs, ils ont le visage martel\u00e9 par le soleil. Je regarde ma montre, l\u2019indicateur de temp\u00e9rature, quatre degr\u00e9s, je pourrai rentrer, h\u00e2te de finir, dix heures du soir, ma fille doit dormir&nbsp;; j\u2019effectue le contr\u00f4le des camions, des passeports, tout me para\u00eet en ordre. Demain c\u2019est l\u2019anniversaire de Marianne.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1er f\u00e9vrier<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/pierre-paul-bianchi\/\">Pierre-Paul Bianchi<\/a> (Atelier critique)<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1er f\u00e9vrier<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/julia-cela\/\">Julia Cela<\/a>\u00a0(Atelier d\u2019\u00e9criture)<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Ordonnance sur les r\u00e8gles de circulation routi\u00e8re, partie quatre : usage des v\u00e9hicules, chapitre un : dispositions g\u00e9n\u00e9rales, point 3 : espace et temps<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4054c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12585\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4054c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4054c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4054c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4054c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4054c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-624x416.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4054c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne.jpg 1800w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Mathilda Olmi<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Les paysages routiers sont les m\u00eames partout. Un r\u00e9seau de veines secr\u00e8tes, articul\u00e9es les unes aux autres par des passages qui se refusent au regard de l\u2019usager standard. Tunnels aust\u00e8res de l\u2019ext\u00e9rieur \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. Ponts fonctionnels si fades qu\u2019ils font oublier leur hauteur. &nbsp;Glissi\u00e8res comme une frise chronologique, ligne de vie massive, suspendue l\u00e0 comme pour signifier que l\u2019espace a pris la place du temps \u00e0 la table des grandes lois.<\/p>\n\n\n\n<p>Dehors, le b\u00e9ton se d\u00e9roule et trace la ligne noire qui s\u00e9pare les villes et les pays pour leur donner des noms. Des bourrasques silencieuses se soul\u00e8vent lorsque nous trouons l\u2019air ti\u00e8de pour aller s\u2019\u00e9craser en vagues faibles sur l\u2019herbe morte qui borde la voie rapide. Les lumi\u00e8res de ville s\u2019agitent et semblent \u00eatre des leurres pos\u00e9s l\u00e0 pour faire croire \u00e0 la topographie, mise en sc\u00e8ne grotesque pour nous faire oublier que nous sommes perdus. Dedans r\u00e8gne l\u2019empire du trajet de nuit. Le silence rendu \u00e9pais par la bu\u00e9e sur les vitres p\u00e8se sur toutes les \u00e9paules. La climatisation refroidit les peaux rendues moites par l\u2019humidit\u00e9 de cent bouches qui respirent.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes tous des usagers standards, imposteurs dissimul\u00e9s dans un ventre. Nous sommes cach\u00e9s dans la mitochondrie \u00e9conomique, marchandise en carton-p\u00e2te qui n\u2019alimentera rien. Nous ne sommes ni sucre, ni bois, ni montres, ni granite, ni bateaux. Nous ne sommes aucune de ces mati\u00e8res aimant\u00e9es par la force de la demande. Nous regardons d\u00e9filer l\u2019ext\u00e9rieur, d\u00e9roul\u00e9 sous nos yeux comme \u00e0 la manivelle actionn\u00e9e par la force et la sueur d\u2019une \u00e9norme machine d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e. Nous ne nous regardons pas. Nous n\u2019avons rien \u00e0 dire. Les corps ballot\u00e9s bougent \u00e0 l\u2019unisson comme des pantins paresseux, le squelette doucement secou\u00e9 par le cahot. Toutes les bouches sont closes. Alors le moteur pose des questions auxquelles nous ne savons pas r\u00e9pondre.