{"id":12537,"date":"2018-04-03T19:06:25","date_gmt":"2018-04-03T17:06:25","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=12537"},"modified":"2025-02-09T17:39:41","modified_gmt":"2025-02-09T16:39:41","slug":"un-si-gentil-garcon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2018\/04\/un-si-gentil-garcon\/","title":{"rendered":"Un si gentil gar\u00e7on"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">D\u2019apr\u00e8s le roman de\u00a0Javier Guti\u00e9rrez \/ Mise en sc\u00e8ne de\u00a0Denis Lavalou et C\u00e9dric Dorier \/ Th\u00e9\u00e2tre La Grange de Dorigny \/ du 28 au 30 mars \/ Critiques par Pierre-Paul Bianchi et Amalia D\u00e9vaud. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>28 mars 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/pierre-paul-bianchi\/\">Pierre-Paul Bianchi<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">L\u00e0 o\u00f9 les m\u00e9moires sont am\u00e8res<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"522\" height=\"393\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/530530_3\u00a9-DR.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12531\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/530530_3\u00a9-DR.jpg 522w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/530530_3\u00a9-DR-226x170.jpg 226w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/530530_3\u00a9-DR-266x200.jpg 266w\" sizes=\"auto, (max-width: 522px) 100vw, 522px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">@ DR<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>En disant les violences sexuelles par le prisme de la m\u00e9moire d\u2019un groupe d\u2019amis,&nbsp;<\/em>Un si gentil gar\u00e7on<em>&nbsp;fragmente l\u2019indicible pour mieux le dire. Du r\u00e9cit de souvenirs \u00e9quivoques transparaissent, de l\u2019implicite \u00e0 l\u2019explicite, les exc\u00e8s d\u2019une jeunesse qui a d\u00e9rap\u00e9. Avec une distance pudique, rien n\u2019est montr\u00e9 frontalement mais tout est pourtant violemment clair. De la couleur \u00e0 l\u2019acidit\u00e9, C\u00e9dric Dorier et Denis Lavalou \u00e9prouvent le souffle du spectateur, qui est fouett\u00e9 mais touch\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Tu verras sur sc\u00e8ne un \u00e9pisode \u00e9clat\u00e9 d\u2019une jeunesse extatique. J\u2019emprunte le&nbsp;<em>tu<\/em>&nbsp;\u00e0 l\u2019acteur qui monologue \u00e0 la deuxi\u00e8me personne, s\u2019adressant \u00e0 lui-m\u00eame en une boucle r\u00e9flexive qui dit d\u00e9j\u00e0 quelque chose d\u2019une identit\u00e9 alt\u00e9r\u00e9e et fragment\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette boucle r\u00e9flexive amorce une mise \u00e0 distance de soi comme une tentative de d\u00e9doubler son image pour entrevoir la possibilit\u00e9 d\u2019un renouvellement, d\u2019une table rase. Un&nbsp;<em>tu&nbsp;<\/em>qui th\u00e9matise ce que cela pourrait \u00eatre de ne plus pouvoir&nbsp;<em>se voir<\/em>&nbsp;une fois un \u00e9pisode trouble pass\u00e9 \u2013&nbsp;<em>tu,&nbsp;<\/em>ce n\u2019est pas&nbsp;<em>moi.&nbsp;<\/em>Qui signifie, \u00e9ventuellement, de devoir mentir ou d\u2019\u00eatre tent\u00e9 de le faire. Et que le temps n\u2019y fasse rien, que la m\u00e9moire, en tension, se fasse centrale malgr\u00e9 soi, qu\u2019elle se fasse comme un acouph\u00e8ne dont on ne peut plus mais qu\u2019on ne peut pas faire cesser. L\u2019acouph\u00e8ne comme une retomb\u00e9e injuste du plaisir ou comme la punition de ne s\u2019\u00eatre pas prot\u00e9g\u00e9 les oreilles lorsqu\u2019on savait qu\u2019on aurait d\u00fb le faire.<\/p>\n\n\n\n<p>La pi\u00e8ce parle d\u2019agression sexuelle \u2013 de viol, de violence -, de drogue, de musique, de perte de contr\u00f4le&nbsp;; on aimerait que cela n\u2019ait pu \u00eatre qu\u2019une perte de contr\u00f4le. Avec un personnage qui tente de profiter des souvenirs incertains de ses amis, qui manipule leurs croyances lorsqu\u2019il s\u2019adresse \u00e0 eux,&nbsp;<em>Un si gentil gar\u00e7on&nbsp;<\/em>montre une personnalit\u00e9 qui cherche \u00e0 se dissoudre dans les oublis de chacun, qui cherche \u00e0 \u00e9clater les m\u00e9moires pour y dissoudre son sentiment de culpabilit\u00e9, qui r\u00e9siste pourtant. Dans l\u2019implicite de cette m\u00e9moire, qui ne dit pas tout, se dessine progressivement l\u2019explicite de la violence, \u00e0 demi-mot d\u2019abord, en tension toujours.