<\/p>\n\n\n\n<p>-Tu crois savoir ce qu\u2019est la route, mais as-tu d\u00e9j\u00e0 soupes\u00e9 un centim\u00e8tre cube de bitume&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>-Le poids effectif des v\u00e9hicules et des ensembles de v\u00e9hicules ne doit pas exc\u00e9der :<\/p>\n\n\n\n<p>Deux cubes de granite pour les v\u00e9hicules automobiles ayant plus de quatre essieux, les trains routiers et les v\u00e9hicules articul\u00e9s, ou trois sacs de glace pil\u00e9e pour ces v\u00e9hicules en transport combin\u00e9 non accompagn\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>Sept villes pour les v\u00e9hicules automobiles \u00e0 quatre essieux<\/p>\n\n\n\n<p>Un bateau pour les bus \u00e0 plateforme pivotante \u00e0 trois essieux<\/p>\n\n\n\n<p>Un carr\u00e9 de sucre pour les v\u00e9hicules automobiles \u00e0 trois essieux, dans le cas normal<\/p>\n\n\n\n<p>Trois boulons pour les v\u00e9hicules automobiles \u00e0 trois essieux, si l\u2019essieu moteur est \u00e9quip\u00e9 de pneus jumel\u00e9s et d\u2019une suspension pneumatique ou d\u2019une suspension reconnue \u00e9quivalente, ou encore si les deux essieux moteurs sont \u00e9quip\u00e9s de pneus jumel\u00e9s et que la charge maximale par essieu n\u2019exc\u00e8de pas un \u00e9l\u00e9ment de grue<\/p>\n\n\n\n<p>Un verre d\u2019huile pour les autocars \u00e0 deux essieux<\/p>\n\n\n\n<p>Un seau de bris de verre pour les v\u00e9hicules automobiles \u00e0 deux essieux<\/p>\n\n\n\n<p>Trois pieux de m\u00e9tal pour les remorques \u00e0 quatre essieux, \u00e0 l\u2019exception des semi-remorques et des remorques \u00e0 essieux centraux<\/p>\n\n\n\n<p>Sept cents montres Rolex pour les remorques \u00e0 trois essieux, \u00e0 l\u2019exception des semi-remorques et des remorques \u00e0 essieux centraux<\/p>\n\n\n\n<p>Dix-huit troncs d\u2019arbre pour les remorques \u00e0 deux essieux, \u00e0 l\u2019exception des semi-remorques et des remorques \u00e0 essieux centraux.<\/p>\n\n\n\n<p>-Tu dis regarder dehors, mais qu\u2019aper\u00e7ois-tu \u00e0 travers le paysage \u00e9cras\u00e9 sur la vitre&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>-Par transport combin\u00e9 non accompagn\u00e9, il faut entendre le transport d\u2019unit\u00e9s de chargement (bouteille \u00e0 message, coffre en cuir) ou le transfert d\u2019une semi-remorque \u00e0 destination de n\u2019importe quelle mer de transbordement ou \u00e0 destination d\u2019un village alpin, sans que la marchandise transport\u00e9e change de contenant lors du passage d\u2019un mode de transport \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>-Tu crois voir des phares \u00e9clairer la nuit, mais que montre la lumi\u00e8re lorsque constamment pareille \u00e0 elle-m\u00eame&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>-Le D\u00e9partement f\u00e9d\u00e9ral de l\u2019environnement, des transports, de l\u2019\u00e9nergie et de la communication peut d\u00e9signer les cath\u00e9drales industrielles \u00e9trang\u00e8res proches de la fronti\u00e8re assimil\u00e9es aux for\u00eats de m\u00eame nature. En transport combin\u00e9 non accompagn\u00e9, le conducteur doit \u00eatre porteur d\u2019une pi\u00e8ce justificative appropri\u00e9e (p. ex. une montre Rolex).<\/p>\n\n\n\n<p>-Tu dis conna\u00eetre l\u2019envie de sommeil mais as-tu d\u00e9j\u00e0 senti la nuit et l\u2019odeur d\u2019essence joindre leurs forces et tirer sur tes paupi\u00e8res&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>-Les voitures automobiles et les ensembles de v\u00e9hicules en mouvement doivent pouvoir \u00e9voluer dans les limites d\u2019une surface annulaire d\u2019un diam\u00e8tre ext\u00e9rieur et d\u2019un diam\u00e8tre int\u00e9rieur sans que la projection d\u2019une partie du v\u00e9hicule sur la chauss\u00e9e (\u00e0 l\u2019exception des miroirs et des contreforts) soit situ\u00e9e hors de la surface de l\u2019eau.<\/p>\n\n\n\n<p>-Tu dis avoir somnol\u00e9, mais n\u2019as-tu pas menti en sentant se poser dans ton cr\u00e2ne le poids de la m\u00e9latonine qui p\u00e8se ses quarante tonnes&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>-\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>-Parce que tu ne sais pas tout \u00e7a, la f\u00e9e dans la ville te pointe du doigt quand tu traverses son territoire. Tu es un usager standard, imposteur dissimul\u00e9 dans mon ventre. Tu es cach\u00e9 dans la mitochondrie \u00e9conomique, tu n\u2019alimenteras rien. Tu n\u2019es ni sucre, ni bois, ni montres, ni granite, ni bateaux. Tu n\u2019es aucune de ces mati\u00e8res aimant\u00e9es par la force de la demande. Tu regardes d\u00e9filer l\u2019ext\u00e9rieur, d\u00e9roul\u00e9 sous tes yeux comme \u00e0 la manivelle, actionn\u00e9es par ma force et ma sueur. Tu ne regardes pas les autres. Tu n\u2019as rien \u00e0 dire puisque tu n\u2019es ni mati\u00e8re, ni personne, simple spectateur du d\u00e9placement de ton poids dans l\u2019espace.<\/p>\n\n\n\n<p>Notre passage d\u00e9coupe la terre en secteurs.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1er f\u00e9vrier<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/pierre-paul-bianchi\/\">Pierre-Paul Bianchi<\/a> (Atelier critique)<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1er f\u00e9vrier<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/sarah-juilland\/\">Sarah Juilland<\/a>\u00a0(Atelier critique)<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">V\u00e9lo Congo-Lausanne<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4054c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12585\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4054c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4054c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4054c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4054c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4054c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-624x416.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4054c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne.jpg 1800w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Mathilda Olmi<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Rosette Mbemba est une jeune femme congolaise d\u2019une trentaine d\u2019ann\u00e9es. Quotidiennement, elle arpente la ville de Goma en compagnie de son beau v\u00e9lo rouge et rouill\u00e9. Enturbann\u00e9e, robe traditionnelle en wax et pieds nus, elle sillonne les ruelles \u00e9troites en qu\u00eate de quelque aventure ou \u00e9v\u00e9nement hors du commun \u00e0 se mettre sous la dent. De nature r\u00eaveuse, elle imagine une existence grandiose. Quelque chose de plus grand que sa vie ici, \u00e0 Goma. Un jour, alors qu\u2019elle vadrouille \u00e0 son habitude parmi les maisons en t\u00f4le, elle aper\u00e7oit un \u00e9trange camion vitr\u00e9. Elle plisse les yeux et d\u00e9chiffre une inscription, en lettres orange, sur l\u2019une des faces du v\u00e9hicule&nbsp;: \u00ab&nbsp;Th\u00e9\u00e2tre de Vidy, Cargo Congo-Lausanne&nbsp;\u00bb. \u00c0 la lecture de ces quelques mots, en particulier de \u00ab&nbsp;th\u00e9\u00e2tre&nbsp;\u00bb, Rosette est prise d\u2019une furieuse envie de suivre l\u2019\u00e9nigmatique convoi pour en d\u00e9couvrir la cargaison, hors normes. Sans perdre une minute, elle d\u00e9cide de prendre le camion en chasse avec, pour unique alli\u00e9, son beau v\u00e9lo rouge et rouill\u00e9. Ainsi commence le p\u00e9riple \u2013 invraisemblable \u2013 de Rosette Mbemba, qui la conduira jusqu\u2019\u00e0 nous, \u00e0 Lausanne, ce jeudi 8 mars.