<\/p>\n\n\n\n<p>A la Grange de Dorigny, C\u00e9dric Dorier et Denis Lavalou adaptent l\u2019ouvrage de Javier Guti\u00e9rrez, qui raconte les d\u00e9rives sexuelles d\u2019un groupe de musiciens et d\u2019amis madril\u00e8nes, dans des bains de drogues qui finissent en&nbsp;<em>black-out&nbsp;<\/em>(r\u00e9els ou simul\u00e9s). Dans leur note d\u2019intention, Dorier et Lavalou \u00e9crivent&nbsp;: \u00ab Si nous avons \u2013 forc\u00e9ment \u2013 d\u00e9test\u00e9 ce que raconte cette histoire, nous avons aim\u00e9 la fa\u00e7on dont elle est racont\u00e9e&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Pluriel, l\u2019espace sc\u00e9nique semble s\u2019ajouter \u00e0 la superposition des temporalit\u00e9s, des personnages, de leurs adresses. Ce sont deux bars, un promontoire, un \u00e9cran, un box en plexiglas pour les musiciens, qui jouent les tubes des Pixies ou de Yo la Tengo. Polo et sa bande \u00e9taient musiciens \u00e0 succ\u00e8s et quand ils voulaient plaire et s\u00e9duire, ils le pouvaient. La mise en sc\u00e8ne a ce pouvoir aussi, et celui de heurter&nbsp;: de brusques coupures suivent les&nbsp;<em>delay<\/em>&nbsp;planants, aux rythmes prenants.<\/p>\n\n\n\n<p>La musique et les images projet\u00e9es sont jou\u00e9es en&nbsp;<em>live<\/em>&nbsp;avec ce que le&nbsp;<em>live&nbsp;<\/em>comporte de risque, de marge d\u2019erreur, d\u2019alt\u00e9ration possible. Une note n\u2019est jamais jou\u00e9e juste sans l\u2019ombre ce qu\u2019elle aurait pu \u00eatre si elle avait \u00e9t\u00e9 fausse&nbsp;et en cela la sc\u00e8ne para\u00eet mimer de loin la fable, o\u00f9 tout semble avoir \u00e9t\u00e9 v\u00e9cu trop vite, sans le recul n\u00e9cessaire ni l\u2019assurance d\u2019un contr\u00f4le sur les choses.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette performance est color\u00e9e&nbsp;: une actrice d\u00e9veloppe sous nos yeux une longue s\u00e9rie de projections plus ou moins abstraites (parfois psych\u00e9d\u00e9liques, hallucinatoires) sur \u00e9cran, polaris\u00e9es par des univers de couleurs \u2013 le bleu, le rouge, le vert. Puis l\u2019image projet\u00e9e est en n\u00e9gatif, acidifiant ces couleurs et augmentant les contrastes.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9cran permet un th\u00e9\u00e2tre d\u2019ombre&nbsp;: en passant derri\u00e8re lui, les acteurs sont des silhouettes, cr\u00e9ant un jeu sur la mat\u00e9rialit\u00e9 qui sugg\u00e8re, entre ombre et incarnation, l\u2019\u00e9paisseur et la transparence de la m\u00e9moire. Des voix spectrales tant\u00f4t \u00e9clatent dans tous les sens et r\u00e9pondent \u00e0 des acteurs bien visibles dans leur corporalit\u00e9 angoiss\u00e9e. La transpiration de l\u2019acteur souligne la difficult\u00e9 de l\u2019oubli de soi, au pr\u00e9sent. Comme spontan\u00e9ment parfois, il se met \u00e0 crier pour se convaincre. Lorsque Gabi, l\u2019un des personnages, tente au contraire de dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;peu importe ce qui s\u2019est pass\u00e9, c\u2019\u00e9tait il y a presque vingt ans&nbsp;\u00bb, on peine \u00e0 y croire tant cela ressemble \u00e0 une tentative paniqu\u00e9e de voiler la v\u00e9rit\u00e9, d\u2019aplanir l\u2019horreur avant qu\u2019elle n\u2019ait eu le temps de se pr\u00e9ciser trop nettement.<\/p>\n\n\n\n<p>Attabl\u00e9 au bar situ\u00e9 sur la gauche de la sc\u00e8ne, Nathan est suspicieusement loquace, parle trop innocemment des choix musicaux. Au second bar, en face, une femme se tait. Ces deux extr\u00eames sont ceux d\u2019une situation que l\u2019on ne pourrait dire sans trop parler mais que l\u2019on ne peut dissimuler. Les images projet\u00e9es par la<em>&nbsp;barmaid<\/em>&nbsp;voudraient se substituer \u00e0 la parole et tentent d\u2019amener l\u2019\u00e9motion comme un biais possible pour exprimer l\u2019indicible.