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur les traces de Roger et Denis, Rosette et sa bicyclette traversent les vertes collines rwandaises puis les broussailles tanzaniennes, tachet\u00e9es de girafes et d\u2019impalas. Embarqu\u00e9es sur un bateau dont les mouvements incessants donnent le mal de mer, elles traversent la M\u00e9diterran\u00e9e pour atteindre l\u2019Europe. De retour sur le dos de sa bicyclette, Rosette parcourt la Belgique et l\u2019Allemagne pour enfin rejoindre la Suisse. Il y fait si froid&nbsp;! \u00ab&nbsp;Tout de m\u00eame, on aurait pu me pr\u00e9venir\u2026&nbsp;\u00bb, maugr\u00e9e Rosette. Sur un b\u00e2timent gris et gel\u00e9, le thermom\u00e8tre indique huit degr\u00e9s Celsius. Un manteau et des bottes n\u2019auraient pas \u00e9t\u00e9 du luxe&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Arriv\u00e9e finalement \u00e0 Lausanne, Rosette est ex-t\u00e9-nu\u00e9e. Elle d\u00e9cide de suspendre sa course un instant pour se reposer un peu. De toute fa\u00e7on, elle a perdu la trace du camion depuis longtemps. Il faut se rendre \u00e0 l\u2019\u00e9vidence&nbsp;: un v\u00e9lo, \u00e7a avance moins vite qu\u2019un camion de fret&nbsp;! Elle p\u00e9n\u00e8tre dans une petite maison transparente, s\u2019assoit en tailleur sur la table et fait quelques \u00e9tirements. Le voyage \u00e9tait long et \u00e9prouvant, toutes ses articulations sont en compote. Mais voil\u00e0 que le fameux camion r\u00e9apparait, comme par magie, derri\u00e8re les vitres de la maisonnette. Cette fois-ci, Rosette parvient \u00e0 distinguer son chargement\u2026 des gens&nbsp;! Une cinquantaine de personnes est assise derri\u00e8re une grande vitrine, yeux \u00e9carquill\u00e9s, et fixe Rosette en souriant, et m\u00eame en riant un peu. Cette surprenante d\u00e9couverte attise l\u2019irr\u00e9pressible curiosit\u00e9 de la jeune femme, qui enfourche imm\u00e9diatement son v\u00e9lo rouge et se lance \u00e0 la poursuite du convoi. Malheureusement, le temps de se remettre en selle, le camion est d\u00e9j\u00e0 loin. Rosette ne se d\u00e9courage pas pour autant, elle en a vu d\u2019autres. Elle chemine vaguement sur les routes lausannoises, \u00e9clair\u00e9e par la lumi\u00e8re argent\u00e9e des r\u00e9verb\u00e8res. Dans le quartier S\u00e9beillon-S\u00e9velin, elle rep\u00e8re quelques jeunes femmes \u00e9parpill\u00e9es et post\u00e9es sur le trottoir. Elles semblent attendre quelque chose, ou quelqu\u2019un. Peut-\u00eatre ont-elles aper\u00e7u le camion, peut-\u00eatre m\u00eame qu\u2019elles l\u2019attendaient&nbsp;? Rosette s\u2019approche et demande, timidement&nbsp;:<br>\u2013 Bonsoir, excusez-moi de vous d\u00e9ranger\u2026 Je suis \u00e0 la recherche d\u2019un camion\u2026 Il porte une grosse inscription orange et transporte des gens. Vous ne l\u2019auriez pas aper\u00e7u par hasard&nbsp;?<br>L\u2019une des jeunes femmes, une petite brune aux bottes vernies, s\u2019exclame :<br>\u2013 Ouais, il vient juste de passer. J\u2019connais un des chauffeurs d\u2019ailleurs, j\u2019lui ai m\u00eame fait un p\u2019tit signe. C\u2019\u00e9tait bizarre d\u2019\u00eatre mat\u00e9e par ces gens-l\u00e0, dans l\u2019camion. J\u2019me demande c\u2019qu\u2019ils y foutaient&nbsp;! Bref, j\u2019crois qu\u2019ils ont continu\u00e9 par l\u00e0, tout droit.<br>Rosette la remercie chaudement puis reprend sa route, toujours accompagn\u00e9e de son v\u00e9lo rouge et rouill\u00e9. Un peu plus tard dans la soir\u00e9e, aux abords d\u2019un garage mal \u00e9clair\u00e9, le camion se montre \u00e0 nouveau. Rosette en profite pour improviser une petite danse qu\u2019elle offre \u00e0 ses curieux spectateurs. Mais voil\u00e0 qu\u2019il est d\u00e9j\u00e0 reparti, ce satan\u00e9 camion&nbsp;! D\u00e9cid\u00e9ment, les chauffeurs n\u2019ont pas envie de laisser Rosette faire le&nbsp;<em>show<\/em>. Mais cette derni\u00e8re, tenace, n\u2019abandonne pas son d\u00e9sir de faire partie de l\u2019\u00e9v\u00e9nement. Elle saute sur son v\u00e9lo et reprend sa course. Passant pr\u00e8s de deux promeneurs nocturnes, \u00e0 l\u2019air interloqu\u00e9, elle leur demande ce qu\u2019ils ont vu. Comme tout \u00e0 l\u2019heure, on lui r\u00e9pond&nbsp;:<br>\u2013 Un gros camion avec des gens, assis sur une estrade, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Ils nous observaient \u00e9trangement, comme s\u2019ils faisaient un safari sur les routes de Lausanne.<br>\u00ab&nbsp;C\u2019est bien mon camion \u00e7a&nbsp;! \u00bb, pense Rosette amus\u00e9e. Elle se remet en route et p\u00e9dale de toutes ses forces, esp\u00e9rant surprendre une derni\u00e8re fois le camion et son singulier colis. Elle se poste, munie d\u2019un tam-tam traditionnel qu\u2019elle avait emport\u00e9, sur un \u00e9norme giratoire. Le camion l\u2019encercle, il fait des tours alors que Rosette, r\u00e9jouie, chante des airs de son pays. Elle appartient enfin au spectacle&nbsp;: la voie \u2013 ou la voix \u2013 a \u00e9t\u00e9 ouverte.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1er f\u00e9vrier<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/sarah-juilland\/\">Sarah Juilland<\/a>\u00a0(Atelier critique)<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1er f\u00e9vrier<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/amalia-devaud\/\">Amalia D\u00e9vaud<\/a>\u00a0(Atelier critique)<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Ne c\u00e9dez pas \u00e0 la parole<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4354c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12561\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4354c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4354c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4354c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4354c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-768x513.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4354c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-624x416.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4354c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne.jpg 1798w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Mathilda Olmi<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Au centre de la table, pos\u00e9e sur une sc\u00e8ne noire d\u00e9nu\u00e9e d\u2019artifices, se trouve un petit camion.<\/p>\n\n\n\n<p>Objet de toutes les convoitises, il brille sous l\u2019unique lumi\u00e8re du plateau. Autour, la p\u00e9nombre. Et le silence&nbsp;: le camion semble r\u00e9gner en ma\u00eetre sur la sc\u00e8ne et la salle encore endormies.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s quelques minutes, les silhouettes assises autour de la table s\u2019animent, tapotant de leurs doigts f\u00e9briles les bords de bois blanc. Leurs cinq paires de mains s\u2019avancent dans le filet de lumi\u00e8re, suivies de leurs torses \u2013 fragments de chevelures et de tissus \u2013 pour se poser autour du camion.<\/p>\n\n\n\n<p>La sc\u00e8ne enti\u00e8re s\u2019\u00e9claire tout \u00e0 coup et, avec elle, le minimalisme de son dispositif&nbsp;: except\u00e9 la table et ses chaises, les spectateurs reconnaissent une cam\u00e9ra mont\u00e9e sur tr\u00e9pied \u2013 dont l\u2019objectif est tourn\u00e9 vers la table \u2013 ainsi qu\u2019un mantra projet\u00e9 contre le cyclo noir : \u00ab&nbsp;Ne c\u00e9dez pas \u00e0 la parole&nbsp;\u00bb. Le visage des cinq personnages se r\u00e9v\u00e8le crisp\u00e9, les bouches ouvertes et tordues dans une expression absurde de faim, comme si elles voulaient engloutir le v\u00e9hicule. Habit\u00e9s par la m\u00eame tension, ce sont trois hommes \u2013 un Congolais, un Rwandais et un Allemand \u2013 et deux femmes \u2013 une Belge et une Suissesse \u2013 qui se font face.<\/p>\n\n\n\n<p>Le clignotant rouge de la cam\u00e9ra s\u2019allume dans un&nbsp;<em>bip<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Qui commence&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>La Suissesse s\u2019empare du camion et le fait rouler jusqu\u2019\u00e0 elle.