<\/p>\n\n\n\n<p>Polo, pr\u00e9cis\u00e9ment, lutte entre le dicible et l\u2019indicible \u2013 C\u00e9dric Dorier, qui l\u2019incarne, se d\u00e9m\u00e8ne et franchit tous les espaces dans une furie grandissante et d\u00e9sordonn\u00e9e. Il tente de s\u2019adresser \u00e0 un psychoth\u00e9rapeute pour faire le deuil de sa conscience habill\u00e9e des stigmates de la faute, mais peine \u00e0 ne pas reporter sa responsabilit\u00e9 sur les autres, \u00e0 ne pas tenter de la rationnaliser pour l\u2019amoindrir.<\/p>\n\n\n\n<p>Au fur et \u00e0 mesure de la pi\u00e8ce, pourtant, la m\u00e9moire se pr\u00e9cise malgr\u00e9 lui et les dialogues forcent Polo \u00e0 s\u2019approcher du noyau de v\u00e9rit\u00e9. Il semble que toute la question soit d\u2019abord celle de l\u2019aveu \u00e0 soi. Un aveu n\u00e9cessaire de violences trop banales.<\/p>\n\n\n\n<p>Par la complexit\u00e9 de la mise en r\u00e9cit et la pluralit\u00e9 des espaces sc\u00e9niques, le spectacle rejoue l\u2019\u00e9blouissement des fronti\u00e8res du dicible et celles du souvenir conscient&nbsp;: en un mot, l\u2019envers des choses. Car si une jeunesse berc\u00e9e par la musique et la douceur du printemps madril\u00e8ne peut para\u00eetre d\u00e9sirable, il est difficile d\u2019aimer ce qui est ici montr\u00e9. Sans les d\u00e9rapages, tout cela n\u2019aurait pu \u00eatre que soleil. Mais le nuage de ce soleil, l\u2019ombre qui lui est port\u00e9e est de taille&nbsp;: le r\u00e9cit de telles violences est noir, jette la pluie sur le spectateur. Parce qu\u2019un non-dit entoure souvent, dans la r\u00e9alit\u00e9, ce genre d\u2019\u00e9pisodes douloureux, il est sain, aujourd\u2019hui, de raconter cette pluie&nbsp;: dire ces zones d\u2019ombre, c\u2019est leur donner une voix au sein de l\u2019espace social. En rencontrant le politique, le geste th\u00e9\u00e2tral franchit ses seules limites : les violences sexuelles ne sont pas l\u2019apanage de la sc\u00e8ne, c\u2019est-\u00e0-dire de la&nbsp;<em>re<\/em>pr\u00e9sentation.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>28 mars 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/pierre-paul-bianchi\/\">Pierre-Paul Bianchi<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>28 mars 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/amalia-devaud\/\">Amalia D\u00e9vaud<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Les secrets de Polo<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"522\" height=\"393\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/942097_4\u00a9-DR.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12534\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/942097_4\u00a9-DR.jpg 522w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/942097_4\u00a9-DR-226x170.jpg 226w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/04\/942097_4\u00a9-DR-266x200.jpg 266w\" sizes=\"auto, (max-width: 522px) 100vw, 522px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">@ DR<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Tu te dis tout de suite que tu aimes le style litt\u00e9raire de Javier Guti\u00e9rrez. Tu vas d\u2019ailleurs essayer d\u2019\u00e9crire ce texte dans le m\u00eame esprit, parce que c\u2019est ce qui te semble le plus juste pour retranscrire l\u2019exp\u00e9rience th\u00e9\u00e2trale et po\u00e9tique que tu as v\u00e9cue. Tu utilises le \u00ab&nbsp;tu&nbsp;\u00bb comme le fait, dans le roman, le narrateur avec son personnage Polo.<\/em>&nbsp;<em>Et comme le fait pr\u00e9sentement Polo sur sc\u00e8ne pour se raconter&nbsp;; pour te livrer sa propre version des abus sexuels commis avec ses amis, dans les ann\u00e9es 1990. Dans leur adaptation, les metteurs en sc\u00e8ne ont conserv\u00e9 ce \u00ab&nbsp;tu&nbsp;\u00bb, qui installe un d\u00e9tachement malsain entre diff\u00e9rentes parties de lui, Polo, mais qui permet un rapprochement entre lui et toi, spectateur. Tu comprends que c\u2019est pour te pr\u00e9venir, pour te faire prendre conscience des limites \u00e0 ne pas franchir&nbsp;: car il y aura toujours des Polo qui essaieront de faire croire qu\u2019ils sont de gentils gar\u00e7ons.