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Bonjour \u00e0 tous, je m\u2019appelle Caroline et je travaille \u00e0 Lausanne comme technicienne de surface. Alors voil\u00e0, je\u2026excusez-moi, je suis un peu stress\u00e9e\u2026 J\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de\u2026 de participer \u00e0 cette exp\u00e9rience parce que j\u2019avais vraiment quelque chose \u00e0 dire&nbsp;; quelque chose que ne croit pas mon patron\u2026 \u00c7a m\u2019est arriv\u00e9 il y a quelques jours, j\u2019\u00e9tais en train de travailler \u2013 et puis c\u2019est vrai que \u00e7a arrive qu\u2019il y ait des employ\u00e9s qui fassent des heures sup., vous savez, tout le monde ne part pas quand on arrive pour nettoyer, ce serait normal mais bon, les gens\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>ils sont comme \u00e7a \u2013 et donc je nettoyais le bureau de Mr. *** quand il est apparu dans un imper. Je me suis tout de suite dit que c\u2019\u00e9tait bizarre, c\u2019est l\u2019\u00e9t\u00e9 et \u2026 il a ouvert son imper et il \u00e9tait nu. Je n\u2019\u00e9tais pas contente vous voyez, je viens juste faire le m\u00e9nage, moi, ici\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><em>Bip.&nbsp;<\/em>Le son de la cam\u00e9ra impose un changement de tour.<\/p>\n\n\n\n<p>Moment de silence avant que Caroline, observant les autres faces de rapaces, ne remette le petit camion au centre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 \u00c0 moi&nbsp;! Merci Caroline pour ta souffrance, elle nous aide beaucoup. Alors, moi c\u2019est Roger&nbsp;et je suis chauffeur poids lourds. Je suis n\u00e9 au Congo, o\u00f9 j\u2019ai pass\u00e9 toute mon enfance avec mes cinq fr\u00e8res et s\u0153urs. J\u2019\u00e9tais heureux jusqu\u2019\u00e0 ce que\u2026jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019on me prenne dans l\u2019arm\u00e9e comme enfant soldat. J\u2019ai vu des choses aff\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><em>Bip<\/em>. Nouvelle direction de camion.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Merci Roger pour ton parcours, tr\u00e8s int\u00e9ressant. Le mien aussi est difficile&nbsp;: je viens de la banlieue de Bruxelles, de Schaerbeek. Dans mon m\u00e9tier on m\u2019appelle Kitty, mais, euh, mon vrai nom c\u2019est Lucie\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><em>Bip<\/em>. Les quatre autres la regardent aussi fixement que l\u2019\u0153il de la cam\u00e9ra.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Mais&nbsp;? Pourquoi je n\u2019ai pas le droit de parler&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Pour seule r\u00e9ponse, un nouveau&nbsp;<em>bip<\/em>. Les roues du camion filent vers un autre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Je le prends, d\u00e9sol\u00e9e Kitty. Bonjour tout le monde, je me nomme Dennis. Je suis allemand et je travaille dans le b\u00e2timent. Je fais un peu tous les corps de m\u00e9tiers mais, comme vous pouvez le voir \u00e0 mon pl\u00e2tre, c\u2019est dur parce qu\u2019on se casse vraiment les os. J\u2019ai bient\u00f4t soixante ans et je ne peux plus tout faire comme avant\u2026 ce n\u2019est pas vraiment un probl\u00e8me \u00e7a\u2026 non le\u2026 le vrai souci c\u2019est que je ne gagne plus rien\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><em>Bip<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Mais on va nous laisser parler, oui&nbsp;! J\u2019ai aussi ma vie \u00e0 raconter&nbsp;et elle est plus int\u00e9ressante que la leur ! hurle le Rwandais.