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Polo est un banquier dans la trentaine, install\u00e9 dans une vie confortable avec sa compagne Gabi. Son adolescence dans les bars de Madrid, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990, et ses souvenirs du groupe de rock qu\u2019il formait avec Nathan, Bianca et Chino appartiennent au pass\u00e9. Pourtant, toi, tu les vois ses ann\u00e9es de jeunesse&nbsp;: elles sont pr\u00e9sentes sur sc\u00e8ne par l\u2019interm\u00e9diaire de trois musiciens qui soutiennent l\u2019ensemble du dispositif sonore de la pi\u00e8ce. Tu te dis que Polo devait leur ressembler, avant que toute cette histoire ne commence\u2026 mais \u00e7a, il ne le voit pas&nbsp;; il ne les voit d\u2019ailleurs pas, eux, et tu comprends que Polo passe son temps \u00e0 se fuir, \u00e0 essayer de s\u2019aveugler sur ce qu\u2019il a fait.<\/p>\n\n\n\n<p>Ses secrets se cachent au bout d\u2019un fil dramaturgique que tu entraper\u00e7ois d\u00e8s sa rencontre fortuite avec Bianca, au d\u00e9but du spectacle&nbsp;: le pr\u00e9sent de la fable se situe quinze ans apr\u00e8s les faits. Polo transpire. Elle ne se doute de rien&nbsp;et semble contente de le voir&nbsp;: Bianca invite m\u00eame Polo \u00e0 boire une bi\u00e8re. La serveuse, amie de Bianca dans le roman, est ici une performeuse dont les actions te sugg\u00e8rent ce que refoule Polo. Elle t\u2019aide \u00e0 le comprendre par ses mains qui, film\u00e9es et projet\u00e9es en gros plan sur un cyclo, jouent avec du sable&nbsp;; remplissent l\u2019espace de perruques aux longs cheveux emm\u00eal\u00e9s et agitent des fluides trahissant les s\u00e9cr\u00e9tions douloureuses de corps f\u00e9minins. La drogue s\u2019y invite aussi et symbolise \u2013 outre la perte de contr\u00f4le ayant d\u00e9bouch\u00e9 sur les abus sexuels \u2013 l\u2019amn\u00e9sie dans laquelle se maintient Polo.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu comprends que toute cette histoire est \u00e0 envisager \u00e0 rebours&nbsp;: de la fin au d\u00e9but, ou plut\u00f4t de la fin vers la fin car celle de Polo est sign\u00e9e d\u00e8s ses retrouvailles avec Bianca. C\u2019est-\u00e0-dire depuis le d\u00e9but.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>28 mars 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/amalia-devaud\/\">Amalia D\u00e9vaud<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/grangededorigny\/event\/un-si-gentil-garcon\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u2019apr\u00e8s le roman de\u00a0Javier Guti\u00e9rrez \/ Mise en sc\u00e8ne de\u00a0Denis Lavalou et C\u00e9dric Dorier \/ Th\u00e9\u00e2tre La Grange de Dorigny \/ du 28 au 30 mars \/ Critiques par Pierre-Paul Bianchi et Amalia D\u00e9vaud.<\/p>\n","protected":false},"author":1001607,"featured_media":12534,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,5,38],"tags":[198,191],"class_list":["post-12537","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-la-grange","category-spectacle","tag-amalia-devaud","tag-pierre-paul-bianchi"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12537","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001607"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12537"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12537\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20693,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12537\/revisions\/20693"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/12534"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12537"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12537"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12537"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}