<\/p>\n\n\n\n<p>Les cinq personnes commencent \u00e0 s\u2019\u00e9chauffer et \u00e0 s\u2019arracher, p\u00eale-m\u00eale, le petit camion des mains. Les pieds de chaises vacillent sous leurs assauts d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s, et la table manque se renverser \u00e0 plusieurs reprises. Des soupirs s\u2019\u00e9l\u00e8vent alors dans la salle et Dennis, malgr\u00e9 la col\u00e8re qui lui obscurcit les sens, croit entendre au premier rang&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Mais ils vont nous ficher la paix avec leurs histoires ! Est-ce que c\u2019est notre faute s\u2019ils sont malheureux, s\u2019ils n\u2019ont pas eu de chance, peut-\u00eatre&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un cri, Dennis lance le camion entre les rang\u00e9es de si\u00e8ges, brisant violemment au passage les lunettes d\u2019un jeune spectateur \u00e0 l\u2019allure \u00e9tudiante, carnet et crayon sur les genoux.<\/p>\n\n\n\n<p>Une vague d\u2019indignation emporte la salle. Le jeune homme, dont le regard est devenu aussi hagard qu\u2019haineux, se l\u00e8ve et brandit le camion au-dessus de sa t\u00eate&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;<em>Mais qu\u2019est-ce qu\u2019on vous a fait<\/em>&nbsp;? Vous croyez que vous \u00eates les seuls \u00e0 souffrir&nbsp;? L\u00e2chez-nous avec votre manque d\u2019argent, votre manque d\u2019amour. On n\u2019a pas pay\u00e9 pour \u00e7a&nbsp;: nous on veut du vrai th\u00e9\u00e2tre&nbsp;! Amusez-nous, et arr\u00eatez de nous faire perdre notre temps. Ce que vous faites, l\u00e0, c\u2019est du mauvais th\u00e9\u00e2tre&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Sous l\u2019attaque, aucun des cinq ne r\u00e9agit. Ils ne remarquent m\u00eame pas le silence de la cam\u00e9ra qui a laiss\u00e9 parler le jeune homme, sans discontinuer.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1er f\u00e9vrier<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/amalia-devaud\/\">Amalia D\u00e9vaud<\/a>\u00a0(Atelier critique)<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1er f\u00e9vrier<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/basile-seppey\/\">Basile Seppey<\/a>\u00a0(Atelier critique)<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9cr\u00e9ation<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4197c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12564\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4197c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4197c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4197c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4197c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4197c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne-624x416.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/ADS4197c-Mathilda-Olmi-Th\u00e9\u00e2tre-Vidy-Lausanne.jpg 1800w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Mathilda Olmi<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait la r\u00e9cr\u00e9 quand Cindy nous a racont\u00e9. Les autres ils faisaient un foot, on lui avait demand\u00e9 mais elle avait pas voulu jouer. On \u00e9tait avec Greg et Fitim. Le papa de Greg on lui dit le pape alors il a mis derri\u00e8re le pare-brise de son camion une plaque de voiture avec \u00e7a marqu\u00e9 dessus. Et il a mis la m\u00eame dans sa Subaru, des fois qu\u2019on l\u2019aurait pas reconnu. Fitim c\u2019\u00e9tait mon voisin et il est albanais. Sa maman elle nous donnait du pain et du sucuk quand on passait devant le balcon. Son papa quand il pouvait encore il travaillait avec celui de Greg \u00e0 la scierie. Il travaille plus maintenant, il a trop port\u00e9 des gros bois sur le dos. Mais Fitim nous a dit qu\u2019avant il \u00e9tait prof de math \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Tirana. D\u2019ailleurs Fitim il est assez fort en math.<\/p>\n\n\n\n<p>On \u00e9tait contents parce qu\u2019avant la r\u00e9cr\u00e9 il nous avait montr\u00e9 un \u00e9pisode de&nbsp;<em>c\u2019est pas sorcier<\/em>&nbsp;sur les volcan, c\u2019\u00e9tait cool et Nathana\u00ebl il s\u2019\u00e9tait fait tirer les oreilles parce qu\u2019il faisait que de discuter avec Guillaume. \u00c0 un moment on a cru que le prof il allait enlever l\u2019\u00e9pisode mais il l\u2019a laiss\u00e9. C\u2019\u00e9tait le m\u00eame prof qui surveillait la r\u00e9cr\u00e9. On avait pas le droit de sortir de la cour pour aller au kiosque mais des fois si on avait oubli\u00e9, il y avait une maman qui venait apporter un go\u00fbter. Ce matin il y a grand-papa qui est pass\u00e9 avec la Jeep pour amener du cheni \u00e0 la d\u00e9chetterie et il a klaxonn\u00e9 quand il est pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9but j\u2019\u00e9coutais pas trop ce qu\u2019elle disait Cindy parce qu\u2019il y avait Juliette qui jouait avec des copines \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Mais apr\u00e8s elle nous a dit qu\u2019elle allait nous dire un secret. En fait c\u2019\u00e9tait avec l\u2019ancien prof. Une fois apr\u00e8s les cours il lui a demand\u00e9 de rester dans la salle parce qu\u2019il devait lui demander quelque chose. Et en fait elle nous a dit qu\u2019il l\u2019avait forc\u00e9e \u00e0 le toucher en bas et que lui aussi il l\u2019avait touch\u00e9e apr\u00e8s. Au d\u00e9but on la croyait pas. Et apr\u00e8s elle nous a fait jurer qu\u2019on le dirait \u00e0 personne. Mais Greg lui il la croyait pas et il a dit que c\u2019\u00e9tait pas grave s\u2019il dit parce que c\u2019\u00e9tait pas vrai. Et l\u00e0 Cindy elle a pleur\u00e9 et Greg il lui a demand\u00e9 pardon et il a jur\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s, \u00e0 la r\u00e9cr\u00e9, on est rest\u00e9 avec Cindy quand m\u00eame et \u00e0 un moment il y a la maman \u00e0 Nuria qui est arriv\u00e9e en v\u00e9lo, mais vers Provins elle est tomb\u00e9e et elle a eu un accident. On l\u2019a vu tomber du v\u00e9lo mais personne a rigol\u00e9. Il y a Kramer qui a \u00e9t\u00e9 pour bloquer la route et le prof il a \u00e9t\u00e9 chercher Nuria et ils ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital apr\u00e8s. Nous est rentr\u00e9 et le prof il est revenu.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la fin de l\u2019\u00e9cole avec Greg, Fitim et Fabien on a vu Cindy mais elle voulait pas rentrer avec nous, elle pr\u00e9f\u00e9rait aller avec des copines. Alors nous on a \u00e9t\u00e9 faire un foot et apr\u00e8s on avait l\u2019entra\u00eenement.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1er f\u00e9vrier<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/basile-seppey\/\">Basile Seppey<\/a>\u00a0(Atelier critique)<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/vidy.ch\/cargo-congo-lausanne\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cr\u00e9ation Rimini Protokoll \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ du 1er f\u00e9vrier au 23 mars 2018 \/ Critiques par Lucien Zuchuat, Basile Nelis, Fanny Utiger, Pierre-Paul Bianchi, Julie Cela, Sarah Juilland, Amalia D\u00e9vaud et Basile Seppey.<\/p>\n","protected":false},"author":1001607,"featured_media":12544,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,2],"tags":[198,177,156,155,197,191,200],"class_list":["post-12543","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-de-vidy","tag-amalia-devaud","tag-basile-seppey","tag-fanny-utiger","tag-julia-cela","tag-lucien-zuchuat","tag-pierre-paul-bianchi","tag-sarah-juilland"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12543","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001607"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12543"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12543\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20691,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12543\/revisions\/20691"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/12544"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12543"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12543"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12543"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}